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26/02/2020

Envole-moi

roman ado, roman d'amour, handicap

 

Envole-moi

Annelise HEURTIER

Casterman, 2017, 363 p., 12.90€

 

Swann, lycéen passionné de musique et de guitare, participe à un vide-grenier pour gagner les 200€ manquants pour acheter LA guitare Gibson de ses rêves. C’est là que sa vie s’envole, avec la rencontre qui le fait passer de sympathique jeune charmeur à amoureux fou. Je n’en dis pas plus pour laisser aux lecteurs le plaisir de la découverte.

Simplement, sachez que c’est  une touchante histoire d’amour, écrite avec justesse, qui pousse à grandir vers une relation profonde, engagée, et à ignorer le regard des rabat-joie.

Ce roman ado est plein de tendresse, avec des personnages majoritairement positifs, et parcouru de musique et de poésie.  Il se dévore –facilement- d’une seule traite, avec émotion.

 

Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,

Nous apportait l'odeur des fleurs qui s'ouvrent tard ;

La nuit tombait ; l'oiseau dormait dans l'ombre épaisse.

Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse ;

Les astres rayonnaient, moins que votre regard.

 

Moi, je parlais tout bas. C'est l'heure solennelle

Où l'âme aime à chanter son hymne le plus doux.

Voyant la nuit si pure et vous voyant si belle,

J'ai dit aux astres d'or : Versez le ciel sur elle !

Et j'ai dit à vos yeux : Versez l'amour sur nous !

 

                   Victor Hugo (Contemplations)

25/02/2020

Dis-moi dix Mots... au fil de l'eau

exposition

 
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Exposition autour des Dix Mots de la Francophonie présentée tout le mois de mars. Cette année, Dix mots au fil de l'eau... travaillés et illustrés par les classes maternelles et primaires de Soucieu-en-Jarrest.

aquarelle      oasis      engloutir      fluide      mangrove      ondée      plouf     ruisseler          spitant      à vau-l'eau   

10:13 Publié dans Animation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exposition, eau

20/02/2020

Comité de lecture Albanais

La bibliothèque de Soucieu se réjouit d'accueillir ce comité de lecture consacré aux auteurs Albanais, en espérant que ce sera une occasion d’ouverture sur la culture de ce pays que nous connaissons trop mal. Nous avons la chance de profiter de la présence d'Alma, professeure d'histoire et société en Albanie. En prélude à nos lectures, elle fait une courte introduction sur son pays. Elle nous apporte ensuite quelques éclaircissements sur le contexte des livres présentés.

 

Les Albanais sont très attachés à l’Europe. Ceux qui ont souffert le plus de la dictature sont ceux qui avaient des aspirations européennes.

Les liens à la France sont assez forts aussi. Le dictateur Enver Hoxha avait étudié au lycée français de Korça, comme une bonne partie des élites avant et pendant la dictature, et continué ses études à Paris.

Les difficultés actuelles en Albanie sont en grande partie imputables au vide laissé après la dictature : beaucoup d’intellectuels sont morts ou partis à l’étranger, la loi est mal appliquée, et la corruption a pris beaucoup d’ampleur.

Géographiquement, l’Albanie est un très beau pays. Lord Byron l’a décrit comme « un des plus beaux pays des Balkans ». Montagnes, grands lacs, mer… le tourisme y est florissant.

L’hospitalité Albanaise est réputée ! Nous essayons de nous montrer à la hauteur, grâce à l'aide d'Alma et de toutes les cuisinières qui ont préparé de bons desserts.

 

Livres lus par les participants, par ordre de présentation. (Les livres d'Ismaïl Kadaré sont regroupés dans un article à part.)

 

Gasmend KAPLLANI (1967-....)

Gazmend Kapllaniest né à Lushnjë, en Albanie. Sa famille a été déplacée par le régime communiste d’Enver Hohxa. En 1991, après s’être engagé contre la dictature, il a dû fuir en Grèce pour échapper à la police secrète. Il a enseigné à l’université à Athènes. En 2015, harcelé par les néo fascistes, il capitule devant le refus des autorités grecques de répondre à sa demande de nationalisation et émigre aux Etats-Unis. Ecrivain et journaliste, il enseigne à l’université de Chicago.

