Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/08/2015

La variante chilienne

roman,rentrée littéraire

La variante chilienne

Pierre RAUFAST

Alma éditeur, 2015, 18€

Professeur de philosophie, Pascal a loué un gite dans la vallée  reculée de Chantebrie, où il se retire pour l’été avec Margaux, élève de terminale brillante mais mal dans sa peau, réfugiée dans la lecture. Nous apprendrons au cours du roman ce qui la mine, et pourquoi elle a suivi Pascal.

Tout commence par la rencontre entre deux fumeurs de pipe plutôt asociaux, qui se sentent vite des affinités : "Nous avions en commun l’amour du tabac, du vin et de la littérature. Certaines amitiés sont moins charnues."

Intrigué de voir Florin ramasser un caillou en souvenir de leur joyeuse soirée copieusement arrosée, Pascal visite sa collection de cailloux :

"Des dizaines de bocaux étaient alignés sur deux longues étagères. Dans chacun, des cailloux, beaucoup de cailloux.

-          - Voici toute ma vie.

-          -

-         - Chaque bocal contient les souvenirs d’une année. Ça commence en 1971, j’avais dix-huit ans. Tu as trente-neuf bocaux comme ça. J’ai eu cinquante-neuf ans en mai dernier….

J’étais stupéfait. Quatre mille souvenirs dormaient là, à l’extérieur de sa tête. Une vie. Une existence. Des femmes possédées, des amis retrouvés, des morts regrettés, des bouteilles homériques ; toutes ces choses auxquelles il tenait se trouvaient là, devant moi, bien rangées dans des bocaux.

-          - Je te montre…

Il ouvrit le pot 1998, plongea sa main à l’intérieur, fit rouler quelques cailloux, pour finalement en sortir un, l’air satisfait. Un bout de gravier. Un simple caillou blanc, insignifiant.

-          - Tu disais que tu voulais connaître l’histoire de la piscine-potager ?"

A partir de là, l’auteur égrène les cailloux-souvenirs, multipliant les récits hauts en couleurs : partie de cartes épique ("capateros" selon la variante chilienne, d’où le titre) de trois jours, histoire d’Etienne de Vignolles, dit La Hire, valet de cœur de Jeanne d’Arc, récolte de noix à l’hélicoptère, détrousseurs de pompes funèbres, village resté sous la pluie pendant si longtemps que ses habitants en avaient oublié l’existence du soleil, etc.

Cette imagination fertile est à la fois ce qui fait le charme du livre et sa faiblesse. Chaque anecdote, contée dans une langue imagée et percutante, emporte le lecteur. L’écriture est adroite, garnie d’humour et de références littéraires. Par contre, le récit central, fil conducteur, s’effiloche, manque de profondeur et perd de sa force. 

N’en reste pas moins un grand plaisir de lecture procuré par une langue inventive et un sens de la formule :

Pascal : "L’été, je mets ma peau en jachère, je la laisse se reposer. Au bout d’une semaine, ma barbe a poussé. Alors, je suis content. Au bout d’un mois, de grosses boucles blanches se forment. Là, je suis tout à fait heureux. Mes talents de philosophe décuplent. Je suis le Samson de la barbe blanche. A la rentrée des classes, je me rase. Je redeviens le professeur fatigué qui tourne la meule du savoir."

Devant la collection de deux-cent-soixante–dix-sept pipes : "Les efforts inouïs de l’homme pour son agrément compensent ceux qu’il fait pour se détruire".

Florin : "Désolé, ma cave est très modeste. Le vin, je le bois. C’est dans mes globules qu’il se conserve le mieux."

Et la scène d’anthologie où les deux hommes  font "Sus aux verts luisants !" (je ne vous dévoilerai ni pourquoi, ni comment…).

