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24/12/2012

Cuba

Auteurs cubains

Par ordre d'âge, voici les auteurs cubains dont nous avons lu des ouvrages. Des thèmes nous ont semblé récurrents, chez plusieurs auteurs : pauvreté, corruption, exil, sensation de vide… et le rhum, qui coule à flots ! Les conséquences des événements historiques se font sentir, depuis  la colonisation jusqu'à la longue dictature communiste, ébranlée par la chute du mur et le démantèlement de l'URSS.


Guillermo Cabrera Infante (1929-2005)

Il a reçu en 1967 le prix du meilleur livre étranger pour Trois tristes tigres, et en 1997 le prix Cervantes pour l'ensemble de son œuvre. En 1958, l'auteur s'est exilé en Espagne, puis à Londres. Les deux recueils de nouvelles suivants ont été lus, mais pas appréciés par nos lectrices… trop noirs ?

Dans la paix comme dans la guerre (Gallimard, 1998)

Nouvelles écrites entre 1950 et 1958. Ce sont des chroniques de la vie quotidienne à Cuba, qui montrent la société cubaine sous la dictature de Batista : meurtres, oppression, et une profonde colère qui explique le soutien du peuple cubain à la révolution castriste.

Coupable d'avoir dansé le cha-cha-cha (Gallimard, 1999)

Comme le rythme du cha-cha-cha, les trois nouvelles de ce livre progressent par répétition et contraste. Elles commencent toutes par une scène identique : un après-midi de pluie, un homme et une femme déjeunent dans un restaurant du centre-ville de La Havane. Cette rencontre donne lieu, à chaque fois, à une histoire d'amour différente et à une approche d'un des multiples visages de Cuba.

 

Eduardo Manet (1930-      )

Ecrivain et réalisateur d'origine cubaine, Eduardo Manet a longtemps soutenu les révolutionnaires cubains. Exilé en France depuis 1968, de nationalité française depuis 1979, il a obtenu en 1992 le prix Goncourt des lycéens pour L'Ile du lézard vert (Flammarion) 

Rhapsodie cubaine (Grasset, 1996)cuba

L'action débute en juillet 1959. Edelmiro Sargats, homme d'affaires prospère, décide de quitter Cuba avec sa famille avant que l'île ne devienne un bastion du communisme. Les comportements diffèrent selon les exilés : les parents s'efforcent de recréer leur paradis cubain en Floride, dans ce quartier de Miami que l'on appelle la Petite Havane, et rêvent de revenir un jour au pays. Le fils, Julien, fait tout pour s'intégrer aux Etats-Unis…   Prix Interallié en 1996.


Leonardo Padura Fuentes (1955-       )

Né à La Havane, il vit toujours dans son quartier de Mantilla, qu'il partage avec son héros récurrent Mario Conde. Critique littéraire, scénariste, essayiste, Leonardo Padura s'attache à montrer la réalité sociale qui l'entoure. Il semble -et cela nous a surpris- qu'il n'ait pas été inquiété pour ses écrits. En 2012, il a même reçu le prix national de littérature de Cuba.

Le cycle des saisons comporte 4 tomes. Dans les trois que nous avons lus, ainsi que dans Meurtre d'un chinois à la Havane, l'intrigue policière n'est qu'un prétexte pour montrer les dérives de la société cubaine :

Vent de Carême (Metailié, 2004)

L'inspecteur Mario Conde rencontre une saxophoniste de jazz alors qu'il débute une enquête délicate. En même temps que le bonheur que lui apporte l'amour et la musique, il découvre les côtés obscurs de la société cubaine : drogue surtout, fraude, trafic d'influences, décomposition sociale...

Electre à la Havane (Metailié, 1998)

L'inspecteur enquête sur le meurtre d'un homosexuel, dans une société où cette "déviance capitaliste" est fortement réprimée. Parallèlement, il est confronté à un enquête au commissariat, qui révèle la corruption de ses collègues.

