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27/04/2015

La lune seule le sait

Roman, science-fiction, uchronieLa lune seule le sait

Johan HELIOT

Gallimard (Folio SF), 2003.

 

1889, apparition d’une nef cosmique dans le ciel de Paris. Dix ans plus tôt, les extraterrestres ont conclu une alliance avec le Président Badinguet. Maîtrisant parfaitement le domaine biologique et son évolution, les Ishkiss ont besoin des techniques humaines de maîtrise des machines. Le mélange des deux compétences permet d’obtenir des êtres hybrides (par exemple mi luciole, mi vaisseau). Mais cette science fabuleuse est monopolisée par le tyrannique Louis Napoléon III, qui l’utilise pour opprimer le peuple et réprimer toute contestation.

La résistance est menée par les intellectuels, à partir de l’île de Guernesey. Louise Michel s’est volontairement laissée déporter au bagne sur la lune, afin de découvrir ce qui se trame dans les souterrains de la Cité Sélénite. A son tour, Jules Verne est envoyé observer la Base Cyrano, site de décollage de vaisseaux interstellaires en cours de réalisation, fruit de la collaboration entre humains et Ishkiss. Pour les résistants, Verne est le dernier rempart contre les dangereux projets de Napoléon.

Qui d’autre que lui aurait pu appréhender l’inconcevable ? Qui, sinon l’homme qui avait défié les limites de l’imaginaire à longueur de page des années durant ?"

L’auteur s’est régalé avec cette uchronie réjouissante, mettant en scène des intellectuels du Second Empire, que le lecteur reconnaîtra (ou pas, ce qui ne nuit en rien à la lecture) : Jules Verne bien sûr, mais aussi Thomas Edison, Hetzel, Victol Hugo, Juliette Drouet,… sans parler des références à l’œuvre de Cyrano de Bergerac. La résistance à la tyrannie et les aventures des héros sont narrés dans un style qui n’est pas sans rappeler Jules Verne lui-même, et l’ensemble du livre m’a semblé un vibrant hommage à cet auteur.

Prix Rosny-Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone. Suivi de deux autres uchronies, situées à des époques différentes, avec des personnages/intellectuels de leur temps : Léo Malet dans La lune n’est pas pour nous, et Boris Vian dans La lune vous salue bien….

Aline

20/04/2015

Miniaturiste

Miniaturiste.gifMiniaturiste

Jessie BURTON

Gallimard (Du monde entier), mars 2015, 504 p., 22.90€

Traduit de l'anglais The Miniaturist par Dominique Letellier.

1686, Amsterdam, capitale du négoce. Nella Oortman se présente dans sa future maison. Un mois plus tôt, elle s’est mariée dans sa ville natale d’Assendelft avec Johannes Brandt, riche marchand, qu’elle vient rejoindre, impatiente de commencer leur vie commune. Mais rien ne se passe comme espéré : elle est délaissée par son époux, accaparé par ses affaires, et reçue froidement par Marin, l’ascétique sœur de celui-ci, habituée à régenter la maisonnée.

Pourtant, pour lui faire plaisir, Johannes offre à Nella un splendide cadeau de mariage, une reproduction miniature, fabriquée à l’identique de leur maison. Et des billets à ordre de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, pour meubler ce cabinet à son idée. Or dès la première livraison du miniaturiste à Nella, les méticuleuses réalisations semblent impliquer que l’artisan connaît –plus que Nella- la vie et les secrets de la famille Brandt.

L’auteur dresse avant tout le portrait d’une ville marchande hostile, où tout acte est jugé par les pairs, en l’occurrence de riches marchands hypocrites, qui professent l’austérité protestante et se damneraient pour quelques florins. Comme l’exprime la pragmatique servante Cornélia "Il arrive que les florins soient plus efficaces que les prières". Les guildes semblent partager un pouvoir abusif, aux lois rigoureuses, avec une religion protestante intransigeante.  En raison peut-être de la situation toujours précaire des Hollandais, dont l’opulence est toujours menacée par la mer, qui peut tout reprendre…

Dans cet environnement, il est difficile –en particulier aux femmes- de se réaliser, et la quête de la liberté peut coûter cher. Et pourtant, la leçon mûrie par Nella est que "toute femme est l’architecte de son propre destin".

Attirée par la belle jaquette de couverture, j'attendais avec délices de me plonger dans ce roman, vanté comme un nouveau "Jeune fille à la perle" (Tracy Chevalier). Certes, il se lit avec grand plaisir. Le décor du roman est tissé avec habileté, et le récit bien mené. Le lecteur, en suspens, est avide de connaître les secrets de la famille Brandt, et en découvre jusqu’à l’extrême fin du livre. Et je ne peux que souscrire à la conclusion du livre. Cependant je ferais le reproche que l’évolution des personnages principaux, peu nuancée, manque un peu de vraisemblance. Le passage de l'indifférence à l'amour et au respect, ou de l'amour à la trahison, est un peu rapide. Qu'en dites-vous ?

Aline

18/04/2015

Patrick Modiano

Patrick Modiano a obtenu le  prix Nobel de littérature en 2014.