à lire avec le sourire :)

Aline

19/08/2015

Petits oiseaux

Petits oiseaux.gif

 

Petits oiseaux

Yôko OGAWA

Actes Sud (Textes japonais), 2014, 268 p, 15.99 €

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

 

Surnommé le "monsieur aux petits oiseaux" par les enfants, le narrateur a pris soin pendant 20 ans de la volière du jardin d’enfants voisin.  C’était son frère aîné qui lui avait fait découvrir cet endroit. Ce grand frère, plus lent que les autres enfants, était passionné par les oiseaux, et ne parlait que le pawpaw, un langage proche de celui des oiseaux, qu’il avait inventé "composé de mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains". Il passait des heures à observer les canaris citron, les bengalis ou les moineaux de Java, et pouvait imiter parfaitement le plus beau des chants, celui de l’oiseau à lunettes.

oiseau à lunettes, zopterix japonicus

Toute la vie du monsieur aux petits oiseaux a tourné autour de son frère, qu’il était le seul à comprendre et à admirer. Après sa mort, il a continué à entretenir avec rigueur, voire recueillement, la volière qui faisait la joie de celui-ci, tout en essayant d’éviter les élèves, car "les enfants, ce n’était pas son fort… Par quel miracle lui apparaissaient-ils comme des êtres plus fragiles encore que les oiseaux ?"

C’est le récit d’une vie calme et contemplative, toute de dévouement et de joies simples, avec plus de rapports aux oiseaux qu’aux humains, dans laquelle un épanouissement différent est possible. On retrouve la veine de douceur mélancolique qui imprégnait l’un des premiers romans de l’auteur La formule préférée du professeur (2005).

Aline

12/08/2015

L'été, c'est BD !

Ile aux femmes.gifL’île aux femmes

Zamzim

Glénat, 2015

Aviateur émérite et séducteur impénitent, Céleste Bompard est réquisitionné pendant la grande guerre comme courrier pour l’armée. Abattu en vol,  il se retrouve sur une île -qu’il croît déserte- avec pour tout viatique les lettres des poilus à leurs femmes. Elles se révèleront bien utiles lorsqu’il lui faudra, comme Shéérazade, négocier sa survie auprès d’une tribu d’amazones férocement hostiles aux hommes…

De l’humour, une histoire peu convenue, avec un rebondissement final. Le dessin est proche de la BD belge classique (ligne claire), mais les personnages un peu plus caricaturaux (le pif de Céleste !).

 

ce n'est pas toi que j'attendais.gifCe n’est pas toi que j’attendais

Fabien Toulmé

Delcourt, 2014

Emouvante histoire vraie de l’arrivée d’une petite fille trisomique, vécue par Fabien, le père. Du rejet absolu du handicap à une histoire d’amour.

Voici un roman graphique touchant par sa sincérité, au dessin clair et efficace (sans effet esthétique) en noir et blanc + 1 couleur variant selon les chapitres. Coup de coeur.

 

Chauve(s).gifChauve(s)

Benoît Desprez

Boîte à bulles (Contre-cœur), 2015

L’auteur évoque par petites touches sensibles –et humoristiques lorsqu’il le peut- le cancer de sa compagne, du verdict à la repousse des cheveux. Comme dans la bande dessinée ci-dessus, le dessin (noir et blanc) clair et efficace sert bien son propos. Très bien, quoique peut-être un peu court pour le sujet.

Grand méchant renard.gifLe grand méchant renard

Benjamin RENNER

Delcourt (Shampooing), 2015

Chargé par le loup de kidnapper les poussins de la ferme, puis de les engraisser afin qu’ils puissent se régaler, le renard froussard essaie de passer pour un grand méchant renard… sans succès.

Cette bande dessinée aux vignettes en couleur très expressives présente des gags à toutes les pages et des personnages désopilants. Gare aux cours d'auto-défense des poules activistes !

 

Amazigh.gifAmazigh, itinéraire d’hommes libres

Mohamed Arejdal et Cédric Liano

Steinkis, 2014

Ce roman graphique retrace les tribulations de Mohamed Arejdal, jeune Berbère qui tente avec ses amis Boufouss et Ali, d’émigrer clandestinement en Europe depuis le Maroc. La liberté dont rêve Mohamed, c’est celle de devenir artiste en Europe. Départ honteux, traversée du désert, de la Méditerranée sur un cercueil flottant, camp de détention en Espagne, brutalités policières suite à ses tentatives d’évasion, et retour à la case départ... ou pas !

