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Rechercher : bruit de tes pas

Critique Un profond sommeil de Tiffany Quay Tyson

Image1.pngUn profond sommeil                                                               Coup de cœur

Tiffany Quay Tyson

 

Du delta du Mississippi aux mangroves des Everglades, Tiffany Quay Tyson relate l'histoire tourmentée d'une famille qui fait écho à celle de toute une région, le sud des États-Unis,  profondément marquée par le passé esclavagiste, la ségrégation, la pauvreté et la violence.

 Par  une chaude journée d’été, Willet, seize ans, Bert, quatorze ans et leur petite sœur Pansy, six ans, décident d'aller se baigner dans une carrière malgré l’interdiction de leur père. Willet décide subitement d’aller dans la forêt et confie Pansy à sa sœur,  mais Bert ne résiste pas à la tentation d’aller cueillir des mûres. Juste un petit instant, mais, lorsqu’elle revient, Pansy a disparu. C’est d’autant plus inquiétant que l’endroit est considéré comme maudit, hanté par des esprits maléfiques et donc dangereux : une tragédie s’y est déroulée au temps de l’esclavage et il est marqué par une très grande souffrance.

 Au moment du drame le père qui vit d’escroqueries était absent et il ne reviendra pas. La mère ne peut accepter la disparition de Pansy, petite fille pleine de vie et joyeuse ; elle sombre dans la dépression. Bert, la narratrice, et Willet  sont livrés à eux mêmes et se démènent pour subsister tout en essayant de découvrir la vérité et de retrouver leur sœur car ils sont persuadés qu’elle est vivante.
Les relations entre la grand-mère paternelle, mamie Clem et sa belle fille étaient tendues et elle voyait peu ses petits enfants. Après le drame, elle recueille Bert. La jeune fille apprend à connaître cette grand-mère qui, grâce à sa très grande connaissance des plantes, aide les femmes à avorter ou à accoucher. Bert est confrontée à un monde dur et impitoyable.  Elle découvre que « le monde n'était tendre envers personne, mais visiblement, les femmes souffraient davantage que les hommes. »

Elle ne tarde pas à se rendre compte que bien des secrets lui sont cachés mais

sa grand-mère s’enferme dans le silence.

Elle et Willet ne renoncent pas à retrouver Pansy et leur quête les conduira en Floride dans les marais des Everglades, luxuriants et inhospitaliers.

Le récit alterne deux histoires familiales qui se répondent au fil des chapitres. Deux narrations qui vont se rejoindre et lever le voile sur les secrets accumulés.

Tiffany Quay Tyson met l’accent sur le vide, l’absence, la douleur de la perte mais aussi l’espoir qui anime Bert et Willet.

Elle excelle à nous faire ressentir l’ambiance oppressante des marais, la moiteur, la chaleur, les bruits, les odeurs de cette nature sauvage.

C’est un roman sombre, émouvant et prenant. Difficile de lâcher la lecture !

Je vous le recommande particulièrement.

 

Annie Pin

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13/12/2022 | Lien permanent

Mes Sou Thu n° 4

Le prix des 3 villages a motivé 48 lecteurs de Soucieu-en-Jarrest, et presque autant à Thurins et Messimy. Ce prix est l’occasion pour les lecteurs de diversifier leurs lectures : nouveaux auteurs, et des livres qu'ils n'auraient pas forcément choisis. Chaque année, une trentaine de lecteurs de romans découvrent aussi la richesse de la bande dessinée.

Samedi, nous avons marqué la clôture du prix MES-SOU-THU par une rencontre à Messimy. Une cinquantaine de lecteurs des trois communes se sont retrouvés pour une discussion autour de la sélection des 12 ouvrages, et de la proclamation des résultats.

Dans la catégorie des romans, le roman préféré à Soucieu est Un verger au Pakistan, de Peter HOBBS. Un court roman poétique et nostalgique, malgré son thème assez sombre : un homme, jeune encore, se reconstruit peu à peu, après des années terribles passées en prison,  injustement, pour avoir aimé la fille qu’il ne fallait pas. (critique). Cependant le grand vainqueur pour les 3 communes est Le bruit de tes pas,

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18/05/2014 | Lien permanent

Quand j'étais cagibi

Amy est devenue « cagibi » un vendredi où personne ne l’écoutait : elle est allée s’enfermer dans le cagibi pour bouder, en espérant qu’on viendrait la supplier de sortir… mais ses parents ont continué leurs activités sans trop s’inquiéter de ce caprice. Alors elle a décidé d’y rester indéfiniment, s’occupant comme elle peut, se nourissant de sauce bolognaise et autres conserves. Pour une fois, elle est soutenue par sa grande sœur.

