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14/07/2013

La boutique de la seconde chance

roman étranger,brocante,amour,deuilRichard, ou Chiffo (-nnier), est brocanteur, et chine avec ardeur, tant pour approvisionner son magasin, situé dans une banlieue pourrie de Detroit, que pour son plaisir. Il est tellement accro qu'il s'échappe même de la réception d'enterrement de sa propre mère pour filer à une vente.

 

Mal adapté à la société de consommation américaine, fâché avec les adeptes du neuf, les canapés écossais et le bon goût,  il développe ce qu'il appelle des "théories foireuses" autour de son métier et du rapport aux objets, comme "gouttes d'éternité" :

 

"Pour ma part, je trouve les objets neufs insipides. Ils n'ont pas d'histoire, pas de résonnance. Je me sens à l'aise au milieu de l'antiquaille. La deuxième main. L'expression parle d'elle-même : d'autres mains ont manipulé l'objet. Que l'on songe à tout ce que nous touchons tous les jours, aux millions de minuscules rivets qui soudent l'existence : les tasses à café, les réveils, les lunettes de soleil, les porte-clés, les cendriers… Et si chacun d'eux avait absorbé une bribe de nous-mêmes, et si la marque de nos doigts transmettait une parcelle de notre âme ?..."

 

"Plus on prend de l'âge, plus on possède d'objets. Pourquoi ça ? Parce que les objets ont un pouvoir de protection. Ils agissent comme un lest… Que l'on songe à ce que l'on ressent lorsque l'on achète quelque chose : ce petit flash, comme un éclair d'éternité…  J'ai remarqué que c'est vers la trentaine que les gens commencent à acquérir des choses. Une fois en possession du principal –maisons, voitures, conjoints, enfants- ils persistent : achat, achat, achat. Ils ont envie d'une deuxième bagnole, d'un billard, d'un bateau, d'un camping-car –vraiment du sérieux. Mails ils n'enrichissent pas leur vie pour autant, ils l'alourdissent. Car ils ne savent pas qu'ils tentent de se protéger. Trente ans, c'est l'âge auquel on cesse de se croire immortel."

 

Chiffo met de la distance entre lui et les objets de la succession de ses parents en les traitant comme un brocanteur, et non comme des objets personnels, mais le passé le rattrape au détour d'une recette maternelle, ou des vestiges de la passion de son père pour la photographie.

 

Au même moment, il rencontre Théresa, qui travaille dans un refuge pour animaux, et semble aussi névrosée que lui.  Les migraines émotionnelles se multiplient !

 

Brocante, deuil et amour sont les trois ingrédients principaux de ce roman, plutôt humoristique mais non dépourvu de profondeur. Tout n'est pas bon, mais je me suis régalée des réflexions de ce personnage décalé.

 

La boutique de la seconde chance

Michael Zadoorian

Fleuve Noir, sept 2012, 302 p., 19.50 €

Traduit de l'américain Second hand par Jean-François Merle

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