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27/05/2014

Coups de coeur du bouillon

La soirée était fraîche, mais l’accueil chaleureux et les tartes, moelleux et chocolats, délicieux. Les livres évoqués ont été d’une grande variété : vécu, histoire, biographies.

 

3 biographies

Un long chemin vers la liberté, Nelson MANDELA

Ginette était bouleversée par cette autobiographie, et a su nous faire partager son émotion : la lecture n’est pas facile à cause de nombreux détails, évènements, noms, mais 30 ans d’une existence très riche. Coup de cœur d'Hélène également.

Mémé, Philippe TORRETON

Plus léger,  relations d’une grand-mère vivant en Normandie dans une maison délabrée, et de son petit-fils reconnaissant de ces bons moments à la campagne.

Dans l’ombre de la lumière, Claude PUJADE-RENAUD

Il s’agit de la « femme » concubine de Saint Augustin, entre biographie et roman historique, d’aspects méconnus du début du christianisme en Afrique du Nord.

 

Pour rester dans l’Antiquité

Quattrocento, Stephen GREENBLAT

Meilleur roman historique 2013.Se déroule au début de la Renaissance, mais exhume un livre qui aurait dû disparaître : de natura rerum de Lucrèce, sauvé par un humaniste, il encourage au bonheur, et a influencé les plus grands : Montaigne, Galilée etc. Erudition étonnante, époustouflant (voir critique d’Annie P)

Les fleuves de Babylone, Michel PEYRAMAURE

2001 av J-C, au temps d’Hammourabi, intrigues et meurtres au palais, roman historique (lu par Georgette)

 

Des voyages, en train ou à pied

Noces de neige, Gaëlle JOSSE

En parallèle en 1881, et en 2012, deux parcours entre Saint Pétersbourg et Nice : un huis-clos dans train de luxe en 1881, une riche famille revient d’un séjour à Nice en hiver, et en seconde classe, l’attraction de l’Occident et d’un mariage arrangé en 2012. (Annie B)

La traversée des Alpes, Antoine de BAECQUE

Du Léman à Nice, un carnet de voyage d’un mois à partir du 06/09/2009, et des références historiques et géographiques (d’une autre police d’écriture), un ensemble passionnant d’un mois de randonnée expérimentale avec 17 kg sur le dos et 8 à 9 heures de marche par jour. (Martine)

 

Maladie, médecine

Le sixième jour, Andrée CHEDID (1960)

Epidémie de choléra au Caire, un enfant atteint par la maladie est emmené loin de la ville par sa grand-mère qui espère qu’il survivra au sixième jour (ou on guérit ou on en meurt).

Esprit d’hiver, Laura KASCHISCHKE

Un huis clos en une journée marquée par la neige, les contretemps, la maladie le passé qui se rappelle à l’ordre du jour, un malaise grandissant, on ne comprend qu’à la fin !!

Générosité, Richard  POWERS

Il est question d’hypothymie, de bonheur, de manipulations génétiques, et cette jeune kabyle Thassadit heureuse malgré tout ce qu’elle a enduré a laissé Annie euphorique.

Maryvonne tout aussi passionnée, mais aussi révoltée par la situation en Algérie aujourd’hui a conclu avec le roman noir :

Qu’attendent les singes, Yasmina KHADRA

Une écriture magnifique, des rebondissements, des personnages aux facettes multiples, un portrait sombre et déliquescent de l’Algérie, et heureusement une note optimiste à la fin.

 

A Chassagny, nous sommes attendus le 12 juin.

Annie propose comme auteur pour l’année prochaine : Metin ARDITI.

Marie-Claire

 

14/04/2014

Louise Erdrich

Bouillon de lecture du 10 avril 2014, à Soucieu

Karen Louise Erdrich, née le 7 juillet 1954 à Little Falls dans le Minnesota, est auteur de romans, de poésies et de littérature de jeunesse. Elle est une des figures emblématiques de la littérature indienne et appartient au mouvement de la Renaissance amérindienne. Sa mère est une métis Ojibwa (Chippewa), et son père est américain d’origine allemande. Louise Erdrich grandit dans le Dakota du Nord, où ses parents travaillaient au Bureau des Affaires Indiennes.

Enseignante, elle épouse en 1981 Michael Dorris, collègue et autre auteur de la Renaissance amérindienne. En 1995, le couple se sépare. Michael, dépressif depuis longtemps selon Louise, se suicide en 1997. Louise Erdrich vit dans le Minnesota,où elle est propriétaire d'une petite librairie indépendante « Birchbark Books ».

Tous les livres de Louise Erdrich que nous avons lus sont parus en français aux éditions Albin Michel, dans la collection Terres d’Amérique, 2 ou 3 après l’édition anglophone. Nous avons préféré ses romans récents, plus construits, moins touffus au niveau des personnages.

 

littérature amérindienneLove Medecine (1984)

D’abord publié en français sous le titre L'Amour sorcier en 1986, réédité en 2008.

Le premier chapitre est composé d’une nouvelle écrite par l’auteur en 1979. Il raconte la triste fin de June, morte de froid dans la neige. Son personnage est évoqué plusieurs fois dans les chapitres suivants, tranches de vie des familles Kashpaw, Lamartine et Pillager, sur les terres indiennes du Dakota, depuis 1934 jusqu’aux années 1980 : amours et rivalités, rappel de l’ancienne proximité avec la nature, drames, injustices provoquées par les blancs (un indien fait toujours un coupable idéal). Des femmes passionnées, et des hommes abîmés par les guerres en Europe ou au Vietnam….

Malgré un rappel généalogique, le lecteur peine à se retrouver dans les nombreux personnages, d’autant que la chronologie n’est pas respectée. Néanmoins, l’écriture sensible et les personnages hauts en couleur rendent la lecture très intéressante.

Les personnages sont repris dans d’autres livres de l’auteur : The Bingo Palace (1994), qui décrit les effets de l’ouverture d’une usine et d’un casino sur la réserve, et  Tales of Burning Love (1997), qui finit l’histoire de Sœur Leopolda.

 

La femme antilope (The Antelope Wife, 1998)

Un roman compliqué, avec une généalogie tarabiscotée, difficile à lire malgré une écriture très belle et un souffle épique. Les figures de femmes dominent.

 

littérature amérindienneLa chorale des maîtres bouchers (The Master Butchers Singing Club, 2003)

Un soldat allemand se sort vivant de la guerre de 14-18 et respecte sa promesse faite à un camarade d’aller aider sa femme et l’épouser après la mort de celui-ci. Fuyant la misère en Europe, il part s’installer aux Etats-Unis, gagnant sa vie en vendant des saucisses. Maître boucher, il a hérité du don familial pour le chant et d’une voix extraordinaire.

On rentre vite dans cette histoire, qui s’inspire de l’héritage germano-américain de l’auteur. Les lieux et certains personnages sont déjà développés dans ses romans La branche cassée The Beet Queen (1986), et Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse (The Last Report on the Miracles at Little No Horse, 2001).

 

littérature amérindienneLe jeu des ombres (Shadow Tag, 2010)

Prix National book award 2012.

Irene America, Gil et leurs trois enfants forment une famille admirable en apparence : Irène fait une thèse sur l'oeuvre du peintre Georges Catlin ; Gil vit de sa peinture et jouit même d’une certaine renommée grâce à ses portraits de sa femme, métaphores du peuple amérindien ; Florian est un génie des maths, Riel une adolescente brillante, passionnée de retour aux sources traditionnelles amérindiennes, et le petit Stoney un dessinateur hors pair. Depuis la naissance des enfants, Irène est très proche d’eux et protectrice, tandis que Gil se consume de jalousie et éprouve le besoin de la posséder corps et âme. Il boit trop, et se montre parfois violent avec les enfants, se donnant ensuite bonne conscience en couvrant sa famille de cadeaux.

