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25/06/2018

Eugenia

roman historique, Roumanie, antisémitisme

 

Eugenia

Lionel Duroy

Ed. Julliard, mars 2018, 487 p., 21€

 

En 1935, la narratrice du livre Eugenia est étudiante en lettres à Jassy dans le nord-est de la Roumanie.  Ayant grandi dans une famille « ordinaire » qui partage  l’opinion communément admise que les juifs seraient des étrangers et des parasites dont on préférerait qu’ils disparaissent, elle ne remet pas en question cette idée.

Tout bascule pour elle lors de la rencontre organisée par sa professeur de littérature Irinia Costas avec l’écrivain d’origine juive Mihail Sebastian, au sujet de son roman « Depuis 2000 ans » qui a rencontré un vif succès. Lors de cette réunion, il est agressé par une bande de néo nazis du mouvement nationaliste et intégriste « La Garde de fer », à laquelle adhère son propre frère, Stefan. Elle prend alors conscience de la vague de haine qui est en train de submerger son pays. Elle part à Bucarest, retrouve Mihail, et va vivre avec lui pendant 10 ans un amour non partagé.

A la mort de Mihail, renversé par un camion militaire soviétique en 1945, elle décide d’écrire le récit de cet amour sans retour et des atrocités dont elle a été le témoin comme journaliste avant de s’engager dans la résistance. Se mêlent ainsi tout au long du roman les deux voix, fictionnelle pour Eugenia qui assiste à  la montée de la violence, et réelle pour Mihail Sebastian à travers les extraits de son journal, exprimant le dégoût et le désenchantement à l’égard de son pays. Lionel Duroy s’appuie sur le journal intime de l’écrivain roumain (auteur réputé de romans, récits et pièces de théâtre), qui couvre les années 1935-1944.

Il nous plonge dans l’histoire complexe de la Roumanie qui a pactisé avec Hitler et dont les grands intellectuels, Mircea Eliade, Emil Cioran, Eugène Ionesco,… ont, à des degrés divers, partagé l’idéologie. Adeptes ou sympathisants des thèses nationalistes et surtout antisémites, ils n'hésitent pas à les afficher sans vergogne devant leur "ami" Sebastian. Le 29 juin 1941, une folie anti sémite alimentée par des rumeurs infondées (on accuse les Juifs d’être des espions communistes apportant leur aide aux combattants soviétiques) et  volontairement propagés a conduit la population de Jassy à se livrer à un terrible pogrom, à massacrer 13000 Juifs qu’ils côtoyaient quotidiennement. Des gens ordinaires sont ainsi devenus les assassins de leurs voisins.

Lionel Duroy nous fait réfléchir sur la place de chacun dans l’Histoire,  la part du déterminisme familial et du libre arbitre dans nos choix et nos engagements, l’origine de la haine et de la violence, le rôle du journaliste, le témoignage,  la façon dont on peut -ou pas- rendre compte de la réalité des événements. Faut-il, à l’instar de Malaparte, nier les faits, acquiescer aux bourreaux pour échapper à la mort et  pouvoir ensuite faire éclater la vérité ?

Le roman de Lionel Duroy historique et philosophique ne laisse pas indifférent. Il pose des questions toujours d’actualité. On ne peut se contenter de le refermer et de l’oublier.

Annie P.

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