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28/06/2012

bouillon de voyage

CORTES Edouard : Ararat Sur la piste de l’arche de Noé

Presses de la renaissance 2007

Le thème du bouillon de lecture de juin 2012 étant "récits de voyage", j’ai choisi par hasard cet ouvrage, l’auteur était inconnu de moi.

C’est un voyage solitaire en Ami 6 « de la Dordogne en Turquie » l’été 2006, des ascensions multiples du mont Ararat partagé entre Turquie, Arménie, Iran, sous contrôle militaire à la recherche de fragments en bois de l’arche de Noé.

C’est surtout le mythe du « déluge fondateur » évoqué dans toutes les religions et sociétés, accompagné du traumatisme du tsunami géant de décembre 2004 qui a projeté des bateaux très loin des côtes.

L’auteur nous fait partager sa quête accompagnée d’un cheminement intérieur de sa pensée, sa vie dans un pays oriental de palabres et négociations, ses prouesses physiques contre le froid et l’altitude, ses amis, sa curiosité.

Se lit avec grand intérêt, des cartes et photos illustrent le cheminement : une découverte et un régal.

Marie-Claire

 

03/06/2012

coups de coeur du bouillon de mai 2012

Bouillon "coup de coeur" du 24 mai 2012

Quand blanchit le monde
Kamilla Shamsi, Buchet Chastel, 2010
Le roman débute par une histoire d'amour à Nagasaki, entre Konrad, officier allemand et Hiroko, japonaise. Ils ont prévu de se marier, mais la bombe atomique réduit à néant leurs promesses : il meurt, elle est brûlée mais survit. Elle décide de rendre visite à la famille de son fiancé, qui vit en Inde. Les rencontres, les amours, et parfois les alliances surprenantes entraînent le lecteur de New Delhi à New York, en passant par le Pakistan et l'Afghanistan, au gré des pages de l'histoire.
Voir la très bonne critique d'Amanda Meyre sur ce roman dense et passionnant.

La liste de mes envies
Grégoire Delacourt, J.C. Lattes, 2012
Jocelyne, mercière de son état, est une femme entièrement dévouée aux autres. Sa vie est bouleversée par un gain de 18 millions d'euros, totalement inattendu et inespéré. A la tête de cette fortune, la voilà qui peut réaliser ses souhaits et ceux de ses proches, et rédige la liste de ses envies...

Poussière d'homme
David Lelait, éd. A. Carrère, 2006
Ce court roman est une leçon d'amour, qui commence par la fin : le voyage pour apporter l'urne contenant les centres du défunt à sa mère. En trois ans, le narrateur a rencontré l'amour vrai, vécu de beaux moments avec son amour, puis la lutte contre son lymphome et la mort. Le récit est fort, mais la tristesse de la séparation est atténuée par la douceur des souvenirs, et la poésie de l'écriture.

Les mains libres
Jeanne Benameur, éd. Denoël, 2004
Yvonne Lure vieillit seule, en gardant chaque chose "à sa juste place" dans son appartement. Elle s'était mariée comme on rend service, mais a toujours gardé ses distances avec son époux. Veuve, elle est restée la gardienne de ses affaires, ses livres surtout, qu'elle n'ouvre jamais. Sa seule évasion : rêver à partir des brochures de voyage. C'est sa rencontre avec Vargas, romanichel en partie sédentarisé, qui les ouvre à la lecture et les remet en marche tous les deux.

Chaos sur la toile
Kristin Marja Baldursdottir, Gaïa éditions, 2011
Ce deuxième tome, de l'après-guerre à une période récente, continue le récit de la vie de l'artiste islandaise, qui nous avait passionnés dans "Karitas, sans titre", mais peut aussi se lire seul. Peintre, Karitas veut vivre de son art malgré les contraintes liées à sa condition de femme et de mère. Toute sa vie, elle revendique la liberté de créer, et passe pour égoïste bien qu'elle tente de son mieux de s'occuper de ses enfants et petits-enfants. Son oeuvre évolue, au gré de ses séjours à Paris, New-York, en Italie ou de ses retours en Islande, mais son art, conceptuel et souvent torturé, n'est jamais compris par sa famille.

Blanche étincelle
Lucien Suel, La Table Ronde, 2012
Une belle rencontre entre deux femmes : dans une librairie, Mauricette, retraitée et solitaire, fait la connaissance de Blanche, mère de deux garçons. Toutes deux s'épaulent et échangent autour des livres et de la musique. Ce roman bien écrit et sympathique est plein d'humanité, de simplicité et de sentiments profonds.
(Il fait suite à La patience de Mauricette).