Irène ne supporte plus cet amour possessif, exclusif, et éclate lorsqu’elle découvre que son mari lit en cachette son journal intime. Elle entame alors un nouveau journal qu'elle cache à la banque, et poursuit l'ancien pour régler ses comptes avec son mari.

 « Les parents boivent, les enfants trinquent »… les trois enfants assistent impuissants aux conflits parentaux et à leurs abus d’alcool. Florian s’évade dans l’alcool puis la drogue, Riel tente de développer les méthodes de survie indiennes pour sauver sa famille en cas de catastrophe, tandis que Stoney dessine sa maman dans une multitude de belles robes… et toujours avec, à la main, une baguette surmontée d’un croissant… son verre ! Même les chiens, dotés d’un sixième sens pour sentir arriver les affrontements, essaient d’éviter le pire !

Un récit poignant, très riche, sur une relation de couple amour-haine, viciée par la subordination d’Irène à Gil. A force de la cerner, de l’utiliser, de la peindre, il a « marché sur son ombre », ce qui atteint l’âme, selon la tradition indienne. Le lien est fait avec l’œuvre de G. Catlin, peintre de la première moitié du 19e siècle qui, en faisant le portrait des amérindiens, les aurait vidés de leur substance en utilisant les ombres et la profondeur…

Le jeu des ombres aurait même gagné à être un peu plus long, car la fin est un peu rapide, peut-être pas tout à fait à la hauteur de l’ampleur et de la complexité des sujets abordés : art, relations humaines, philosophie…

 

littérature amérindienneLa malédiction des colombes (The Plague of Doves, 2008)

A travers plusieurs personnages, pour la plupart métis amérindiens, Louise Erdrich retrace l’histoire de Pluto, bourgade imaginaire du Dakota du Nord, située en bordure de la réserve indienne. Dans un désordre chronologique un peu déroutant, mais avec une grande puissance évocatrice, elle évoque les temps forts et les personnalités  qui ont marqué la famille de la principale narratrice, Evelina : l’arrivée dans cette région perdue et désolée des arpenteurs et des pionniers,  conduits par les frères Peace, des guides « michif » (métis amérindiens) qui traitaient leur violon comme une femme dont ils auraient été amoureux tous les deux ; le jour de la malédiction des colombes où le Mooshum (grand-père) d’Evelina, Seraph Milk, s’est enfui avec Junine ; la transmission d’objets de  valeur, comme la collection de timbres, ou le violon de Shamengwa ; et surtout, le meurtre d’une famille de fermiers blancs, suivi du lynchage de trois indiens par des justiciers expéditifs, erreur judiciaire qui a marqué les familles des lyncheurs comme des lynchés sur plusieurs générations. Tout cela sur fond d’histoires d’amours passionnées et de justice tribale. Un très beau roman.

 

littérature amérindienneDans le silence du vent (The Round House, 2012)

C’est avec grand plaisir que le lecteur retrouve dans ce récit plusieurs des personnages de la malédiction des colombes, sous un nouvel angle. Le narrateur est cette fois-ci Joe, cousin d’Evelina, fils du juge tribal Bazil Coutts et de la belle Géraldine, du bureau des affaires indiennes. Le viol brutal de sa mère, marque pour Joe la fin de l’innocence. Pour la santé mentale de sa mère, il endosse un costume trop grand pour lui : celui d’enquêteur. Non seulement leur vie ne sera plus jamais comme avant, mais il réalise aussi les limites de la justice, et en particulier de la justice tribale dont son père est le garant. Pages 327 à 330, le juge illustre la loi indienne au moyen d’un enchevêtrement de nouilles moisies surmonté d’un micado de couverts... et répond à la question de son fils : « Mais pourquoi le fais-tu ? Pourquoi restes-tu ici ? »

Autour des personnages principaux gravitent quelques figures hautes en couleurs, comme Sonja, l’ancienne streap-teaseuse, Le père curé de retour des Marines, ou Linda Wishkob, jumelle difforme à la naissance, abandonnée par ses parents et recueillie dans une famille indienne aimante. L’auteur sait également intégrer à son récit quelques coutumes et légendes indiennes, comme celle d’Akii, accusée par les siens d’être un wiindigo, et défendue jusqu’au bout par Nanapush, son fils fidèle.

Ce roman possède tout ce qui fait un bon récit : il est très prenant, car le lecteur est captivé par l’enquête de Joe et l’état psychologique de toute la famille. Très bien écrit, il se révèle aussi instructif  sur les différentes strates du système judiciaire américain, qui peuvent permettre à un coupable de passer entre les mailles du filet. Son seul défaut : une fin abrupte, un peu décevante.

 

La décapotable rouge (The Red Convertible: Selected and New Stories, 2009)

Nouvelles assez brèves, parues dans des magazines américains. La première, qui  donne son nom au recueil, est également présente dans « Love medecine », même si les personnages ont changé de nom. La fameuse décapotable appartient à deux frères, dont l’un revient traumatisé de la guerre du Vietnam.

 

En littérature jeunesse, Annie B. a lu The Birchbark House (1999), publié en français sous le titre Omakayas, Paris, L'École des loisirs, Médium, 2002. Elle n’a pas aimé cette description, au quotidien, de la vie d’une petite fille adoptée dans une famille indienne, dans une période sans doute plus ancienne que celle des autres romans que nous avons lus.

14/03/2014

Ecrivains d'Afrique du Sud

C'est hélas à effectifs réduits que nous avons partagé nos lectures des auteurs Sud-Africains. Du coup, certains écrivains classiques ont été un peu délaissés : Alan Paton et Nadine Gordimer, ainsi que l'excellent auteur de romans policiers Deon Meyer.

André BrinK  (1935-  )

Né le 29 mai 1935 à Vrede (Etat Libre), André Brink est un écrivain d'expressions afrikaans et anglaise. Professeur, après des études de littérature en Afrique du Sud et à la Sorbonne, il a aussi traduit de grands classiques, dont Shakespeare. Engagé contre l’apartheid,  il obtient en 1980 le prix Médicis étranger pour son roman Une saison blanche et sèche, censuré en Afrique du Sud.

Au plus noir de la nuit

(Kennis van die Aand, 1973, Looking on Darkness, 1974)

Dans le couloir de la mort, Joseph Malan, un homme noir, rédige les souvenirs de sa vie et fait disparaître ses notes au fur et à mesure. C’est son dernier acte de résistance : ses geôliers croient qu’ils vont récupérer des aveux… ils n’auront qu’une transposition de pièces de Shakespeare.

Pourquoi doit-il mourir ? Comment en est-il arrivé là ?

Et bien… parce qu’il est noir, en Afrique du Sud, dans les années où l’apartheid, à son comble, commence à être remis en cause.

D’emblée le narrateur se situe dans la lignée chaotique de ses ancêtres, tous morts avant l’heure pour s’être affirmés ou avoir défendu leurs convictions… Il a grandi comme esclave au service du propriétaire blanc d'une ferme. Ce même propriétaire a fait la seconde guerre mondiale, emmenant avec lui comme ordonnance le père de Joseph, qui est mort dans un camp nazi. Le fermier, se sentant redevable envers le petit Joseph, lui permet de profiter d’une éducation supérieure. Joseph  se découvre une passion pour le théâtre, et réussit à se faire une renommée d’acteur en Angleterre. Et c'est à travers sa passion qu'il mène son combat contre le régime politique sud-africain : son grand rêve le ramène au pays, pour un théâtre engagé… trop engagé !

