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26/09/2016

L'échange

Roman étranger, ArgentineL’échange

Eugenia ALMEIDA

Metailié (bibliothèque hispano-américaine), 2016, 248 p., 18€

Traduit de l’espagnol (Argentine) La tensión del umbral par  François Gaudry

 

A la sortie d’un café, une femme menace un homme d’un pistolet, puis retourne son arme contre elle et se tire une balle dans la poitrine ! Manifestement, un suicide, juste un dossier à classer pour la police, même si l’homme d’abord menacé a disparu avant l’arrivée des autorités.

Pourtant, Guyot, journaliste, ne peut pas lâcher l’affaire : la vision de cette jeune femme le hante, il lui faut comprendre ce qui l’a amenée à un geste aussi dramatique. Ami avec un policier, il commence par obtenir quelques informations, mais l’affaire est enterrée au plus vite, et les témoins ont la mémoire étrangement courte… En fait, tous ceux qui lui parlent ou pourraient lui transmettre des renseignements connaissent un sort fâcheux, et les documents – comme une rubrique nécrologique apparemment anodine- disparaissent.

Guyot s’entête, malgré tous les signaux de danger ; semblant totalement imperméable aux conseils et menaces,  il accumule obstinément les petits indices… tandis que la tension monte autour de lui.

Il faut dire que nous sommes en Argentine. Plus de 30 ans après la dictature des  années 1980, ses remous se font encore sentir. Les liens entre police et journalistes sont étroits, et les anciens de la police secrète pas complètement retraités. Le culte du secret règne toujours, et les mécanismes de la violence se déclenchent encore pour protéger les anciens dirigeants occultes.

L’écriture de ce roman est très fluide, chapitres courts et dialogues s’enchaînent assez vite, et la tension est bien construite. Je l’ai lu d’une seule traite, assez captivée. Pour autant il ne m’a pas semblé  entièrement satisfaisant pour des lecteurs français : les liens entre passé et présent sont trop peu explicites pour qui connaît mal le contexte historique. Du coup, l’intrigue paraît un peu inachevée, voire pas entièrement plausible. Question de culture ?

Aline

25/09/2016

La fille au revolver

roman étranger, amérique, justice, secret de familleLa fille au revolver

Amy STEWART

Ed. 10/18 (Grands détectives), 480 p., 8.80€

Traduit de l’américain Girl waits with gun par Elisabeth Kern

 

Basé sur l’histoire vraie de Constance Kopp, l’une des premières femmes shérifs-adjoints d’Amérique, c’est le récit drôle et édifiant d’une jeune fille prête à tout pour protéger sa famille.

Dans le fin fond du New-Jersey, Constance et ses deux sœurs sont isolées du monde. Leur vie bascule lorsque le propriétaire d’une fabrique de soie renverse leur carriole au volant de son automobile. Ce qui n’aurait été qu’un banal litige devient une bataille rangée avec des voyous habitués au chantage et à l’intimidation. Elles pourront compter sur l’aide d’un shérif progressiste qui confiera à Constance un revolver et une étoile en ce début du XXe siècle, dans cette Amérique puritaine où les hôtels sont unisexe (pour les femmes seules) et où les patrons de l’industrie jouissent d’une impunité et d’un « droit de cuissage » sur leurs employées.

Portraits de femmes courageuses, déterminées à obtenir justice et à préserver un secret de famille.

Georgette

19/09/2016

Concert des Percussions de Treffort

concert

Les percussions de Treffort

Le spectacle Ça rythme à quoi ! propose des pièces musicales récentes ou traditionnelles, où tambours et percussions tiennent une place de choix. Ce spectacle est une invitation à voyager entre tradition et création, une expérience sonore à vivre, une aventure musicale où les percussions font vibrer l’esprit.

Ateliers musicaux

Les musiciens des Percussions de Treffort interviendront dans le cadre de deux ateliers de création musicale dans l’après-midi du 7 octobre 2016, avec les partenaires volontaires :

Ecole de musique de Soucieu-en-Jarrest

MAS Soleil

Ecole publique des Chadrillons

Ecole privée St Julien

Ferme de Verchery

Les professionnels et les amateurs peuvent s’enrichir mutuellement.

Le travail de ces ateliers musicaux constituera l'amorce de la soirée.