Le passeur de lumière
Bernard Tirtiaux, Gallimard, 1992.
12ème siècle. Nivard de Chassepierre, en apprentissage chez un maître orfèvre, et poursuivi pour avoir tué en duel l'homme qui avait violenté sa mère. Il part en croisade avec des érudits. En Orient, il apprend le travail du verre, accomplit des merveilles en Syrie, puis est rappelé en Europe pour réaliser des vitraux. Ce roman, plein de péripéties, évoque bien la vie du Moyen-Age et le travail des vitraux.

Eux sur la photo
Hélène Gestern, Arléa, 2011
Premier roman, à 95 % épistolaire.
Hélène connaît peu de choses sur sa mère biologique, décédée alors qu'elle avait trois ans. Après le décès de son père, elle trouve une photographie où sa mère figure en compagnie de deux hommes, et décide d'enquêter à partir de cette image. Ses recherches l'entraînent à une correspondance avec Stéphane, dont l'histoire est liée à la sienne.

Des vies d'oiseaux
Véronique Ovaldé, éd. de l'Olivier, 2011
Gisèle a été sensible à l'écriture de Véronique Ovaldé et a beaucoup apprécié ce livre. Mais oups ! j'ai été distraite et n'ai pas pris de notes... Lisez-le !

Enfant de la jungle
Michael Morpurgo, Gallimard jeunesse, 2010
A défaut d'avoir été séduite par un roman pour adultes, Marie-Claire nous a apporté un coup de coeur jeunesse :
Will a perdu son père, soldat pendant la guerre en Irak. Lui et sa mère ne parviennent pas à surmonter leur douleur. Les grands parents leur offrent un voyage en Indonésie pour les vacances. En balade sur le dos d’une éléphante, Will échappe au tsunami. Commence une longue errance dans la jungle, un apprentissage de la survie avec l'éléphante. Will se lie avec des orangs-outangs, est capturé par des braconniers, est recueilli dans un refuge pour animaux... Il y a du LIvre de la jungle dans ce beau roman aux multiples péripéties !

01/05/2012

Bouillon indien

Bouillon d'Inde

Encore une fois, nous partons à la découverte d'un pays à travers ses écrivains. Ce jeudi 19 avril, c'est l'Inde que nous explorons.

Rasipuram Krishnaswami NARAYAN (1907-2001)
Né à Madras, R. K. Narayan est considéré comme l'une des voix majeures de la littérature indienne. Il a débuté dans le journalisme et a publié son premier roman en 1935 à l'age de 29 ans. En France, tous ses livres étaient devenus indisponibles. et sont réédités par les éditions Zulma.

Le guide et la danseuse
(première traduction en France, 1958, réed. Zulma)
Fresque de l'Inde quotidienne, dans une ville imaginaire, fluide et très bien écrite.
Raju a repris le commerce de son père, qui était épicier près d'une gare. Au gré des rencontres et du rôle que les autres lui attribuent, Raju devient guide, puis amant de la femme d'un archéologue, puis impresario de cette belle éprise de danse... Il profite de toutes les occasions pour changer de vie, vend les bijoux de la danseuse, est envoyé en prison, où il se trouve bien. A sa sortie, dans le dénuement, il est pris pour un guide spirituel...


Amitav GHOSH
Né en 1956 à Calcutta, il a grandi au Bengladesh, au Sri Lanka et en Inde. Il a étudié à Delhi et Oxford, puis enseigné la littérature dans plusieurs universités américaines et indiennes. Ses romans font l'unanimité dans notre groupe : grandes fresques passionnantes et instructives, ils mettent en scène de nombreux personnages et permettent de voyager dans l'histoire de l'Inde et des pays bordant le golfe du Bengale et l'Océan Indien.

Le palais des miroirs (2002)
Prodigieuse saga où le sort des individus est lié à celui des nations en périodes troublées, Birmanie, Malaisie et Inde, sur trois générations (de 1885 à 2000).
A la fin du 19ème siècle, la Birmanie est envahie par les anglais. Le palais de Mandalay est vidé de ses souverains, envoyés en exil en Inde en 1885 dans une résidence sous surveillance anglaise. Rajkumar, jeune orphelin indien, s'attache à Dolly, une des suivantes de la princesse. C'est lui le personnage qui fait le lien dans ce livre, lien familial et lien géographique par ses multiples allées et venues entre Inde et Birmanie. Plein de ressources et d'ambition, il sait profiter des opportunités qui croisent son chemin. Il travaille dans le commerce du tek, monte sa propre entreprise en Birmanie, où il fait venir des travailleurs pauvres d'Inde, s'enrichit, fonde une famille... Mais il essuie aussi de graves revers au moment où les japonais envahissent à leur tour la Birmanie en 1942.
En toile de fond, l'auteur évoque l'histoire de ces régions : la colonisation, les rapports avec les anglais, envahisseurs sans scrupules, mais qui apportent aussi des éléments positifs, le combat pour l'indépendance de l'Inde et la seconde guerre mondiale.