Un texte à la fois daté (Mandela est signalé comme un membre de l’ANC actuellement en prison) et formidablement puissant. Pour les actes de résistance de cet homme qui, au début, ne pensait qu’à réussir et s’est découvert une conscience. Pour cette histoire d’amour entre deux êtres que la couleur de peau ne sépare que dans les yeux des autres. Pour l’écriture forte et belle de l’auteur.

La porte bleue

Le personnage principal, David, est professeur. Sa femme a une bonne situation, et il a toujours hésité à abandonner l'enseignement pour se consacrer à la peinture. Ce court roman est une sorte de rêve éveillé, où le héros peine à ouvrir la porte qui le mène chez lui. Très bien écrit, il se réfère à une histoire d'amour de jeunesse avec une femme noire.

 

Michiel Heyns (1943-   )

Michiel Heyns a grandi à travers l'Afrique du Sud et a fait ses études à l'université de Stellenbosch puis Cambridge. Professeur d’anglais à l’université, il a pu se consacrer pleinement à l’écriture après le formidable succès de son premier roman, Jours d'enfance.

afrique du sud,romansJours d’enfance

(the Childrens day, 2002)

Décembre 1968, Simon et ses copains du collège anglophone de Bloemfontein, « métropole » de l'État libre d'Orange en Afrique du Sud, doivent affronter  au tennis les péquenots d'un collège technique afrikaner des environs. Ils considèrent de haut les « clefs à molette » et pensent les battre facilement. Mais Simon retrouve parmi eux  Fanie van den Bergh, un garçon qui a partagé son enfance à Verkeerdespruit,  village perdu de petits Blancs afrikaners, et de Bantous parqués dans le township.

La rencontre ravive des souvenirs oubliés et met en évidence  les conflits raciaux et de classe. Heyns explore le fossé entre Anglais et Afrikaners, dont Simon - fils d'un magistrat anglais et d'une Afrikaner - est le reflet. Fanie, lui, est issu d'une des familles pauvres de la paroisse, celles dont s'occupent les dames patronnesses. Dans les années 1960, très restrictives, celles de l’Apartheid, le puritanisme et l’hypocrisie règnent dans cette petite communauté. La parole du pasteur (ou de sa femme) décide de tout, et les personnalités déviantes (Steve et sa moto, ou Trevor et sa chemise rose) sont éliminées pour éviter de corrompre la jeunesse…    Simon ne critique pas vraiment cette société, il est conformiste, timide, et veut plaire. C’est sa faiblesse. Quant au personnage de anti-héros, Fanie van den Bergh, presque mutique et naïvement attaché à Simon, il sert surtout à souligner les défauts de son camarade.

 

Lewis Nkosi (1936-2013)

Né à Durban (Afrique du Sud), journaliste, il a enseigné la littérature dans différentes universités. Auteur de plusieurs essais consacrés à la culture et la littérature sud-africaines, de pièces de théâtre et de romans, il a reçu de nombreux prix littéraires.

afrique du sud,romansMandela et moi (2010)

Le jeune Zoulou Dumisani Gumede grandit dans le cadre pastoral des montagnes sud-africaines. Il  a deux obsessions : séduire les filles, et Nelson Mandela, l’énergique leader de l’ANC alors recherché par tous les policiers du pays, qui incarne pour les noirs le courage et la virilité. Ces deux pôles gouvernent complètement sa vie, et sont tellement liés dans son esprit que l’arrestation de Mandela l’atteint physiquement…

Roman d’initiation atypique, comédie satirique,  Mandela et moi évoque tout un aspect de l’histoire de l’Afrique du Sud. Les savoureuses anecdotes relatives à la vie quotidienne de la communauté zouloue laissent paraître la disparition progressive des traditions, dénaturées par le tourisme.

 

Mark Behr (1963-  )

Né à Mbuyu près d'Arusha, au Tanganika (aujourd'hui en Tanzanie), où ses parents possédaient une ferme, Mark Behr est un écrivain d’expression afrikaans. À la suite de la nationalisation des terres appartenant aux fermiers blancs, la famille Behr émigra en Afrique du Sud, près de Durban.

afrique du sud,romansL’odeur des pommes

(Die reuk van appels, 1993)

Ce premier roman traite du système de l'apartheid et de la mentalité afrikaner à travers les yeux d'un enfant de 10 ans. Dans les années 1970, le petit Marnus Erasmus grandit au Cap, dans une famille afrikaans exemplaire, et tente d’égaler sa grande sœur aux cérémonies de remise des prix. Ses parents sont d’ardents défenseurs d’une Afrique du Sud « blanche et pure ». Le père, officier haut-gradé de l’armée d’Afrique du Sud, reçoit souvent la visite secrète de militaires étrangers, venus soutenir le gouvernement de l’Apartheid. Cette fois, c’est un général chilien que la famille Erasmus accueille. Mais le passage de l’énigmatique M. Smith met à nu les failles et les vices de la famille. Marnus est le témoin muet de ces bouleversements, mais pas un instant l’enfant ne remet en cause l’idéologie paternelle, malgré quelques tentatives de sa sœur  de lui ouvrir les yeux.  Ce n’est que bien plus tard, engagé volontaire dans la guerre contre l’Angola, qu’il comprendra la portée cruelle de ce qu’il a vu, de ce qu’on lui a appris et de ce qu’il a tu, complice malgré lui.

afrique du sud,romansLes rois du paradis

(Kings of the water, 2009)

JC Lattès, mars 2013, 20.90 €

Mark Behr raconte avec sensibilité l’histoire des retrouvailles d’un homme avec son pays et avec ses proches,  sur fond de reconstruction post-apartheid.

Michiel Steyn vit confortablement en Californie avec son compagnon.  : après de nombreuses années passées à l’étranger, il rentre enfin en Afrique du Sud, pour l’enterrement de sa mère. Il retrouve avec émotion les paysages et les odeurs de la ferme familiale, la bien-nommée Paradis, aux limites du Lesotho. Les souvenirs de sa jeunesse affluent : sa mère cultivée et ouverte, son père dur et réprobateur, la mort tragique de son frère aîné, ses jeux avec son amie Karien puis sa trahison,… et les raisons qui l’ont poussé à fuir sa famille et son pays.

Parallèlement, il mesure l’évolution des mentalités. Le pays, qu’il a fui en pleine période d’apartheid et d’homophobie, a-t’il vraiment changé ? La société et les mentalités ont évolué… dans une certaine mesure. Car les ouvriers noirs vivent toujours dans leurs tondavels miteux, et une réussite sociale comme celle de Lerato, (la fille de la domestique noire, devenue responsable dans une grande société internationale) est une exception... L’espoir réside sans doute dans les générations suivantes ?

Très beau roman, d’une grande puissance évocatrice, à la fois empreint de nostalgie et d’un regard réaliste sur l’évolution de la nation arc-en-ciel.

 

Troy Blacklaws (1965-  )

Un monde beau, fou, cruel (2013), Flammarion, 19 €

Cruel, crazy, beautiful world (2011). Voir critique complète ici.

 

Malla Nunn

Elle a grandi au Swaziland avant de s’installer à Perth avec ses parents dans les années soixante-dix, et a étudié en Australie et aux États-Unis.

afrique du sud,romansJustice dans un paysage de rêve

(A beautiful place to die, 2010)

En 1952, peu après la mise en place des lois ségrégationnistes, l’inspecteur Emmanuel Cooper est envoyé à Jacob’s Rest, une petite ville à la frontière du Mozambique, pour enquêter sur le meurtre d’un policier blanc, le capitaine Pretorius.

