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29/07/2018

La fille à histoires

bibliographie,amour maternelLa fille à histoires

Irène FRAIN

Seuil, 2017, 250 p., 18 €

Par courts chapitres, Irène Frain livre un récit d’enfance, en lien avec sa vocation d’écrivain.

C’est tout d’abord le récit simple et touchant d’un amour fou pour une mère, hostile dès la naissance, qu’elle cherche à comprendre.

"Impossible de douter de la vocation des femmes à la maternité... La vraie femme a des enfants et les mères sont dotées d’un instinct qui leur commande de se vouer corps et âme à leur progéniture, jusqu’au sacrifice de leur vie. A moins, évidemment, d’être un monstre. Ma mère, je trouve, a beaucoup de courage. A sa sortie de l’hôpital, quand elle franchit le seuil de son enfer domestique, elle décide de tout mettre en œuvre pour aimer sa petite dernière. Jamais on ne dira d’elle qu’elle est une « mauvaise mère ». Elle oublie que l’amour ne se décrète pas. Et qu’il ne souffre pas la contrefaçon. Il y aura donc des ratés."

C’est aussi le récit d’une enfant  "vivace, pas facile à mourir". Une  résiliente, plus libre que ses sœurs peut-être, dont les résultats scolaires font la fierté de son père, qui espère la voir "monter jusqu’à prof",  et qui très tôt décide "je vais partir d’ici".

L’auteur enfin fait le lien entre cette enfance et sa vocation au rêve. Sa mère avait un don naturel pour les histoires, affutées autour des « jus entre voisines» servi dans les verres en Duralex, à même la toile cirée. "Ce qu’elle disait, c’était du roman à l’état natif... Quand je repense à ces après-midi, je me vois toujours cachée sous la table… J’ai été, je pense, la plus attentive, celle qui buvait, en même temps que ses paroles, ses silences. Quelque chose me soufflait qu’avec « eux, j’aurais accès à son secret et, du même coup, à la clé qui me ferait aimer d’elle. Il suffit que je les écrive, ces colliers de mots, pour qu’instantanément je me retrouve dans la peau de la petite fille qui écoutait, suspendue entre effroi et merveille, convaincue que sa mère, avec ses mots, détenait la clé d’un univers parallèle. Je voulais à toute force la suivre dans ce monde d’à côté, mettre mes pas dans les siens, m’engouffrer comme elle faisait dans ses couloirs étranges…"

A son tour, Irène s’empare des histoires, tissées tout d’abord autour de la boîte à boutons, puis de ses mères fantômes découpées dans des catalogues, ses histoires écrites dans le grenier, et jusqu’à ses premiers romans, qui "me font maintenant l’effet d’un collier de suppliques. Chaque fois la même, celle que ma bouche n’avait pas réussi à former quand j’étais petite : « Maman, s’il te plaît, écoute-moi, aime-moi, je le mérite, j’y ai droit. »

"Les mots de ma mère étaient puissants. Les uns m’ont émerveillée, ont réussi à réenchanter ma vie. D’autres furent meurtriers. Ils ne m’ont pas tuée –j’ai toujours préféré les premiers". Ce sont ceux, sans doute, qui l'ont poussée à l'écriture.

 

bibliographie, maternitéCe récit a fait écho en moi à celui de Cécile Latreille, L'Innommée, où sourd la douleur d'une relation manquée à la mère.

 

 

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