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27/10/2017

La horde du contrevent

roman d'anticipationLa Horde du Contrevent

Alain DAMASIO

La Volte, 2004

 

« Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueule, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont.

Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime. »

Un livre monde : La 34ème horde du Contrevent, plus rapide qu’aucune l’ayant précédée, partie d’Aberlaas il y a une trentaine d’années, est désormais bien soudée autour de son Traceur, le Golgoth. Le lecteur suit la fin de leurs aventures alors qu’ils commencent à se rapprocher de l’extrémité du monde connu. Le chemin doit impérativement être parcouru à pieds, afin de souder la Horde et la préparer aux dangers croissants qui les attendent lorsqu’ils atteindront (ou pas) la Norska.

« Le combat valait par lui-même, indépendamment du but » p. 30.

L’extrême Amont, but ultime, est censé leur apporter la connaissance suprême, soit celle des 3 dernières sortes de vents (encore inconnus), voire de trouver l’origine même du vent. Les traditions voudraient aussi que leurs vœux soient exaucés, ainsi que ceux des personnes qui les leur ont confiés en chemin. En même temps que le monde et les secrets des vents, ils explorent le sens (souffle) de la vie.

La narration, très riche, alterne rapidement entre les 23 personnages de la Horde. Seul un glyphe indique qui s'exprime : Sol le scribe, chargé de noter les vents et rédiger le carnet de contre, mémoire de la horde ; Oroshi l’aéromaître, experte en connaissance des vents ; Golgoth le traceur, bloc de volonté brute ; Caracole le troubadour, toujours surprenant, qui jongle avec les mots et se nourrit de diversité ; Pietro l'aristocrate, qui lisse les tensions et œuvre à l'unité du groupe. Alain Damasio a su personnaliser chacun, selon sa fonction dans le Pack et ses origines. Ainsi le lecteur perçoit rapidement qui parle en fonction du style, de la syntaxe, du rythme et du vocabulaire employé.

C'est une aventure sans trêve, la progression du groupe au travers des dangers, qui définit peu à peu les contours des protagonistes -toujours par rapport à la horde : leur intense formation encore tout jeunes, leur fonction, leur passion utile à la horde (maîtrise du feu, connaissances botaniques, fauconnerie,...) et leurs relations entre eux.

Avec inventivité, Damasio maîtrise le langage le vocabulaire. Il développe la perception des différents vents, zéphirine, slamino, choon, stèche, grivetz et furvent pour les formes "connues", et se montre très créatif pour le vocabulaire dérivé : pharéole (phare permettant de s'orienter lorsque souffle le blizzard), fréole (frégate du désert) ou drakkair. Sugissent aussi de nombreuses créatures originales, comme les méduses des airs, braconnées à la cage pour leurs composantes gélatineuses. A l'image de Caracole le troubadour, qui mène une extraordinaire joute oratoire (p. 242 et suivantes), il jongle avec les mots.

Pleine de poésie, cette épopée se tient à la limite du récit d’anticipation et du roman d’aventure brut. Grand prix de l'imaginaire 2006, La Horde du Contrevent inspire toute une communauté de fans, en particulier de jeux vidéo (Windwalkers), une tentative de le tourner en film a échoué il y a quelques années, on parle d'une mini série de 6 épisodes...

Un livre qui a fait date. Aline

19/10/2017

Voyageur sous les étoiles

roman étranger, aventure, trésorVoyageur sous les étoiles

Alex CAPUS

Traduit de l’allemand Reisen im Licht der Sterne (2005) par Emanuel Güntzburger

Actes Sud (Littérature allemande) 2017, 21.80 €

 

Un roman passionnant.

Robert Louis Stevenson, célèbre auteur de "L’île au trésor" a passé les dernières années de sa vie sur les îles Samoa dans le Pacifique, où il a fait construire une magnifique demeure au cœur de la jungle. La fortune qu’il affiche ne peut provenir seulement de ses succès littéraires. Et s’il avait découvert le fabuleux trésor de Lima, or, perles, pierres précieuses, confié en 1821 par les autorités espagnoles à un petit brick anglais, le Mary Dear, pour le soustraire aux "hordes révolutionnaires" qui allaient déferler sur la capitale. Le bateau disparut à jamais...