Le pays des marées (2006)
Les faits : au cœur du delta du Gange, peu de gens s’aventurent dans les "îles du silence". Terrifiés par les tigres mangeurs d’homme, les crocodiles et les serpents, les oubliés de l’archipel des Sundarbans y survivent pourtant, malgré la montée des eaux, une mousson violente, et des conditions alimentaires et sanitaires très précaires (cf description de l'Unesco et site du film "Sundarbans, les îles du silence").
Très belle fresque de cette région du Bengale, le roman fait se croiser les destinn d'un homme d'affaires sophistiqué de Calcutta, d'une scientifique d'origine indienne qui étudie les dauphins, et d'un pêcheur illettré dans l'archipel des Sundarbans, le "pays des marées", des mangroves et de la boue. L'auteur introduit les histoires et mythes de cette région d'Inde, avec son bon génie Bon Bibi et son démon-tigre.

Un océan de pavot (2010)
Ce premier volet de la trilogie de l'Ibis se situe principalement dans le nord de l'Inde, de Bénares à Calcutta, en1838. Les Anglais règnent en maîtres. Ils ont imposé dans les campagnes indiennes la culture du pavot -dont ils fixent eux-même le cours- au détriment des cultures vivrières, ce qui réduit les paysans à une extrême misère. Brutes et profiteurs sont présents à tous les niveaux, et l'extrême mépris des anglais pour les peuples colonisés, qu'il s'agisse des indiens ou des chinois, est frappant !!!
Amitav Ghosh se penche avec humanité sur le destin de nombreux personnages réunis par le destin à bord de l'Ibis, ancienne goélette de transport d'esclaves réaménagée (si peu !) pour convoyer des déportés et des travailleurs indiens "volontaires" à destination de l'Ile Maurice, autre colonie anglaise en mal de main d'oeuvre. (voir  critique complète du 02/11/2010).


Anita cherche mari
Anita JAIN
Anita, jeune femme d'origine indienne, est journaliste et vit à New-York. Elle a tout réussi... ou presque, puisqu'il n'y a aucun homme stable dans sa vie. Ses parents la poussent à essayer un mariage arrangé en Inde.
Mais lorsqu'elle s'installe à New Delhi, ville cosmopolite qui évolue à toute allure, l'attitude des hommes n'est pas si différente de celle des américains...
Roman très tonique et contemporain, plein d'humour.



Meurtre dans un jardin anglais
Vikas SWARUP
Roman policier, façon Cluedo indien.
Un milliardaire indien est assassiné le jour où il donne une garden party. La victime est un "pourri", qui venait d'être acquitté dans un procès corrompu.
La propriété est fermée pour les besoins de l'enquête, et six personnes sont arrêtées, car elles se trouvent en possession d'une arme. Le livre se décompose en plusieurs parties, une par suspect : l'américain crédule, la star de Bollywood, le jeune garçon des rues, le père du milliardaire (encore plus véreux que lui !).

Du même auteur, nous avons aussi aimé (enfin, sauf Jacky, pas très amateur de littérature indienne) "Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire" (à l'origine du film Slumdog millionnaire).


Dans les rues de Bombay (2007)
Meher PESTONJI
Après avoir fui sa famille, Rahul devient enfant des rues à Bombay. Il vit dans la gare, de petit commerce (réserver des places de train). Lorsqu'il trouve un bébé abandonné, il se sent investi d'une grande responsabilité. Il le confie aux services de l'enfance et continue à aller le voir. Mais Rahul est confronté aux misères de la rue : drogue, tourisme sexuel... dans une sordide descente aux enfers. Il reçoit l'aide des services de l'enfance, qui sont néanmoins toujours respectueux de ses choix, même lorsque ceux-ci sont mauvais.
Ce roman, facile à lire mais assez noir, est tiré de l'expérience de l'auteur, qui milite pour améliorer le sort des enfants des rues et des prostitués.