L'automne à Cuba (Metailié, 2000)cuba

A 35 ans, Conde est un excellent policier. Il est certes désordonné, boit trop, travaille de façon intuitive, cependant il résout ses affaires  avec succès. Décidé à démissionner suite aux affaires de corruptions dans son commissariat, il doit néanmoins résoudre une dernière enquête, liée à la période des confiscations de villas et d'objets de valeurs des Cubains fortunés partis en exil après la révolution. Sa rencontre avec les profiteurs du régime communiste ne fait que l'écœurer d'avantage, et il appelle de tout son être l'arrivée de l'ouragan Felix qui donnera l'illusion d'un grand nettoyage… Il cherche à se consacrer à l'écriture, tandis que ses amis de jeunesse et de beuverie réfléchissent au néant de leur existence et au sens à donner à leur vie.

Adios Hemingway (Metailié, 2005)cuba

Mario Conde mène une ultime enquête délicate : en effet, les pluies diluviennes ont déraciné un énorme manguier dans l'ancienne résidence à La Havane de Hemingway, mettant à jour un cadavre… et une plaque du FBI. Conde se penche sur les derniers jours d'Hemingway, qu'il a tant admiré lorsqu'il était jeune, mais qui n'apparaît pas ici sous son meilleur jour. Sous la plume de Conde, ou de Padura, il devient un aventurier, avide de prouver sa force et sa virilité, qui aurait en quelque sorte pris sa retraite à La Havane, sans jamais s'intéresser réellement à la vie de la population. Ni même à celle de ses employés, si ce n'est pour se les attacher. Américain communiste, il aurait été surveillé jusqu'à sa mort par le FBI…

Ce court roman peut désarçonner car il alterne sans préavis entre deux époques : les derniers jours d'Hemingway à Cuba, en 1958, et l'enquête de Conde, qui présente peu d'intrigue, pas d'action, mais est plutôt prétexte à réfléchir sur l'écrivain et l'écriture.

Le palmier et l'étoile (Métailié, 2003)cuba

Fernando revient passer un mois à La Havane, après 18 ans d'exil, espérant enfin trouver le mystérieux manuscrit autobiographique du grand poète José Maria Heredia, auquel il a consacré sa thèse. Il veut aussi tirer au clair les circonstances qui l'avaient contraint à l'exil, trouver qui l'avait dénoncé. Cette recherche alterne avec le journal de Heredia, alors que Cuba luttait pour son indépendance, et avec les réflexions du fils du poète, franc-maçon, vers 1920. Peu à peu émergent des parallélismes surprenants dans la vie des trois hommes, pris dans la tourmente de l'histoire politique de Cuba. Dénonciations, exil, intrigues politiques et trahisons semblent inévitables…


Zoé Valdes (1959-      )

En 1995, après la publication de son roman « Le néant quotidien », elle est contrainte à l’exil, pour insoumission au régime castriste, accompagnée de son conjoint et de sa fille. Romancière, poète et scénariste cubaine elle réside en France.

Nos lecteurs n'ont pas aimé ses œuvres récentes : Danse avec la vie (Gallimard, 2009), Le pied de mon père (Gallimard, 2002). Des pages trop crues, trop violentes, les ont mis mal à l'aise. Par contre, Annie a beaucoup aimé La douleur du dollar (1997) et Le néant quotidien (1995).

Le néant quotidien (Actes Sud, 1995)cuba

Zoé Valdes raconte l'histoire d'une jeune Cubaine, engluée dans le néant de sa vie quotidienne. Au travail –et elle a de la chance d'avoir du travail- elle attend que les heures passent. Elle a deux liaisons, peut-être pour échapper au vide et à la vie cubaine morose de la " période spéciale " : privations, pénurie, liberté si précaire… L'auteur décrit Cuba comme "l'île qui avait voulu construire le paradis et qui engendra l'enfer".


Karla Suarez (1969-      )

Ingénieur et écrivaine, elle a vécu quelques années, à Rome et à Paris, et vit actuellement au Portugal.  