 

albanie,comité de lectureJe m’appelle Europe (2010)

Intervalles, 2013, 160 p., 19€

Traduit du grec par Françoise Bienfait et Jérôme Giovendo

Le narrateur revient à Tirana pour le mariage d’un cousin. Il se plonge dans ses souvenirs d’Albanie, et se souvient du moment où il s’était exilé en Grèce, de l’accueil des Grecs -mitigé- et de l’aide qu’il a rencontrée dans le milieu des artistes. Ce récit, inspiré du parcours de l’auteur, témoigne de l’immersion dans une nouvelle culture, de la découverte d’une nouvelle langue. Il raconte son amour pour l’Europe, en même temps qu’une histoire d’amour pour une jeune fille dont c’est le prénom.

Intercalées, des pages en italique reprennent le parcours de migrants de différentes origines, et les difficultés qu’ils traversent. Facile à lire et bien écrit, c’est un roman universel qui permet un travail sur l’exil et l’accueil.

 

albanie,comité de lecture

La dernière page (2012)

Intervalles, 2015, 160 p., 17€

Traduit du grec par Françoise Bienfait et Jérôme Giovendo

Prix du salon du livre des Balkans (Paris, 2015)

Melsi, alter ego de l’auteur, journaliste gréco-albanais, vit à Athènes, où il se sent de moins en moins à sa place, du fait de la xénophobie croissante. Il rentre à Tirana pour y attendre la dépouille de son père, décédé à Shanghaï. Pendant les 22 jours suspendus qu’il passe à Tirana, dans l’appartement de son père, il s’attache à observer la ville autour de lui, à surmonter les tracasseries administratives, et à passer au peigne fin l’appartement de son père, où chaque objet lui parle. La découverte d’un manuscrit de son père « La singulière histoire d’un crypto-juif », le plonge dans l’incertitude quant à son histoire familiale et le pousse à interroger les secrets de son père.

Le récit de Melsi, plutôt intimiste, est entrecoupé de passages historiques retraçant les turpitudes d’une famille juive de Thessalonique, entre la fuite en Albanie en 1943 pour échapper aux allemands, et la fin de la dictature albanaise. L’auteur témoigne de ses liens à l’Albanie et à la Grèce, non sans une certaine amertume par rapport à la Grèce et à l’Albanie.

Ouverture du roman : « à l’instar de certains amours, certains pays sont une aberration : ils n’auraient jamais dû exister. Etre né et avoir vécu dans un tel pays procure un désenchantement assez proche de ce que l’on éprouve quand on a gâché sa vie avec une personne qui n’est pas la bonne. »

L’écriture est fluide, observatrice, dans un style simple et précis qui n’empêche pas un certain art de la formule et de l’image.

 

Fatos KONGOLI (1944-....)

Né en 1944 à Elbasan, au centre de l’Albanie, Fatos Kongoli a étudié les mathématiques en Chine, durant l'alliance sino-albanaise. Il a été ensuite professeur, puis a travaillé dans la presse et l'édition. Il a préféré n'écrire qu'après la chute du régime communiste.

 

albanie,comité de lecture

L’ombre de l’autre

Rivages, 1998, 20€

Traduit de l'albanais par Edmond Tupja

Festim Gurabardhi travaille dans une maison d'édition de Tirana. Ce sont les dernières années du régime communiste albanais. Il règne une ambiance cauchemardesque de corruption, d’hypocrisie, et de délation. Depuis son enfance, Festim craint une dénonciation de la part d’un de ses camarades, devenu juge.  Se dédoublant pour cacher un passé familial jugé sombre par le parti, Fatim vit un cauchemar perpétuel à force vivre « dans l’ombre d’un autre ».

Un roman très noir, métaphore de la schizophrénie du régime dictatorial albanais. Le narrateur se dédouble pour se raconter, utilisant le « Je » ou le « Il » selon les chapitres.

Le procédé de dédoublement, est l’un de ceux utilisés par les écrivains albanais sous la dictature, il a été aussi utilisé par Ismaïl Kadaré. Autres procédés : raconter des rêves, faire passer un message par un « il » dont on se distancie, par un enfant…

 

Carmine ABATE (1954-....)

Carmine Abate est un écrivain italien de culture arberèche, qui a vécu en Allemagne et en Italie. Les Arberèches (en albanais Arbëresh) sont des Albanais vivant dans le sud de l’Italie. Ils s’y sont établis au 15e et 16e s, fuyant l’occupation ottomane à la suite de la mort du héros albanais Skanderbeg, puis  le massacre par Ali Pasha de 6000 Albanais qui avaient refusé de se convertir à l’islam. Les Arberèches ont conservé depuis cette époque une forte identité albanaise. Ils parlent un dialecte albanais du sud de l'Albanie, resté assez proche de l’albanais ancien.

