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18/02/2018

Jeu blanc

roman étranger, Canada, Hockey, indiensJeu blanc

Richard WAGAMESE

Zoé éditions (Ecrits d’ailleurs), 2017, 256 p., 20.90€

Traduit de Indian Horse par Christine Raguet

 

Richard Wagamese nous avait émus avec Les étoiles s’éteignent à l’aube (Medicine Walk, 2014). Les éditions Zoé remontent le fil de ses écrits en publiant Jeu blanc (Indian Horse, 2012). Considéré comme son chef d’œuvre au Canada, le roman développe deux thèmes spécifiquement canadiens : le hockey sur glace, et l’effacement de la culture indienne.

C’est depuis le centre de soins New Dawn « la nouvelle aube » que le narrateur rédige son histoire personnelle, comme un récit thérapeutique. Saul Indian Horse, du Clan des Poissons, des Ojibwés (Anishinaabes) du Nord de l’Ontario, évoque ses jeunes années : « J’ai grandi dans la crainte de l’homme blanc. Il s’avéra que j’avais raison » (p. 17). "Ma sœur Rachel disparut à six ans, avant ma naissance, laissant un spectre au sein de notre camp... En 1957, quand j’avais quatre ans, ils prirent mon frère, Benjamin. » Ses parents détruits errent d’un camp provisoire à l’autre, suivant le travail saisonnier et le whiskey : les enfants enlevés sont remplacés « par des bouteilles brunes pleines de mauvais esprits ».  Sa grand-mère Naomi essaie de le protéger en l’emmenant sur les terres ancestrales du clan vers les lacs Gods et en lui transmettant la culture ojibwe et le lien avec son grand-père chaman Shabogeesick. Mais lorsque le vent du nord se met à souffler lors d'un hiver trop rigoureux, elle est forcée de rejoindre la civilisation.

C’est alors au tour de Saul d’être interné au St Jerome’s Indian Residential School, où il rejoint la cohorte des enfants enfermés pour être désindianisés plutôt qu’éduqués. « à l’intérieur, l’odeur de javel et de désinfectant était si forte que j’avais l’impression que la peau pelait à l’intérieur de mon nez » (p. 53). Récurés à vif, tondus, battus à la moindre erreur, avec interdiction de parler l’ojibwe, les enfants y sont brisés, poussés à la folie ou au suicide. « St Jerm’s nous décapait, laissant des trous dans nos êtres ». (p. 91) « Ils appelaient ça une école, mais ça n’en fut jamais une. Nous passions le plus clair de nos journées au labeur. Le seul contrôle portait sur notre capacité à tenir le coup… Mais ce qui nous terrifiait le plus, c’étaient les assauts nocturnes ».

Initié par le Père Leboutilier au hockey, Saul se passionne pour le jeu. Autorisé à pelleter la neige et à entretenir la glace de la patinoire de fortune, il s’entraîne en cachette, utilisant du crottin comme palet. Phénomène du hockey, il possède une vision du jeu extraordinaire : « Je voyais les propriétés physiques du jeu et l’action, mais aussi l’intention. Si un joueur pouvait contrôler une partie de l’espace, il pouvait contrôler le jeu ». Le hockey est son plaisir et son espace de liberté, il l’élève au-dessus de son statut de victime. Sport d’équipe, c’est aussi un lieu de camaraderie : « Dès l’instant où je touchais la glace, tout cela était derrière moi… Dans l’esprit du hockey, je croyais bien avoir trouvé une communauté, un abri et un refuge, loin de toute la noirceur et la laideur du monde ».   Au fur et à mesure qu’il progresse, il doit s’endurcir au contact d’équipes de plus en plus performantes, mais aussi se confronter au racisme qui règne dans le Canada des années 1970, où « Les blancs croient que ce jeu est à eux » (p. 107).

Incapable de poser ce livre, je l’ai lu d’un trait, en tension entre les visions de culture indienne, les mauvais traitements, l’évasion procurée par le jeu, les injustices et la colère. Suspendue aux émotions de Saul et avide de comprendre comment il se retrouve en centre de désintoxication… et comment il s’en sort.

