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27/12/2014

Le ravissement des innocents

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Taiye SELASI

Gallimard (Du monde entier), juin 2014, 365 p, 21.90€

Traduit de l’anglais Ghana must go par Sylvie Schneiter

"Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de la chambre". Ancien chirurgien chevronné, il se perd dans la contemplation de son jardin et dans ses souvenirs au lieu d’aller chercher ses médicaments lorsque vient  l’infarctus… Kweku et Fola, autrefois couple magique, amoureux, symbole de la réussite d’immigrés africains brillants aux Etats-Unis. Ensemble, ils ont eu quatre enfants, chéris et pleins de qualités. Et pourtant, la famille est éparpillée depuis des années...

Dans une construction habile, l’auteur remonte le cours du temps par petites touches, s’attardant sur quelques moments déterminants pour chaque membre de la famille. Fola, femme forte et intelligente, Olu, le fils parfait, chirurgien à son tour ; les jumeaux, la belle Taiwo et son frère  Kehinde, autrefois si proches qu’ils s’entendaient penser ; et Sadie, la petite dernière, la jalouse. Tous se rendent au Ghana pour les funérailles. Ce voyage, à la fois retrouvailles et  retour aux racines familiales, est révélateur pour chacun.

Un premier roman, exigeant et d'une grande puissance, autour d'une famille cosmopolite, qui a vécu beaucoup de migrations, comme Fola partie du Nigeria après l’assassinat de son père. A propos de l’anonymat conféré à son père par la mort, de l’indifférence qui la transforme d’une fille en deuil  en un élément de l’histoire :

"Oui, cela se tenait, le début de la guerre au Nigeria, bien sûr.  Sans tenir compte que les Haoussas ciblaient les Ibos, ni que son père était un Yoruba, sa grand-mère une blanche, les domestiques des Fulanis. Dix morts, un seul Ibo, des détails mineurs auxquels personne n’attachait d’importance. Elle le sentit en Amérique, à son arrivée en Pennsylvanie : ses camarades de classe et ses professeurs considéraient que l’événement, pour tragique qu’il fût, était normal en quelque sorte. Elle avait cessé d’être Folasadé Somayina Savage pour devenir la représentante d’une nation générique ravagée par la guerre. Sans attributs. Ni odeur de rhum. Ni posters des Beatles. Ni couverture en tissu kente jetée sur un grand lit. Ni portraits. Rien qu’une nation ravagée par la guerre, désespérante, inhumaine, aussi humide et chaude que n’importe quelle autre nation ravagée par la guerre du monde… Après tout, on n’arrêtait pas de trucider les pères aux larges épaules et aux cheveux de laine d’enfants originaires de pays chauds ravagés par la guerre, n’est-ce pas ?...

Elle ne regrettait pas Lagos, la splendeur, la vie formidable, l’impression de richesse – mais son identité livrée à l’absurdité de l’histoire, l’étroitesse et la naïveté de son ancienne individualité. Puis elle cesserait de s’intéresser aux détails, à l’idée que les attributs conféraient une forme à l’existence. Une maison ou une autre, un passeport ou un autre, Baltimore, Boston, Lagos ou Accra, vêtements élégants ou de seconde main, fleuriste ou avocate, la mort ou la vie – en fin de compte, rien n’avait beaucoup d’importance. S’il était possible de mourir sans identité, dissocié du moindre contexte, on pouvait vivre de cette façon."

La première partie du roman pose les personnages, elle est donc un peu plus difficile d'accès, le temps de s'y retrouver dans l'arbre généalogique (fourni p. 13) et les différents noms. Ensuite, le lecteur essaie de comprendre comment la famille a pu éclater aussi complètement, et ce que peuvent guérir les retrouvailles. Un livre à lire et à relire, pour les pensées que prête l'auteur à ses personnages sur la vie, la famille,...

"Avec Ama, [Kweku] est tendre… Il veut qu’elle soit satisfaite. Il le veut parce qu’elle peut l’être. C’est une femme qui peut être satisfaite. Elle ne ressemble à aucune femme qu’il a connue. Ou à aucune femme qu’il a aimée. Il n’est pas certain de les avoir connues, d’y être parvenu, ou qu’un homme soit capable de connaître une femme. Ainsi celles qu’il avait connues ignoraient la satisfaction… Non par cupidité. Jamais. Il n’aurait jamais qualifié sa mère de cupide, ni Fola, ni ses filles. Des femmes d’action qui réfléchissaient, des amantes toujours en quête, toujours prêtes à donner mais, surtout, des rêveuses, ce qui était bien plus dangereux.

Des rêveuses. Des femmes très dangereuses. Qui regardaient le monde par leurs grands yeux rêveurs et qui, au lieu de le voir tel qu’il était, « brutal, absurde », etc., songeaient à ce qu’il pourrait être ou devenir. Des femmes insatiables. Jamais comblées. Qui voulaient avant tout l’impossible… Et le pire : qui le regardaient et voyaient ce qu’il était susceptible de devenir, plus magnifique que ce qu’il se croyait en mesure d’être.