Tropique des silences (Metailié, 2002)

Au passage de l'enfance à l'adolescence, celle que ses copains ont longtemps surnommée P'tit Mec s'interroge sur ses origines, et se dresse contre les obsessions et les mensonges  familiaux. Elle cherche sa voie, mais contrairement à beaucoup d'autres, elle refuse de quitter Cuba... se privant ainsi d'avenir ? Prix du premier roman en Espagne en 1999.

La voyageuse (Metailié, 2005)cuba

Par un procédé de lecture de journal intime et de flashbacks, le roman déroule la vie de deux Cubaines, exilées par choix. L'une, nomade,  "cherche sa ville" et arpente les capitales, ne s'arrêtant jamais plus de quelques années au même endroit. L'autre, sédentaire, évite tous les risques, y compris celui de la maternité. Leurs retrouvailles permettent de s'interroger sur les choix et la façon de vivre l'exil de chacune. Un peu partout dans le monde (Brésil, Mexique, Paris, Rome…), la communauté cubaine exilée semble toujours prête à la solidarité, aux visites (trop) prolongées, aux soirées bruyantes et alcoolisées, à la nostalgie.  Prix français du livre insulaire en 2012.

14:22 Publié dans Bouillon de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuba

22/12/2012

Avis de naissance

Un nouveau blog est né

A saute-livres

 blog

Dédié à la découverte de la littérature jeunesse, il est l'oeuvre des bibliothécaires jeunesse du Rhône.

Actualité autour du livre pour enfants

Coups de coeur ou coups de gueule

Sélection annuelle

Animations dans les bibliothèques

Vous aussi, régalez-vous des merveilles proposées aux petits... et aux grands !

09:50 Publié dans Livres jeunesse, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : blog

20/12/2012

Le paradoxe du cerf-volant

Le paradoxe du cerf-volant

Philippe Georget, Jigal (Polar), 2011, 18 €

Mis KO lors d'un combat de boxe mal préparé, Pierre Couture, 27 ans, prend un uppercut en pleine tête quand son ami Sergueï lui suggère de raccrocher les gants ! La boxe, c'est toute sa vie. C'est la salle d'Emile, son vieil entraîneur, qui l'a sauvé du désespoir lorsqu'il a été déplacé de famille d'accueil en famille d'accueil…

Il est sonné au point d'accepter un petit boulot pas net de collecteur de dettes, ce qu'il ne tarde pas à regretter amèrement. Non seulement, il n'est pas fait pour ce travail qui l'écœure, mais en plus, leur "client" est retrouvé le lendemain mort, après avoir été torturé !!!

La police enquête : le boxeur ferait un bon suspect. Désemparé, il erre dans Paris, picole trop et broie du noir. Lorsqu'il est filé par des mercenaires et poursuivi par des tueurs, il est bien obligé de chercher à comprendre cette histoire embrouillée qui semble remonter à la guerre civile en Yougoslavie. Utilisé ou manipulé par les uns et les autres, il finit par monter un ultime combat, afin de prouver son talent et sa hargne de boxeur, et de faire éclater la vérité.

Pierre Couture est un personnage attachant, plus fin que son premier abord rugueux ne pourrait le laisser croire. Il est aussi amateur de chanson française, aime Paris, ses parcs, ses bistrots…et même son périph' :

            "Je rêve quelques instants à la fenêtre, contemplant les voitures qui glissent sur le périphérique. Le reflet des phares jaunes et rouges trace des arabesques sur l'asphalte sombre. Les jours de pluie et de brouillard, le spectacle peut se révéler féérique. Avant de dormir, certains lisent, d'autres font l'amour, les veinards embrassent leurs enfants,  moi je regarde un défilé ininterrompu de voitures."

C'est aussi un personnage assez désespéré :

            "J'aimerais pleurer, la tête enfouie dans le giron d'une femme. Mais la seule femme que j'ai aimée m'a quitté il y a deux ans, ma sœur n'a pas eu le temps de grandir et ma mère… Ma mère m'a tué lorsque j'avais dix ans."