 

Pour rendre l’ambiance de l’institution St Jérôme, l’auteur s’est inspiré de témoignages recueillis en 1979 lorsqu’il était journaliste, et qui transparaissaient déjà dans son premier recueil de poésie Runaway Dreams avec « For Generations Lost » et « Graveyard ». Les liens avec son histoire personnelle sont nombreux : sa longue pratique du hockey lui permet de nous faire ressentir la sensation de liberté et la joie sauvage du hockey « the shining white glory of the ring ». Très jeune, l’auteur a été retiré à  sa famille biologique et placé dans des foyers d’accueil, dont il s’est enfui pour mener une vie chaotique. En tout cas, il admet que l’écriture du roman l’a aidé à ressentir moins de colère par rapport à sa jeunesse. 

Les jours heureux, proches de la nature et du mode de vie indien traditionnel, sont contés dans un style de « réalisme magique », en opposition aux moments sombres de St Jérôme, relatés avec une grande sobriété. Wagamese insiste plus sur la résilience que sur les mauvais traitements. Il exprime sa vision dans un entretien passionnant en 2013 à UBC : Oui, tout ceci est arrivé, et c’est une honte. Mais la (ré)conciliation doit se faire.

Richard Wagamese s’est construit lui-même. N’ayant pas fréquenté l’école plus loin que le grade 9 (3ème), il a passé une bonne partie de son adolescence dans les bibliothèques, et dit avoir fait lui-même son éducation entre les couvertures des livres. A 24 ans, après avoir trouvé ses racines, il a compris que l’une des missions principales de sa vie serait d’être un raconteur d’histoires. Bien joué, monsieur Wagamese !

« Tant qu’il n’a pas été lu, un livre n’est pas vraiment achevé » Toutes les intentions et l’énergie que  l’auteur  a insufflées à ce livre continuent à vivre malgré son décès en mars 2017. A lire, donc, absolument.

A voir : Une version filmée du roman est sortie en 2017, avec John Alsosa, récompensée aux festivals de Toronto, Calgary et Vancouver.

Lire aussi Les étoiles s’éteignent à l’aube (éd. Zoé, 2016), ainsi que le roman qu’il préférait dans son œuvre Ragged Company (autour des sans-abri), non encore traduit. Parions que les éditions Zoé, qui ont fait un excellent travail avec ses deux derniers romans, vont continuer les traductions.

Aline

15/02/2018

Eva dort

roman étranger, Italie

 

Eva dort

Francesca MELANDRI

Gallimard, 2012, 393 p., 24 €

Traduit de Eva dorme par Danièle Valin

 

Dans ce roman captivant Francesca Melandri nous fait découvrir un épisode méconnu de l’histoire italienne. En 1919, lors de la signature du traité de paix, les puissances victorieuses attribuent le sud du Tyrol à l’Italie qui n’en demandait pas tant. Les habitants, allemands blonds aux yeux bleus et à la peau claire, ne l’acceptent pas et sont bien décidés à garder leur langue, leurs coutumes, leur façon de vivre. Mussolini décide d’envoyer de nombreux Italiens du sud habiter cette terre. De plus, il pousse la population d’origine allemande à partir. En accord avec Hitler, le gouvernement italien leur propose de réintégrer leur « patrie ».

Plusieurs générations ont vécu sur cette terre et aucun ne veut la quitter mais Mussolini menace les Dableiber, ceux qui restent, d’italianisation forcée. S’ils refusent, ils seront déportés en Sicile. Ils ne peuvent rester Allemands sur le sol italien. La grande majorité décide à contrecœur de s’en aller, mais la déclaration de guerre interrompt les départs. Cette région devient alors une terre de violence et de souffrance pour de longues années car la République italienne se montrera aussi dure avec eux que le régime fasciste. Allemands et Italiens ne s’aiment pas. Leur désaccord se manifeste même dans le nom, Sud du Tyrol pour les Allemands, Haut-Adige pour les Italiens !

Des paysans, des ouvriers, de pauvres gens revendiquent le rattachement à la mère patrie. Ils ne l’obtiennent pas et dynamitent des pylônes. La répression est terrible, tortures, prison, mort. Elle entraînera la formation de groupes de terroristes qui, contrairement aux premiers, n’hésiteront pas à tuer. De nombreux soldats sont envoyés en renfort, des événements dramatiques ont lieu, la région ne connaît pas la paix. Un homme politique Silvius Magnano sait que l’Italie ne rendra jamais le Tyrol. Pour lui la seule issue est l’autonomie ; il ne cesse de la réclamer et finira heureusement par l’obtenir.