Voir aussi les billets récents sur les romans fleuves de Manil Suri (Mother India), Rohinton Mistry (une simple affaire de famille), Siddareth Dhavant Shanghvi (les derniers flamants de Bombay).

Avec ces quelques romans indiens, nous avons à peine effleuré le sujet. En raison de la longueur de ses ouvrages, nous n'avons pas eu le temps de lire Vikram Seth, auteur majeur. D'autres romans à découvrir sont présentés dans le blog  "Couleur indienne".

Les auteurs de la diaspora indienne sont aussi très intéressant, par leur aspect multiculturel, leurs récits d'adaptation au pays d'accueil tout en gardant des relations avec leur culture ou leur pays d'origine : voir Chitra Banerjee DIVAKARUNI (Inde - Etats-Unis), Monika ALI (Bangladesh - Angleterre)...

16/04/2012

Les derniers flamants de Bombay

Les derniers flamants de Bombay
Siddarth Dhanvant SHANGHVI
Editions des 2 terres, 2010, 468 p.

Karan Seth, jeune photographe doué, se passionne pour Bombay, et en fait des clichés d'une réelle profondeur. Sa profession l'amène à rencontrer des personnes hors du commun : Zaïra, star de Bollywood, sensible, sensuelle et intelligente, qui aime  Samar, prodigieux pianiste et dandy homosexuel... qui est lui-même amoureux de Léo l'écrivain américain. Fascinée par le talent de Karan et sa foi en l'humanité et en son art, ainsi que par sa ressemblance avec son cher mari, Rhéa l'artiste potière entame une relation amoureuse avec lui.

La mort brutale de Zaïra, assassinée à bout portant dans un nightclub devant 200 témoins par un détraqué, mine complètement la vie de ceux qui l'aimaient. Le forcené, fils de ministre, est protégé par son père qui recourt à toutes les ficelles (pots-de-vin, menaces, meurtres...) pour faire bénéficier son fils d'un non-lieu. Karan et Samar en sont anéantis

Art, amour, amitié... et corruption à Bombay, avec, en toile de fond, les années sida, de 1990 à 2005. L'auteur s'inspire d'un fait divers réel (procès outrageusement corrompu) pour en faire le coeur d'un roman dont on comprend que la première partie n'était finalement qu'une manière d'introduction.. Ses personnages sont attachants, et le lecteur, bien que n'ayant pas grand'chose en commun avec la jeunesse dorée-pourrie de Bombay, se laisse prendre au récit !

Aline

Mother India

Mother India
Manil Suri, Albin Michel, 2009, 508 p.

Manil Suri, né et élevé en Inde, est professeur de mathématiques dans une université américaine.

1955, la jeune république indienne a 5 ans. Mira, 17 ans, attache peu d'importance aux projets de son père pour elle : profondément laïc et progressiste, il tient à ce que ses filles étudient et aient une profession. Roopa, la soeur aînée de Mira, la première et la favorite en tout, sort avec le charmant Dev, dont le rêve est de devenir chanteur à Bollywood. Mira manigance si bien pour le lui ravir qu'elle se retrouve contrainte de l'épouser. Son destin sera la conséquence de ce coup de tête.

Tiraillée entre un père dirigiste et sa belle famille aux idées politiques opposées, entre son désir d'enfant et l'injonction paternelle d'avorter pour donner la priorité à ses études, elle finit par céder, et passe une dizaine d'années à s'aigrir dans sa vie de couple. A la naissance de son fils Ashran, elle lui voue un amour exclusif et totalement démesuré.

L'intrigue, un peu longue, se développe sur fond de chocs culturels et religieux, d'intolérance (surtout chez les hommes), depuis l'Indépendance jusqu'à la modernisation de l'Inde contemporaine. L'auteur n'aborde pas le sujet des castes, par contre il évoque la partition de l'Inde, la cohabitation difficile de religions et de rites différents, le ressentiment entre hindous et musulmans, la dévotion des femmes envers leur mari,...

C'est Mira la narratrice -bien que l'auteur soit un homme- et je n'ai pas été persuadée par son évocation du monde féminin. Ou bien tout simplement ai-je été gênée parce que ce personnage central, n'est au fond pas très sympathique. Sa relation physique avec son fils, longuement évoquée, et sa jalousie maladive, sont troublantes. Néanmoins le roman se lit avec plaisir, et il est intéressant pour son ambiance générale et son message de tolérance.

