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23/02/2015

Lovestar

Lovestar.gifLovestar

Andri Snaer Magnason

Zulma, 2015, 428 p., 21.50 €

 Inspiré par les modes de communication des animaux migrateurs et leur sens de l’orientation, le génial Lovestar a fondé le centre d’observation des oiseaux et papillons.

"En quelques années les découvertes du département d’étude des oiseaux transformèrent le monde. On peut affirmer que les ondes des oiseaux ont permis un grand pas dans l’évolution de l’humanité. Ce fut l’avènement de l’homme sans fils" (p. 25)

"Indriđi appartenait à la catégorie des hommes modernes et sans fil, lesquels étaient pour ainsi dire débarrassés des fils et des câbles, qu’on avait rebaptisés chaînes. Quant aux anciens appareils, on les appelait désormais poids ou fardeaux, ou encore bazar". (p. 33)

Indriđi file le parfait amour fusionnel avec Sigriđur. Malheureusement les avancées technologiques et leurs déviances les rattrapent. D’après le modèle Inlove (développé lui aussi par notre génie), l’âme sœur de  Sigriđur l’attend impatiemment ailleurs, dans la vallée idyllique du nord de l’Islande qui abrite les locaux de la gigantesque entreprise Lovestar...

L’auteur prend un malin plaisir à développer avec humour son univers… pas si lointain du nôtre, ainsi que les inventions de Lovestar, plus glaçantes les unes que les autres. Il s’attaque tout particulièrement aux ravages de la publicité intrusive : à partir d’un moteur de recherche, les profils des gens sont définis, et des "aboyeurs" (hommes ou femmes dont la zone langagière du cerveau est activé par les ondes) chargés de leur crier des messages ciblés. Lovemort permet aussi de gérer la question de l’euthanasie « dans la joie et la bonne humeur » : vieux et mourants sont largués dans l’espace pour redescendre dans l’atmosphère comme des étoiles filantes.

Ce roman m’a évoqué les récits de Barjavel, mais il manque de suspense et de rebondissements.  Le rythme est trop ralenti par l’application de l’auteur à détailler son univers futuriste et les idées de Lovestar. Un premier roman prometteur néanmoins !

Pour finir, une citation de Lovestar, dont la maxime est  "rien n’arrête une idée" (p. 125) :

"Quand on l’interrogeait sur ses idées, il s’en tirait par une pirouette, affirmant qu’il n’en était nullement responsable. Des idées, disait-il, il n’en avait pas, au contraire, c’étaient elles qui s’emparaient de lui. Elles prenaient possession de son corps qu’elles colonisaient comme celui d’un hébergeur afin de pouvoir se faire une place dans le monde réel, puis le laissaient épuisé, éreinté, vide (et surtout immensément riche et puissant, faisaient remarquer les moins compatissants). Il déclarait ne plus rien maîtriser à partir du moment où une idée s’installait dans sa tête."

"L’idée monopolise l’ensemble de l’activité cérébrale, elle met à l’écart les sentiments et les souvenirs, vous conduit à négliger votre famille et vos amis en vous poussant vers un but unique : sa mise en œuvre. Elle vous prive d’appétit, diminue vos besoins en sommeil, déclenche dans le cerveau la fabrication d’une hormone plus puissante que les amphétamines et peut vous maintenir en éveil des mois durant. Lorsqu’une idée voit le jour, l’homme dont elle s’empare se vide de sa substance… Lorsqu’une idée lui ordonne : Suis-moi ! Il va jusqu’au bout. Aucun argument ni aucune réserve n’est apte à faire reculer l’idée en question et l’homme n’est pas responsable car cette idée n’est pas la sienne. Elle existait avant lui. La bombe atomique existait avant même d’être conçue et fabriquée. Elle était dans l’air du temps et attendait son heure. Et quelqu’un devait bien la faire exploser. Même si les hommes avaient calculé qu’il y avait 20 % de risques qu’elle déclenche une réaction en chaîne détruisant l’ensemble de l’oxygène présent sur la planète, ils ont quand même essayé. Les calculs prévisionnels ne leur suffisaient pas. Il fallait emmener cette bombe dans le désert et, quand ils ont constaté sa puissance, un désir irrépressible de la voir exploser au-dessus d’une ville s’est emparé d’eux. Il suffisait de le faire une fois ou deux. Celui qui est la proie d’une idée est au-delà des notions de bien et de mal. Sa pensée se situe sur un autre plan. Une idée est telle une faim incontrôlable ou un désir charnel trop longtemps réprimé. Ceux qui en sont la proie sont les gens les plus dangereux du monde parce qu’ils sont prêts à prendre tous les risques. Ils veulent simplement voir ce que ça donnera, leur pensée ne va pas plus loin que ça."

Humour noir, vous dis-je.

Aline

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