 

L’histoire de la famille Huber commence avec le rattachement du Tyrol sud à l’Italie. A cette époque Hermann est un enfant orphelin ; cette blessure et une enfance difficile vont faire de lui un homme dur, froid, violent. Il épouse Johanna dont il a deux enfants Peter et Gerda. Leur destinée sera marquée par celle de cette terre allemande.

Gerda est très belle, blonde aux yeux bleus et au corps magnifique, elle attire tous les regards. Un seul la séduit. L’amour est partagé, mais pas assez fort pour que Hannes passe outre l’interdiction de son père et l’épouse. Le passé a trop de poids. Gerda attend un enfant et se retrouve seule, chassée de chez elle. Elle doit élever sa petite fille Eva. Elle travaille dans le restaurant d’un grand hôtel à Merano. Francesca Melandri décrit avec beaucoup de détails les conditions de travail extrêmement dures et iniques. Elle gravit peu à peu les échelons et devient cuisinière mais elle paie cher son indépendance. Sa rencontre avec Vito, sous-officier de carabiniers, change sa vie et celle d’Eva. Leur amour cependant ne résiste pas au poids de la société.

Eva a vécu une jeunesse en recherche d’amour. La profession de sa mère ne lui permettait de vivre avec elle que deux mois par an et elle en a beaucoup souffert. C’est une jeune femme marquée par son passé, qui refuse de s’attacher. Elle reçoit un appel de Vito, qu’elle n’a pas revu depuis 30 ans ; au crépuscule de sa vie, il lui demande de la rejoindre en Calabre. Pendant sa longue traversée du pays du nord au sud, dans des transports bondés, Eva se souvient et fait le bilan de sa vie.

 

L’histoire des deux femmes s’entremêle avec celle de la région, ce qui rend ce récit d’autant plus passionnant. Francesca Mélandri alterne les chapitres, le présent d’Eva et le passé de Gerda, qu’elle relate avec beaucoup d’émotion. Un beau roman sur fond de montagnes et d’Histoire.

Annie

13/02/2018

Sur le pouce

Première étape du prix M.O.T.S

Rencontre avec Olivier Courtois

La France sur le pouce

bande dessinée, prix des lecteurs

10/02/2018

Bouillon de petits éditeurs

Ce mois-ci, nous avons décidé de sortir des sentiers battus, et de lire des œuvres publiées par de petits éditeurs. "Petits"... c'est relatif, mais nous avons fait de notre mieux.

 

Editions des Lisières, Sainte Jalle (Drôme)

"Les éditions des Lisières abritent depuis 2016 des voie/x poétiques", souvent dans des éditions bilingues. Le livre est « pensé comme un objet artisanal, fait de plusieurs voix, de plusieurs mains ». Sa couverture incarne pleinement la beauté du contenu.

édition,roman étrangerBrouillons amoureux

Souad LABBIZE, 2017

Courts poèmes évocateurs, en français et arabe, dans un petit livre illustré, très soigné.

Michèle P. a fait des heureux parmi les jeunes –même ceux qui semblaient éloignés de la lecture- en distribuant plusieurs livres de poésie de cet éditeur à Noël.

 

Agullo Editions

Maison créée en 2016 en région Bordelaise par plusieurs professionnels du livres, dont Nadège Agullo, co-fondatrice des éditions Mirobole, et un graphiste.

« Abolir les frontières : Agullo Éditions est le porte-voix d'auteurs d'ici et d'ailleurs qui expriment et partagent leurs histoires, leur culture, leurs joies, leurs espoirs et par-dessus tout, leur humanité.».

édition,roman étrangerLa pension de la Via Saffi

Valerio VARESI, 2017 (Agullo noir)

Ghitta, la vieille propriétaire d’une pension dans un vieux quartier de Parme, est retrouvée assassinée. Le commissaire Soneri, piétine dans cette enquête qui fait ressurgir son passé : c’est dans cette pension pour étudiants qu’il avait rencontré sa femme, Ada, morte en couches peu après leur mariage. La ville a bien changé depuis sa jeunesse, et cette affaire l’oblige à remettre en cause sa vision du passé. Un roman policier d’enquête, bien mené, nimbé de nostalgie, où la psychologie du commissaire est bien développée. Comme souvent, c’est en creusant la personnalité de la victime –ainsi que son propre passé- que le commissaire pourra clore l’affaire.