 

albanie,comité de lecture

La mosaïque de la grande époque

Seuil (Cadre Vert), 2008, 293 p., 21,80€

Traduit de l’italien Il mosaico del tempo grande (2006) par Nathalie Baue

Au XVe siècle, un groupe d’Albanais du village de Hora part du Durrës (port de Tirana) pour s’installer en Calabre, où ils créent un petit village. Le pope collecte toutes les richesses de la communauté pour édifier une belle église, mais à sa mort, l’or a disparu.

Sous la dictature d’Enver Hoxha, les héritiers des familles d’origine sont toujours au village. Antonio (descendant du pope) profite d’un voyage organisé en Albanie pour tenter de découvrir le vieux village d’origine de sa famille, et s’éprend d’une danseuse, Drita, avec laquelle il s’installe en Hollande pour échapper à la police albanaise.

Gojàri, artiste mosaïste, est le point de charnière entre les différentes époques. Il raconte avec les abacules (tesselles) de ses mosaïques toute l’histoire des habitants de Hora depuis les origines, y compris les parties cachées.

Beaucoup d’amour, quelques morts, et le mystère de la recherche de l’or du 15e s disparu. Carmine Abate rédige son récit comme une mosaïque, sans se préoccuper de l’ordre chronologique, croisant les récits et les époques, entre le XVe siècle et nos jours, en passant par la chute du régime du leader communiste albanais Enver Hoxha et le drame des immigrés albanais échoués sur les rives italiennes au début des années 1990. L’utilisation de dialectes italien, calabrais et arbarèche gêne un peu la lecture.

 

albanie,comité de lecture

La Moto de Skanderbeg

Le Seuil (Cadre Vert), 2003, 256 p., 20.30€

Traduit de l’italien La moto di Scanderbeg (1999)

Prix littéraire Racalmare Leonardo Sciascia

Le personnage principal, Giovanni Alessi est écartelé entre son passé dans le village arbarèche de Nouvel Hora, et sa vie actuelle en Allemagne. Un jour, Stefano Santori, un garçon de Hora devenu historien réapparait dans sa vie. Grâce à lui, Giovanni renoue avec ses origines ; il revit son histoire et celle de son père, Skanderbeg, qui au lendemain de la guerre, arpentait les routes et les chemins sur sa splendide moto Guzzi Dondolino. Et, remontant plus loin encore, il évoque la geste du Grand Skanderbeg, le héros de la résistance albanaise contre les Turcs qui, au soir de sa défaite, conseilla à son peuple l'exil en terre italienne.

Annie a trouvé le roman trop difficile à suivre, entre les lieux très variés, et la chronologie non respectée.

 

Originaire de Krujë (Albanie), Skanderberg était un grand général du 15e s., d’abord pour l’armée turque. En 1443, Skanderbeg déclare l’indépendance de l’Albanie, hissant son drapeau rouge à l'aigle noir. Il est le seul à avoir réuni les Princes du nord et du sud (Chacun pris séparément, nous sommes une brindille, mais en fagot, on ne nous brise pas), créant la petite Albanie, qui résistera 25 ans aux Ottomans (1443-1468). Héros national albanais, il a été nommé Chevalier de la Chrétienté, pour avoir  empêché les Ottomans de passer par Durrës, la voie la plus courte pour envahir l’Europe. Son histoire est reprise dans Les tambours de la pluis, d’Ismaïl Kadare.

 

Dritëro AGOLLI  (1931-2017)

Né en 1931 dans le village de Menkulas, dans le Sud de l’Albanie, Dritëro Agolli a fait des études de philologie et de journalisme à l’université de Léningrad. Longtemps, il a été journaliste au service du régime. De 1973 à 1992, il a été président de l’Union des artistes et écrivains albanais. Membre du Parlement, Dritëro Agolli a aussi été une figure marquante du Parti socialiste albanais. Son première recueil, Poèmes de la route a été publié en 1958. Il écrit également des nouvelles et des romans, satire d'un système auquel il appartenait.

 

albanie,comité de lectureL’homme au canon (1975)

Le Serpent à plumes (Motifs), 1998, 200 p., 6.10€

Traduit de l’albanais. Première édition en France par les éditions du Passeur  en 1994.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, en Albanie, la lutte qui oppose les nationalistes aux communistes, et tous aux armées Italienne et Allemande, se mêle à la lutte qui oppose les 4 principales familles d’un village, de vendetta en vendetta. Mato Gruda trouve du matériel militaire abandonné par l’armée en déroute, et s'approprie un canon allemand. Sa femme s'oppose à l’utilisation du canon, mais il décide que ce sera l'instrument de sa vengeance contre la famille qui a assassiné la sienne. Il n’imagine pas les conséquences, car c’est son meilleur ami qui est accusé.