Comme le policier assassiné, Cooper est avantagé par sa connaissance de la langue zouloue et sa rapidité à la course. Il n’hésite pas à arpenter les sentiers de derrière, fréquentés normalement par les métis, et à questionner les gens de couleurs. Shabalala, le policier noir local, semble l’aider à contre-cœur, tandis que le jeune assistant blanc est carrément incompétent et contreproductif.

Très vite, la puissante branche policière de la Sécurité affirme son autorité sur l’enquête, bien décidée à attribuer le meurtre à des agitateurs communistes noirs. Quitte à extorquer des aveux sous la torture. Mais l’inspecteur Cooper, question de principe et d’humanité, tient à enquêter jusqu’au bout, ce qui lui vaut pas mal de coups ! Il découvre que le capitaine Pretorius était un homme beaucoup plus complexe que sa personnalité de chef de famille puritaine ne le laissait entrevoir…

Roman policier bien mené, très intéressant pour son regard sur une communauté où les tensions raciales sont exacerbées et les luttes de pouvoir  parfois plus dangereuses encore. La violence affleure sous les dehors puritains des Afrikaners.

Huit ans après les plages de Normandie et les ruines de Berlin, on parlait encore d'esprit afrikaners et de pureté de la race dans les plaines africaines." (p. 12)

Les nouvelles lois ségrégationnistes officialisaient l'idée que la tribu noire et la tribu blanche avaient été créées par Dieu pour vivre séparées et se développer parallèlement. Chacune avait sa propre sphère naturelle." (p. 187)...  D'après les nouvelles lois raciales, tout était blanc ou noir. Le gris avait cessé d'exister.

Les leaders de la tribu afrikaners faisaient grand cas des liens du sang. Leur organisation la plus secrète, le Broederbond, signifiait 'Les Frères de sang'. Que se passait-il quand le lien franchissait la ligne de couleur et rattachait le noir au blanc?" (p. 140)

 

Roger Smith

Né à Johannesburg, Roger Smith partage aujourd’hui son temps entre Le Cap et la Thaïlande. Il est producteur, réalisateur et auteur de scénarios.

Le sable était brûlant (Dust devils, 2011)

Alors que Robert Dell rentre avec sa famille du restaurant où ils ont fêté son anniversaire, leur voiture est délibérément poussée dans le vide par un 4x4. Robert Dell s'en sort de justesse, traumatisé par la mort de sa femme et de ses enfants. Mais ses ennuis ne sont pas finis, car l'exécuteur revient finir son contrat : Inja Mzibuko, zoulou sanguinaire dit "le chien", flic véreux au service du pouvoir, fait accuser Dell d'avoir volontairement causé la mort de sa famille. Envoyé en détention, Dell est brutalement kidnappé par l’être qu’il déteste le plus au monde, à savoir son propre père, un ancien mercenaire de la CIA. Commence alors un long voyage infernal dans une région zouloue corrompue, arriérée et sanguinaire. D’autres personnages marquants, malgré leurs efforts, ne font pas le poids dans le fief de Mzibuko : l'honnête flic Disaster Zondi, et Sunday la jeune zoulou qui veut échapper au mariage forcé avec « le chien », auteur du meurtre de toute sa famille.

Ecrit lorsque Jacob Zuma a pris le pouvoir. L’auteur  voulait écrire un thriller qui se nourrisse de tout ce qui le mettait en rage dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui : corruption généralisée du monde politique, assassinats de 1 500 enfants par an, mariages forcés des jeunes filles et viols des vierges, certains hommes y voyant le remède absolu contre le SIDA. Le tableau est lugubre, criant d’une vérité insoutenable. Un roman trop long pour son intrigue, qui n'est finalement qu'une course poursuite semée de cadavres, mais qui laisse une impression forte de sauvagerie, de violence et de mort.

 

Nadine Gordimer

Vivre à présent

Roman écrit récemment, présentant des couples qui se sont formés à l'époque de l'apartheid et de l'homophobie, sortis à présent de la clandestinité, vivant overtement à Johannesburg. Quelle identité maintenant pour un couple blanc/noire de l'ANC ou homosexuel ? comment trouver sa place... Un sujet intéressant.

 

J.M. Coetzee

L'homme ralenti

Un auteur Sud-Africain... pour un roman Australien. Suite à un accident, Paul Rayment, soixante ans, perd une jambe. Refusant la prothèse qu'on veut lui greffer, il affronte la solitude et les affres du vieillissement, jusqu'à ce que Marijana, son auxiliaire de vie croate, réveille son cœur. Le roman est plus incompréhensible à partir de l'arrivée de l'écrivain Elizabeth Costello, double bavard...

Michael K., sa vie, son temps

Un jardinier ramène sa mère sur les lieux de son enfance. Elle meurt en route, mais il continue son périple malgré les obstacles. A partir de quelques graines retrouvées par hasard, il cultive son champ et crée son petit paradis. Mais la guerre ne s'arrête pas, elle, et bien vite le rattrape. Pourtant, malgré les emprisonnements, la cruauté et le dénuement, Michael K ne se pliera pas aux lois des hommes... Avec ce roman, J. M. Coetzee nous donne à lire une superbe parabole, à la fois sombre et éblouissante, sur la dignité humaine.

 

26/02/2014

Doris Lessing

Doris Lessing (1919-2013)

 

Nous étions 13 autour de la table, autour des crêpes et gâteaux préparés par Annie et Georgette... j'ai perdu le fil et ne sais plus très bien qui-a-lu-quoi !

 

Le cinquième enfant   (the fifth child, 1988)

Un roman qui commence comme une belle histoire d’amour, de famille anglaise unie, avec quatre enfants dans une immense maison, beaucoup de parents et d’amis… sous l’œil bienveillant des grands-parents qui apportent l’aide matérielle.

Dès le début de la cinquième grossesse, anormale, douloureuse, la mère sait que quelque chose cloche. La naissance la laisse déchirée, épuisée, et les mois suivants voient l’histoire tourner au cauchemar.

Ben n’est pas normal, trop fort, il se développe trop vite, hurle à la moindre frustration, et ressemble plus à un troll qu’à un enfant. Dès qu’il peut se déplacer, il devient dangereux pour les animaux et les autres enfants. Rapidement, barreaux et verrous ne suffisent plus, et sa mère est contrainte de se consacrer totalement à lui afin de protéger le reste de la famille.  Tous semblent la pousser à culpabiliser d’avoir voulu cet enfant, et de l’avoir gardé malgré tout.

Dans cette histoire glaçante, l’auteur analyse des fonctionnements et dysfonctionnements de la famille, la confrontation à un être différent, l’angoisse devant ce personnage au mieux inadaptable, au pire malfaisant.

Marie-Claire, Aline, Ginette

 

Le monde de Ben (Ben, in the world, 2000)

On retrouve Ben dans un second tome, plutôt émouvant. Parti / chassé de chez lui à l’adolescence, il a suivi des bandes de voyous où sa force peu commune le faisait respecter, exercé de petits boulots physiques, s’est fait arnaquer plus souvent qu’à son tour. Autant dans Le cinquième enfant il paraît inquiétant, autant dans ce tome ci, le lecteur a plutôt pitié du « pauvre Ben » : il a appris à maîtriser ses rages, sait qu’elles le conduisent à des actes inacceptables par la société. En conséquence, il se laisse gruger, voler son maigre salaire. Quelques rencontres avec des personnes qui lui font confiance  l’aident à tenir : l’amitié de la vieille dame, les relations avec une prostituée au grand cœur… Mais il ne s’adapte pas vraiment, et les gens se méfient de lui d’instinct, ou bien utilisent sa naïveté. Seul de sa race, il n’a pas de place… sauf comme passeur de drogue ou rat de laboratoire ?