Le roman, au ton très juste, relate avec humour ses humeurs fluctuantes, son imagination, son interprétation des bruits de la famille qui parviennent jusqu’à elle. Les enfants de CM1 ont été captivés par cette histoire, pourtant dépourvue d’action (et peut-être longue d’un chapitre de trop ?). L’identification au personnage principal est facile, et la chute a beaucoup plu !

Quand j'étais cagibi.gifQuand j’étais cagibi
Hélène Gaudy

illustrations d’Emilie Harel

Le Rouergue, collection Zig zag

février 2013, 7€

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11/03/2013 | Lien permanent

Légende d'un dormeur éveillé

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Légende d'un dormeur éveillé

Gaëlle NOHANT

éd. H. d'Ormesson, 2018, 23€

A Robert Desnos, on associe souvent un poème enfantin : « Une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête... ». Dommage de s’arrêter là. Qui soupçonnerait que Desnos a composé ce poème pour distraire un petit garçon juif  terré afin d'échapper à la Gestapo ?

Mais revenons aux années 30,  Desnos file sa jeunesse,  imprudent et  fêtard,  se livrant à des expériences d'hypnose avec Breton ; maladroit souvent, touchant d’être "celui qui aime trop".   Ces pages nous laissent découvrir un homme  empêtré dans sa sensibilité, infiniment  sincère dans ses engagements.  Vous croiserez ses amis : Prévert, Artaud , Argon, Eluard et le pétulant Jean Louis Barrault. La grande histoire croise la petite, les bruits de bottes se rapprochent. Desnos était une belle personne, un homme droit, viscéralement humaniste, veilleur prémonitoire, il  s'est engagé.

Figé trop tôt dans une éternelle jeunesse, le poète retrouve  grâce à ce roman sa stature et  son courage, magnifique…  On regrettera parfois le choix des extraits poétiques mais l'exercice était périlleux. A découvrir sans  réserve, une très belle lecture.

Sylvie B.

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13/09/2018 | Lien permanent

Et ils dansaient le dimanche

roman,rentrée littéraire

 

Et ils dansaient le dimanche

Paola PIGANI

L. Levi, 26/08/21, 19€

 

En 1929, la SASE (Soie Artificielle du Sud-Est) a besoin de main d’œuvre bon marché pour ses usines de soie artificielle de Vaulx-en-Velin, et recrute dans tous les pays d’Europe du Sud et de l’Est.  Arrivée dans un convoi d’ouvriers Hongrois, Szonja est logée à l’internat, et embauchée à l’usine, où elle enchaîne des journées interminables dans le bruit des machines et les vapeurs chimiques. Même les dimanches sont en principe voués à l’église. Seules restent quelques heures disponibles pour aller respirer près du château d’eau, se promener avec ses amis italiens, danser au bord de la Rize… ou peu à peu s’intéresser aux revendications politiques.

Paola Pigani tente de dérouler l’histoire des ouvriers immigrés de Vaulx-en-Velin, Villeurbanne ou Décines, entre la grande crise et le Front Populaire. Elle dénonce un système à la fois patriarcal (logement des ouvriers "méritants" près de l'usine) et inhumain (conditions de travail, licenciements abusifs,...), véritable machine à exploiter, où les ouvriers et ouvrières s'épuisent et ruinent leur santé, sans pour autant en retirer de quoi vivre dignement.

Le sujet est vaste, et le roman très documenté. Au point, peut-être, que les personnages manquent un peu de chair. On aurait aimé s'attacher davantage à Szonja, Elsa, Mario ou les autres...

Un livre instructif et indispensable -surtout dans la région lyonnaise !

Merci à la librairie Lulu de Mornant pour la découverte de cet exemplaire de presse
Aline

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10/08/2021 | Lien permanent

man

"Je m'appelle Mãn, qui veut dire "parfaitement comblée" ou "qu'il ne reste plus rien à désirer", ou "que tous les vœux ont été exaucés". Je ne peux rien demander de plus car mon nom m'impose cet état de satisfaction et d'assouvissement. Contrairement à la Jeanne de Guy de Maupassant qui rêvait de saisir tous les bonheurs de la vie à sa sortie du couvent, j'ai grandi sans rêver."