Pour un parcours musical et humain atypique !

13:46 Publié dans Animation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : concert

18/09/2016

Moi Gulwali, réfugié à 12 ans

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Moi Gulwali, réfugié à 12 ans

Propos recueillis par Nadene Ghouri

Hachette Témoignages, 2016, 445 p.

 

Né en 1994 en Afghanistan, Gulwali a quelques années quand il voit arriver au pouvoir les Talibans. A la mort de son père, lors d’une attaque américaine, sa mère reçoit quotidiennement la visite d’un groupe de Talibans bien décidés à faire de ses deux plus grand fils (Gulwali, 12 ans et Hazrat, 14 ans) des terroristes. Prenant peur, sans les en informer, elle confie ses deux fils à des passeurs pour qu’ils puissent rejoindre l’Europe où ils seront en sécurité.

« J’ai jeté un coup d’œil à ma mère pour me rassurer. Elle nous a fixé mon frère Hazrat et moi avec tant d’intensité que j’ai pensé que son regard de feu allait me transpercer le crâne.

- Soyez courageux. C’est pour votre bien !

Et alors elle m’a dit quelque chose qui m’a gelé le cœur :

- Aussi mal que les choses tournent, ne revenez jamais»

Commence alors l’aventure la plus dure de sa vie. Très vite Gulwali est séparé de son frère dont il n’aura plus de nouvelles. S’enchaînent alors passeurs, faim, soif, maltraitance, torture, kilomètres (à pied, à cheval, en train ou en camion). Il parcourt en tout 20 000 km pendant 1 an, rencontre 25 passeurs et utilise 6 moyens de transports différents. A 13 ans, dans un état pitoyable, il pose enfin les pieds sur le sol anglais. Mineur, il est pris en charge par une famille, fait des études, s’engage dans des associations et dans la politique et va jusqu’à porter la flamme olympique lors des JO de 2012 en Angleterre.

Gulwali 1.jpgGulwali 2.jpg Au-delà d’un récit dur et éprouvant sur les conditions des réfugiés (il reste un bon moment dans la jungle de Calais), c’est aussi une histoire intérieure qui se joue. Pendant ses 12 premières années en Afghanistan, Gulwali suit les modes de vies et les pensées de son pays. Il est dur avec les femmes de sa famille, voire presque violent (insultes, rabaissement, surveillance extrême de ses tantes et de sa mère quant au port du voile et de la burqua …). Son voyage lui permet de se rendre compte des conditions de vie des femmes de son pays par rapport à celles des femmes européennes, non voilées  et libres. Au début très choqué, il assimile petit à petit la culture européenne et tout ce qu’elle comporte au niveau des libertés individuelles. Aujourd’hui, il en est convaincu, il faut faire bouger les choses en Afghanistan. Il compte bien étudier, s’engager politiquement et revenir chez lui militer contre l’oppression des Talibans.

« Il existe un dicton Pachtoune : « Il n’y a pas assez de place dans cette vie pour l’amour » Je me demande comment les gens en trouvent pour la haine. »

Les remerciements à la fin du livre sont beaucoup tournés autour des gens qui tout au long de son voyage lui ont tendu la main.

Céline

12/09/2016

Big easy

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Big easy

Ruta Sepetys

Gallimard jeunesse, 2016, 454 p., 8.15

Traduit de l'anglais par Bee Formentelli

 

Josie, dit "Jo", est née en 1933 à la Nouvelle-Orléans. A 16 ans elle partage son temps entre femme de ménage dans une maison close où "exerce" sa mère et libraire dans la boutique de son ami Patrick. Nous sommes plongés dans les années 50 au milieu du quartier français où mafia, affaires louches et gens sans avenir se succèdent. Mais Josie veut plus que cela, son rêve est d'intégrer la prestigieuse université de Smith dans le nord du pays. Mais sa condition, son niveau de vie et ses petits moyens ne lui permettront peut-être pas d’atteindre son rêve. Surtout que sa mère disparaît en lui laissant une dette de 5 000 dollars.