Aline

14/04/2012

Bouillon de théâtre, mars 2012

Théâtre à Soucieu

En mars, nous étions en phase avec le Festival de Théâtre organisé à Soucieu-en-Jarrest par la compagnie des Pêchers Mignons, puisque notre "Bouillon" portait sur le théâtre.

Certaines oeuvres, dont des pièces classiques abordées à l'école, sont difficiles d'accès : un bon moyen de dégoûter les jeunes de lire ! Aussi plusieurs d'entre nous avaient-ils de mauvais souvenirs du théâtre... Pour ce Bouillon de théâtre, nous étions certes moins nombreux que pour des thématiques autour des romans, mais nous avons fait de belles découvertes (par ordre de parution) :

Anton Tchekhov (1860-1904)
Une demande en mariage (1888)
Pièce en un acte, à l'intrigue assez simple : Lomov vient demander Natalia en mariage. Le père est enthousiaste et va chercher sa fille. Mais la discussion dégénère en dispute rangée, car tous trois sont de terribles querelleurs.

Tennessee Williams (1911-1983)
Un tramway nommé désir (1947, prix Pulitzer en 1948)
A La Nouvelle Orléans, Stella est heureuse en ménage avec Stanley, ouvrier d'origine polonaise, bien qu'elle soit d'origine un peu plus fortunée. Sa soeur Blanche Dubois, leur rend visite pour quelques jours, s'étonne de la vie frustre du couple... mais s'incruste. Elle ment, fabule, cache sa vie de prostituée, tandis que Stan essaie de comprendre, faisant à l'occasion preuve de violence. Cette pièce a été jouée, entre autres interprètes prestigieux, par Marlon Brando et Viviane Leigh.

Arthur Miller (1915-2005)
Arthur Miller a travaillé plusieurs années pour pouvoir payer ses études de journalisme et de théâtre à l'université. Il est également l'auteur des Sorcières de Salem.
Mort d'un commis voyageur (1949) Cette tragédie d'un héros ordinaire met en scène Willy Loman (Low-man). Lui et sa femme Linda ont deux fils, adultes, qui n'ont pas réussi grand chose pour l'instant. Lassé de son travail, épuisé par sa situation, Willy a besoin de gagner encore un peu d'argent avant sa retraite. Faute de résultat, il est licencié. Il finit par se suicider en espérant que l'argent de l'assurance-vie aidera sa famille à prendre un nouveau départ.

Fernando Arrabal (1932-   )
Né au Maroc espagnol, Fernando Arrabal  connait peu son père, arrêté au début du soulèvement de la guerre d'Afrique en 1936. Il grandit à Madrid puis émigre en France. Pleines  de violence, ses pièces sont considérées comme une catharsis pour les acteurs, et assez répétitives.
Pique-nique en campagne (1952) est sa première oeuvre : un couple rejoint son fils pour pique-niquer, alors que celui-ci est sur un champ de bataille.

Vaclav Havel (1936-2011)
Dissident actif après l'occupation de la Tchécoslovaquie par les soviétiques, emprisonné plusieurs fois pour ses écrits politiques, il est une des figures de proue de la "révolution de velours" qui met un terme au régime communiste, et devient président de 1989 à 2003.
La fête en plein air (1963) Dans la mouvance du théâtre de l'absurde, La fête en plein air semble au premier abord illisible et sans queue ni tête. Inspiré par Beckett, Jarry (Ubu roi) et Kafka, Havel ironise dans un pseudo jargon bureaucratique sur une période où il faut obéir à tout prix même si on n'a rien compris...

René de Obaldia (1918-   )
Souvent plus connu pour ses poésies, René de Obaldia a aussi écrit de nombreuses pièces de théâtre, pleines d'humour et de cynisme.
La babysitter (1971)
Un couple attend la babysitter pour sortir dîner chez des amis. Comme elle tarde, la tension monte, et les griefs ressortent. Lorsqu'on sonne, c'est une illuminée qui vient leur apporter la Bonne Nouvelle...