Jusqu’où est-on prêt à aller pour se venger ?  Quelles en sont les répercussions ? Une belle découverte, roman qui se lit bien.

 

Lek PERVIZI (1929-….)

Né à Kurbi en Albanie dans une famille noble, Lek Pervizi a suivi des études artistiques à Rome et s'est consacré à la poésie dès son jeune âge, en composant des poèmes lyriques. Rentré en Albanie en 1943, sans savoir que le pays allait devenir communiste. En 1944, sa famille subit les foudres de la dictature communiste, entre prisons, persécutions et camps d’internement. Lek Pervizi y échappe pendant les cinq premières années du régime. Artiste peintre, poète et écrivain engagé, opposant résolu au régime communiste, Lek Pervizi va subir des décennies de persécutions dans les camps de concentration et les prisons d’Albanie. Il se réfugie en Belgique en 1990. Il n’a pas pu écrire ce récit en albanais, mais est passé par l’Italien.

 

albanie,comité de lecture

Dans les cercles de l’enfer

L’Harmattan (Lettres d’Albanie), 2014, 136 p., 14€

Gens, le héros du récit, a fait des études en Italie. Rentré en Albanie en 1943 sans savoir que le pays allait devenir un pays communiste, il s’échappe pendant un temps en Grèce.  De retour en Albanie, il passe 10 ans de prison et 32 ans d’internement au travail forcé dans un camp de concentration. Accusé d’avoir aidé les Albanais-Grecs opposants au régime, il subit des tortures pendant cinq ans par des analphabètes.

C’est simple à lire, mais le récit est très dur, tragique comme la réalité l’a été.

La question se pose : « Mais pourquoi les Albanais ont-ils supporté la dictature pendant 50 ans ? »

 

Ornela VORPSI (1968-….)

Ornela Vorpsi, née à Tirana en Albanie, a étudié les beaux-arts à Tirana puis Milan. Depuis 1997 elle réside à Paris. Romancière, photographe, peintre et vidéaste. Ecrivaine d'expression albanaise, italienne et française, elle est également photographe, peintre et vidéaste.

 

albanie,comité de lecture

Ci-gît l’amour fou

Actes Sud, 2012, 192 p., 18.50€

Amour, mort et folie sont les trois thèmes intriqués dans ce roman. La jeune Tamar adore sa mère, mais passe beaucoup de temps dans la famille voisine, chez Maria, qui a neuf garçons ! Tamar dit « Je suis née pour observer ». Et pour observer, elle observe… les garçons -dont Dolfi, beau à faire se damner toutes les femmes du quartier. L’une des admiratrices de Dolfi meurt, dans des circonstances énigmatiques. Cet événement fait basculer Tamar, déjà affectée par le suicide de son frère, dont sa mère ne s’était jamais remise.

Un roman contemporain, sur la démesure de l’amour fou, qui n’apporte pas d’éclairage particulier sur l’Albanie.

Bouillon albanais : Ismaïl Kadaré

Né en 1936 à Gjirokastër, dans le Sud de l'Albanie, Ismaïl Kadaré étudie les lettres à l'université de Tirana et à l'Institut de littérature Gorki de Moscou. En 1960, la rupture avec l'Union soviétique l'oblige à revenir en Albanie où il entame une carrière de journaliste et écrit de la poésie. En 1963, la parution de son roman Le Général de l’armée morte lui apporte la renommée, d’abord en Albanie, puis à l’étranger grâce à la traduction française de Jusuf Vrioni. En 1972, nommé député albanais sans même l’avoir demandé, il est contraint d’adhérer au Parti communiste albanais (gouvernemental). Il poursuit un temps sa carrière d’écrivain sans heurts, malgré la charge corrosive de ses textes contre la dictature. Kadare finit par être qualifié d’« ennemi » lors du Plénum des écrivains en 1982 mais aucune sanction n’est prise à son encontre. Entré en disgrâce pour ses écrits subversifs, conçus comme une critique détournée du régime, il est contraint d’éditer ses romans à l’étranger. Se sentant menacé, il émigre en France où il obtient l’asile politique en octobre 1990.