 

Editions DO, Bordeaux

Créées en 2015 par Olivier Demettre, ancien libraire, les éditions DO ont pour vocation de faire découvrir des textes du monde entier - plutôt des formes courtes, et d’origines plus variées que les habituels anglo-saxons.

édition,roman étrangerComment j’ai rencontré les poissons

Ota PAVEL, 2016

Traduit du Tchèque par Barbora Faure

Recueil de chroniques autobiographiques écrites par Ota (Popper) Pavel, regroupées dans un ensemble proche du roman. Pavel rend hommage à son père, fantasque et fantastique, à la fois  meilleur représentant de commerce en électroménager du pays, et pêcheur passionné. A hauteur d’enfant, il raconte avec poésie les rivières, la pêche à l’anguille ou à la carpe, le braconnage, la complicité entre pêcheurs. L’ascendance juive de la famille Popper l’a désignée aux vexations pendant l’occupation allemande, et seul le jeune âge de Pavel l’a dispensé de séjourner comme son père et ses deux frères aînés en camp de concentration.  Le ravitaillement posant un gros problème, sa débrouillardise et sa connaissance de la pêche se sont révélées précieuses !  

Ce roman est un classique de la littérature tchèque, porté à l’écran, et le texte en français a été couronné par le prix Mémorable 2017 des libraires indépendants.

 

Editions La Fosse aux ours, Lyon

Créée en 1997 à Lyon, la Fosse aux Ours rassemble dans son catalogue plus de cent titres en littérature française et étrangère. Connu dans la région, cet éditeur publie beaucoup d’auteurs Italiens, dont l’excellent Mario RIGONI STERN, et notre chouchou Antoine CHOPLIN !

édition,roman étrangerQuelques jours dans la vie de Thomas Kusar

Antoine CHOPLIN, 2017

Garde-barrière à Trutnov, Tomas aime la forêt et la photographie. Sa vie est transformée par sa rencontre de fortune avec Vaclav Havel, auprès duquel il s’engage : transporter des enveloppes, coller des affiches… Même lorsque cet engagement lui fait perdre son travail, et que Vaclav Havel est emprisonné, il lui reste fidèle.

Dans une écriture concise, ciselée, Antoine Choplin apporte à son habitude un regard sur l’histoire par le biais d’un personnage secondaire qu’il sait magnifier.

Tous ses romans sont de la même qualité, nous avons eu un coup de cœur pour  Le héron de GuernicaLa nuit tombée et (prix des lecteurs 2013) et Une forêt d’arbres creux.

 

Editions La dernière goutte, Strasbourg

Fondée en 2008, « La dernière goutte aime le verbe, les mots, ce qui claque, ce qui fuse, ce qui gifle et qui griffe et qui mord. Les contes cruels, les dialogues acides. Elle défend des textes aux univers forts, grotesques, bizarres ou sombres. »

édition,roman étrangerLa bombe

Frank HARRIS, 2015

Le texte a été écrit par l’auteur en 1908, mais c’est sa première traduction en français. Il relate la vie d’un ouvrier de New York à Chicago, évoquant son engagement dans les luttes sociales et politiques aux Etats-Unis au début du 20ème siècle, et retraçant les origines de la fête du travail. L’écriture est un peu désuète, mais le sujet très intéressant.

Bacchiglione Bluesédition,roman étranger

Matteo RIGHETTO, 2015 (Fonds noirs)

Chassé-croisé de petits escrocs minables, à la recherche du pactole. Court et loufoque. L’intrigue manque de tenue et l’écriture ne présente pas grand intérêt.

 

Mirobole Editions, Bordeaux

Crée en 2011 par des employés de gros éditeurs, cette maison se spécialise dans les "Voyages littéraires en terres étrangères": « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Des livres 100 % étrangers, imprimés 100 % en France. »

édition,roman étrangerBretzel Blues

Traduit de Dampfnudelblues

Rita FALCK, 2018

Ce titre fait partie de la série policière, bestseller en Allemagne, autour du commissaire bavarois Franz Eberhofer. Autre titre traduit : Choucroute maudite. Dans ce polar rural délirant situé dans le village de Niederkaltenkirchen, en  Bavière, on suit le commissaire Eberhofer, un peu flemmard, dans une enquête où il cumule les contrariétés. Heureusement que la porcherie qu’il rénove est pratiquement habitable, que sa Mémé lui cuisine de bons repas roboratifs, et que son chien Louis II lui sert de coach sportif !