Aline

 

Le rêve le plus doux (The sweetest dream, 2001)

Saga de la famille Lennox, cette grande fresque se déroule des années 1960 aux années 2000, d’abord à Londres, puis en Afrique.

Julia, allemande, et  Philip, anglais d’un milieu bourgeois, ont un fils, Johnny. Marxiste, révolutionnaire et bon à rien, il épouse Frances, journaliste. Tandis que Johnny fait des conférences à droite, à gauche sur les théories communistes,  Frances assume seule leurs 2 fils, Alexander et Colin… mais aussi toute une ribambelle de jeunes paumés, parasites dans l’immense maison que la grand-mère a mise à leur disposition.

Le contexte historique évoque les luttes marxistes, la décolonisation, l’Afrique noire mal partie, les organisations internationales « bidons », les médecins dévoués et submergés, l’incompétence et la corruption des dirigeants africains, les morts du Sida, les Blancs accusés de tous les maux alors que certains sont remarquables, les journalistes qui détourne l’information à leur façon,… Ou comment des idéologies porteuses d’espoir sont détournées au profit du pouvoir et de l’argent.

L’opposition d’êtres psychologiquement fragiles, ingrats, et de deux femmes fortes : Julia et Frances, donne des portraits extraordinaires.

Une somme, un livre dense, intéressant, parfois cocasse.

Maryvonne l’a trouvé -par moments- trop bavard ! Les thèmes sont très proches de ceux de l’autobiographie de l’auteur « Dans ma peau » (le personnage de Frances évoque Doris Lessing), également long et bavard !

Marie-Claire, Annie, Maryvonne

 

Un enfant de l'amour (A Love Child, 2007)

Pendant la seconde guerre mondiale, James Reid, étudiant anglais, est mobilisé et embarqué vers l’Inde via le Cap. La traversée en bateau est terriblement éprouvante. Les soldats font une escale de quelques jours au Cap, paradisiaque, où James tombe amoureux de Daphné, jeune femme mariée. De retour à la fin de la guerre, il se marie, ne revoit jamais son amour, ni le fils que Daphné a eu de lui... en fait il passe complètement à côté de sa vie.

            Savoir qu’on vit une vie mensongère, qu’on ne vit pas sa vie, c’est une chose horrible.

De très belles pages, émaillées de citations de Shakespeare, de Kipling. Des détails sur la vie dans les colonies anglaises : le Cap, l’Inde. La révolte de l’Inde est sous-jacente.

Marie-Claire, Aline

 

Un homme et deux femmes (A man and two women, 1963)

Nouvelles, sur les couples et les sentiments amoureux.

Dans la nouvelle éponyme, deux couples solides et soudés sont un jour soumis à la tentation…

Annie

 

Le temps mord (Time bites, 2004)

Réflexions de l’auteur, souvent en rapport avec l’Afrique noire, le Zimbabwe.

Claude

 

Le carnet d’or (The golden notebook, 1962)

Dans un milieu communiste et féministe, la narratrice remet en cause ses engagements, et tout ce à quoi elle a toujours cru. Le sujet était engagé à l’époque où Doris Lessing a écrit son roman, qui a été brandi (contre son gré) comme un manifeste féministe, mais il est moins percutant de nos jours. Pourtant, ce roman est généralement considéré comme le chef d'œuvre de Doris Lessing.

La construction, qui colle bout à bout les différents "carnets" de la narratrice, permet à l'auteur de regrouper des textes assez différents  dans un même "roman". Les pages de retour sur la jeunesse africaine de la narratrice (carnet noir) sont longuettes…

Martine, Aline

 

Alfred et Emily (Alfred and Emily, 2008)

Doris Lessing explore la vie de ses parents abîmés par la guerre de 14-18.

Dans la première partie, elle imagine la vie qu’ils auraient eu s’il n’y avait pas eu la guerre : ils auraient vécu séparément, autrement.

Dans la deuxième partie, elle règle ses comptes avec ses parents, exprime ses rancœurs et avoue son regret de n’avoir pas su s’entendre avec eux.

Jacqueline

 

L’histoire du Général Dann

Extrait  du Cycle de l’eau (The Story of General Dann and Mara's Daughter, Griot and the Snow Dog, 2005)

Récit post-apocalyptique : certains continents ont disparu, les survivants ont perdu toutes les connaissances scientifiques et sont revenus à des systèmes primitifs. Ils migrent, en quête de contrées plus accueillantes, se regroupent dans d’anciens centres militaires, veulent conquérir plus de territoires,… Le Général Dann, lui, part en quête du pays des Glaces, et se fait le conteur de son histoire.

Geneviève

 

Carnets de Jane Sommers 

Journal d’une voisine (The Diary of a Good Neighbour, 1983),  et Si vieillesse pouvait (If the Old Could..., 1984)

Nous les avions lus avec plaisir, mais il y a longtemps…

 

Au total, Doris Lessing nous a semblé un auteur intéressant, prolifique, à l’œuvre très variée. Des thèmes sont récurrents : femmes fortes, hommes falots ou peu présents, souvenirs d’Afrique, communisme, anticolonialisme, féminisme… Ses romans sont souvent directement inspirés de sa vie, et reprennent des éléments de ses récits autobiographiques.

Certains livres, bavards et répétitifs, auraient gagnés à être plus concis...

 

Le prochain bouillon de lecture aura lieu le 13 mars à la bibliothèque d’Orliénas, autour des auteurs d’Afrique du Sud : Doris Lessing encore, Nelson Mandela, Mark Behr, André Brink, Troy Blacklaw… au gré de nos trouvailles. Le 10 avril, Louise Erdrich (à Soucieu), le 15 mai, coups de cœur (à St Laurent), et nous finirons en beauté le 12 juin à Chassagny !

14/02/2014

Sélection de janvier

Livres présentés par Ginette, Martine, Chantal, Muriel, Claude, Marie-Claire, Annie P., Annie B., Jacqueline, Maryvonne et Aline.

 

Khaled Hosseini

Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Belfond, 2013, 22.50 €

Histoires de famille et de migration d’Afghans simples. Malgré des évènements difficiles, l’écriture de Khaled Hosseini est toujours lumineuse.

 

Rokhaya Diallo

Comment parler du racisme aux enfants

Le baron perché, 2013, 16 €

Préface de Lilian Thuram

Très bon support pour parents et enseignants.

 

Frédérique Hébrard

Les châtaigniers du désert

Plon, 2005, 19 €

Beau roman, sur les Cévennes et l’importance des racines familiales, par l’auteur de nombreux bestsellers.

 

Pierre Lemaître

Robe de marié

Calmann-Lévy, 2009, 17.25 €

Très bon suspense psychologique, déstabilisant. Sophie semble perdre la tête…

Par l’auteur du Goncourt 2013, unanimement apprécié : Au revoir là-haut.

 

Beyrouk

Et le ciel a oublié de pleuvoir

Aux confins du Sahara, une héroïne libre provoque la tribu, en refusant de suivre la destinée tracée par les traditions.

 

Franck Maubert

Le dernier modèle

Mille et une nuits, 2012, 12.50 €

Prix Renaudot Essai

Caroline, modèle-muse-amante d’Alberto Giacometti, revit son histoire avec lui, de 1958 à 1966 (dernières années de l’artiste).