Ismail_Kadare.jpg

Kadaré est considéré comme l'un des plus grands écrivains et intellectuels européens du XXe siècle et comme une voix universelle contre le totalitarisme. Il est l'auteur albanais le plus lu à l'étranger, et a reçu de nombreux prix prestigieux, dont le Man-Booker Prize en 2005.

L’un des rares écrivains albanais à avoir survécu à Tirana malgré des écrits critiques du régime, il a peut-être été protégé en partie par ses origines à Gjirokastër, qu'il partage avec le dictateur Enver Hoxha. Sa renommée internationale aussi sans doute, puisque Enver Hoxha se targuait d’être un grand intellectuel, et voulait semble-t-il profiter de la publication des œuvres de Kadaré en France pour  y faire publier les siennes.

Kadaré a également su ruser avec la censure, en rédigeant des romans à double-fond, en utilisant des narrateurs multiples ou distanciés (enfant, fantôme), des rêves, les contes et la mythologie, et manier l’ironie, que ne comprenait pas la machine étatique -ce qui lui a permis de porter la critique plus loin que d’autres.

Alma nous conseille de lire plutôt ses œuvres récentes, celles écrites sous la dictature étant souvent cryptées, truffées de doubles sens, et faisant appel à un contexte que nous ne possédons pas. Voici les livres que nous avons lus, par ordre de présentation :

 

albanie, comité de lectureLa fille d’Agamemnon (1985)

Fayard, 2003, 144 p., 16€

Traduit de l’albanais par Tedi Papavrami

Nous sommes en Albanie, dans les dernières années du régime communiste. Le narrateur a pour maîtresse la fille d'un haut fonctionnaire. Mais le parti la convainc de mettre fin à cette liaison. Bouleversante histoire d’un amour mis en pièces par les rouages glacés de la machine étatique. L'amant désespéré médite sur sa disgrâce, évoquant tout à tour Iphigénie sacrifiée par son père Agamemnon, et Staline refusant d'échanger des prisonniers allemands contre son fils captif.

Ce roman a été écrit clandestinement en 1985 à Tirana et envoyé en France. Se lit facilement.

 

albanie, comité de lectureL’entravée, requiem pour Linda B. (2010)

Fayard (Littérature étrangère), 2010, 205 p., 18.20€

Traduit de l’albanais par Tedi Papavrami

Dramaturge albanais sous la dictature d’Enver Hoxha, Rudian Stefa est convoqué par le parti, sans en connaître la raison. Dans un climat lourd de doute et de suspicion, il se questionne sur la cause de cette convocation – et les interrogateurs ne font rien pour le rassurer. Est-ce en raison d’une dispute avec son amie qui a dégénéré, d’un personnage qu’il aurait introduit dans sa pièce de théâtre ? En fait, il est convoqué parce qu’un de ses livres dédicacé a été retrouvé chez Linda B., une jeune femme « reléguée » qui s’est suicidée. Dans un climat lourd de doutes et de suspicion, le narrateur enquête pour connaître les raisons du suicide de Linda, et ce qui la reliait à lui.

Linda B. était une jeune fille qui rêve de visiter Tirana. Mais c'est précisément ce qui lui était impossible, en tant qu’assignée à résidence. Son seul "espoir" pour aller à la capitale : se voir dépister un cancer du sein, et être autorisée à se déplacer pour les soins ! Sa condition de reléguée évoque celle d'Eurydice, "entravée" aux enfers.

Le roman est basé sur les brouillons d’une jeune fille qui a existé, maîtresse d’école, qui a été déclassée suite à la vengeance d’un officiel du parti auquel elle s’était refusée. Le livre est volontairement un peu difficile d’accès, procédé utilisé pour décourager les censeurs.

 

albanie, comité de lectureTrois chants funèbres pour le Kosovo (1998)

Fayard (Sciences humaines et sociales), 1998, 122 p., 12€

Traduit de l’albanais par Tedi Papavrami

Il existe en ce monde une région où une vieille tragédie continue à projeter sans relâche, de façon cyclique, de nouvelles tragédies. Cette terre porte le nom innocent de " Champ des merles ", autrement dit Kosovo. En 1389, une coalition balkano-chrétienne composée de Serbes, de Bosniaques, d'Albanais et de Roumains fut écrasée par l'armée ottomane du sultan Mourad. Cette défaite a été exploitée à maintes reprises par des politiciens nationalistes. Autour de l’impossible compréhension et unité entre les peuples des Balkans, Serbes, Bosniaques, Albanais, et Roumains.