Ama n’a pas ce problème. Du moins n’a-t-il pas ce problème avec Ama… Les pensées d’Ama ne sont pas des substances dangereuses. Son état naturel est le contentement. Une révélation. Partager la vie d’une femme heureuse en permanence, au repos – heureuse ? Et avec lui. Voici pourquoi (croit-il) Kweku aime Ama"

Aline

20/12/2014

Tous les oiseaux du ciel

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Evie WYLD

Actes Sud (Lettres des Antipodes), sept. 2014, 283 p, 21.80€

Traduit de l’anglais All the Bird, Singing, par Mireille Vignol

Trois ans que Jake White, une jeune Australienne, a débarqué sur une île britannique avec son bras en écharpe, et a racheté l’ancienne ferme de Don pour monter son petit élevage de moutons. Atypique, grande et masculine, elle aime ses brebis, parle à son chien, mais évite la compagnie des humains. Depuis peu, elle se sent observée, et ses moutons se font attaquer.  Cette présence menaçante la renvoie à son passé australien tourmenté.

Les chapitres du roman, assez courts,  font en alternance progresser sa vie en temps réel sur l’île et remonter le cours de ses souvenirs en Australie. Cette narration à rebours est un peu déroutante au départ, mais c'est un procédé habile qui permet de comprendre peu à peu quel passé elle fuit, et quel élément déclencheur l'a plongée dans une spirale destructive.

C'est le deuxième roman, assez noir, de cette auteure qui sait évoquer avec puissance les paysages australiens, avec leurs sons et leurs leurs odeurs, omniprésents dans les souvenirs de Jake. Dans Après le feu, un murmure doux et léger, elle retraçait l’itinéraire d’une lignée d’hommes brisés par leurs guerres. Cette fois-ci, c’est à un personnage féminin qu’elle s’attache, une femme à la fois blessée et coriace, dure à la peine, qui refuse toute aide, toute dépendance aux autres. 

Aline

13/12/2014

Oliver et les îles vagabondes

couverture_Oliver et les îles vagabondes.gifOliver et les îles vagabondes
Philip REEVE, ill. Sarah MCINTYRE
Seuil, mai 2014, 194 p., 11.50 €
Traduit de l’anglais Oliver and the Seawigs par Raphaëlle Eschenbrenner.

Oliver Crisp a passé les 10 premières années de sa vie à suivre ses parents explorateurs dans les expéditions les plus farfelues, et il est ravi que, faute de nouvelles terres à découvrir, ils se décident à s’installer dans leur maison de Calmeflot, en bord de mer. "Se réveiller chaque matin pour contempler le même paysage lui semblait très excitant, et l’idée de passer [enfin] ses journées dans une salle de classe le réjouissait."
Hélas, ses parents se lancent aussitôt dans l’exploration de nouvelles îles, apparues dans la baie. Oliver est obligé de partir à leur recherche sur la plus petite… qui n’est autre qu’une île vagabonde complexée, hésitant à suivre ses sœurs pour la Nuit des perruques marines.

extrait_Oliver et les iles vagabondes.jpegUne histoire loufoque et sympathique de concours entre îles pour la plus belle perruque, avec ses bons joueurs… et ses affreux tricheurs. Histoire aussi de persévérance, d’entraide et d’amitié entre Oliver, une sirène myope qui chante faux, un albatros râleur et une île vagabonde découragée. Parmi les personnages déjantés, j'ai beaucoup aimé les algues sarcastiques ("Nous sommes dans la mer Sarcastique, que les marins redoutent à cause des commentaires blessants des algues.")
Facile à lire, dynamique avec beaucoup de dialogues, très inventif, le texte est bien intégré aux illustrations, elles mêmes très belles et expressives, en noir/blanc/bleu.
A lire avec le sourire aux lèvres, dès 8 ou 9 ans.

06/12/2014

Sélection de livres jeunesse et ados

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A saute livres et la plaquette jeunesse 2013-2014

   Livres en écho, avec les coups de cœur du moment, et ses sélections annuelles.   

Bonnes lectures à tous !

Journal d'un nul débutant

Roman jeunesse, collège, premier amour, mensongeJournal d'un nul débutant

Luc Blanvillain

Ecole des Loisirs (Neuf), 2014, 172 p, 9.50 €

Roman réjouissant sur l’entrée en sixième d’un élève surdoué, rédigé sous forme de journal, ou plutôt, comme Nils le précise lui même, "d’hebdomadaire intime" puisqu’il n’écrit qu’une fois par semaine.

Nils en a assez "d’avoir la vie de Petit Ours Brun", traité par ses parents comme un intellectuel à gaver d’explications et de programmes instructifs. Il profite de l’entrée en sixième pour s’appliquer à devenir nul en classe, afin de pouvoir enfin relâcher la pression, jouer et faire du sport. Mais changer sa nature n’est pas facile, d’autant qu’il arrive dans une classe de très bons élèves, avec des défis à relever,… et une charmante Mona à impressionner…
Nils collectionne les idées brillantes, depuis les rencontres où il essaie de manipuler sa psy, jusqu’aux cours avec Mona censés le faire progresser en maths. Il n’aboutit pourtant qu’à des catastrophes car finalement il y a bien un domaine où il est nul : celui des relations avec les autres, dont il est incapable de prévoir les réactions… bonnes ou mauvaises.

C’est drôle, parfois très juste. Les parents font des efforts, mais -pas plus doués que leur fils pour comprendre leurs proches- ils en prennent pour leur grade ! L’écriture est dynamique, pleine d’humour féroce et d’autodérision. Pour autant, le roman pose des questions pertinentes sur les besoins de performance, le mensonge, les préjugés, la nécessité d’aller vers les autres.
A partir de 10 ans.

Aline