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29/08/2016

Calendrier 2016 2017 du Bouillon de lecture

 Bouillon de lecture

pour tous les amateurs de livres !

RV à 20h15 le 2e jeudi du mois, dans les bibliothèques du secteur, autour des gourmandises du moment

 

Jeudi 8 septembre à Soucieu : lectures d’été

Jeudi 13 octobre à Chassagny : auteurs allemands 

Jeudi 10 novembre à St Laurent : autour de la mode…

Jeudi 15 déc. à Orliénas : canadiens francophones

Jeudi 12 janvier à Soucieu

Jeudi 9 février à Chassagny

Jeudi 9 mars à St Laurent

Jeudi 13 avril à Orliénas

Jeudi 11 mai à Soucieu

Jeudi 8 juin à Chassagny

28/08/2016

La perte et le fracas

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Alistair MacLeod

L’Olivier, 2001

Traduit de No Great Mischief

 

Toronto à l’heure des manifestations,  Alexander retrouve son frère aîné Calum dans un meublé miteux,  et lui apporte à boire pour le soulager. Les souvenirs remontent...

Pour toujours  « Gille Beag ruadh » (le petit rouquin) pour la famille, Alexander a grandi chez des grands parents affectueux, tandis que les aînés étaient livrés à eux-mêmes dès l’adolescence dans une nature rude et des conditions de vie rudimentaires...

Mais il faut remonter aux origines pour bien comprendre le "Clan Calum Ruaidh" : depuis le départ de Calum le rouge d’Ecosse en 1779 et son installation avec ses douze enfants à l'île du Cap Breton,  « le pays des arbres » sur la côte est du Canada. Puis l’expansion du  clan en Nouvelle Ecosse et dans toute l'Amérique du Nord, avec des coups durs, mais une grande solidarité familiale.

C’est toute l’ambiance de la Nouvelle Ecosse des deux siècles derniers qui est rendue par l’auteur. De l’époque où l’on pouvait disparaître englouti par les glaces en rentrant chez soi après une bonne soirée en famille, de celle où l’antagonisme entre Québequois ou Francontariens et anglophones pouvait mener à des affrontements à la moindre étincelle… Mais aussi des soirées autour d’un violoneux, du travail à la ferme, en mer, ou dans les mines d’uranium du nord de l’Ontario,… Et toujours, en arrière-plan, la force d’un clan, l’importance des racines celtiques.

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J’ai seulement regretté une alternance trop systématique entre les différentes époques, et des effets de répétition. Certainement voulus par l’auteur, pour rendre la tradition orale du clan et les leitmotivs  familiaux, ils sont peu satisfaisants après traduction.

Aline

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Alistair MacLeod est un écrivain canadien de langue anglaise qui a eu une carrière de professeur à l'université de Windsor, Ontario. Né en 1936 au Saskatchewan et mort en 2014, il avait 10 ans quand sa famille, d’origine écossaise, s’est installée dans une ferme sur l’île du Cap Breton en Nouvelle Ecosse. Il a étudié à l’Université Saint François Xavier et au Nouveau Brunswick, tout en travaillant comme  bûcheron, mineur, pêcheur pendant les vacances pour payer ses études. Son œuvre, inspirée par les paysages et l'histoire de l'île du Cap-Breton sur la côte atlantique du Canada, se limite à deux recueils de nouvelles et un roman. Elle est cependant reconnue comme marquante dans la littérature canadienne contemporaine.

Une sélection de ses nouvelles a été publiée en français en 2006 sous le titre Chien d'hiver (éd. de l'Olivier).

24/08/2016

Hérétiques

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Leonardo Padura

Metailié (Bibliothèque Hispano-Américaine), 2014, 605 p., 23 €

 

Leonardo Padura, auteur cubain, nous fait voyager dans le temps et l'espace avec comme fil conducteur un tableau peint par Rembrandt. Le trait commun des personnages : l’attachement profond à la liberté individuelle face aux diktats imposés que ce soit par un gouvernement ou par une communauté.

En 1939 arrive à La Havane un paquebot en provenance de Hambourg, le St Louis. Il transporte de nombreux juifs qui fuient le régime nazi et pensent trouver refuge à Cuba. Parmi eux les parents et la sœur de Daniel Kaminski, jeune garçon parti de Cracovie quelques mois plus tôt et accueilli par son oncle Joseph. Cependant rien ne se passe comme prévu et malgré l'offre proposée par la famille de Daniel, un tableau peint par Rembrandt, ils ne peuvent quitter le bateau et repartent avec des centaines d'autres Juifs vers une mort certaine. Par contre le Rembrandt, ne repart pas et il réapparaît en 2007 lors d'une vente aux enchères à Londres.