 

Après l’empire Ottoman, beaucoup d’Albanais se sont convertis à l’islam. Le Sud, proche de la Grèce, était plutôt orthodoxe, tandis que le Nord, du côté de l'Italie, suivait le rite catholique latin.

 

albanie,comité de lectureQui a ramené Doruntine ? (1980)

Fayard (Littérature étrangère), 1986, 182 p., 18€

Dans un village de l’Albanie médiévale, Dorountine s’est mariée à plus de 6 jours de cheval, donc loin ! Son frère Constantin avait fait la promesse solennelle « la besa » (parole donnée que l’on doit tenir au-delà de la mort) à sa maman de la ramener lorsqu’elle le voudrait. Or tous les frères de Doruntine sont morts, ils n’ont donc pas pu la ramener. L’inspecteur local enquête pour savoir qui l’a ramenée. Constantin serait-il sorti de sa tombe pour tenir la parole donnée à sa mère quand il était en vie ?

Kadaré puise dans le patrimoine légendaire de son pays la substance d'un "thriller" hors d'âge, plein de brumes, de chevauchées nocturnes et de pierres tombales déplacées.

 

La Besa fait partie du Kanun, code coutumier remontant au XVe s, qui définit les règles fondamentales, précises comme celles d’un contrat de mariage. Les deux plus importantes étant:

  • L’hospitalité, même si l’on possède peu, a minima du pain et du sel
  • La parole donnée (code d’honneur)

La "reprise du sang" (vendetta) est réapparue après la dictature, en partie à cause des défaillances d’application de la loi.

 

albanie,comité de lectureLa poupée (2015)

Fayard (Littérature générale), 2015, 160 p., 16€

Traduit de l’albanais par Tedi Papavrami

Histoire de la mère d’Ismaïl Kadaré, de famille bourgeoise de Gjirokastër, qui vivait relativement cloîtrée dans la vaste maison familiale du clan Kadaré.

Récit assez intimiste.

 

Pendant la dictature communiste, le Nord et le Sud du pays n’ont pas reçu le même traitement le nord a été plus opprimé.

 

albanie,comité de lectureL’aigle (1995)

Fayard (Libres), 1996, 120 p., 12€

Max est un employé de banque sans histoire, si ce n'est qu'un jour, lors d'une réunion, il n'a pas dit ce qu'il aurait fallu dire comme il aurait dû le dire. En allant chercher des cigarettes, il tombe dans un trou, sorte de purgatoire, où sont exilés tous ceux qui n’ont pas « marché droit » par rapport au régime. On raconte que des aigles géants permettraient de s'échapper de ce monde du néant. Qui sait...

Dans cette allégorie surréaliste qui ressemble à un conte cruel, Kadaré dénonce le régime de Hoxha et les milliers de personnes persécutées et tuées.

 

albanie,comité de lectureVie, jeu et mort de Lul Mazrek (2003)

Fayard (Littérature étrangère), 2002, 20.30€

Traduit de l’albanais Eta, loja dhe vdekja e Lul Mazrekut par Tedi Papavrami

Dans les années 1980, Lul Mazrek vit dans un village albanais où la vie culturelle est quasiment inexistante, et rêve de faire du théâtre. Sa demande d’admission   dans une école de théâtre à Tirana est refusée, et –comble de malchance- il reçoit sa convocation pour le service militaire dans une station balnéaire du sud du pays, proche de la frontière grecque. Ses amis le poussent à en profiter pour s’évader, tandis que lui espère pouvoir jouer pour les soldats. Sa mission ? lutter contre les tentatives d’évasion ! Vjollcia elle est une jeune fille intelligente et très belle, embarquée par le parti dans une sombre histoire. Comme souvent dans les œuvres de Kadaré, l'antiquité grecque joue un rôle important.

Récit réécrit après la dictature, inspiré d’une histoire vraie, témoignage de l’absurdité de la dictature communiste.

17/02/2020

Dis moi dix mots au fil de l'eau...

Exposition autour des Dix Mots de la Francophonie présentée tout le mois de mars. Cette année, Dix mots au fil de l'eau... travaillés et illustrés par les classes maternelles et primaires de Soucieu-en-Jarrest.

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Animations offertes :

  • Atelier « aquarelle » pour les 4-6 ans, lundi 2 mars, 16h-17h – gratuit sur inscription !