Pour le Bouillon de lecture de mars, nous avons lu plusieurs de ses livres, écrits à des époques différentes, et une impression commune de nostalgie s’en dégage. Dans sa « recherche du temps perdu », passé et présent se mélangent dans de nombreuses digressions, souvent autobiographiques. L’auteur décrit les quartiers de Paris au fil des errances dans les rues de ses personnages, assez flous (voire interchangeables) : on ignore d’où ils viennent et où ils vont.

La recherche d’identité est un thème récurrent : les traces de nos vies se trouvent toutes dans des dossiers quelque part, des annuaires, des photos. Comme dans Dora Bruder (1997), les personnages enquêtent sur le passé. Brume, mystère,… malgré une certaine tension, il ne se passe pas grand-chose, et le lecteur n’est pas plus avancé à la fin qu’au début. Dans son dernier roman Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier (2014), Modiano dévide de nombreux fils, mais rien ne se rejoint à la fin.

Tout est finalement une question d’atmosphère et de qualité d’écriture dans les romans de Modiano. Les plus jeunes de notre groupe s’impatientent à la lecture de ses divagations qui ne mènent nulle part, mais la plupart d’entre nous apprécient beaucoup cet auteur.

Nos titres préférés sont ceux où l’on ressent l’impact de l’Histoire : Dora Bruder (enquête sur la fugue, en 1941, d’une jeune fille juive) ; Rue des boutiques obscures (prix Goncourt 1978, passage des frontières par les Juifs) ; Un cirque passe (1992, retours sur l’époque de la guerre d’Algérie) ; L’herbe des nuits (2012, liens avec une enquête des services spéciaux marocains dans les années 1960)…

16:12 Publié dans Bouillon de lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : roman

08/04/2015

Fannie et Freddie

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Fannie et Freddie

Marcus Malte

Zulma, 157p., 15.50€

 

A bord de sa vieille Toyota, Fannie roule à toute allure vers le 45 Wall Street. Dans le parking elle se gare en double file derrière une belle Mercedes gris métallisée l'empêchant de sortir. Fannie est borgne, ses amis l’appellent Minerve car elle pivote son buste en entier pour voir son interlocuteur. Que cherche-t-elle dans ce parking (ou plutôt qui) ?

Macabre novellas (suivi de Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas). Réflexion sur une société tenue par les banques et les spéculateurs qui peuvent parfois s’en mettre plein les poches au détriment des individus. Thème récurrent de ces deux nouvelles : la classe ouvrière malmenée.

Rapt peu commun d’une femme sur un homme. La tension est palpable du début à la fin (fin qui nous laisse d’ailleurs sur notre faim !). Marcus Malte n’est pas avare de descriptions sordides qui appuient l’horreur de la situation de l’héroïne. Une belle écriture fluide qui nous emporte jusqu’au bout sans pouvoir lâcher le livre.

Chaque début de chapitre est précédé de poèmes de l’auteur qui donnent le ton à l'histoire. Je vous laisse en apprécier un :

L’antique mélancolie nous gagne et nous rejouons

La chanson des morts

Celle qui partout nous accompagne

Brise légère soulève l’aile

Du souvenir

Qui sait combien de temps encore

Nous pourrons dire : une journée s’achève

Céline

11:12 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelles

01/04/2015

Reset

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 Reset

 Tetsuya Tsutsui

 Ki-Oon, 2006, 239 p., 7.65€

 

"Votre vie est un échec, appuyez sur Reset"

voilà ce que voient tour à tour les habitant d’un même immeuble. A chaque fois cela aboutit à un suicide (ou tentative). Qu’est-ce qui pousse ainsi les habitants à se tuer ? Quel est ce message qui s’affiche devant leurs yeux ? D’où vient-il ?

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C’est ce que découvre Nakajima, une jeune femme au foyer mariée à un homme qu’elle n’aime pas, quand il se jette par la fenêtre et meurt écrasé en bas de l’immeuble. Elle se connecte alors à l’ordinateur de son mari et découvre qu’il s’est inscrit à un jeu en ligne plus vrai que nature : Dystopia. C’est un jeu LAN c’est-à-dire disponible seulement pour les joueurs de l’immeuble. Tout y est reproduit à l’identique : le quartier, les habitants, les sensations, les émotions. On s’y croirait vraiment … et si c’était une piste pour comprendre ce qui se passe ? Accompagnée d’un pro de l’informatique purgeant une peine de travaux d’intérêt général, elle va élucider ces meurtres dus au plus grand sérial killer cybernétique.

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Manga « one shot » annoncé comme un « Seinen » (manga pour jeune homme), il conviendra parfaitement aussi aux adultes … et aux femmes. Le cyberespace, la cyberéalité est un thème récurrent chez Tesuya Tsutsui (voir Prophecy). Sans être fan d’informatique et de jeux en réseau on se laisse ici complètement embarquer dans l’univers de Tesuya. Tour à tour dans et à l’extérieur du jeu, le lecteur ne sais plus non plus où parfois il en est, ni où se trouve la réalité. Première lecture de ma part dans le monde du cyberespace. Expérience réussie et  à renouveler.

Emportée par l’histoire et l’intrigue, mon regret sera le manque de profondeur des personnages, des histoires restées un peu en suspens (on aimerait une histoire d’amour entre le professeur et son ancienne camarade de classe) et la fin se termine très rapidement (attention parfois le défaut des one shot). Mis à part ça la lecture de ce manga est une lecture très agréable soutenue par une intrigue simple mais efficace. 

Céline

11:33 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : manga