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14/04/2014

Louise Erdrich

Bouillon de lecture du 10 avril 2014, à Soucieu

Karen Louise Erdrich, née le 7 juillet 1954 à Little Falls dans le Minnesota, est auteur de romans, de poésies et de littérature de jeunesse. Elle est une des figures emblématiques de la littérature indienne et appartient au mouvement de la Renaissance amérindienne. Sa mère est une métis Ojibwa (Chippewa), et son père est américain d’origine allemande. Louise Erdrich grandit dans le Dakota du Nord, où ses parents travaillaient au Bureau des Affaires Indiennes.

Enseignante, elle épouse en 1981 Michael Dorris, collègue et autre auteur de la Renaissance amérindienne. En 1995, le couple se sépare. Michael, dépressif depuis longtemps selon Louise, se suicide en 1997. Louise Erdrich vit dans le Minnesota,où elle est propriétaire d'une petite librairie indépendante « Birchbark Books ».

Tous les livres de Louise Erdrich que nous avons lus sont parus en français aux éditions Albin Michel, dans la collection Terres d’Amérique, 2 ou 3 après l’édition anglophone. Nous avons préféré ses romans récents, plus construits, moins touffus au niveau des personnages.

 

littérature amérindienneLove Medecine (1984)

D’abord publié en français sous le titre L'Amour sorcier en 1986, réédité en 2008.

Le premier chapitre est composé d’une nouvelle écrite par l’auteur en 1979. Il raconte la triste fin de June, morte de froid dans la neige. Son personnage est évoqué plusieurs fois dans les chapitres suivants, tranches de vie des familles Kashpaw, Lamartine et Pillager, sur les terres indiennes du Dakota, depuis 1934 jusqu’aux années 1980 : amours et rivalités, rappel de l’ancienne proximité avec la nature, drames, injustices provoquées par les blancs (un indien fait toujours un coupable idéal). Des femmes passionnées, et des hommes abîmés par les guerres en Europe ou au Vietnam….

Malgré un rappel généalogique, le lecteur peine à se retrouver dans les nombreux personnages, d’autant que la chronologie n’est pas respectée. Néanmoins, l’écriture sensible et les personnages hauts en couleur rendent la lecture très intéressante.

Les personnages sont repris dans d’autres livres de l’auteur : The Bingo Palace (1994), qui décrit les effets de l’ouverture d’une usine et d’un casino sur la réserve, et  Tales of Burning Love (1997), qui finit l’histoire de Sœur Leopolda.

 

La femme antilope (The Antelope Wife, 1998)

Un roman compliqué, avec une généalogie tarabiscotée, difficile à lire malgré une écriture très belle et un souffle épique. Les figures de femmes dominent.

 

littérature amérindienneLa chorale des maîtres bouchers (The Master Butchers Singing Club, 2003)

Un soldat allemand se sort vivant de la guerre de 14-18 et respecte sa promesse faite à un camarade d’aller aider sa femme et l’épouser après la mort de celui-ci. Fuyant la misère en Europe, il part s’installer aux Etats-Unis, gagnant sa vie en vendant des saucisses. Maître boucher, il a hérité du don familial pour le chant et d’une voix extraordinaire.

On rentre vite dans cette histoire, qui s’inspire de l’héritage germano-américain de l’auteur. Les lieux et certains personnages sont déjà développés dans ses romans La branche cassée The Beet Queen (1986), et Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse (The Last Report on the Miracles at Little No Horse, 2001).

 

littérature amérindienneLe jeu des ombres (Shadow Tag, 2010)

Prix National book award 2012.

Irene America, Gil et leurs trois enfants forment une famille admirable en apparence : Irène fait une thèse sur l'oeuvre du peintre Georges Catlin ; Gil vit de sa peinture et jouit même d’une certaine renommée grâce à ses portraits de sa femme, métaphores du peuple amérindien ; Florian est un génie des maths, Riel une adolescente brillante, passionnée de retour aux sources traditionnelles amérindiennes, et le petit Stoney un dessinateur hors pair. Depuis la naissance des enfants, Irène est très proche d’eux et protectrice, tandis que Gil se consume de jalousie et éprouve le besoin de la posséder corps et âme. Il boit trop, et se montre parfois violent avec les enfants, se donnant ensuite bonne conscience en couvrant sa famille de cadeaux.

Irène ne supporte plus cet amour possessif, exclusif, et éclate lorsqu’elle découvre que son mari lit en cachette son journal intime. Elle entame alors un nouveau journal qu'elle cache à la banque, et poursuit l'ancien pour régler ses comptes avec son mari.