Jean Anouilh (1910-1987)
Thomas More ou l'homme libre (1987)
Jean Anouilh a publié plusieurs drames mettant en avant des personnages qui vont jusqu'au bout de leurs convictions : Jeanne d'Arc (dans L'Alouette), Thomas Becket, Thomas More,... Thomas More ou l'homme libre est sa dernière pièce publiée. Thomas More a réellement existé. Chancelier et ami du roi Henri VIII, il s'est opposé au divorce de celui ci. Seul parmi l'entourage du roi à refuser de prêter serment après la constitution de l'église d'Angleterre, il a perdu la tête pour avoir refusé de la courber.
    LE ROI
Un seul homme, il suffit d'un seul homme. Et même si je lui fais son procès et qu'on lui coupe la tête, il m'aura éternellement dit non ! (Il crie :) Mais qu'est-ce que c'est, à la fin, que cette puissance sans armes, qui se dresse seule, contre tout ?
    ANNE, doucement
L'orgueil des justes.
    LE ROI
Il n'y a pas de place pour deux orgueils en Angleterre. Et Dieu voulu que ce soit moi le Roi.

Yasmina Reza (1959-   )
Art (1994)
Interprétée pour la première fois par Fabrice Luchini, Pierre Arditi et Pierre Vaneck, cette pièce a reçu de nombreux prix.
Serge vient d'acheter un tableau, blanc "un peu sombre". Trois bons amis discutent et se déchirent autour de ce tableau, de l'art contemporain, et bien au-delà. Les relations entre les trois personnages sont évoquées tout en nuances.
Le Dieu du carnage (2007).
Deux couples se retrouvent pour régler à l'amiable les conséquences d'une bagarre entre fistons. Peu à peu, on glisse de propos très policés et convenus vers un affrontement plus ou moins feutré, et les failles des 4 personnages se révèlent. Courte pièce à l'humour grinçant... dont le contenu est hélas complètement dévoilé par la bande annonce du film Carnage (adaptation cinéma par Polanski en 2011), ce qui nuit à l'effet de surprise !

Eric-Emmanuel Schmitt (1960-   )
Golden Joe (1995)
Golden Joe est à la tête d'un empire financier de la City londonnienne, posséder est son unique préoccupation. Après la mort de son père, le fantôme de celui-ci lui apparaît dans la salle des transactions, ce qui l'oblige à réfléchir à ses choix, le pousse à plus d'humanité. Tant qu'il se trouve dans son monde de l'argent, inodore, il ne sent rien. Lorsqu'il s'humanise, qu'il apprend à utiliser l'argent autrement, il découvre les odeurs et les sentiments. Hélas, Joe est encore plus nuisible dans la charité que dans la cupidité... le capitalisme, même malade, survit à tous les coups.
Considérée par l'auteur comme sa seule pièce pessimiste, Golden Joe fourmille de références à Hamlet.
La nuit de Valognes (1991)
Plusieurs anciennes conquêtes de Dom Juan sont réunies pour lui intenter un procès privé : faute d'épouser la nièce de la Duchesse, sa dernière conquête, il sera banni. Toutes ces dames, tout en l'accusant, sont toujours sous le charme du conquérant, qui semble pourtant avoir perdu sa superbe et accepte volontiers ce mariage, tombant ainsi de son piédestal. C'est qu'une flèche bien imprévue l'a touché au coeur !

Wadji Mouawad (1968-   )
Willy Protagoras enfermé dans les toilettes (2004)
Courte et très crue, cette pièce est une tragédie rocambolesque autour des impératifs absolus de la liberté : « Un type s’enferme dans les chiottes et fait chier tout le monde. » Voila brutalement résumé par Mouawad lui-même le propos de cette pièce. Pour échapper à sa famille pesante, à ses voisins envahissants qui ont pris possession de l’appartement familial, Willy Protagoras s’enferme dans les toilettes...

26/02/2012

Coups de coeur du bouillon de février 2012

Echanges chaleureux autour de romans coup de coeur... et des chouquettes au sucre-glace de Geneviève !

Latham, de Christine Lapostolle (Flammarion 2012)
Maryvonne nous signale ce beau roman d'une Bretonne, dont les écrits étaient jusqu'ici intimistes. L'écrivain a été subjuguée par la photographie en noir et blanc d'un homme, debout sur son aéroplane, flottant dans les eaux de la Manche à quelques encablures de Douvres. Il s'agit d'Hubert Latham, pionnier de l'aviation française et le  premier à tenter la traversée en aéroplane de la Manche le 19 juillet 1909 (exploit réussi par Blériot le 25 juillet).
Christine Lapostolle s'attache au rêve d'envol de ce dandy de l'aviation, et relate sa vie et ses vols téméraires sur les élégants avions "Antoinette". Elle visite les lieux qu'il a fréquentés, se prend à imaginer des conversations avec lui. Elle évoque la distance entre le rêve d'envol et les applications militaires de l'aviation, et fait le rapprochement entre le Sangatte d'autrefois, lieu d'envol pour la périlleuse traversée de la Manche, et celui d'aujourd'hui, lieu de départ pour tous ces étrangers qui veulent gagner l'Angleterre...