Un épisode parmi d’autres car, notamment en ce début de siècle, de nombreux pirates ont attaqué des bateaux chargés d’or ; tous ces récits se colportaient d’un port à l’autre suscitant envies, convoitises, aventures. Des cartes d’îles de chercheurs de trésor ont circulé, ont été reproduites, vendues parfois pour de fortes sommes et une île en particulier a fait l’objet de tous ces phantasmes : l’île Cocos au large du Costa Rica. Mais malgré des fouilles intensives et répétées tout au long du siècle, nul trésor n’a été découvert... au moins en apparence.

En 1887, Stevenson après avoir passé 10 ans à sillonner l’Europe et les Etats-Unis, marqué par des séjours en sanatoriums et en cures diverses, s’embarque avec son épouse Fanny et son beau-fils Lloyd pour une tournée des îles du Pacifique. Le but du périple est d’écrire des reportages pour des revues américaines. Or -alors que dans ses lettres il ne cesse de dire combien il lui tarde de retrouver l’Ecosse- en arrivant à Samoa, il décide contre toute attente de s’y installer, et il va y rester malgré un climat très néfaste pour sa santé et des relations familiales conflictuelles.

Sa rencontre avec le missionnaire presbytérien William Edward Clarke qui devient son meilleur ami a-t-elle changé le cours de sa vie ? A-t-il découvert le fameux trésor ? Car, surprise, un île dénommée elle aussi île Cocos existe à proximité des îles Samoa.

Alex Capus nous entraîne dans un monde d’aventures inimaginables, où des hommes misent jusqu'à vie dans la recherche d’un trésor.  Au terme d’une enquête très fouillée, il livre un récit haletant et extrêmement bien documenté, et donne des éléments pour répondre aux nombreuses interrogations suscitées par le mode de vie de Stevenson à Samoa. Alors Stevenson, chercheur et découvreur de trésor … ?

Annie

13/10/2017

Ron Rash

Ron Rash

Auteur Américain (Caroline du Sud), né en  1953, professeur au département de langue anglaise de la West Carolina University (WCU).

Auteur de recueils de nouvelles et de poésie,  il est surtout connu en France pour ses romans noirs, parfois à la limite du policier. Ce sont eux que nous avons lus pour ce « bouillon »

 

roman étranger, AmériqueOne Foot in Eden (2002)

Un pied au paradis (Le Masque, 2009)

Appalachian Book of the Year 2002

Roman « noir » à 5 voix, drame « terrien » situé dans la Caroline du Sud des années 1950. Holland Winchester, vétéran de la guerre de Corée, fait le coup de poing dans les bars, brandit sa médaille de héros, et se rend globalement impopulaire. Un jour, il disparaît dans la nature, au fond d’une vallée magnifique et aride, où les derniers paysans essaient d’arracher leur subsistance à la terre, menacée d’être engloutie sous un lac artificiel. Comme les indiens Cherokee ont été chassés par les paysans d’Europe, ceux-ci à leur tour sont destinés à perdre leurs terres.

L’événement est raconté à des époques différentes, par des personnages qui révèlent leur vérité et font progresser la narration : le shérif, Amy la voisine de Holland et son mari Billy, leur fils, et enfin l'adjoint du shérif. Chacun témoigne et refait l'histoire, en mettant à jour ses misères et ses espoirs.

 

roman étranger, AmériqueSaints at the River (2004)

Le Chant de la Tamassee (Seuil, 2016)

Après la noyade accidentelle d’une fille imprudente de 12 ans, ses parents veulent à tout prix récupérer son corps disparu dans les eaux. Un ingénieur astucieux trouve une solution pour détourner le cours de la rivière avec un barrage provisoire, tandis que les écolos refusent cette solution car la rivière est protégée.

 

roman étranger, AmériqueThe World Made Straight (2006) 

Le Monde à l’endroit (Seuil, 2012),

D’après ce roman, David Burris a réalisé un film  avec Minka Kelly, Haley Joel Osment et Jeremy Irvin.

