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06/10/2019

Ce qu'elles disent

roman étranger,condition féminine

Ce qu’elles disent

Miriam TOEWS

Buchet-Chastel, 2019, 224 p., 19€

 

Entre 2005 et 2009, les filles et les femmes de la communauté de Molotschna ont presque toutes été violées –par des fantômes ou par Satan, croyait-on, à cause de péchés qu’elles auraient commis. Pendant que les familles dormaient, les filles et les femmes étaient plongées dans un profond sommeil au moyen d’un anesthésiant en pulvérisateur, utilisé pour les animaux de ferme. A leur réveil, elles avaient mal partout, elles étaient groggy, saignaient, sans savoir pourquoi. Récemment, on a appris que les huit démons responsables de ces attaques étaient des hommes en chair et en os, dont plusieurs étaient des proches parents de ces femmes…

Molotschna maintient elle-même l’ordre dans ses rangs... Tous les hommes  sont partis en ville afin de payer la caution des agresseurs emprisonnés. Au retour des coupables, on invitera les femmes à leur accorder leur pardon, ce qui aura pour effet d’assurer à chacun et chacune une place au paradis. En cas de refus, les femmes seront contraintes de quitter la colonie pour le monde extérieur, dont elles ne savent rien.

Les femmes disposent de deux jours seulement pour décider collectivement de ce qu’elles feront. 1) Ne rien faire, 2) Rester et se battre, 3) Partir. Quelques-unes ont voté pour ne rien faire et se remettre entre les mains du Seigneur. Cependant comme le temps presse, elles ont confié à une assemblée clandestine de 8 femmes le soin de débattre de chacune des options, de retenir la meilleure et de déterminer les modalités de sa mise en œuvre.

Communauté mennonite sectaire, Molotschna est dirigée par Peters, « évêque » qui détient une autorité à la fois religieuse, morale et temporelle. Seuls les hommes peuvent apprendre des rudiments de lecture, et ils dominent les femmes, traitées moins bien que leurs animaux.

Le roman reprend les deux jours de discussion des 8 femmes chargées de déterminer la conduite du groupe. Le narrateur, August Epp -intellectuel maintenu en marge de la communauté- est témoin de leurs délibérations et chargé d’en dresser le procès-verbal. Désemparées, acculées pour leur survie et celle de leurs enfants, elles disputent des points de religion et de morale, essayant de louvoyer entre tous les péchés qu’engendrerait leur désobéissance.

Lecture dérangeante, parce que les faits reprochés aux hommes sont d’une extrême violence, mais passionnante pour l’étude de ces femmes  qui tentent de s’affranchir d'un joug patriarcal oppressant. Tout juste bonnes aux travaux de maison, de ferme, et à enfanter, privées de droits et d’éducation, ignorantes du monde, parlant un dialecte de « plautdietsch » (bas-allemand incompréhensible en dehors de leur colonie), elles se révèlent fortes, capables d’argumenter, de prioriser leurs valeurs, de chercher une solution respectueuse de leurs croyances et de leur pacifisme.

L’auteur décrit avec tendresse ses personnages, leurs petites manies, leurs affections, leur caractère… et s’attache tout particulièrement à ceux qui vont à l’encontre du système patriarcal : August Epp, homme perçu comme faible, et Ona Friesen, femme indépendante et courageuse.

Bien qu’ayant situé son récit dans un pays anglophone, l’auteur indique s’être inspirée de faits réels, survenus dans une communauté mennonite isolée de Bolivie. Je n’ai pas pu me détacher de ce roman bouleversant avant la dernière page.

Aline

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