 

La vie de Mãn et celle de sa maman sont évoquées par petites touches : des destinées de femmes discrètes jusqu'à l'effacement, qui s'expliquent par la vie de sa maman au Vietnam. De sa "mère froide" (belle-mère) sa maman a surtout appris à devenir souple, indécelable, voire invisible, ce qui lui a servi pendant la guerre civile où elle s'est retrouvé sous la coupe des révolutionnaires, et a pris le nom de Nhẫ = patience.

 

Mãn est mariée, pour son bien et sa sécurité, à un Vietnamien émigré à Montréal, qui tient un restaurant.

"Maman a su nous offrir une vie calme, toujours sous la vague. J'ai retrouvé cet espace entre deux eaux à Montréal, dans la cuisine de mon mari. Les mouvements de la vie extérieure étaient mis à l'écart par le bruit constant de la hotte, le temps était marqué par le nombre de commandes…"

 

Le restaurant réunit la diaspora Vietnamienne à Montréal, nostalgique des saveurs du pays, à qui Mãn prépare des repas typiques inspirés de ses souvenirs. "En quelque mois, ces clients, qui venaient seuls au début, ont commencé à arriver accompagnés d'un collègue de travail, d'un voisin, d'une amie. Plus les gens attendaient dans l'entrée, puis à l'extérieur, sur le trottoir, plus je passais mes nuits dans la cuisine."

 

Encouragée et aidée par son amie Julie, Mãn sort peu à peu de sa cuisine, donne des cours de gastronomie, voyage et s'ouvre aux sentiments. C'est la transformation d'une chenille en papillon, au rythme des saveurs raffinées des plats vietnamiens.

 

Comme dans son roman précédent, , l'auteur réunit puissance évocatrice et sobriété, et charme le lecteur par sa capacité à peindre précisément caractères,  ambiances et saveurs en peu de mots.

Les retours en arrière compliquent parfois la compréhension du récit, mais l'enrichissent d'un regard sur le passé.

 

vietnam,femme,cuisinemãn

Kim Thúy

Editions L. Levi, mai 2013, 143 p., 14.50 €

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01/07/2013 | Lien permanent

La nuit des béguines

roman historique

 

La nuit des béguines

Aline KINER

Liana Levi, 2017, 329 p., 22€

 

Au 13ème siècle, sous la protection de Louis IX, des petites communautés de béguines se sont établies à travers le royaume de France. Un grand béguinage a été créé à Paris dans le quartier du Marais pour accueillir des femmes pieuses, veuves ou célibataires. Ce refuge leur offre une alternative à la tutelle d’un époux ou de l’Eglise. Elles peuvent, par choix, vivre, travailler ou étudier comme bon leur semble, libérées de toute autorité hormis celle du roi. Elles forment une communauté de femmes libres et indépendantes.

L’histoire se situe au début du 14ème siècle, au moment où le roi Philippe Le Bel fait arrêter les Templiers, et où l’intolérance se développe. Les béguines, trop libres, trop cultivées, sont dans le collimateur de l’Inquisition. Un événement dramatique va précipiter la fin du béguinage. Marguerite Porete, béguine de Valencienne écrit un manuscrit intitulé « Le Miroir des âmes simples et anéanties ». Elle critique les clercs et théologiens et loue l’amour direct pour Dieu, en dehors de toute institution. Considéré comme hérétique, son manuscrit est brûlé. Cependant Marguerite persiste dans ses convictions et continue à écrire. Arrêtée, elle ne renie rien et est brûlée vive place de Grève à Paris en 1310.

Sur ce fond historique Aline Kiner brosse le portrait de femmes attachantes, à forte personnalité. Maheut, une adolescente rousse (à l’époque ce détail a son importance) mariée contre son gré à un mari violent, qui fuit et trouve refuge dans ce havre de paix ; Isabel la doyenne, herboriste et guérisseuse ; Ade, lettrée, belle et noble que la vie a rendue amère ; et Jeanne du Faut femme entreprenante, négociante en tissus de qualité et responsable d’un atelier de tisseuses, fileuses, brodeuses. Humbert, un moine franciscain, recherche Maheut et son destin va être lié à celui des béguines.

Passionnant, divertissant, très documenté, d’un intérêt historique, culturel et social incontestable, le roman d’Aline Kiner fait découvrir dans cette fresque palpitante un Moyen-Âge méconnu. C’est à la fois un voyage au cœur de Paris, ville grouillante et animée, pleine d’odeurs et de bruits et en même temps la découverte plus intime et délicate, presque secrète, d’un béguinage royal au cœur du Marais.

Ce roman  nous fait vivre cette expérience sociale et spirituelle de l’intérieur, comme un bel hommage rendu à ces femmes d’exception.