Affiche atelier aquarelle 2 mars.png

  • Dix Mots en musique "au fil de l'eau", vendredi 20 mars à 20h : lectures offertes et temps musicaux, en partenariat avec l'école de musique de Soucieu. Gratuit et ouvert à tous.
  • Fête du court métrage : mercredi 25 mars, 16h-17h, projection du programme de courts métrages « Au fil de l’eau » pour la jeunesse. Gratuit sur inscription.
 
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15/02/2020

Les patriotes

roman étranger, Russie, Etats-Unis,

Les patriotes

Sana KRASIKOV

Albin Michel (Terres d’Amérique), 2019, 593 p., 23.90€

Traduit de l’américain The Patriots (2017) par Sarah Gurcel

 

Née en Ukraine en 1979, Sana Krasikov a grandi dans l’ancienne République Soviétique de Géorgie, avant d’émigrer aux Etats-Unis avec sa famille. Pour ce livre, pensé et écrit entre 2005 et 2017, elle s’est inspirée de l’histoire de la mère d’un ami, Pauline Friedman, dont elle a pu récupérer les dossiers déclassifiés par la Loubianka. La première scène du roman est directement transposée de la vie de cet ami : le moment où, adolescent, il a retrouvé sur le quai d’une gare sa mère de retour du goulag.

Ce récit kaléidoscope, situé entre 1934 et 2008, couvre trois générations d’une même famille. La perspective varie selon le narrateur et l’époque.

1932, après la grande dépression, Florence Fein – New-Yorkaise d’origine juive russe, embarque pour l’Europe "construire le paradis rouge".  "Florence elle-même n’était pas certaine de savoir après quel rêve elle courait : celui d’une humanité soviétique en général, ou celui d’un homme aux yeux noirs en particulier."  "Elle n’était pas vraiment communiste. Insatisfaite, c’est tout. Elle voulait faire de sa vie quelque chose de grandiose" et aspirait à un idéal d’égalité, une meilleure vie pour tous.

Toute sa vie, son fils Julian essaie de comprendre les choix de sa mère, qui ont été lourds de conséquences pour lui. Pourquoi sa mère at-elle pu continuer à refuser de condamner le système qui a détruit leur famille et l’a envoyée au goulag pendant 7 ans.  Il profite d’un séjour professionnel à Moscou pour réclamer les archives du KGB sur sa mère. Désormais Américain, il essaie de ramener aux Etats-Unis son fils Lenny, qui à son tour a choisi d’émigrer en Russie pour affaires… mais pas seulement.

Chaque génération a un rapport équivoque à ses origines, entre deux nationalités et deux mondes, et les relations entre les générations sont empreintes de d’incompréhension, chacune ayant dû supporter les conséquences des choix de la précédente. La loyauté de chacun des personnages est mise à rude épreuve. Bien que chacun se considère comme une bonne personne, les mauvais choix sont nombreux !

Cette saga m’a fait découvrir le destin des Américains ayant émigré en URSS dans les années 1930, qui se sont retrouvés piégés dans les années Staline. Le regard sur les relations diplomatiques et économiques entre US et Russie n’est pas sans rappeler la situation des années 2010 ! Dans un double discours, les dirigeants et médias américains se méfient de la menace rouge, de l’autre on continue à faire des affaires...

roman étranger,russie,etats-unisLes origines juives des personnages ont leur importance. Les juifs américains, venant d’un pays où l’on peut s’exprimer, partagent l’expérience des juifs russes. Pendant une courte période, après la révolution, et pendant la "Grande guerre patriotique", les origines juives en Russie ont été valorisées, mais dès lors que l’on sombre dans la période Stalinienne, l’identité juive est menacée et réprimée, et la "chasse aux ennemis du peuple" est partout. Pour survivre, il faut calculer tout ce qu’on va faire ou dire.

De nombreux autres personnages gravitent autour de ces trois narrateurs, dans un récit un peu complexe, touffu, mais passionnant. Coup de cœur de Renata et Aline.

03/02/2020

Prix MOTTS : rencontre avec Jean-Yves Loude

rencontre d'auteur, prix des lecteurs, bande dessinée, voyageMardi 11 février 19h venez à la rencontre du peuple Kalash

à la bibliothèque MOTS'PASSANTS de Taluyers

Jean-Yves Loude, écrivain et ethnologue, vous offre une lecture narration autour de sa bande dessinée "Fêtes himalayennes : les derniers kalash".

Rencontre suivie d'un temps de dédicace des ouvrages de l'auteur.

Entrée libre et gratuite - public adulte

Cette rencontre est organisée dans le cadre du Prix MOTTS, où la BD "Fêtes himalayennes" figure dans la sélection BD.

