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14/10/2021

Journal d'un jeune naturaliste

oiseau, nature, biographie, autisme

 

Journal d’un jeune naturaliste

Dara McANULTY

Gaïa, 2021, 240 p., 22€

Traduit de l’anglais par Laurence Kiefe 

A l’âge de 14 ans Dara McAnulty, jeune Irlandais (Ulster) autiste apprend la décision de ses parents de déménager et de s’installer à l’autre bout du pays. Il est bouleversé par la perspective de devoir quitter les forêts et paysages qu'il affectionne tant. Le changement l’effraie terriblement et l'écriture s'impose à lui comme une nécessité, un moyen de se libérer de sa peur et d'exprimer ses sentiments, ses passions et ses frustrations.

Il nous fait partager, au fil d'une année, son émerveillement au contact de la vie sauvage et son désarroi face à l'inconséquence et l'indifférence humaines. Mêlant observations scientifiques, poésie et mythologie irlandaises, son récit nous offre la perspective unique d'un jeune autiste sur le monde vivant et nous invite à observer et protéger les merveilles trop souvent ignorées qui nous entourent.

Il a une très grande connaissance de la flore et de la faune locales et plus particulièrement des oiseaux qu’il sait parfaitement identifier et dont l’observation quotidienne est pour lui un besoin vital ; ils lui apportent du bonheur et participent à son équilibre.

Après le repas, des chants jaillissent de tous les coins du ciel et nous nous immobilisons pour écouter le crépuscule. En isolant ces mélodies chacune à leur tour, je me sens soudain enraciné. Les spirales des alouettes. Les harmonies des merles. Le bouillonnement des pipits farlouses. Le battement des ailes des bécassines. Et toujours les cris des oiseaux de mer. Nous sommes dans un autre univers. Pas de voitures. Pas de gens. Rien que la nature dans toute sa splendeur.

Ce journal n’est pas ordinaire, il est celui d’un jeune autiste qui nous fait ressentir d’une façon poignante son extrême sensibilité, sa souffrance due à son handicap dont il a parfaitement conscience, ses difficultés de communiquer, la douleur ressentie à l’école face à la méchanceté, le harcèlement, la brutalité de la plupart des autres élèves. 

A travers son récit il révèle à quel point la nature est un ancrage pour lui et à quel point elle devrait l’être pour chacun de nous. Il démontre avec intelligence comment progressivement nous nous sommes désolidarisés de l’environnement dans lequel nous évoluons. Une déconnexion qui a des impacts dramatiques sur la nature et sur notre mode de vie.  

Il s’exprime avec sincérité et naturel dans une écriture fluide et poétique qui rendent son récit très attachant.

Dans un monde aussi rapide, aussi compétitif, il est indispensable de se sentir enraciné. Il est indispensable de sentir la terre et d’entendre les oiseaux chanter. Il est indispensable d’utiliser nos sens pour participer au monde. Peut-être, à force de nous taper la tête contre un mur de briques, celui-ci finira-t-il par s’écrouler. Et peut-être pourrons nous utiliser ces décombres pour reconstruire quelque chose de mieux, de plus beau, en lâchant la bride à notre propre nature. Vous imaginez ça ?

Annie

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