 

René Guitton

L’entre-temps

Calmann-Lévy, 2013, 16 €

Né en 1943 d’une mère d’origine italienne, dans un  camp d’internement au fond du Maroc, Alexandre fait un voyage de mémoire, hommage d’un fils à son père mort jeune.

 

Troy Blacklaws

Un monde beau, fou et cruel

Flammarion, 2013, 19 €

Afrique du Sud, 2004. Lutte pour la survie de 2 hommes, Jiro et Jabulani, dans un pays en butte à la criminalité et à la violence, mais également empreint de poésie.

 

Jean Paul Feuillebois et Nicole Blondeau

Victoria la scandaleuse : vie extraordinaire de Victoria Woodhull (1838-1927)

Le livre de poche, 1980

Biographie romancée d’une femme politique américaine en avance sur son temps. Première femme agent de change à Wall Street, militante pour les droits des femmes (de l'amour libre au droit de vote). Elle fut en 1872 la première femme à se présenter à l'élection présidentielle américaine.

 

Georges Fenech

Apocalypse imminente ? Les sectes en ébullition.

Calmann-Lévy, 2012, 18.50 €

L’auteur rend compte du travail de vingt ans d’une commission sur les sectes et manipulations en tous genres.

 

Les autres livres évoqués ont des critiques extensives sur le blog : Les Reflets d’argent de Susan Fletcher, Princesse Bari de HWANG Sok-Yong, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures de Paola Pigani, Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik, Oradour le verdict final de Douglas W. Hawes, un océan de pavots d'Amitav Ghosh.

25/01/2014

Oradour, le verdict final

Douglas Hawes - Oradour - Le verdict final.D’une minutie et d’une richesse extraordinaires, ce documentaire permet un nouveau regard sur la tragédie d'Oradour. Peu après le débarquement de Normandie, le 10 juin 1944, 21 membres de la SS das Reich massacrent 642 personnes dans le village d'Oradour, dans le Limousin.

Le quartier général des SS se trouvait à Montauban, et était appelé à se déplacer vers la Normandie via Tulle, Guéret, Limoges… Quelques-uns seulement étaient des allemands, les autres des Alsaciens « Malgré nous »

La deuxième partie du livre se penche sur le procès, à Bordeaux en 1953, de 21 membres de cette unité. Les Alsaciens étaient-ils victimes ou tueurs ? Et que dire de l’absence des officiers SS au tribunal ? Grâce à des documents inédits, et au témoignage de quelques survivants, l'auteur fait la lumière sur ce crime de guerre et ses séquelles.

Ginette

Oradour, le verdict final

Douglas W. HAWES, Seuil, juin 2009

Traduit de l’américain par William Olivier Desmond

22/12/2013

Bouillon italien (suite)

Mario Rigoni-Stern (1921-2008)

Mario Rigoni Stern est né à Asiago, commune pauvre du Tyrol italien. Il est incorporé pendant la Seconde Guerre mondiale dans un régiment de chasseurs alpins. Fait prisonnier par les Allemands après la signature de l'armistice avec les Alliés en septembre 1943, il est transféré en Prusse orientale. Il finit par s’évader, et parvient à rejoindre Asiago en avril 1945. Employé au cadastre, il se consacre à l’écriture à partir de 1970.

Rigoni Stern et Primo Levi ont vécu des expériences qui se rejoignent, et Primo Levi le considérait comme l'un des grands écrivains italiens du 20e sièclePlus modestement, nous aussi avons beaucoup aimé ses textes, dont nous recommandons chaudement la lecture

Le sergent dans la neige (1954)

Premier livre écrit par Rigoni Stern, devenu un classique de la littérature italienne, ce roman reprend ses souvenirs de la dure retraite de Russie : la longue marche de quelques soldats italiens, dans le froid et la neige, accompagnés par la faim. Souvenirs aussi de quelques moments d'humanité et de solidarité, y compris entre ennemis.

Les saisons de Giacomo (1995)

1919-1938. Histoire des familles italiennes du plateau d'Asiago. Le travail manque, les pères partent en chercher à l'étranger, les enfants pauvres comme Giacomo fouillent les tranchées de la 1ère guerre pour récupérer les métaux des obus et gagner quelques sous. Puis c'est la montée du fascisme, la politisation et l'embrigadement des jeunes. Mario Rigoni Stern offre un témoignage poignant, tout en transmettant son émerveillement devant la campagne et la nature, dans une très belle écriture.

Les sentiers sous la neige (1998) et En attendant l'aube (1994)

Recueils de nouvelles très évocatrices, autour des thèmes récurrents chez Rigoni Stern : la guerre, la neige et le froid, le réconfort que l'on peut trouver auprès des autres, la solidarité, la montagne. La lettre à Jacopo fait exception : elle rend hommage au peintre de la Renaissance Italienne, Jacopo da Bassano, à travers l'histoire d'une de ses œuvres.


Retour sur le Don (1973) 

Trente ans après la campagne de Russie à laquelle il participa en tant que chasseur alpin italien, l'auteur revient dans les steppes russes parcourir à nouveau le tragique itinéraire où la plupart de ses camarades sont tombés. Passé et présent alternent. Mais au-delà des hostilités imposées et de l'absurdité des combats, les contacts humains, élémentaires et essentiels, demeurent. Les souffrances vécues rapprochent les deux camps autrefois opposés ; l'auteur retrouve alors les qualités de l'âme russe découvertes dans les camps de prisonniers. On retiendra la superbe histoire des trois pommes de terre bouillies, offertes par une vieille femme russe. La guerre n'a pas épargné non plus le plateau d'Asiago. De tout cela, Rigoni Stern témoigne avec un réalisme sobre. Nourri d'émotion et de poésie face à la nature, il fait sortir de l'anonymat des humbles.

 

Bouillon italien

Erri de Luca

Né Henry de Luca à Naples en 1950, il est parti jeune de chez ses parents, a milité dans l'extrême gauche, a exercé de nombreux métiers manuels tout en réservant du temps pour ses passions : l'alpinisme, la traduction de l'ancien testament  de l'hébreux à l'italien (autodidacte en hébreux et yiddish) et l'écriture. En 2002, il a reçu le prix Femina étranger pour Montedidio.

La plupart de ses romans sont largement autobiographiques, avec des thèmes récurrents : l'enfance, les premiers émois amoureux, la montagne, le militantisme de gauche des années 60-70. Ils sont traduits en français par Danièle Valin.


Les poissons ne ferment pas les yeux

Gallimard, 2013, 15.90 €

Le narrateur revient sur ses années d'enfance solitaire, avec un regard et des réflexions d'adulte. L'été de ses 10 ans, son père parti en Amérique pour chercher du travail, il passe ses vacances sur une île avec sa mère. Proche de l'adolescence, il se sent grandir, mais a l'impression que son corps ne suit pas. Il apprécie les plaisirs de la plage et de la mer, la pêche, mais reste intellectuel et différent des autres, qui le chahutent… jusqu'au moment qu'il choisit –comme pour mettre fin à son enfance-  pour se laisser tabasser par la bande… C'est aussi l'été d'une rencontre initiatique avec une fillette délurée.


Tu mío

Rivages, 1998

Egalement situé sur une île – inspirée de l'île d'Ischia, en face de Naples, où l'auteur passait ses vacances – le roman en rend toute l'ambiance. Le jeune narrateur accompagne souvent Nicola, un pêcheur qui a connu la guerre, et le fait parler.  C'est aussi le temps de l'adolescence et de l'initiation à l'amour, pas celui –pas forcément enviable- dont parlent les adultes.