C'est ainsi que Mario Condé, ex policier reconverti dans le commerce de livres anciens, est contacté par le fils de Daniel Kaminski, peintre américain à succès. Il veut comprendre comment et pourquoi ce fameux tableau, le sésame qui aurait dû sauver la vie de sa famille, se retrouve dans cette vente.

L'enquête palpitante menée par Condé met en avant 3 personnages, Daniel, Elias et Judith et 3 époques.

Cuba dans les années 1940 et 1950, et le parcours de Daniel Kaminsky, ballotté entre la fidélité à la tradition religieuse et l’assimilation à la société cubaine, jusqu’à son exil à Miami.

Amsterdam et le parcours d’Elias, un jeune Juif passionné par la peinture que Rembrandt accepte parmi ses assistants, et qui brave l’interdit qui pèse sur la figuration dans sa religion. Leonardo Padura évoque une partie de la vie de Rembrandt, sa conception de la peinture, ses difficultés financières et aussi la tolérance pratiquée à cette époque dans cette ville à l'inverse des pays voisins où la communauté juive est persécutée.

Cuba, au début du XXIe siècle et le parcours de Judith ; nous découvrons une jeunesse cubaine en plein désarroi qui rejette la société, se marginalise et est prête à se détruire au nom du non conformisme et de la liberté.

Condé est un personnage attachant qui se débat avec les difficultés de la vie quotidiennes, critique fortement le régime cubain (l'avenir radieux promis n'arrive jamais), a un regard désabusé sur la société, se pose des questions sur le sens de la vie. Heureusement il y a La Havane misérable, bruyante mais joyeuse, et ses copains chaleureux et bienveillants, toujours prêts à trinquer à la moindre occasion avec une bouteille de rhum (très mauvais), sans oublier sa compagne Tamara.

J'ai beaucoup aimé ce roman riche, complexe, passionnant qui est un un plaidoyer pour le libre arbitre et la liberté de pensée, quel que soit le prix à payer.

Annie

17/08/2016

Les pêcheurs

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Chigozie Obioma

L’Olivier, 2016, 297 p., 21.50€

Traduit de l’anglais The Fishermen par Serge Chauvin.

"Moi, Benjamin, j’étais une phalène : cette fragile créature ailée qui se prélasse dans la lumière, mais ne tarde pas à perdre ses ailes et à tomber au sol. Je n’avais jamais vécu sans mes frères. J’avais grandi en les observant, et je me contentais de suivre leurs traces… aucune idée concrète ne prenait forme dans mon esprit sans avoir d’abord flotté dans leur tête."

1996 à 2003, au Nigéria, dans une ambiance où coexistent modernité et croyances, Ben raconte la vie de la famille Agwe au travers du manque. Dans sa famille de 6 enfants, mais surtout dernier d’une série de 4 garçons très proches, il ne réalise la beauté de leur unité que lorsqu’elle vole en éclats. L'autorité parentale semblait bien établie et le monde était en ordre jusqu'au moment où le père, sévère et exigeant pour ses enfants promis à des études supérieures, a été muté dans une ville éloignée. Le jour où -suite à une petite désobéissance qui aurait dû demeurer sans conséquence- une malédiction vient empoisonner leur esprit et semer la zizanie entre les frères...

Si le récit rappelle une tragédie par son évolution inéluctable, l'auteur utilise plutôt un mode de narration africain. Chaque court chapitre est introduit par une phrase imagée représentant les personnages :

"Ikenna était un python : un serpent sauvage devenu monstrueux prédateur. Il subissait une métamorphose…

Notre mère était une fauconnière : celle qui veillait, postée sur les collines, pour repousser tous les maux qui semblaient menacer ses enfants. Elle possédait un double de nos âmes dans les poches de la sienne…

Obembe était un limier : le chien qui exhumait les choses, les examinait, les identifiait. Il mûrissait perpétuellement de nouvelles idées, qui, en temps voulu, finissaient par éclore, pourvues d’ailes et prêtes à l’envol…

La haine est une sangsue : cette créature qui vous colle à la peau, se nourrit de vous et vide votre esprit de sa sève. Elle vous transforme, et ne vous laisse pas avant d’avoir aspiré votre dernière goutte de paix…

L’espoir était un têtard : cette créature qu’on capturait et qu’on rapportait dans une boîte de conserve, mais qui, même dans l’eau appropriée, ne tardait pas à mourir...