Venir au monde, de Margaret Mazzantini (R. Laffont, 2010)
Jacky présente ce roman qui prend aux tripes, sur le thème du besoin de maternité (recherche médicale, mère porteuse...) sur fond de guerre à Sarajevo. Maryvonne a aimé. Du même auteur, Ecoute moi est tout aussi fort et noir.

Cet instant-là, de Douglas Kennedy  (Belfond, 2011)
A 50 ans, Thomas Nessbitt reçoit un paquet de lettres qui le renvoie à son amour de jeunesse à Berlin, en pleine guerre froide. Berlin, la Stasi... le lecteur est plongé dans un roman d'espionnage, mais aussi un drame psychologique et un roman d'amour. Pour Catherine, c'est un bon Douglas Kennedy.

Les nymphéas noirs, de Michel Bussi  (Presses de la Cité, 2011)
"Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste..." Cette histoire commence comme un conte, mais c'est bien un roman policier, au rythme un peu étrange et au dénouement surprenant. Joli village pittoresque, Giverny est tranquille, voire immobile, sauf lorsque débarquent les hordes de touristes américains, sur les traces de Monet. Jérôme Morval, éminent ophtalmologue, est retrouvé assassiné dans la rivière de l'Epte. Deux jeunes policiers enquêtent, l'un de la région, efficace et pragmatique, l'autre spécialiste en peinture et fantaisiste.
Au centre du récit, trois personnages féminins: une fillette surdouée pour la peinture, une belle institutrice, une vieille femme qui voit tout connaît toute la vérité.
Plusieurs lectrices ont aimé ce livre, sélectionné pour le prix Mes-Sou-Thu.

Désolations, de David Vann  (Gallmeister, 2011)
Les enfants ont grandi, le couple bat de l'aile, le mari décide de s'installer sur une île isolée avec sa femme, pas très enthousiaste. Plus la cabane se construit, plus la tension monte... Réflexion sur le couple et le temps qui passe, ce livre enchante aussi par de très belles pages sur l'Alaska. Il est tout aussi fort que Sukkwan Island, même si l'on ne retrouve pas l'aspect de huis-clos morbide du premier roman de David Vann.

Les heures silencieuses, de Gaëlle Josse  (éditions Autrement, 2011)
Delft, 17e siècle. Magdalena, déjà âgée pour l'époque (40 ans ?), écrit son journal et revient sur sa vie, atypique. Les femmes de riches bourgeois se font représenter par les peintres à la mode dans leurs plus beaux atours, mais elle a préféré se faire peindre de dos, à son épinette, et revient sur les sentiments intimes qui guident ce choix. Enfant, elle suivait partout son père armateur, mais le commerce étant réservé aux hommes, elle a dû se contenter d'épouser l'homme qui devient administrateur de la Compagnie et rester au foyer...
Premier roman d'un auteur de poésie, très court, à l'écriture fine et posée, ce livre est un bijou. Gaëlle Josse est invitée au café parlotte du vendredi 6 avril à la librairie Murmure des Mots, pour évoquer son second roman.

La tristesse de l'ange, de Jon Kalman Stefansson  (Gallimard 2011)
Sans s'être donné le mot, Jacqueline et Chantal ont toutes deux apporté les romans de cet auteur nordique, La tristesse de l'ange et Entre ciel et terre (voir critique), tous deux ma-gni-fi-ques, dont elles nous ont lu quelques extraits !
La tristesse de l'ange, ce sont les flocons de neige, l'hiver.
Le gamin, orphelin, élevé par deux dames, lit beaucoup, et fait la lecture à voix haute de poèmes au capitaine aveugle. Lorsque le postier arrive à cheval, il est complètement gelé, et il a besoin du l'aide du gamin pour continuer son chemin et traverser les fjords. S'ensuit un récit de voyage, initiatique, où le petit soutient souvent le grand, et où chaque maison abrite au moins un livre...
A lire et à relire !

Aline et Chantal présentent Le mécanicien des roses (voir critique).
Annie rappelle Le pari des guetteurs de plumes africaines, qu'elle a trouvé à la fois plein d'humour et instructif (voir critique) et d'Acier, évoqué lors du dernier bouillon.
Maryvonne, Sylvie et Catherine ont aussi beaucoup aimé Le Turquetto, de Metin Arditi (voir critique).

