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Reflets d'argent

"Il y avait un homme dans l’eau. Ou du bois flotté ? Des algues ? Non, c’était un homme, à n’en pas douter. Qui dérivait, ballotté par les vagues. Il avait les cheveux noirs, la barbe, la peau très pâle. Les yeux ronds comme ceux d'un phoque… Il semblait sourire, en flottant. Puis il leva les bras -les leva au-dessus de lui, joignit les paumes comme pour faire une prière- et jeta en avant ces bras qui fendirent l’eau du bout des doigts, suivis par sa tête et son corps qui formèrent un arc. Il plongea dans la mer et disparut.

L’espace d’un instant il n’y eut plus rien.

Puis, dans son sillage, il y eut une queue – une immense queue aux reflets d’argent… Et à cet instant, à cet instant précis, alors que la mer s’écrasait sur les galets de Sye, et qu’une mouette se posait sur les rochers tout proches, il entendit très clairement une voix. Ce n’était pas comme s’il y avait quelqu’un à côté de lui ; c’était une voix profonde et douce qui semblait l’environner au point que le fermier se tourna et se retourna.

Elle soufflait autour de lui : Espère.

La voix venait des falaises. Elle montait des galets. Il regarda mais il n’y avait que l’écume, moussante, et la blanche dentelle des eaux fendues, là où la queue avait surgi….

 

C’est étrange, comme tous les mythes. C’est une histoire familière aussi, car beaucoup de parents ont chuchoté le conte de l’Homme-poisson à leurs enfants… Il n’a pas d’âge, dit-on, et ne peut mourir. Il vit comme les poissons, dans le calme des profondeurs d’un vert dense, mais fait parfois surface pour jeter un coup d’œil vers la terre. Même de nos jours, il y a un habitant de l’île qui affirme avoir vu l’Homme-poisson -son sourire plein d’amour, ses écailles qui accrochent la lumière quand il plonge. D’autres disent, aussi, que si jamais on se sent réconforté, ou si jamais on entend Espère – ou bien encore Aie confiance, ou Tu n’es pas seul- en marchant au bord de la mer, en posant le pied dans un bateau, en observant la bâche secouée par le vent au-dessus du bûcher, en allant tirer les rideaux le soir et en s’arrêtant parce que les dernières lueurs sur l’eau sont superbes, comme de l’or, ou en contemplant les reflets de nos bottes dans le sable mouillé et ferme à marée basse, c’est que l’Homme-poisson passe. Il est près de la côte, regarde l’île. Il connaît notre peine –et souhaite qu’elle cesse.

 

C’était difficile à croire. Quand j’ai entendu Espère sur le rivage, c’était en moi que les paroles résonnaient et de moi qu’elles émanaient –avec moi seule pour réconfort, m’efforçant de me maintenir à flot. Mais quel mal y a-t-il à croire à de tels contes ? Le plus souvent, je me dis que c’est le mieux à faire."

 

Sur l’île de Parla, les légendes de la mer sont parfois préférées à la dure réalité. Parmi toutes celles que l’on raconte, la plus belle, ou la plus réconfortante, est celle de l’Homme-poisson. Aussi, lorsqu’un homme inconnu à la barbe noire est  retrouvé – amnésique et quasi nu- dans la crique de Sye, les insulaires ont-ils envie de croire qu’il est l’Homme-poisson, venu pour apporter un changement bénéfique sur l’île.

 

Car depuis 4 ans, où la mer a pris Tom, le plus grand, le plus jeune et le plus joyeux des frères Bundy, l’île est comme figée dans ses habitudes et dans sa tristesse. Marins et éleveurs de moutons triment en solitaires, les femmes se referment sur leur colère ou leur désolation, et on ne parle pas de peur de réveiller la douleur ou la culpabilité.

 

Susan Fletcher tisse un récit à la fois ancré dans la réalité et inspiré de légende. Elle écrit par vagues qui se recouvrent, entremêlant le quotidien des insulaires, leur fascination pour les contes, l’absence et le deuil. Son style est un peu particulier, et le lecteur « nage » un peu au début, le temps de situer les lieux et les personnages. Il peine à situer la narratrice, glaneuse des marées basses et pêcheuse de homards. Puis, peu à peu se dessine un paysage côtier et une histoire de plus en plus envoûtante.

 

île,mer,deuil,légendeLes reflets d’argent

Susan Fletcher

Plon (Feux croisés), 2013, 461 p., 22 €

Traduit de l’anglais par Stéphane Roques

 

Du même auteur, les lecteurs ont beaucoup aimé Le bûcher sous la neige

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Sélection de janvier

Livres présentés par Ginette, Martine, Chantal, Muriel, Claude, Marie-Claire, Annie P., Annie B., Jacqueline, Maryvonne et Aline.

 

Khaled Hosseini

Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Belfond, 2013, 22.50 €

Histoires de famille et de migration d’Afghans simples. Malgré des évènements difficiles, l’écriture de Khaled Hosseini est toujours lumineuse.

 

Rokhaya Diallo

Comment parler du racisme aux enfants

Le baron perché, 2013, 16 €

Préface de Lilian Thuram

Très bon support pour parents et enseignants.

 

Frédérique Hébrard

Les châtaigniers du désert

Plon, 2005, 19 €

Beau roman, sur les Cévennes et l’importance des racines familiales, par l’auteur de nombreux bestsellers.