 

Editions Le Tripode, Paris

"Depuis sa création à l'automne 2012, la maison d'édition est au service d'auteurs dont elle admire la seule liberté possible : préférer la sensibilité aux doctrines, privilégier le cheminement dissident de l’imaginaire à l'immédiateté du discours, sortir de la marche ordinaire du monde."

édition,roman étrangerAu cirque

Patrick DA SYLVAIN, 2017

C'est un texte très spécial et original qui ne laisse pas indifférent. Assez brutal, une tragédie familiale, mise en scène comme une grande tragédie antique. ..plutôt dérangeant.

 

Editions des 2 Terres, Paris

Pas si petite maison d’édition que cela… fondée en 2003 par l'Américaine Nina Salter, la maison se spécialise dans la traduction et la publication de romans étrangers, avec une dizaine de titres par an. Parmi ses auteurs les plus célèbres, Kazuo Ishiguro, Jeffery Deaver, Ruth Rendell, Patricia Cornwell et Carl Hiaasen. Nous avions aimé Deux caravanes et Brève histoire du tracteur en Ukraine, de Marina Lewycka.

édition,roman étrangerLe pari des guetteurs de plumes africaines

Nicholas DRAYSON, 2011

Bien écrit, fluide, plein d’humour assez « british », mais avec un réel contenu et un personnage principal doté d’une conscience politique : il écrit des satyres politiques où les personnages, à la façon des caractères de La Bruyère,  sont croqués en oiseaux. Critique ici.

 

De belles découvertes chez tous ces éditeurs, passionnés découvreurs de talents.

Nous remarquons une affluence de nouvelles petites maisons d'édition dans la région bordelaise... ? 

 

09/02/2018

Bagdad, la grande évasion

roman étranger, premier roman, Irak, aventureBagdad, la grande évasion !

Saad Z. Hossain

Agullo (Agullo Fiction), avril 2017, 373 p., 22 €

En anglais (Bengladesh) Escape from Bagdad

Traduit par Jean-François Le Ruyet

 

Ce roman a été pour moi une surprise totale, de bout en bout, tant il se permet de mélanger les genres. Roman de société ? noir ? ésotérique ? d’aventures ?

Certes, le point de départ est daté et localisé : 2004, Bagdad ravagée par la guerre.

Les personnages principaux sont posés à la va-vite : deux trafiquants « parasites du marché », Dagr l’ancien prof de maths/économie et Kinza, revenu de tout. Et très vite s’agite autour d’eux toute une galerie d’individus de tous bords : Hamid, ancien tortionnaire du Baas et Mozart de l’interrogatoire ; Hoffman, Américain givré et corrompu, l’imam intégriste  Hassan Salemi, la belle et impitoyable Sabeen, le Lion d’Akbad, tueur en série à la force surhumaine… et jusqu’à quelques personnages inspirés de la mythologie orientale !

Après ça… mélangez le tout dans un scénario violent et déjanté à la Tarantino (action), les Frères Coen (étude de mœurs) et Emir Kusturica (complètement barré). Dans cette ville ravagée par les guerres intestines, aucune des factions en présence n’est honorable, et même les Américains –plus qu’assurer le calme- semblent entretenir la corruption dans un pays auquel ils ne comprennent rien.

Malgré sa noirceur, c’est un roman drôle et décapant, souvent absurde et absolument haletant. Attention, « arme de dérision massive » !

Après sa lecture, j'étais intriguée par sa maison d'édition.

Agullo est une jeune maison d’édition (2016) basée en Gironde, dont voici le  postulat de départ : "Nos livres s'inscrivent dans un monde où la curiosité et l'appétence de l'autre sont les meilleurs remèdes contre la peur et l'ignorance; où un grain de fantaisie, un point de vue décalé et une dose d'humour sont les ingrédients nécessaires à une bonne lecture." Et bien voilà, c'est posé !