Le poids du papillon

Gallimard, 2011, 9.65 €

Dans les Alpes Italiennes, chères à Erri de Luca, un chamois, mâle dominant, mène sa harde depuis des années, et sent s'approcher le moment où il ne gagnera plus les défis de mâles plus vigoureux.  Face à lui, un braconnier vieillissant, dont la dernière ambition est de tirer ce chamois légendaire. Un duel de ruse et d'escalade dans un décor de montagne presque sacralisé.


Trois chevaux

Gallimard, 2000, 14.90 €

La vie d'un homme dure autant que celle de trois chevaux.

Le narrateur, Italien émigré en Argentine par amour, retourne au pays après la mort de sa femme, victime de la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la vie d'un homme dure autant que celle de trois chevaux. Il travaille comme jardinier et mène une vie solitaire, avec ses bouquins et quelques amis de rencontre. Il entame une nouvelle étape de sa vie lorsqu'il se lie avec une belle femme "qui va avec des hommes pour de l'argent" et entreprend de l'apprivoiser.


Le contraire de un

Gallimard, 2004, 14.75 €

Recueil de nouvelles, ou plutôt de courts récits autobiographiques, où se retrouvent la plupart des thèmes chers à l'auteur : l'Italie, les combats révolutionnaire des années 1970, la montagne, les premiers amours,… Certaines formules -très poétiques ou touchantes d'humanité- ressortent comme des pépites de ces récits, que nous avons néanmoins trouvés ennuyeux.


Rez-de-chaussée

Rivages, 1996, 8.15€

Chroniques (parues dans les journaux italiens) qui reprennent l'actualité de l'auteur, de ses petits boulots d'ouvrier aux convois humanitaires en ex-Yougoslavie.

18/11/2013

Bouillon d'auteurs algériens

Un grand merci à Maryvonne d'avoir partagé avec nous ses connaissances sur les auteurs algériens. Ce compte rendu ne rend pas justice aux commentaires des lectrices, mais il permettra aux uns et aux autres de se procurer les livres cités.

Nous avons tout d'abord évoqué des ouvrages récents, dont plusieurs écrits par des femmes, avant de nous pencher sur des auteurs algériens plus "classiques" de la seconde partie du 20ème siècle.

 

BOUALEM SANSAL

 

Le village de l'Allemand : ou le journal des frères Schiller

Gallimard, (Blanche), 2008, 263 p., 21.30 €

Prix RTL Lire 2008

Le récit est mené à rebours, à partir du journal intime de deux frères, Rachel (Rachid Helmut) et Malrich (Malek Ulrich). Nés en Algérie de père allemand et de mère algérienne, venus en France faire des études, logés chez un oncle dans une cité peu reluisante, ils ont "tourné" de façon bien différente : l'aîné affiche une belle réussite, tandis que le second traficote et traîne dans la banlieue.

En 1994, dans leur village près de Sétif, leurs parents sont assassinés par un groupe d'islamistes. Le père, qui avait énormément œuvré pour la population (construction, irrigation,…), était pourtant considéré comme un saint homme. Rachid, rentré au village d'Aïn Deb après leur décès, retrouve des documents sur la première vie de son père, dans l'Allemagne nazie, et ne supporte pas ces révélations.

Le roman propose une réflexion profonde, nourrie par la pensée de Primo Levi :

"Il faut condamner ferme l'idéologie, mais ne pas accabler les hommes."

Boualem Sansal établit un parallèle entre les camps nazis d'extermination et l'inféodation par les intégristes, que ce soit pendant la sale guerre des années 1990 en Algérie, ou (ce qui peut paraître abusif) dans les banlieues françaises. Ce lien est expliqué dans un entretien du Nouvel Observateur avec l'auteur.

Boualem Sansal vient de publier Gouverner au nom d'Allah. Bien que menacé par les islamistes, il vit toujours en Algérie.

 

MAÏSSA BEY

Nom de plume de Samia Benameur, née en 1950, auteur de pièces de théâtre, poèmes, romans et essais, elle a reçu en 2005 le grand prix des libraires algériens pour l'ensemble de son œuvre.

 

Entendez-vous dans les montagnes…

Editions de l'Aube, 2002.

Huis clos dans un compartiment de train, quelque part au centre de la France. Un vieil homme, Français ; une femme, Algérienne fuyant son pays à nouveau en guerre ; et Marie, petite-fille de pied-noir, jeune fille "blonde et lisse", scotchée à son baladeur. Dans un désir de mieux comprendre l'Histoire, la jeune fille fait parler ses deux voisins, et leurs souvenirs se mettent en place, étrangement imbriqués : le vieil homme, appelé en Algérie pendant la guerre d'Indépendance, a obéi aux ordres, même s'il l'a fait à contrecœur ; la femme algérienne, elle, a perdu son père à 7 ans, sous la torture des bidasses français.

Sobrement, sans haine, dans un court récit vibrant, Maïssa Bey évoque la disparition de son père, instituteur algérien tombé sous la torture en 1957.

 

Cette fille-là

Editions de l'Aube, 2001.

Recueil de plusieurs histoires courtes de femmes, qui représentent un peu toutes les femmes algériennes, et s'insurgent contre la tradition, le machisme, l'ignorance et l'anonymat dont elles sont entourées. "Cette fille-là" est une enfant née de père et de mère inconnus, qui dit sa colère :

" J'ai tout simplement envie de dire ma rage d'être au monde, ce dégoût de moi-même qui me saisit à l'idée de ne pas savoir d'où je viens et qui je suis vraiment. De lever le voile sur les silences des femmes et de la société dans laquelle le hasard m'a jetée, sur des tabous, des principes si arriérés, si rigides parfois qu'ils n'engendrent que mensonges, fourberie, violence et malheur. "

 

Pierre, sang, papier ou cendres

Editions de l'Aube, 2008.

Rédigé comme un pamphlet à l'humour grinçant contre "Madame la France", qui s'installe en Algérie, ce roman historique retraçant la colonisation de l'Algérie -du 14 juin 1830 au mois de juillet 1962- dénonce les exactions, spoliations, entreprises délibérées de déculturation, et jusqu'à la comédie de la fraternisation.

 

Surtout ne te retourne pas

Editions de l'Aube, 2005.

Lire la critique.

 

MALIKA MOKEDDEM

Malika Mokeddem est née en 1949 en Algérie. Fille d'une famille de nomades sédentarisée en bordure de désert, de tradition orale, elle a grandi bercée par les histoires contées par sa grand-mère et a été la seule fille de sa famille et de la ville à finir ses études secondaires. Elle a suivi des études de médecine à Oran et Paris.

 

 

La nuit de la lézarde

Grasset, 1998.

Nour et Sassi sont les derniers habitants d'un ksar du désert algérien, un ancien village fortifié qui donne d'un côté sur le désert, de l'autre sur la plaine. Tous les autres l'ont déserté parce qu'il tombe en ruine, que la source ne suffisait plus à tous… et surtout que la peur rôde. Des nouvelles de mort et de violences parviennent par la radio.

Nour et Sassi vivent chacun dans sa maison, cultivent amoureusement un potager à l'abri des murs du ksar, descendent au village matin et soir pour vendre une poignée de légumes ou de bouquets d'herbes aromatiques et bavarder un moment avec leurs amis d'antan. Tous les soirs, ils se retrouvent face au désert pour admirer le coucher du soleil… ou plutôt, Nour (dont le prénom signifie lumière) décrit à Sassi, aveugle, les beautés des lumières rasantes sur les dunes.