19/02/2012

La Mecque-Phuket

La Mecque-Phuket
Saphia Azzedine, éditions L. Scheer, sept 2010

Jeune maghrébine travailleuse et sérieuse, Fairouz aime ses parents "en vrac" et économise sou par sou pour réaliser leur rêve : leur offrir un voyage à La Mecque, afin qu'ils soient enfin Hadj, et mieux considérés dans leur quartier. Elle et sa soeur aînée cumulent les petits jobs pour déposer régulièrement un peu d'argent dans la boîte verte de l'agence de voyage du coin, spécialisée dans les pèlerinages. Non sans lorgner sur l'agence d'en face, qui propose des vacances à Phuket !

Dans une langue énergique et proche de l'oralité, Fairouz/Saphia exprime sa révolte face à une société normative et avilissante : société de consommation qui asservit les gens ; docilité des musulmans face aux diktats de la religion, et de ses parents en particulier face aux exigences des commères du quartier.
Elle s'en veut à elle-même de ne pas savoir s'affranchir de ses obligations de "bonne fille". En même temps, elle refuse les chemins tout tracés, se bat pour ses choix et bouscule son frère pour le sortir de ses petites combines minables. Elle croit aux valeurs de l'éducation et du travail pour lui comme pour sa petite soeur (qui rêve de devenir une star !).

Critique par rapport aux maghrébins, en particulier ceux qui baissent les bras et passent leur temps à cancaner au lieu d'éduquer leurs fils ... elle admire cependant leur capacité à prendre en charge et entourer leurs anciens.

Beaucoup d'humour et de légèreté dans ce roman, au fond pourtant sérieux.
Aline et Françoise ont aimé.

le héron de Guernica

Le héron de Guernica
Antoine Choplin, éd. La Brune, 2011

C'est au travers du regard de Basilio que l'auteur choisit d'aborder la tragédie de Guernica. Alors que les voisins s'occupent plutôt d'évacuation à Bilbao, Basilio exécute de petits travaux dans la ferme voisine, rend visite à son oncle à l'hospice, et rêve de danser avec Célestine au bal...

Jeune peintre passionné, il passe son temps dans les marais à observer et peindre les hérons cendrés. Son obsession ? Rendre sur la toile pas seulement la beauté, mais le frémissement de vie condensé dans l'immobilité de cet oiseau majestueux.
Son héron, il a prévu d'en faire cadeau à Célestina... mais l'arrivée des bombardiers allemands bouleverse tout !

Pourtant, ce n'est pas lui qui rendra compte de la tragédie de Guernica, mais un certain Picasso, qu'il tentera de rencontrer à l'exposition universelle de Paris.
Ce court roman à l'écriture ciselée rend compte de la vie quotidienne de la petite ville espagnole avant le drame, et nous interroge sur la nécessité de l'art.
Aline

Iran

Le mécanicien des roses
Hamid ZIARATI, traduit de l’italien par Marguerite POZZOLI
T. Magnier, 22€

L'auteur nous introduit dans  une famille traditionaliste iranienne, dont l'aîné, Aqbar, est travailleur et appliqué, mais capable de tout pour l'honneur de la famille... bien que lui-même non dénué de défauts ! A la génération suivante, nous suivons Reza et Khodadad, deux cousins, presque frères, qui s'enfuient du village pour échapper à l'emprise de la famille et découvrir la ville.

De son côté, Donya,  jeune fille vendue par ses parents qui ont perdu la fortune familiale, doit travailler durement comme servante. Après des années difficiles, elle est imposée comme femme à Reza, qui prend soin d'elle sans vraiment l'aimer. Car le véritable amour de Reza, c'est la belle Laleh, pauvre fille perdue par sa beauté et vendue comme prostituée.

Enfin, Mahtab, la fille adorée de Reza et Donya, leur « bouton de rose », fait des études de médecine et tombe amoureuse d'un étudiant en droit... mais l'époque des ayatollahs n'est guère favorable aux idylles !

Au fil des chapitres, le lecteur comprend que Reza est le lien entre ces différents personnages, victimes d'une société où les droits des hommes sont bafoués, et ceux des femmes tout simplement inexistants... le plus souvent sous prétexte de religion.

Ce roman, prenant et beau, est traversé par quelques moments de bonheur arrachés à l'adversité, mais globalement très sombre.  Ses personnages nous poursuivent, et en refermant ses pages, on se prend à se réjouir de vivre dans une société où les droits de l'homme et de la femme sont -relativement- respectés !

Lu et aimé par Chantal et Aline.