Roman à la fois plein d'espoir et sombre, réflexion sur la condition des femmes en 1950 aux USA et sur l'héritage familial : on nait fille de famille riche, on a accès à l'éducation et à la culture ; on nait dans une famille pauvre, l'accès aux écoles devient difficile voire impossible, aucune autre issue que le petit travail (voire la prostitution); Josie va se battre contre cette fatalité.

En parallèle se mélangent les histoires d'amitié, d'amour, de confiance et d'entraide, porteuses de belles valeurs. Les personnages secondaires sont bien travaillés, on tombe sous le charme de l'homme à tout faire de la maison close d'une gentillesse inégalable, on s'étonne de la tenancière très protectrice et "seconde maman", on virevolte au rythme de la journées des "filles" toutes plus originales les unes que les autres et on fait balancer notre cœur entre le chauffeur de taxi baroudeur, Jesse, et le libraire, Patrick.

On adopte ce petit monde qui gravite autour de Josie. On s'attache et on est triste quand il est déjà l'heure de tourner la dernière page ...

Céline

05/09/2016

La double vie de Jesùs

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La double vie de Jesùs

Enrique SERNA

Métailié, 2016, 365 p., 21€

Traduit de l’Espagnol (Mexique)             La doble vida de Jesùs                    par François Gaudry

La ville de Cuernavaca, capitale du Morelos (à 80 km au sud de Mexico), est l’enjeu de batailles de pouvoirs entre narcotrafiquants, hommes politiques et fonctionnaires corrompus à tous les niveaux. Insécurité, menaces, enlèvements et exécutions sommaires semblent le lot quotidien des citadins, tandis que la police détourne le regard.

Le récit suit la vie, politique et personnelle, de Jesùs Pastrana, dit « le sacristain » pour sa rigueur morale et son intégrité. Commissaire aux comptes, il essaie d’imposer sa candidature aux élections municipales pour faire triompher ses idéaux de légalité, de justice et de sécurité.

« Son programme politique, modeste en apparence, était d’une ambition frisant la témérité : créer un véritable Etat de droit… Il s’agissait, tout simplement, d’appliquer la loi au pied de la lettre, la loi au-dessus de tout intérêt personnel ou partisan, même si cela devait lui valoir l’hostilité des grands bénéficiaires de la corruption… »

Son combat se révèle en effet téméraire, d’autant que sa vie personnelle est  bien tourmentée, elle aussi !

Le lecteur s’attache au destin du licenciado Pastrana, que de nombreux coups bas des caïds de la drogue ou des élites politiques menacent d’abattre, et souhaite la réussite de son mouvement citoyen, même si le personnage lui-même n’est pas entièrement sympathique. Le récit est plein de revirements : chaque fois qu’on croit Pastrana coulé, comme un bouchon, il refait surface. Mais malgré ses rebondissements, le récit est par moments un peu indigeste, trop ralenti par la place laissée aux discours et justifications des personnages.

Le tableau brossé de la société mexicaine est effrayant de noirceur, aucune issue ne semble possible à un tel niveau de corruption, de criminalité et d’impunité pour les coupables !

Aline

29/08/2016

Calendrier 2016 2017 du Bouillon de lecture

 Bouillon de lecture

pour tous les amateurs de livres !

RV à 20h15 le 2e jeudi du mois, dans les bibliothèques du secteur, autour des gourmandises du moment

 

Jeudi 8 septembre à Soucieu : lectures d’été

Jeudi 13 octobre à Chassagny : auteurs allemands 

Jeudi 10 novembre à St Laurent : autour de la mode…

Jeudi 15 déc. à Orliénas : canadiens francophones

Jeudi 12 janvier à Soucieu

Jeudi 9 février à Chassagny

Jeudi 9 mars à St Laurent

Jeudi 13 avril à Orliénas

Jeudi 11 mai à Soucieu

Jeudi 8 juin à Chassagny

28/08/2016

La perte et le fracas

roman étranger, CanadaLa perte et le fracas

Alistair MacLeod

L’Olivier, 2001

Traduit de No Great Mischief

 

Toronto à l’heure des manifestations,  Alexander retrouve son frère aîné Calum dans un meublé miteux,  et lui apporte à boire pour le soulager. Les souvenirs remontent...

Pour toujours  « Gille Beag ruadh » (le petit rouquin) pour la famille, Alexander a grandi chez des grands parents affectueux, tandis que les aînés étaient livrés à eux-mêmes dès l’adolescence dans une nature rude et des conditions de vie rudimentaires...

