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24/10/2008

Ce que le jour doit à la nuit

Ce que le jour doit à la nuit    de Yasmina KHADRA     Julliard, 2008

 

 

Le récit commence par  la descente aux enfers d’un paysan ruiné dans l’Algérie coloniale. Younes est son fils. On s’épuise un peu dans  les 50 premières pages, rien ne domine cette  enfance  miséreuse, grise à force d’être  sinistre.

 

Erreur, il faut s’accrocher, c’est un vrai roman, pas un documentaire. Younes  grandit, devient Jonas et tourne le dos à sa filiation d’origine. L’histoire prend  son relief avec de belles images féminines (voir  la photo en  couverture). L’insouciance cruelle du colonialisme se conjugue avec la  légèreté des amitiés d’adolescence. Khadra nous décrit un monde perdu : le rêve des colons qui  jusqu’au bout s’obstinent,  ferment  les yeux sur les massacres perpétués, de part et d’autre.  Pour Jonas, le balancier s’est inversé, il est devenu  un homme  établi, mesuré, respecté qui  survivra à la guerre fratricide. Son désastre est intérieur, il a toujours appris à perdre, à plier, à nier sa filiation,  à  mettre son  désir en sourdine. On n’en dira pas plus sur le grand amour de sa vie… pour préserver le déroulement du récit.

 

Le contexte reste  politique: Y Khadra  raconte au quotidien  le départ des  «pieds noirs».  Nos  héros de « Rio Salado »  n’ont jamais « guéri du bled »,  une nostalgie douloureuse qu’ils partagent  avec ces  « frères » méconnus... qu’ils traitaient si mal de l’autre côté de la Méditerranée.  

 

Je m’interroge encore sur le sens du titre : « Ce que le jour » (la sortie du colonialisme, la « réconciliation ») doit à la nuit (cette misère noire qui a englouti la génération précédente, les parents de Younes) ? Mais  le romancier dépasse  le  seul témoignage politique. Jonas est un vrai personnage de roman, déchiré sur un drame intérieur.  Cette « nuit », Jonas la porte en  lui. Son fardeau : c’est la soumission,  l’obéissance,  son silence…. qui lui ont aussi permis de survivre ! Jonas  est devenu un vieillard presque serein, sa survie il l’a  payée  au prix fort : mutilé,  jusque dans ses choix les plus intimes. Optimiste, pessimiste : le livre est fort de tous ces contrastes… comme son très beau titre.

 

Sylvie

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