Annie

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31/01/2018 | Lien permanent

Moi

Moi

Sabina BERMAN, Seuil, mars 2011

 

Lorsque la tante Isabelle est venue prendre possession des immenses conserveries Atunes Consuelo héritées de son grand-père, elle ignorait que celles-ci étaient au bord de la faillite. Quand elle s’est installée dans la grande maison en ruine laissée par sa sœur, elle ne connaissait même pas l’existence de sa nièce !

 

Enfant sauvage et maltraitée, Karen est recueillie par sa tante Isabelle qui l’élève de son mieux, malgré ses différences, et essaie de l’ancrer dans ce monde. Autiste, Karen peut s’absorber complètement dans le monde qui l’entoure, s’absenter dans le bruit des vagues jusqu’à oublier son "Moi".

 

Jeune fille aux capacités différentes, elle a une conception de la vie particulière :

p.38   

« J’ai trouvé dans un livre ancien, écrit par un philosophe français, une phrase qui met en mots ma distance à l’égard des humains :

"Je pense, donc je suis"

Cette phrase m’a laissée bouche bée, car elle est, évidemment, incroyable. Il suffit d’avoir 2 yeux au milieu de la figure pour voir que tout ce qui existe commence d’abord par exister, avant toute autre chose.

Mais le plus incroyable, c’est que le philosophe en question ne propose rien de pareil, il se contente de mettre en mots ce que les humains croient à propos d’eux-mêmes. Que d’abord ils pensent, et ensuite ils existent.

Et voici le pire : comme les humains vivent ainsi, croyant que d’abord ils pensent et qu’ensuite ils existent, ils pensent alors que tout ce qu’ils ne pensent pas n’existe pas.

Les arbres, la mer, les poissons dans la mer, le soleil, la lune, une colline ou une énorme montagne : non, tout cela n’existe pas complètement, tout cela existe sur un mode d’existence secondaire, mineur. Par conséquent, tout cela mérite d’être marchandise ou nourriture ou paysage des humains, et rien d’autre. […]

Mais moi, je n’ai jamais oublié que j’ai existé avant d’apprendre, très péniblement, à penser.

Et tous les jours c’est à mes yeux la réalité. J’existe d’abord et ensuite, parfois, avec lenteur et difficulté, uniquement quand c’est absolument nécessaire, je pense, Moi.

Voilà ma distance vis-à-vis des humains. »

Lorsque Karen commence à travailler dans la pêcherie de thons, sa sensibilité particulière l’amène à une conception extraordinaire de la pêche. Elle se passionne pour les thons, et essaye d’améliorer leurs conditions de pêche et d’abattage, puis de vie…

 

Coup de cœur d’Aline.

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19/10/2011 | Lien permanent

Sur les chemins noirs

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Sur les chemins noirs

Sylvain TESSON

Gallimard, 2016, 15 €

 

En août 2014 Sylvain Tesson se blesse grièvement en tombant d’un toit. Sur son lit d’hôpital, il se promet -s'il s'en sort- de traverser la France à pied, une thérapie qu’il estime plus bénéfique que quelques semaines de rééducation.

Pour sa première pérégrination en France il choisit de traverser des zones rurales décrites dans un récent rapport sur l’aménagement des campagnes françaises, la France de « l’hyper ruralité » (selon les « experts»). C’est donc avec un peu d’ironie (passer de Kaboul à Châteauroux) et beaucoup d’appréhension qu’il se met en route. Il emprunte des chemins noirs, des pistes rurales, des sentiers oubliés, des itinéraires de traverse que seules indiquent encore les cartes IGN et qui l'emmènent pendant 3 mois du Mercantour à la pointe du Cotentin.

La marche, l’observation, l’émerveillement devant la beauté de la nature, la rencontre avec des gens simples, des paysans accueillants, des retraités disponibles ne constituent pas le seul intérêt de ce livre. Sylvain Tesson nous livre aussi ses réflexions sur la société actuelle. Tout au long de son parcours il s’interroge sur ce qu’il voit, et sur ce qui, selon lui, se dessine dans ce document tout administratif sur l’hyper ruralité. Que penser de ce rapport où il est proposé des mesures comme «  le droit à la pérennisation des expérimentations efficientes » et l’impératif de « moderniser la péréquation et de stimuler de nouvelles alliances contractuelles » !!! Que signifie ce langage ? Où est l’humain ?