Leur dialogue est fait d'amitié profonde, de provocation et de chamailleries parfois, et de nostalgie du temps où le ksar vivait des bruits de tous ses habitants. Si Nour est restée au ksar, c'est surtout parce qu'elle y a gagné sa liberté, car il n'est pas facile d'être une femme indépendante en Algérie. Jour après jour, elle scrute avec impatience et anxiété l'immensité du désert, d'où reviendra peut-être, si les violences du monde l'ont épargné, l'homme aimé.

 

Les hommes qui marchent

Grasset, 1997.

Les hommes qui marchent, ce sont les Touaregs.  Malika Mokeddem est issue d'une de ces familles en errance éternelle, et conte -au travers de la vieille Zohra- les temps anciens des caravanes, les traditions nomades, et la lente sédentarisation. Sa petite-fille Leïla, l'une des premières jeunes filles de la tribu à maîtriser l'écriture, est aussi la plus rebelle à la condition de recluse qu'on veut lui réserver. Elle puise dans ses racines nomades la force de s'opposer à son destin, au poids des coutumes d'un autre âge.

A travers ce roman, largement autobiographique, se dessinent la place des femmes algériennes, et l'histoire récente d'une jeune nation, entre guerre d'indépendance et intégrisme d'aujourd'hui. Entremêlant contes anciens et récits plus récents, il est cependant un peu difficile à suivre.

 

ASSIA DJEBAR

Née Fatima-Zohra Imalayène à l'ouest d'Alger en 1936, Assia Djebar a étudié en Algérie et en France. C'est une écrivaine algérienne d'expression française, auteur d'une œuvre importante (romans, nouvelles, poésies, théâtre, films et essais), qui a pour thèmes récurrents l'émancipation des femmes, et l'histoire de l'Algérie. Elle siège à l'Académie française depuis 2006.

 

Le blanc de l'Algérie

Albin Michel, 1995.

Assia Djebar convoque une procession de morts, hommes de culture et écrivains algériens disparus, souvent assassinés. Elle raconte ainsi l'Algérie par ses intellectuels, de sa "première procession" : Albert Camus, Frantz Fanon, Mouloud Feraoun… à Jean Amrouche, Jean Sénac, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Tahar Djaout… sans oublier une procession de femmes.

  

MOULOUD FERAOUN

Kabyle, né en 1913, a œuvré  pour les centres sociaux chers à Germaine Tillion, exécuté par l'OAS en 1962 avec six autres personnes.

 

Le fils du pauvre

Seuil, 1995

Enfance au bled, dans un village perdu au fin fond de la Kabylie, dans une famille très pauvre. Feraoun décrit le physique et le caractère des personnages de sa famille : la grand-mère qui tient l'intendance et les cordons de la bourse, le premier garçon né après plusieurs filles, pourri-gâté,…

 

RACHID MIMOUNI

Né en 1945 à 30 km d'Alger dans une famille de petits paysans, enseignant et écrivain engagé, il a occupé diverses fonctions dans les domaines de la culture et des droits de l'homme. En 1992 il est condamné à mort par les intégristes musulmans, mais c'est la maladie qui l'emportera en 1995.

Son œuvre évoque le quotidien des Algériens, la guerre d'Algérie, la dictature et la révolution.

 

L'honneur de la tribu

Stock, 1989

Un vieil homme raconte l'histoire de son village depuis le début de la colonisation jusqu'à ces jours de honte de la révolution intégriste. La lecture est assez ardue, car l'auteur mélange histoire et contes.

 

La malédiction

Stock, 1993

C'est la malédiction qui s'abat sur Alger soumise à l'intolérance et à l'intégrisme en 1991. Celle des frères ennemis, des femmes soumises. Les intégristes viennent de lancer une grève insurrectionnelle dans le but affiché de prendre le pouvoir, ils contrôlent le plus grand hôpital d'Alger et y instaurent un ordre qui préfigure celui qu'ils veulent imposer au pays entier. Le personnage principal, médecin, est empêché de soigner certains patients.

 

KATEB YACINE (1929-1989)

Kabyle, né en 1929, avocat de la cause Berbère, est un homme de lettres complet. Il a écrit aussi bien de la poésie, du théâtre et des romans (Nedjma) que des essais.

 

Parce que c'est une femme

Ed. des Femmes, 2004

Composé de courtes pièces de théâtre, cet opus regroupe des portraits féminins plus anciens écrits par Kateb Yacine, qui met l'accent sur les initiatives que prennent ces femmes : La Kahina ou Dihya ; Saout Ennissa ; La Voix des femmes ; Louise Michel et la Nouvelle Calédonie.

 

Bonus du bouillon

 

Encore des livres :

Douglas Hawes : Oradour, le verdict final. Un livre dur, mais extraordinaire !

Robert Merle : L'enfant roi (Fortune de France, tome 8). Sur l'enfance de Louis XIII sous la régence de Marie de Médicis. Un régal d'écriture, comme les autres tomes de Fortune de France.

 

Cinéma :

Mention du film documentaire "Sur le chemin de l'école", qui présente des enfants du monde (Inde, Kenya, Maroc…) prêts à tout pour se rendre à l'école. Un film bouleversant, qui relativise nos "problèmes" scolaires français.

 

Gastronomie :

Merci à nos hôtes de St Laurent d'Agny pour la tarte à la rhubarbe, le gâteau chocolat-poire et l'infusion de grenade.

14/11/2013

Surtout ne te retourne pas

algérie,femmeLe récit, à la première personne, tourne autour de la personnalité d’une jeune femme retrouvée inanimée dans les décombres du tremblement de terre de 2003 en Algérie.

Nommée  Wahida «première et unique, mais aussi seule » par Dadda Aïcha, la vieille femme qui l’a recueillie après le séïsme, elle fait sien ce prénom. Il répond à son besoin de solitude, ou d’indépendance, comme s’il fallait, en Algérie et pour une femme, être seule pour être libre ?

 

Maïssa Bey promène son lecteur dans les méandres d’un récit très construit, proposant plusieurs identités pour cette jeune fille dont on se demande, en fait, si elle est réellement amnésique ou si elle veut simplement abandonner son passé derrière elle.

 

Le roman laisse un moment croire qu’elle est Amina, fille d’une femme « citée plusieurs fois à l’Ordre des ménagères scrupuleuses », maniaque de l’ordre et de la propreté et d’un entrepreneur préoccupé de sa future élection comme député, qui a fugué pour échapper à cette famille étouffante. Plus loin, une autre mère, Dounya, la reconnait formellement comme sa fille disparue pendant le tremblement de terre.

 

Dans une écriture peu démonstrative, mais sensible et engagée, l’auteur interpelle le lecteur. Elle s’interroge sur la place de la femme en Algérie, ménagère accomplie recluse dans sa maison, soumise aux hommes de sa vie,… Elle se révolte contre la pression intégriste, les barbus qui soulignent leurs yeux de khôl et voudraient que tout soit la faute des femmes, à commencer par cette catastrophe. Comme si une sortie entre copines ou un voile mal ajusté pouvait provoquer un tremblement de terre ! Elle s’insurge aussi contre les pouvoirs publics, dont l’incurie ou la malhonnêteté a permis la construction d’immeubles dangereux pour la population, qui se sont écroulés en poussière aux premières secousses.

 

Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur, née en 1950 à Ksar el Boukhari (Algérie).

 

Surtout ne te retourne pas

Maïssa Bey

Editions de l’Aube (regards croisés), 2005, 206 p., 15.80 €