Quant à l'auteur, journaliste et romancier, Saad Z. Hossain, né en 1979, vit à Dhaka, au Bangladesh. Il écrit régulièrement pour les trois principaux journaux anglophones du pays : The Daily Star, New Age et le Dhaka Tribune. Bagdad, la grande évasion ! est son premier roman. Il a été élu livre de l'année par le Financial Times.

Aline

05/02/2018

Soirée jeux familiale

Soirée jeux familiale
Vendredi 9 février, de 20h à 22h
 jeu
Jeux de société, jeux de plateau…
Vous pouvez apporter vos jeux préférés, pour les apprendre aux autres joueurs
Nous vous attendons nombreux, avec vos enfants –autonomes et encadrés-
Soirée gratuite

19:05 Publié dans Animation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jeu

01/02/2018

Prix M.O.T.S.

Après plusieurs mois de lectures intensives et de débats au sein du comité de sélection composé de bibliothécaires professionnelles et de bénévoles dévoreuses de livres,  la sélection 2018 du prix des lecteurs M.O.T.S.  des  4 Villages (Messimy, Orliénas, Thurins et Soucieu) a été révélée le samedi 27 janvier à la médiathèque de Thurins devant une assistance très attentive à la présentation des divers titres.

prix des lecteurs

Comme tous les ans, ce sont  5 romans et 6 BD qui sont proposés à la lecture jusque fin juin à tous les usagers désireux de s’impliquer dans le vote. Personne n’est obligé de tout lire puisqu'un système de notation des ouvrages est pratiqué : une moyenne des points est en effet réalisée à terme pour déterminer les lauréats.

 

Cette année, le comité de sélection a choisi de mettre à l'honneur des premiers romans, et des premières bandes Dessinées "ou presque" (premières collaborations ou réalisations de début de carrière).

 

Ont donc été retenus, pour les romans :

Fils du feu de Guy Boley chez Grasset
Les fils conducteurs de Guillaume Poix chez Verticales
Une histoire des abeilles de Maja Lunde, Presses de la Cité
Onze ans
de Jean-Baptiste Aubert chez Christophe Lucquin éditeur
La Petite fille et le monde secret
de Maren Uthaug chez Actes Sud

 

Pour les B.D. :

L' Aimant de Lucas Harari chez Sarbacane
L'Appel
de Laurent Galandon et Dominique Mermoux chez Glénat
Ces jours qui disparaissen​t
de Timothé Le Boucher chez Glénat
La Différence invisible 
de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline chez Delcourt
La France sur le pouce
d'Olivier Courtois chez Dargaud
La Saga de Grimr
de Jérémie Moreau chez Delcourt

 

Durant les cinq mois de ce marathon lecture, nous prendrons deux pauses en compagnie d'auteurs de la sélection :

Le vendredi 9 mars à 18h30, rencontre avec Olivier Courtois à la Bibliothèque de Soucieu
Le samedi 5 mai à 14h30, rencontre avec Jean-Baptiste Aubert à la Médiathèque de Messimy

 

C'est le vendredi 6 juillet à 18h30 qu'aura lieu la proclamation des résultats à la Médiathèque d'Orliénas.

D'ici là, pour agrémenter les pauses dans la découverte de toutes ces merveilles, on pourra profiter d'une playlist musicale sur le thème des débuts, premières fois et commencements constituée par la médiathèque de Messimy !

 

31/01/2018

La nuit des béguines

roman historique

 

La nuit des béguines

Aline KINER

Liana Levi, 2017, 329 p., 22€

 

Au 13ème siècle, sous la protection de Louis IX, des petites communautés de béguines se sont établies à travers le royaume de France. Un grand béguinage a été créé à Paris dans le quartier du Marais pour accueillir des femmes pieuses, veuves ou célibataires. Ce refuge leur offre une alternative à la tutelle d’un époux ou de l’Eglise. Elles peuvent, par choix, vivre, travailler ou étudier comme bon leur semble, libérées de toute autorité hormis celle du roi. Elles forment une communauté de femmes libres et indépendantes.

