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21/05/2009

Je te retrouverai

Je te retrouverai, John IRVING    Seuil, 2006

Jack Burns, acteur américain au physique avantageux, connaît un succès honorable au cinéma. Mais sa vie privée n’est pas à la hauteur, et il suit depuis plusieurs années une thérapie auprès d’une psy qui l’encourage à dérouler le fil chronologique de sa vie. Ce qu’il fait, au bénéfice du lecteur.

Il évoque son enfance dans les ports de Mer du Nord avec sa mère tatoueuse, " la fille de Persévérance ", à la poursuite de son père. Suivent les années dans une école de filles à Halifax (Canada) puis dans des pensionnats américains. Son apprentissage de la lutte… et son éducation sexuelle par des femmes de tous âges. Sa seule relation durable est celle, équivoque, qu’il entretient avec la jeune Emma.

Ressemblant énormément à son père, très beau, il craint longtemps de devenir, comme lui, un vil séducteur, mais le récit montre peu à peu qu’il est plutôt énormément manipulé par les femmes, à commencer par sa mère !

Il lui faudra refaire l’itinéraire parcouru enfant avec sa mère pour démêler le vrai du faux et reconstruire sa mémoire, puis partir à son tour à la recherche de son père.

Beau (mais très long !) roman d’initiation, rempli de personnages pittoresques et attachants.

Aline

Quitter le monde

Quitter le monde, de Douglas KENNEDY        Belfond, 2009

L’auteur déroule pour nous, par étapes, la vie d’une intellectuelle universitaire américaine qui possède toutes les qualités : intelligente, belle, passionnée par son travail, intègre… mais néanmoins malheureuse.

Depuis son enfance mal-aimée auprès d’une mère qui lui reproche le départ de son père, Jane culpabilise, intériorise ses émotions, minimise ses relations aux autres.

Malgré tout, elle vit pendant quatre ans une liaison heureuse avec un professeur remarquable (mais marié), brutalement interrompue par la mort de celui-ci. Accident ou suicide après le " bide " de son roman expérimental ? aucune certitude…

La vie continue, avec des hauts et des bas : un père qui n’a qu’indifférence pour Jane, et l’utilise même contre son gré. Une incursion dans le milieu des traders. Quelques années auprès d’un dingue de cinéma immature. Le bonheur incroyable d’être la mère d’une petite fille merveilleuse. L’accident. La dérive. Je ne développe pas cette partie pour ne pas trop en dire aux futurs lecteurs…

Jane choisit de " quitter le monde " en partant vivre au Canada, en coupant tout lien avec sa vie passée et en survivant avec le minimum… décision contrecarrée par l’impossibilité de préserver son anonymat et son intimité lorsque n’importe qui peut retracer votre vie et votre carrière en quelques clics sur Internet !

Au total, un bon Kennedy. La vie de Jane est vraisemblable, certains aspects de sa personnalité sont bien rendus. Par contre sa propension à laisser jobs et amis au bord de la route me dérange !

Par sa description du milieu universitaire nord-américain (et de ses mesquineries), la plume de Douglas Kennedy m’évoque les romans de Robertson Davies, que j’avais dévorés avec délices il y a… 20 ans déjà ! Hum, je me réjouis déjà à l’idée de relire la trilogie Cornish (enfin, si je trouve le temps !).

Par contre, j’ai du mal à comprendre l’intérêt de la partie " thriller " intégrée en fin de roman, qui me semble décalée par rapport à l’ensemble du livre.

Votre avis ?

Aline

05/05/2009

Le village de l'Allemand

Le village de l’Allemand,

ou le journal des frères Schiller

Boualem SANSAL, Gallimard, 2007

 

« Tout a  commencé le lundi 25 avril 1994, à 20 heures. Un drame qui en entraîne un autre qui en révèle un troisième… »

 

Deux frères, de père allemand et de mère algérienne, mais élevés dans une cité de la banlieue parisienne par leur oncle Ali, apprennent que leurs parents sont morts dans le massacre de la population du village d’Aïn Deb par le GIA.

 

Suite au voyage du frère aîné pour se recueillir sur la tombe de ses parents, ils apprennent, l’un après l’autre, que leur père, cheik du village, n’est pas l’homme droit et intègre qu’ils idéalisaient, mais un ancien nazi au lourd passé de criminel de guerre.

 

Ce roman est composé d’une alternance entre le journal de l’aîné, et les commentaires faits plus tard par son jeune frère : la découverte du passé nazi du père, l’enquête pour retracer son itinéraire et se renseigner sur  l’holocauste…

 

Face aux horreurs qu’ils découvrent, les deux frères sont bouleversés, et réagissent chacun à leur façon : Rachel, ingénieur cultivé et réfléchi, se noie dans le passé et la culpabilité, tandis que Malrich, jeune trublion des HLM, trace un parallèle avec l’intégrisme en expansion dans la Cité, et réagit sous le coup de la colère…

 

Aline

 

 

Ciel de nuit

ciel de nuit 1.JPG

Et oui, l'exposition est finie, mais les décors sont si beaux, et ils ont été faits avec tant de plaisir par les grands et les petits, que nous les gardons encore un peu, pour le plaisir...

Au zénith

AU ZENITH - Duong Thu Huong

S. Wespieser, 2009

 

Un beau portrait romancé, poétique et politique

Si vous aimez le voyage, tant pour regarder à la vitre qu’approcher les âmes, alors vous surmonterez sans peine les presque 800 pages de ce roman traduit du vietnamien.

 

Le  livre s’ouvre avec le monologue  supposé du vieil Ho Chi Minh, dans un portrait très librement adapté. Duong Thu Huong peint un homme amer et attachant, trahi par l’immense machine communiste qu’il a servie toute sa vie et à laquelle il aurait sacrifié la compagne aimée. Les idéaux politiques ont accouché d’un régime cruel où les vieillards font figure d’humanistes modérés.

 

Selon la romancière en exil, les usurpateurs ont su faire leur terreau d’une tradition millénaire où les  affaires familiales se règlent en place publique, où rumeur et délation ligotent désir et volonté individuelle. Les brutes sont familières, épouse ou fils dans le cercle des dirigeants. Comment un  peuple peut-il s’aveugler sur ses enfants corrompus ?

 

La romancière ose une hypothèse surprenante: « C’est par angoisse de devenir une âme errante qu’on ferme les yeux sur la bassesse de sa descendance. Des générations de parents ont serré les dents pour supporter l’ingratitude de leur progéniture dans l’espoir qu’après leur mort, elle s’occuperait correctement des funérailles. » Voilà  une lecture pour bouleverser nos repères !

 

Sylvie