Nous cheminons avec lui loin du bruit, des combats politiques, des  mauvaises nouvelles véhiculées par les médias assourdissants.  Il nous mène sur un chemin d’odeurs, de sensations, de silence. Il suscite une nostalgie pour la France des aïeux qui modelèrent un paysage que nous avons saccagé par notre prétention à la modernité des « territoires ». Sylvain Tesson signe un hymne à la beauté de terroirs et de paysages en danger, dénonce les ravages de la globalisation et célèbre les derniers occupants de ces espaces de liberté.

Cette longue marche ne répare pas seulement le corps meurtri de Sylvain Tesson, c'est aussi un chemin de reconstruction de l'âme, la quête salvatrice de soi. Il est bon de temps en temps de se plonger dans des épisodes de silence, de solitude, de calme. J’ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir.

J’ai aimé découvrir ou redécouvrir cette France à laquelle je suis particulièrement attachée et le regard qu’il porte sur la société et l’évolution de notre monde.

Annie

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12/09/2017 | Lien permanent

Le jardin des brumes du soir

roman étranger, Malaisie, mémoire, jardin japonaisLe jardin des brumes du soir

Tan Twan Eng

Flammarion 2016, 437 p., 22€

Traduit de The Garden of Evening Mists par Philippe Giraudon

 

Juge à la cour suprême de Malaisie, Yun Ling Teoh prend sa retraite anticipée et quitte Kuala Lumpur pour revenir dans les Cameron Highlands, pour la première fois depuis 36 ans. En retrouvant la plantation de thé de Majuba, et surtout la maison et le jardin de Yugiri, elle se décide enfin à laisser remonter ses souvenirs, avant qu’ils ne disparaissent.

" Où que je me trouve, j’entends les échos de bruits depuis longtemps passés." " D’innombrables chauves-souris sortent des centaines de grottes criblant ces versants. Je les regarde plonger dans les brumes sans aucune hésitation, en se fiant aux échos et aux silences au milieu desquels elles volent. Je me demande si nous sommes tous pareils, si nous gouvernons notre vie en interprétant les silences entre les paroles, en analysant les échos en retour de notre mémoire afin de reconnaître le terrain et de comprendre le monde qui nous entoure ? "

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Cameron Highlands, août 2017

" Sur un sommet du centre de la Malaisie vivait jadis un homme qui avait été jardinier de l’Empereur… " Au début des années 1950, Yun Ling (ou « Forêt des nuages » en chinois) se rend auprès de Nakumura Arimoto, ancien jardinier de l’Empereur exilé dans son jardin de Yugiri. Malgré sa haine des Japonais, elle vient lui demander de créer un jardin à la mémoire de sa sœur, morte dans un camp japonais. Dans leurs pires moments d’internement, les deux sœurs s’évadaient en faisant les plans de leur jardin imaginaire. Paradoxalement, Yun Ling trouve un certain apaisement auprès de ce maître japonais, qui lui transmet son savoir dans le " jardin des brumes du soir ", tandis qu’à l’extérieur la guérilla communiste monte en intensité.

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Cameron Highlands, août 2017

L’histoire complexe de la Malaisie affleure dans ce récit, où les conquêtes successives ont laissé une population multiethnique : aborigènes « Orang Asli », Boers, Anglais, Chinois et Indiens. Mais l’un des sujets centraux en est aussi, selon moi, la mémoire : vivre avec ses souvenirs, oublier, pardonner et se pardonner. Après avoir longtemps voulu oublier ses années difficiles, c’est lorsqu’elle commence à perdre ses souvenirs que Yun Ling essaie de les retenir.

L’écriture mesurée et le rythme assez lent demandent une grande attention, car l’auteur évoque plus qu’il ne raconte. Comme dans le jardin japonais placé au centre du récit, le roman est beaucoup plus riche qu’il ne semble au premier coup d’œil, et se prête à des interprétations à de multiples niveaux. Les secrets d’Arimoto ne font qu’affleurer, comme ces rochers décorant le bassin, dont la plus grande partie est cachée. La vie de ce maître est un chef d’œuvre de dissimulation, à l’aune de son art du shakkei (paysage emprunté) : dissimuler une partie du paysage permet de le révéler selon la perspective, et intégrer le paysage de faire paraître le jardin plus grand qu’il ne l’est… D’ailleurs la fin du récit ne donne pas de réponses à toutes les questions de Yun Ling...  ou du lecteur.

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Tan Twan Eng est né en 1972 à Penang, en Malaisie. Il a fait des études de droit en Angleterre, et exercé comme avocat à Kuala Lumpur, avant de se consacrer à l’écriture. Le Jardin des brumes du soir, son second roman, a été finaliste du Man Booker Prize en 2012 et lauréat de plusieurs prix.

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26/11/2016 | Lien permanent

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