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04/02/2019

Nuit sur la neige

roman, récit d'initiation, skiNuit sur la neige

Laurence Cossé

Gallimard (Blanche), 2018, 141 p., 13.50€

Laurence Cossé (1950,--), a travaillé comme journaliste, critique littéraire, et pour la radio France Culture. Elle a publié une douzaine de romans, des pièces pour le théâtre et la radio, et un recueil de nouvelles. Chevalier de l’ordre des arts et des lettres, elle a obtenu en 2015 le Grand Prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre.

Septembre 1935. Robin entre en classe préparatoire dans un lycée d’excellence tenu par les Jésuites. Comme de nombreux jeunes de sa génération, il a grandi à l’ombre de la Grande Guerre, auprès d’une mère veuve de guerre, éplorée et protectrice. Au cours d’une intense première année d'études, il découvre les affres de l'amitié et du premier amour.

Entre ce garçon peu sûr de lui et son condisciple Conrad, beau, riche et charismatique, se noue une amitié dissymétrique autour du sport. Au printemps 1936, tandis que la tension politique monte en Europe, les garçons partent skier dans un ancien village de Haute Tarentaise du nom de Val-d'Isère, que quelques visionnaires ont l’intention de transformer en station de ski alpin. Les six jours qu'ils y passent marquent Robin à vie.

L’auteur a articulé son roman autour d’une scène mémorable, dont elle portait l’empreinte depuis l’enfance, point d’orgue du livre et moment où le narrateur passe brutalement dans l’âge adulte. L’écriture est plutôt classique, ciselée et précise, pour un récit initiatique bref et intense. Laurence Cossé  prend le temps de détailler l’ambiance particulière des prépas à cette époque, la vie rurale frugale dans le pauvre village de Val d’Isère, les paysages des Alpes et les débuts du ski alpin. En revanche, quoiqu’en dise la quatrième de couverture, l’auteur évoque peu la montée du nazisme, si ce n’est par une certaine inquiétude ambiante.

J’ai seulement regretté l’ajout du dernier chapitre… dix ans après. Mal amené, il n’apporte selon moi  rien au récit.

Aline

 « Quelle étrange substance, la mémoire, fluide et fuyante à la manière du mercure, avec des éléments plus solides que le silex. La précision de certains souvenirs… Il y a des phrases entières que j’entends comme si c’était hier qu’elles m’avaient cloué sur place. Je suis sûr d’elles au mot près. Des expressions sur un visage, glaçantes, des gestes. Et il y a d’énormes trous, des cratères où ont disparu des mois entiers avec les lieux qui leur servaient de cadre, des quantités de gens – sans doute les moments heureux et les personnes inoffensives ; car les plages paisibles s’enfoncent dans l’oubli quand les heures atroces ne perdent rien de leur tranchant, quel que soit le nombre des décennies qui nous en séparent, ou sont supposées nous en séparer. Et dans les heures atroces, je compte pour ma part les quelques instants de joie folle dont j’ai eu conscience en les vivant qu’ils étaient fulgurants et qu’ils allaient s’éteindre aussi brutalement qu’ils m’avaient ébloui. »

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