Mais il faut remonter aux origines pour bien comprendre le "Clan Calum Ruaidh" : depuis le départ de Calum le rouge d’Ecosse en 1779 et son installation avec ses douze enfants à l'île du Cap Breton,  « le pays des arbres » sur la côte est du Canada. Puis l’expansion du  clan en Nouvelle Ecosse et dans toute l'Amérique du Nord, avec des coups durs, mais une grande solidarité familiale.

C’est toute l’ambiance de la Nouvelle Ecosse des deux siècles derniers qui est rendue par l’auteur. De l’époque où l’on pouvait disparaître englouti par les glaces en rentrant chez soi après une bonne soirée en famille, de celle où l’antagonisme entre Québequois ou Francontariens et anglophones pouvait mener à des affrontements à la moindre étincelle… Mais aussi des soirées autour d’un violoneux, du travail à la ferme, en mer, ou dans les mines d’uranium du nord de l’Ontario,… Et toujours, en arrière-plan, la force d’un clan, l’importance des racines celtiques.

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J’ai seulement regretté une alternance trop systématique entre les différentes époques, et des effets de répétition. Certainement voulus par l’auteur, pour rendre la tradition orale du clan et les leitmotivs  familiaux, ils sont peu satisfaisants après traduction.

Aline

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Alistair MacLeod est un écrivain canadien de langue anglaise qui a eu une carrière de professeur à l'université de Windsor, Ontario. Né en 1936 au Saskatchewan et mort en 2014, il avait 10 ans quand sa famille, d’origine écossaise, s’est installée dans une ferme sur l’île du Cap Breton en Nouvelle Ecosse. Il a étudié à l’Université Saint François Xavier et au Nouveau Brunswick, tout en travaillant comme  bûcheron, mineur, pêcheur pendant les vacances pour payer ses études. Son œuvre, inspirée par les paysages et l'histoire de l'île du Cap-Breton sur la côte atlantique du Canada, se limite à deux recueils de nouvelles et un roman. Elle est cependant reconnue comme marquante dans la littérature canadienne contemporaine.

Une sélection de ses nouvelles a été publiée en français en 2006 sous le titre Chien d'hiver (éd. de l'Olivier).

24/08/2016

Hérétiques

roman étranger, Rembrandt, CubaHérétiques

Leonardo Padura

Metailié (Bibliothèque Hispano-Américaine), 2014, 605 p., 23 €

 

Leonardo Padura, auteur cubain, nous fait voyager dans le temps et l'espace avec comme fil conducteur un tableau peint par Rembrandt. Le trait commun des personnages : l’attachement profond à la liberté individuelle face aux diktats imposés que ce soit par un gouvernement ou par une communauté.

En 1939 arrive à La Havane un paquebot en provenance de Hambourg, le St Louis. Il transporte de nombreux juifs qui fuient le régime nazi et pensent trouver refuge à Cuba. Parmi eux les parents et la sœur de Daniel Kaminski, jeune garçon parti de Cracovie quelques mois plus tôt et accueilli par son oncle Joseph. Cependant rien ne se passe comme prévu et malgré l'offre proposée par la famille de Daniel, un tableau peint par Rembrandt, ils ne peuvent quitter le bateau et repartent avec des centaines d'autres Juifs vers une mort certaine. Par contre le Rembrandt, ne repart pas et il réapparaît en 2007 lors d'une vente aux enchères à Londres.

C'est ainsi que Mario Condé, ex policier reconverti dans le commerce de livres anciens, est contacté par le fils de Daniel Kaminski, peintre américain à succès. Il veut comprendre comment et pourquoi ce fameux tableau, le sésame qui aurait dû sauver la vie de sa famille, se retrouve dans cette vente.

L'enquête palpitante menée par Condé met en avant 3 personnages, Daniel, Elias et Judith et 3 époques.

Cuba dans les années 1940 et 1950, et le parcours de Daniel Kaminsky, ballotté entre la fidélité à la tradition religieuse et l’assimilation à la société cubaine, jusqu’à son exil à Miami.