02/02/2020

Saint Valentin sous les étoiles

nocturne, étoiles

Profitez-en pour piocher dans la sélection de livres sur les étoiles proposée à la bibliothèque !

14:45 Publié dans Animation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nocturne, étoiles

01/02/2020

Les os des filles

roman,vietnam,exil

 

Les Os des filles                                     

Line PAPIN

Stock (La Bleue), 2019, 178 p., 18.50€

 

Line Papin, jeune auteure talentueuse, se dévoile avec sincérité dans ce roman intime ; son écriture très mature touche profondément.

Les os des filles, c’est son histoire, mais aussi et surtout celle de sa famille maternelle particulièrement  Ba, la grand-mère battante, et ses trois filles, les « sœurs H. », dont la deuxième est la mère de Line. Toute sa vie, Ba organise sa survie et celle de ses filles élevées dans un pays bombardé, miné par les guerres, les famines et l’embargo américain.

Le titre surprend. Ces os, fil conducteur du récit, ce sont ceux des morts qui sont enterrés et honorés selon la tradition vietnamienne et aussi ceux trop apparents sur des corps marqués par la famine qu’elle soit subie ou voulue et, au prix d’un jeu de mots, les eaux qu’on perd avant la naissance, les os /eaux donc au début et à la fin de la vie.

Line Papin naît en 1995 à Hanoi d’une père français et d’une mère vietnamienne, un an après son frère mais, contrairement à lui, bébé voulu, Line naît par accident,  elle est un accident. Et c’est sans doute une première faille qu’elle ressent sans que rien ne soit exprimé. Sa mère débordée s’occupe peu d’elle. Le lien d’amour est construit avec sa grand-mère Ba et sa nourrice Co Phai, pour lesquelles elle éprouve un attachement très fort. Le statut social de son  père lui permet de vivre dans des conditions matérielles confortables et de connaître une  enfance libre et insouciante.

A l’age de 10 ans la famille quitte Hanoï pour s’installer en France. Personne ne l’a préparée à ce changement et c’est une déchirure, une terrible rupture dans la vie de cette petite fille, la perte de sa grand mère, sa nourrice, ses ami(e)s et Hanoï la ville qu’elle aime tant.  Elle est propulsée dans un environnement totalement inconnu et à mille lieues de son univers. Tout est si différent en France, le climat, les odeurs, le mode de vie, les gens. C’est pour elle un vrai choc psychologique et culturel qui passe totalement inaperçu pour ses parents. Un profond déracinement qui va la dévaster et la conduire durant son adolescence à une anorexie mortifère.

Le livre comporte trois parties, la première guerre, celle avec le Japon et la France qu’a connu sa grand-mère Ba élevée par sa mère, une femme battue qui choisit courageusement de vivre seule avec ses deux filles,  la deuxième guerre avec les États-Unis subie par sa grand mère et ses 3 filles, la troisième guerre, la sienne  une guerre interne qui la détruit entre deux parties d’elle même, l’une qui veut mourir, l’autre qui se raccroche à la vie.

« La petite fille est entrée en guerre comme ses aînées, mais elle n’est pas entrée en guerre contre les Japonais, les Français ni les Américains, elle est entrée en guerre contre  elle-même tout simplement. Oui c’était une guerre civile entre une part d elle même et une autre. Cela a commencé de la même manière :  par des famines et des bombes. »

La famine elle la recherche. Comme sa grand-mère et sa mère, et plus qu’elles, elle est d’une maigreur effrayante, elle n’a plus que la peau sur les os.  « La petite fille porte en elle les cœurs bleus et les os maigres » des femmes de la famille.

Lorsque l'on est au plus profond du gouffre, deux choix s'offrent : sombrer donc mourir, ou lutter et vivre. Line va choisir la vie et tout doucement va remonter à la surface. Pour comprendre ce qui l’a conduite à l’anorexie et trouver la force de continuer à vivre, elle part à 17 ans à Hanoï. Elle veut remonter le passé, apprendre ce qu’ont vécu sa grand-mère et sa mère car rien ne lui a été dit. Aucune ne lui a parlé de la guerre et de ce qu’elles ont enduré. La recherche de ses racines va lui permettre de réconcilier son passé et son présent et de se réconcilier avec la vie.

En partant à la quête de sa propre histoire, l'auteur aborde avec une pudeur extrême deux thèmes graves qui sont l'exil et l'anorexie. Les os des filles est un livre bouleversant, lumineux et plein d'espoir.

Annie P.