 « Les parents boivent, les enfants trinquent »… les trois enfants assistent impuissants aux conflits parentaux et à leurs abus d’alcool. Florian s’évade dans l’alcool puis la drogue, Riel tente de développer les méthodes de survie indiennes pour sauver sa famille en cas de catastrophe, tandis que Stoney dessine sa maman dans une multitude de belles robes… et toujours avec, à la main, une baguette surmontée d’un croissant… son verre ! Même les chiens, dotés d’un sixième sens pour sentir arriver les affrontements, essaient d’éviter le pire !

Un récit poignant, très riche, sur une relation de couple amour-haine, viciée par la subordination d’Irène à Gil. A force de la cerner, de l’utiliser, de la peindre, il a « marché sur son ombre », ce qui atteint l’âme, selon la tradition indienne. Le lien est fait avec l’œuvre de G. Catlin, peintre de la première moitié du 19e siècle qui, en faisant le portrait des amérindiens, les aurait vidés de leur substance en utilisant les ombres et la profondeur…

Le jeu des ombres aurait même gagné à être un peu plus long, car la fin est un peu rapide, peut-être pas tout à fait à la hauteur de l’ampleur et de la complexité des sujets abordés : art, relations humaines, philosophie…

 

littérature amérindienneLa malédiction des colombes (The Plague of Doves, 2008)

A travers plusieurs personnages, pour la plupart métis amérindiens, Louise Erdrich retrace l’histoire de Pluto, bourgade imaginaire du Dakota du Nord, située en bordure de la réserve indienne. Dans un désordre chronologique un peu déroutant, mais avec une grande puissance évocatrice, elle évoque les temps forts et les personnalités  qui ont marqué la famille de la principale narratrice, Evelina : l’arrivée dans cette région perdue et désolée des arpenteurs et des pionniers,  conduits par les frères Peace, des guides « michif » (métis amérindiens) qui traitaient leur violon comme une femme dont ils auraient été amoureux tous les deux ; le jour de la malédiction des colombes où le Mooshum (grand-père) d’Evelina, Seraph Milk, s’est enfui avec Junine ; la transmission d’objets de  valeur, comme la collection de timbres, ou le violon de Shamengwa ; et surtout, le meurtre d’une famille de fermiers blancs, suivi du lynchage de trois indiens par des justiciers expéditifs, erreur judiciaire qui a marqué les familles des lyncheurs comme des lynchés sur plusieurs générations. Tout cela sur fond d’histoires d’amours passionnées et de justice tribale. Un très beau roman.

 

littérature amérindienneDans le silence du vent (The Round House, 2012)

C’est avec grand plaisir que le lecteur retrouve dans ce récit plusieurs des personnages de la malédiction des colombes, sous un nouvel angle. Le narrateur est cette fois-ci Joe, cousin d’Evelina, fils du juge tribal Bazil Coutts et de la belle Géraldine, du bureau des affaires indiennes. Le viol brutal de sa mère, marque pour Joe la fin de l’innocence. Pour la santé mentale de sa mère, il endosse un costume trop grand pour lui : celui d’enquêteur. Non seulement leur vie ne sera plus jamais comme avant, mais il réalise aussi les limites de la justice, et en particulier de la justice tribale dont son père est le garant. Pages 327 à 330, le juge illustre la loi indienne au moyen d’un enchevêtrement de nouilles moisies surmonté d’un micado de couverts... et répond à la question de son fils : « Mais pourquoi le fais-tu ? Pourquoi restes-tu ici ? »

Autour des personnages principaux gravitent quelques figures hautes en couleurs, comme Sonja, l’ancienne streap-teaseuse, Le père curé de retour des Marines, ou Linda Wishkob, jumelle difforme à la naissance, abandonnée par ses parents et recueillie dans une famille indienne aimante. L’auteur sait également intégrer à son récit quelques coutumes et légendes indiennes, comme celle d’Akii, accusée par les siens d’être un wiindigo, et défendue jusqu’au bout par Nanapush, son fils fidèle.

Ce roman possède tout ce qui fait un bon récit : il est très prenant, car le lecteur est captivé par l’enquête de Joe et l’état psychologique de toute la famille. Très bien écrit, il se révèle aussi instructif  sur les différentes strates du système judiciaire américain, qui peuvent permettre à un coupable de passer entre les mailles du filet. Son seul défaut : une fin abrupte, un peu décevante.

 

La décapotable rouge (The Red Convertible: Selected and New Stories, 2009)

Nouvelles assez brèves, parues dans des magazines américains. La première, qui  donne son nom au recueil, est également présente dans « Love medecine », même si les personnages ont changé de nom. La fameuse décapotable appartient à deux frères, dont l’un revient traumatisé de la guerre du Vietnam.

 

En littérature jeunesse, Annie B. a lu The Birchbark House (1999), publié en français sous le titre Omakayas, Paris, L'École des loisirs, Médium, 2002. Elle n’a pas aimé cette description, au quotidien, de la vie d’une petite fille adoptée dans une famille indienne, dans une période sans doute plus ancienne que celle des autres romans que nous avons lus.

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