Amsterdam et le parcours d’Elias, un jeune Juif passionné par la peinture que Rembrandt accepte parmi ses assistants, et qui brave l’interdit qui pèse sur la figuration dans sa religion. Leonardo Padura évoque une partie de la vie de Rembrandt, sa conception de la peinture, ses difficultés financières et aussi la tolérance pratiquée à cette époque dans cette ville à l'inverse des pays voisins où la communauté juive est persécutée.

Cuba, au début du XXIe siècle et le parcours de Judith ; nous découvrons une jeunesse cubaine en plein désarroi qui rejette la société, se marginalise et est prête à se détruire au nom du non conformisme et de la liberté.

Condé est un personnage attachant qui se débat avec les difficultés de la vie quotidiennes, critique fortement le régime cubain (l'avenir radieux promis n'arrive jamais), a un regard désabusé sur la société, se pose des questions sur le sens de la vie. Heureusement il y a La Havane misérable, bruyante mais joyeuse, et ses copains chaleureux et bienveillants, toujours prêts à trinquer à la moindre occasion avec une bouteille de rhum (très mauvais), sans oublier sa compagne Tamara.

J'ai beaucoup aimé ce roman riche, complexe, passionnant qui est un un plaidoyer pour le libre arbitre et la liberté de pensée, quel que soit le prix à payer.

Annie

17/08/2016

Les pêcheurs

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Chigozie Obioma

L’Olivier, 2016, 297 p., 21.50€

Traduit de l’anglais The Fishermen par Serge Chauvin.

"Moi, Benjamin, j’étais une phalène : cette fragile créature ailée qui se prélasse dans la lumière, mais ne tarde pas à perdre ses ailes et à tomber au sol. Je n’avais jamais vécu sans mes frères. J’avais grandi en les observant, et je me contentais de suivre leurs traces… aucune idée concrète ne prenait forme dans mon esprit sans avoir d’abord flotté dans leur tête."

1996 à 2003, au Nigéria, dans une ambiance où coexistent modernité et croyances, Ben raconte la vie de la famille Agwe au travers du manque. Dans sa famille de 6 enfants, mais surtout dernier d’une série de 4 garçons très proches, il ne réalise la beauté de leur unité que lorsqu’elle vole en éclats. L'autorité parentale semblait bien établie et le monde était en ordre jusqu'au moment où le père, sévère et exigeant pour ses enfants promis à des études supérieures, a été muté dans une ville éloignée. Le jour où -suite à une petite désobéissance qui aurait dû demeurer sans conséquence- une malédiction vient empoisonner leur esprit et semer la zizanie entre les frères...

Si le récit rappelle une tragédie par son évolution inéluctable, l'auteur utilise plutôt un mode de narration africain. Chaque court chapitre est introduit par une phrase imagée représentant les personnages :

"Ikenna était un python : un serpent sauvage devenu monstrueux prédateur. Il subissait une métamorphose…

Notre mère était une fauconnière : celle qui veillait, postée sur les collines, pour repousser tous les maux qui semblaient menacer ses enfants. Elle possédait un double de nos âmes dans les poches de la sienne…

Obembe était un limier : le chien qui exhumait les choses, les examinait, les identifiait. Il mûrissait perpétuellement de nouvelles idées, qui, en temps voulu, finissaient par éclore, pourvues d’ailes et prêtes à l’envol…

La haine est une sangsue : cette créature qui vous colle à la peau, se nourrit de vous et vide votre esprit de sa sève. Elle vous transforme, et ne vous laisse pas avant d’avoir aspiré votre dernière goutte de paix…

L’espoir était un têtard : cette créature qu’on capturait et qu’on rapportait dans une boîte de conserve, mais qui, même dans l’eau appropriée, ne tardait pas à mourir...

David et Nkem étaient des aigrettes."

 

Chigozie Obioma, d’ethnie Igbo,  est né au Nigéria en 1986. Il a fait ses études supérieures à Chypre, et réside aujourd'hui aux Etats-Unis, où il enseigne la littérature. Les Pêcheurs, son premier roman,  a connu un immense succès mondial. Il qualifie lui-même son roman de tragédie igbo et de roman d'apprentissage, centré sur le sentiment de fraternité. On peut aussi faire une lecture à double niveau et interpréter ce texte comme une parabole des méfaits de la colonisation.

Aline