David et Nkem étaient des aigrettes."

 

Chigozie Obioma, d’ethnie Igbo,  est né au Nigéria en 1986. Il a fait ses études supérieures à Chypre, et réside aujourd'hui aux Etats-Unis, où il enseigne la littérature. Les Pêcheurs, son premier roman,  a connu un immense succès mondial. Il qualifie lui-même son roman de tragédie igbo et de roman d'apprentissage, centré sur le sentiment de fraternité. On peut aussi faire une lecture à double niveau et interpréter ce texte comme une parabole des méfaits de la colonisation.

Aline

15/08/2016

Le grand marin

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Catherine Poulain

L’Olivier, 2016, 372 p., 19€

Quand un petit bout de femme aux fortes mains décide de devenir pêcheur en Alaska…

Partir comme une nécessité : Lili (alias Catherine Poulain) quitte Manosque les Plateaux, son sac au dos, pour le bout du monde. Sans carrure, sans expérience, mais dotée d’une volonté de fer, elle rêve de campagnes de pêche.

Se perdre dans l’action : A Kodiak, elle parvient à se faire embaucher pour la pêche à la morue noire, puis en flétan. Et voilà les heures de travail acharné sur le bateau qui s’enchaînent, le dur apprentissage, l’humidité, le sel, la fatigue, les blessures. Dans cette vie très rude, c’est le corps qui parle, Lili exulte dans la peine et l’épuisement des jours sans fin de pêche, dans l’excitation de l’urgence lorsque les palangres déversent leurs flots de poissons. Elle reste le moins possible à terre, où les seules occupations semblent être la boisson, la dope et le sexe.

Refuser toute concession : embauchée au rabais, à mi-part, Lili tient à faire ses preuves, dans les mêmes conditions que les hommes. Voire pire, car la camaraderie est difficile à établir et à maintenir dans ce milieu d’hommes. En compétition avec Simon, l’autre « green » (débutant), elle a une admiration sans bornes pour Jude le grand marin, « homme-lion » rugissant au regard doré sur le pont, mais épave au sol…

Ce récit âpre au goût de nécessité emporte complètement dans la réalité des campagnes de pêche. On vide les morues  avec Lili, on peine à soulever les flétans avec elle, on mange en cachette la laitance pour tenir, on sert les dents sur la douleur, on dort au sol dans un coin… On partage aussi son obsession de la liberté, tout en appréciant ses petites redditions face à l’homme qui affole son cœur et ses sens.

Très puissant ! Pour notre lectrice Valérie, c’est le Coup de cœur de l’année.

L’auteur a accordé une intéressante interview à France Inter  et à France Culture.

Aline

07/08/2016

Le capitaine à l'heure des ponts tranquilles

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Le capitaine à l’heure des ponts tranquilles

Gérard Gréverand

Les Escales (Domaine français), 2016, 265 p., 19.90€

 

Après une vie mouvementée de marin, Bart Van Kortrijk atteint « Les ponts tranquilles », soit l’heure de la retraite. Alors qu’il fait enfin le choix de se sédentariser, il revient sur toute une vie d’aventures : embarqué à 18 ans comme mousse en 1932, il a passé sa vie en mer, reliant les Pays Bas et de nombreux ports du monde. Le petit « bigorneau » a fait ses preuves jusqu’à devenir capitaine de cargo au long cours.

Ce récit exaltant embarque le lecteur pour de rudes traversées en mer, au gré des caprices de la météo, des rivalités et amitiés entre marins, mais aussi des escales exotiques, propices aux histoires d’amour. En Indonésie, notre capitaine est attendu par Kusuma, la belle Eurasienne ; dans le Zeeland, c'est sa mère qui guette son retour... et chaque traversée devient un arrachement.

Dans ces mémoires, l’auteur invente à notre marin une généalogie remontant à l’époque des chevaliers corsaires, avec le Chevalier de Courtrai et sa Licorne, ayant pourchassé et vaincu le terrible Rackham le Rouge. Une belle amitié avec le Grand Jacques permet aussi d’imaginer le voyage de Brel jusqu’au Marquises...

Pour le plaisir de se laisser emporter par un récit enlevé, romanesque et bien écrit. 

Entrevue par la librairie Mollat.

Aline