 

Pierre Lemaître

Robe de marié

Calmann-Lévy, 2009, 17.25 €

Très bon suspense psychologique, déstabilisant. Sophie semble perdre la tête…

Par l’auteur du Goncourt 2013, unanimement apprécié : Au revoir là-haut.

 

Beyrouk

Et le ciel a oublié de pleuvoir

Aux confins du Sahara, une héroïne libre provoque la tribu, en refusant de suivre la destinée tracée par les traditions.

 

Franck Maubert

Le dernier modèle

Mille et une nuits, 2012, 12.50 €

Prix Renaudot Essai

Caroline, modèle-muse-amante d’Alberto Giacometti, revit son histoire avec lui, de 1958 à 1966 (dernières années de l’artiste).

 

René Guitton

L’entre-temps

Calmann-Lévy, 2013, 16 €

Né en 1943 d’une mère d’origine italienne, dans un  camp d’internement au fond du Maroc, Alexandre fait un voyage de mémoire, hommage d’un fils à son père mort jeune.

 

Troy Blacklaws

Un monde beau, fou et cruel

Flammarion, 2013, 19 €

Afrique du Sud, 2004. Lutte pour la survie de 2 hommes, Jiro et Jabulani, dans un pays en butte à la criminalité et à la violence, mais également empreint de poésie.

 

Jean Paul Feuillebois et Nicole Blondeau

Victoria la scandaleuse : vie extraordinaire de Victoria Woodhull (1838-1927)

Le livre de poche, 1980

Biographie romancée d’une femme politique américaine en avance sur son temps. Première femme agent de change à Wall Street, militante pour les droits des femmes (de l'amour libre au droit de vote). Elle fut en 1872 la première femme à se présenter à l'élection présidentielle américaine.

 

Georges Fenech

Apocalypse imminente ? Les sectes en ébullition.

Calmann-Lévy, 2012, 18.50 €

L’auteur rend compte du travail de vingt ans d’une commission sur les sectes et manipulations en tous genres.

 

Les autres livres évoqués ont des critiques extensives sur le blog : Les Reflets d’argent de Susan Fletcher, Princesse Bari de HWANG Sok-Yong, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures de Paola Pigani, Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik, Oradour le verdict final de Douglas W. Hawes, un océan de pavots d'Amitav Ghosh.

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14/02/2014 | Lien permanent

Soirée dictée

La classe, les filles !

Lorsque la cloche a sonné, ce sont des filles et uniquement des filles (les courageuses!) qui se sont installées derrière les bureaux en attendant que maître Gérard commence sa dictée.

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Dans une ambiance studieuse et amicale, chacune a tenté de déjouer les pièges que cachait le court extrait de L’élégance du hérisson de Muriel Barbery.

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Il  n’y a pas eu de zéro faute pour cette première édition, mais un joli palmarès jarrézien: une médaille d’or pour Josette Belland, une médaille d’argent pour Marie-France Pillot et une médaille de bronze pour Sylvie Broyer. soirée dictée MFP Josette 2.jpg

 

La classe est terminée !

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26/11/2019 | Lien permanent

Harcèlement

Voici, totalement à l’opposé l’un de l’autre, deux livres sur le sujet du harcèlement entre élèves. Le premier est un roman touchant, résolument optimiste, le second un témoignage poignant.

harcèlementLes petites reines

Clémentine BEAUVAIS

Sarbacane (Exprim’), 01/04/15, 270 p, 15.50€

Astrid, Hakima et Mireille ont été élues sur Facebook respectivement Boudin d’or, Boudin d’argent et Boudin de bronze. Tout leur lycée est au courant, puisque c’est un camarade de classe qui mène chaque année ce cruel concours. Seulement voilà, il s’attaque cette fois-ci à une Mireille endurcie, qui a appris à gérer les moqueries et à réagir. Mireille réunit les trois filles autour d’un projet commun : se rendre à Paris à vélo pour s’incruster à la garden-party de l’Elysée. Poussées toutes trois par de puissantes motivations, elles ne reculent devant aucun effort ! Leur voyage à vélo épique, tirant

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21/05/2015 | Lien permanent

un cadeau

Un cadeau, Eliane Girard, Buchet-Chastel, 2012, 14 €

Félicien se définit lui-même comme un inconstant… ou pour utiliser un mot plus "tendance", un  procrastinateur. Pour les 30 ans de sa copine Laure, dont il se dit très amoureux, il  recherche un cadeau dans l'urgence du dernier moment. Hélas, la taille 38 n'est plus disponible pour la veste repérée, le créateur qu'elle aime ne propose cette année que des couleurs vives qu'elle déteste… Après une quête désespérée, Félicien finit par se laisser tenter par une paire de bottes de marque absolument sublimes et incroyablement chères.

Le lecteur suit le monologue intérieur de Félicien, ses hésitations, ses questionnements anxieux : les bottes plairont-elles ? Malgré leur origine ? Que représente vraiment la somme d'argent dépensée, et qu'aurait-il pu faire d'autre avec ? Comment se promener dans le métro avec le sac d'une marque de luxe ?

En un mot, il n'assume pas ! Un texte léger, plein de rebondissements que je n'évoque pas pour ne pas vous gâcher le plaisir de lecture, et qui pourtant pose de réelles questions sur la valeur des choses, le rapport à  l'argent, la sincérité… Aline