Elevé à la dure par son père, cultivateur de tabac, Travis Shelton, 17 ans, travaille quarante-cinq heures par semaine dans une épicerie. Pour se détendre, il pêche la truite. Par hasard, il tombe sur un champ de marijuana, dont il coupe quelques plans. Attrapé et puni par les trafiquants, il passe sa convalescence chez un prof déchu, fasciné par l’époque de la guerre de Sécession, qui a laissé des traces jusque dans la région.

Tirant toujours le meilleur parti des décors naturels des Appalaches, Ron Rash a l'art de faire cohabiter dans ses pages la violence et l'humanité, le passé des Etats Unis et son histoire plus récente.

 

roman étranger, AmériqueSerena (2008) 

Serena (Le Masque, 2011)

Adapté au cinéma en 2014, avec Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Sam Reid

Dans les années 1930, Serena et son mari forestier exploitent la forêt, coupant tous les arbres pour faire plus d’argent. A leur appât du gain forcené s’opposent des partisans de la protection de la nature. Ron Rash met en scène une héroïne dure, véritable prédatrice prenant un malin plaisir à faire plier ceux qui croisent son chemin.

 

roman étranger, AmériqueThe Cove (2012) 

Une terre d’ombre (Seuil, 2014)

Prix de la Fiction Américaine 2012, et Grand prix de littérature policière 2014

Vivant au fond d’une vallée sombre, dans un coin paumé,  la famille de Hank et Laurel semble marquée par le destin. Les parents sont morts jeunes. Laurel, à cause d'une marque de naissance, concentre la superstition des habitants du coin paumé. Mise à l’écart et humilié, elle a dû quitter l’école à regret, et passe sa vie dans une profonde solitude.

« La falaise la dominait de toute sa hauteur, et elle avait beau avoir les yeux baissés, elle sentait sa présence. Même dans la maison elle la sentait, comme si son ombre était tellement dense qu’elle s’infiltrait dans le bois. Une terre d’ombre et rien d’autre, lui avait dit sa mère, qui soutenait qu’il n’y avait pas d’endroit plus lugubre dans toute la chaîne des Blue Ridge. Un lieu maudit, aussi, pensait la plupart des habitants du comté, maudit bien avant que le père de Laurel n’achète ces terres. Les Cherokee avaient évité ce vallon, et dans la première famille blanche à s’y être installée tout le monde était mort de varicelle. On racontait des histoires de chasseurs qui étaient entrés là et qu’on n’avait plus jamais revus, un lieu où erraient fantômes et esprits ».

Cette morne existence est d’abord ranimée par le retour de la Grande Guerre de son frère Hank, mutilé mais acharné à se reconstruire une vie, puis bouleversée par l’arrivée de Walter, vagabond mutique tirant de sa flute des sons merveilleux. Laurel va vivre elle aussi son histoire d’amour, mais le lecteur pressent que le drame se prépare – sur fond de haine des Boches.

Ron Rash fait ici une peinture sombre des relations humaines fondées sur l’ignorance, la cruauté et la soif de vengeance.  Bêtise et patriotisme ne font pas bon ménage...

 

Above the Waterfall (2015)

Non traduit ?

 

roman étranger, AmériqueThe Risen (2016) 

Par le vent pleuré (Seuil, 2017)

En exergue  « Alors commença le châtiment » Dostoïevski. Ainsi que des références à « Look homeward, Angel », Thomas Woolf.

Dans une petite ville des Appalaches, la rivière vient de déposer les ossements d’une jeune femme dont personne n’avait plus entendu parler depuis des décennies. Son histoire est racontée par Eugène, forcé de se confronter à son passé et à celui de son frère Bill après cette macabre découverte.  A l’époque, Ligeia était venue de Floride séjourner  chez son oncle et sa tante, car ses parents n’en pouvaient plus, et avait séduit Eugène et Bill…

Ron Rash fait une peinture noire des communautés isolées, à l’ombre des Appalaches. Il  évoque la cellule familiale, l’émancipation, et le poids du passé.

 

Tous les lecteurs présents apprécient les romans de Ron Rash, pour son rapport à la nature, et la façon dont l’histoire (des Etats-Unis) entre en résonnance avec la vie de ses personnages. La vie fuse parfois, mais dominée par la tragédie et une certaine noirceur.

Remarque : nous avons préféré les traductions d'Isabelle Reinharez pour la plupart des ouvrages à celle de Béatrice Vierne (Serena).