La BD est émaillée de croquis qui n’ont rien à voir avec  le récit, mais plutôt avec une réalisation artistique de Mohamed, ce qui est un peu déroutant. Les illustrations en noir et blanc sont expressives, parfois un peu trop proches du croquis pour mon goût, mais très rythmées.

 

Fugazi.gifFugazi Music Club

Marcin PODOLEC

Gallimard, 2015

Récit. Au lendemain de la chute du mur, Waldek et ses amis se battent pour faire vivre une salle de concerts rock et déjantés. Super engagés, ils profitent de nombreuses bonnes volontés et parviennent à mettre sur pied des soirées mémorables. Mais entre corruption, manque de moyens, casseurs, lutte contre la drogue et la mafia, la partie est perdue d’avance…

J’ai bien aimé le sujet, mais le récit ressemble un peu trop à une énumération, et il est dommage que la fin soit annoncée d'avance. Le dessin en noir et bleu est irrégulier, souvent à la limite du croquis, parfois très travaillé, ce qui rend la lecture un peu laborieuse. Pour fans de rock alternatif ?

 

Carnets de thèse.gifCarnets de thèse

Tiphaine Rivière

Seuil, 2015

Roman graphique. Jeanne, prof de collège en ZEP, n’en peut plus de ses classes indisciplinées, et décide de faire une thèse en littérature. Chronique de ses années de galère avec l’administration, son maître de thèse et les autres thésards, ainsi que de l’incompréhension familiale… autodérision et humour noir assez réussis. Les illustrations en couleurs ne présentent pas d'intérêt particulier, mais servent le texte.

 

Reste du monde.gifLe reste du monde

Jean-Christophe Chauzy

Casterman, 2015

Fin de vacances dans les Pyrénées pour Marie. Demain, elle repart pour Paris avec ses deux fils, mais pas pour retrouver son mari, qui vient de la plaquer pour une jeunette. Annoncé par la soudaine panique des animaux, un cataclysme isole le village et le plateau du reste du monde. Affrontant les difficultés au fur et à mesure qu’elles se présentent, Marie et ses fils tentent de s’en sortir dans la nature en crise, alors que les instincts sauvages refont surface.

Le récit est enrichi par des illustrations soignées en couleurs, particulièrement de la nature, dont certaines en double page. Présentée comme un one shot, cette BD est en fait un début de série, qui nous laisse face à nos questions : comment se fait-il que « le reste du monde » ne vienne pas à leur aide ? L'auteur prévoit-il seulement un 2e tome ? d’anticipation ?

(à suivre...)

10/08/2015

Le ver à soie

Ver à soie.gif

 

Le ver à soie

Robert GALBRAITH

Traduit de The Silkworm par Florianne Vidal

Détective privé, Cormoran Strike jouit d’une certaine réputation depuis qu’il a résolu une affaire sur laquelle la police piétinait. Il  s’est juré de ne plus accepter  que des affaires rentables, mais –lassé des filatures d’adultères- il se laisse attendrir par l’aspect vulnérable d’une petite dame sans le sou, qui lui demande de retrouver son mari écrivain disparu depuis dix jours. Owen Quine aurait, semble-t-il, écrit un exécrable nouveau roman pour régler ses comptes avec ses collègues et sa maison d’édition. Beaucoup de personnalités auraient eu avantage à le faire taire !

Sous le pseudo de Robert Galbraith, J.K. Rowling nous offre un polar de bonne facture, dans un style plutôt classique anglais, avec des personnages d’enquêteurs sympathiques. Cormoran Strike, héros  -et éclopé- de la guerre d’Afghanistan, fils d’un célébrissime chanteur de rock qui ne l’a jamais reconnu,  suscite fascination chez ses interlocuteurs… et rejet de la part des flics. Sa jolie collaboratrice, Robin, considérée comme une secrétaire efficace, est passionnée par le métier et voudrait être prise au sérieux et progresser.

Dans la série des Cormoran Strike, commencer chronologiquement par L’Appel du coucou. La parution du 3ème tome est prévue en octobre sous le titre Career of Evil… (traduction française planifiée seulement pour 2016).

Aline