Un bon polar, où le lecteur prend des coups avec le boxeur. Aline

06/12/2012

Vacances de Noël

Joyeuses fêtes à tous

vacances

Pendant les vacances de Noël

la bibliothèque sera fermée

du 25 décembre 2012 au 1er janvier 2013

Ouverture normale 

mercredi 2 janvier et samedi 5 janvier

15:44 Publié dans Vie de la bibli | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vacances

De bons voisins

De bons voisins

Ryan David John, Actes Sud (Actes noirs), 2012, 21 €

 

Dans cette ville des Etats-Unis, les habitants se croisent, se saluent, s’influencent peut-être…

Au milieu de la nuit, Katrina Marino a fini son service, verrouillé le bar, et rentre chez elle, lorsqu’elle est sauvagement attaquée au pied de son appartement. Elle appelle à l’aide et résiste à son agresseur. Plusieurs voisins de sa résidence sont témoins de la scène, mais, pris chacun dans son drame ou ses soucis personnels, ils négligent tous d’appeler la police. Comble d’ironie, la police n’est pas loin, mais les policiers sont occupés à leurs affaires louches, voire criminelles.

 

Roman noir, sordide et déprimant, inspiré par l’assassinat, en 1964 à New York, de Kitty Genovese. Didier Decoin a également consacré son roman « Est-ce ainsi que les femmes meurent » à ce fait divers qui a durablement marqué la conscience collective américaine. Sans doute à cause de son atrocité, mais aussi parce qu’il s’est produit quasiment sous les yeux de plusieurs témoins qui sont restés apathiques. Il semblerait que dans une situation d'urgence,  les témoins soient d'autant moins susceptibles d'intervenir qu'ils sont nombreux, chacun comptant sur les autres pour agir... Terrifiant !

04/12/2012

bistrot lecture

lecture à voix haute

Bistrot lecture du 1er décembre 2012

Autour des fameuses nappes à carreaux, nous avons partagé un agréable moment de lecture à voix haute, suivi d'un apéro gourmand préparé par Marie-Josée.

lecture à voix hautelecture à voix hautelecture à voix haute

 

Pour ceux qui souhaitent retrouver les textes :

 

 

Manon, la plus jeune des lectrices, nous a offert trois poèmes de Robert Desnos (le Pélican), tirés de Poèmes de Robert Desnos, chez Bayard Jeunesse.

Marie-Claire a choisi un extrait de Les mots de ma vie, de Bernard Pivot : "vieillir, c'est chiant…" (Albin Michel, 2011)

Sylvie a lu Instants, de Borges : "si je pouvais de nouveau vivre ma vie…"

Annie a demandé à Madeleine de dire pour elle un passage de Au commencement était la nuit de Alissa Walser (Actes Sud, 2011)

Nicole nous a amusés avec Avoir et être, d'Yves Duteil : "ce qu'Avoir aurait voulu être, Etre voulait toujours l'avoir…"

Camille n'était pas en reste, avec De deux choses l'une.

Aline a fait l'apologie des mots et du dictionnaire, avec T.S. de Fabrice Vigne (l'Ampoule, 2004). Et vous, saviez-vous ce qu'est le nadir ?

Ginette a choisi un extrait de La porte des larmes, d'Abraham Verghese (Flammarion, 2010), sur la vie de deux frères jumeaux nés en 1954 en Ethiopie. 

Denise a lu un long passage de Penser, gérer, gagner, de Daniel Selini que l'on pourrait résumer en "la pensée maîtrise tout" (livre introuvable en librairie).

Et Véronique a fini en beauté avec quelques réflexions tirées de On peut se dire au-revoir plusieurs fois, de David Servan-Schreiber (R. Laffont, 2011), un livre beaucoup plus optimiste que son contexte et son thème, la mort imminente, ne le laisseraient croire.

Merci à tous les lecteurs et organisateurs.