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19/10/2011

Moi

Moi

Sabina BERMAN, Seuil, mars 2011

 

Lorsque la tante Isabelle est venue prendre possession des immenses conserveries Atunes Consuelo héritées de son grand-père, elle ignorait que celles-ci étaient au bord de la faillite. Quand elle s’est installée dans la grande maison en ruine laissée par sa sœur, elle ne connaissait même pas l’existence de sa nièce !

 

Enfant sauvage et maltraitée, Karen est recueillie par sa tante Isabelle qui l’élève de son mieux, malgré ses différences, et essaie de l’ancrer dans ce monde. Autiste, Karen peut s’absorber complètement dans le monde qui l’entoure, s’absenter dans le bruit des vagues jusqu’à oublier son "Moi".

 

Jeune fille aux capacités différentes, elle a une conception de la vie particulière :

p.38   

« J’ai trouvé dans un livre ancien, écrit par un philosophe français, une phrase qui met en mots ma distance à l’égard des humains :

"Je pense, donc je suis"

Cette phrase m’a laissée bouche bée, car elle est, évidemment, incroyable. Il suffit d’avoir 2 yeux au milieu de la figure pour voir que tout ce qui existe commence d’abord par exister, avant toute autre chose.

Mais le plus incroyable, c’est que le philosophe en question ne propose rien de pareil, il se contente de mettre en mots ce que les humains croient à propos d’eux-mêmes. Que d’abord ils pensent, et ensuite ils existent.

Et voici le pire : comme les humains vivent ainsi, croyant que d’abord ils pensent et qu’ensuite ils existent, ils pensent alors que tout ce qu’ils ne pensent pas n’existe pas.

Les arbres, la mer, les poissons dans la mer, le soleil, la lune, une colline ou une énorme montagne : non, tout cela n’existe pas complètement, tout cela existe sur un mode d’existence secondaire, mineur. Par conséquent, tout cela mérite d’être marchandise ou nourriture ou paysage des humains, et rien d’autre. […]

Mais moi, je n’ai jamais oublié que j’ai existé avant d’apprendre, très péniblement, à penser.

Et tous les jours c’est à mes yeux la réalité. J’existe d’abord et ensuite, parfois, avec lenteur et difficulté, uniquement quand c’est absolument nécessaire, je pense, Moi.

Voilà ma distance vis-à-vis des humains. »

Lorsque Karen commence à travailler dans la pêcherie de thons, sa sensibilité particulière l’amène à une conception extraordinaire de la pêche. Elle se passionne pour les thons, et essaye d’améliorer leurs conditions de pêche et d’abattage, puis de vie…

 

Coup de cœur d’Aline.

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