L’histoire se situe au début du 14ème siècle, au moment où le roi Philippe Le Bel fait arrêter les Templiers, et où l’intolérance se développe. Les béguines, trop libres, trop cultivées, sont dans le collimateur de l’Inquisition. Un événement dramatique va précipiter la fin du béguinage. Marguerite Porete, béguine de Valencienne écrit un manuscrit intitulé « Le Miroir des âmes simples et anéanties ». Elle critique les clercs et théologiens et loue l’amour direct pour Dieu, en dehors de toute institution. Considéré comme hérétique, son manuscrit est brûlé. Cependant Marguerite persiste dans ses convictions et continue à écrire. Arrêtée, elle ne renie rien et est brûlée vive place de Grève à Paris en 1310.

Sur ce fond historique Aline Kiner brosse le portrait de femmes attachantes, à forte personnalité. Maheut, une adolescente rousse (à l’époque ce détail a son importance) mariée contre son gré à un mari violent, qui fuit et trouve refuge dans ce havre de paix ; Isabel la doyenne, herboriste et guérisseuse ; Ade, lettrée, belle et noble que la vie a rendue amère ; et Jeanne du Faut femme entreprenante, négociante en tissus de qualité et responsable d’un atelier de tisseuses, fileuses, brodeuses. Humbert, un moine franciscain, recherche Maheut et son destin va être lié à celui des béguines.

Passionnant, divertissant, très documenté, d’un intérêt historique, culturel et social incontestable, le roman d’Aline Kiner fait découvrir dans cette fresque palpitante un Moyen-Âge méconnu. C’est à la fois un voyage au cœur de Paris, ville grouillante et animée, pleine d’odeurs et de bruits et en même temps la découverte plus intime et délicate, presque secrète, d’un béguinage royal au cœur du Marais.

Ce roman  nous fait vivre cette expérience sociale et spirituelle de l’intérieur, comme un bel hommage rendu à ces femmes d’exception.

Annie

28/01/2018

Prix M.O.T.S.

Roulements de tambour....

et pour tous ceux qui n'ont pas pu venir à la présentation d'hier, voici ENFIN la sélection du prix des lecteurs pour 2018.

Les livres vous attendent dans votre bibliothèque, et vous avez jusqu'au 7 juillet pour les lire. Tous à vos marques-pages !

prix des lecteurs

Tout le monde peut participer et lire tout ou partie des titres puisque c'est un système de notes attribuées aux ouvrages qui déterminera les lauréats.

27/01/2018

Gabacho

roman étranger, Mexique, Etats-UnisGabacho

Aura Xilonen

Traduit du mexicain Campeon Gabacho  par Julia Chardavoine

Liana Levi,  janvier 2017, 363 p., 22 €

 

Liborio n’a rien à perdre, puisqu’il n’a jamais rien eu. Jeune Mexicain, il a traversé le Rio Grande au péril de sa vie, s’est échappé d’un esclavage moderne dans les champs de coton, et a trouvé provisoirement  asile dans une librairie. Certes, son patron l’agonit d’insultes fleuries à longueur de temps, mais il l’encourage aussi à lire tout ce qui lui tombe sous la main, et à se forger ainsi une culture toute personnelle.

Le roman s’ouvre sur une scène de rue : Liborio fonce à la défense d’une jolie « gisquette » qui le fait rêver depuis longtemps, lorsqu’elle se fait importuner par un petit caïd local, un « fils de pute qui lui a palpé le cul avec ses doigts mycosiques ». Réaction dangereuse lorsque l’on est un clandestin, seul, et pas bien grand. Liborio s’en sort par miracle grâce à un crochet du droit foudroyant, qui va changer sa vie : la bagarre a été filmée, et fait le tour des réseaux sociaux, déchaînant haines, spéculation ou soutiens…

Entrecoupé de flashbacks sur l’itinéraire du jeune Mexicain, le récit est mené tambour battant, dans un langage fleuri. Les dialogues ébouriffants,  puisent –à bon escient- dans les registres les plus littéraires ou les plus crus, parsemés de spanglish, métaphores  et néologismes. Ce style unique fait une bonne partie du charme du roman, ainsi que le personnage de Liborio, dur au cœur tendre, qui ne doit sa survie à sa volonté farouche, à ses poings et à son jeu de jambes.

Brillant roman d'apprentissage -et premier roman- écrit à 19 ans par Aura Xilonen (née au Mexique en 1995) qui poursuit actuellement des études universitaires de cinéma. Julia Chardavoine, dont c’était le premier roman traduit du mexicain au français, a réalisé un remarquable travail de traduction…et de création ! Elle en parle ici.

Aline