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16/04/2012

Les derniers flamants de Bombay

Les derniers flamants de Bombay
Siddarth Dhanvant SHANGHVI
Editions des 2 terres, 2010, 468 p.

Karan Seth, jeune photographe doué, se passionne pour Bombay, et en fait des clichés d'une réelle profondeur. Sa profession l'amène à rencontrer des personnes hors du commun : Zaïra, star de Bollywood, sensible, sensuelle et intelligente, qui aime  Samar, prodigieux pianiste et dandy homosexuel... qui est lui-même amoureux de Léo l'écrivain américain. Fascinée par le talent de Karan et sa foi en l'humanité et en son art, ainsi que par sa ressemblance avec son cher mari, Rhéa l'artiste potière entame une relation amoureuse avec lui.

La mort brutale de Zaïra, assassinée à bout portant dans un nightclub devant 200 témoins par un détraqué, mine complètement la vie de ceux qui l'aimaient. Le forcené, fils de ministre, est protégé par son père qui recourt à toutes les ficelles (pots-de-vin, menaces, meurtres...) pour faire bénéficier son fils d'un non-lieu. Karan et Samar en sont anéantis

Art, amour, amitié... et corruption à Bombay, avec, en toile de fond, les années sida, de 1990 à 2005. L'auteur s'inspire d'un fait divers réel (procès outrageusement corrompu) pour en faire le coeur d'un roman dont on comprend que la première partie n'était finalement qu'une manière d'introduction.. Ses personnages sont attachants, et le lecteur, bien que n'ayant pas grand'chose en commun avec la jeunesse dorée-pourrie de Bombay, se laisse prendre au récit !

Aline

Mother India

Mother India
Manil Suri, Albin Michel, 2009, 508 p.

Manil Suri, né et élevé en Inde, est professeur de mathématiques dans une université américaine.

1955, la jeune république indienne a 5 ans. Mira, 17 ans, attache peu d'importance aux projets de son père pour elle : profondément laïc et progressiste, il tient à ce que ses filles étudient et aient une profession. Roopa, la soeur aînée de Mira, la première et la favorite en tout, sort avec le charmant Dev, dont le rêve est de devenir chanteur à Bollywood. Mira manigance si bien pour le lui ravir qu'elle se retrouve contrainte de l'épouser. Son destin sera la conséquence de ce coup de tête.

Tiraillée entre un père dirigiste et sa belle famille aux idées politiques opposées, entre son désir d'enfant et l'injonction paternelle d'avorter pour donner la priorité à ses études, elle finit par céder, et passe une dizaine d'années à s'aigrir dans sa vie de couple. A la naissance de son fils Ashran, elle lui voue un amour exclusif et totalement démesuré.

L'intrigue, un peu longue, se développe sur fond de chocs culturels et religieux, d'intolérance (surtout chez les hommes), depuis l'Indépendance jusqu'à la modernisation de l'Inde contemporaine. L'auteur n'aborde pas le sujet des castes, par contre il évoque la partition de l'Inde, la cohabitation difficile de religions et de rites différents, le ressentiment entre hindous et musulmans, la dévotion des femmes envers leur mari,...

C'est Mira la narratrice -bien que l'auteur soit un homme- et je n'ai pas été persuadée par son évocation du monde féminin. Ou bien tout simplement ai-je été gênée parce que ce personnage central, n'est au fond pas très sympathique. Sa relation physique avec son fils, longuement évoquée, et sa jalousie maladive, sont troublantes. Néanmoins le roman se lit avec plaisir, et il est intéressant pour son ambiance générale et son message de tolérance.

Aline

14/04/2012

Bouillon de théâtre, mars 2012

Théâtre à Soucieu

En mars, nous étions en phase avec le Festival de Théâtre organisé à Soucieu-en-Jarrest par la compagnie des Pêchers Mignons, puisque notre "Bouillon" portait sur le théâtre.

Certaines oeuvres, dont des pièces classiques abordées à l'école, sont difficiles d'accès : un bon moyen de dégoûter les jeunes de lire ! Aussi plusieurs d'entre nous avaient-ils de mauvais souvenirs du théâtre... Pour ce Bouillon de théâtre, nous étions certes moins nombreux que pour des thématiques autour des romans, mais nous avons fait de belles découvertes (par ordre de parution) :

Anton Tchekhov (1860-1904)
Une demande en mariage (1888)
Pièce en un acte, à l'intrigue assez simple : Lomov vient demander Natalia en mariage. Le père est enthousiaste et va chercher sa fille. Mais la discussion dégénère en dispute rangée, car tous trois sont de terribles querelleurs.

Tennessee Williams (1911-1983)
Un tramway nommé désir (1947, prix Pulitzer en 1948)
A La Nouvelle Orléans, Stella est heureuse en ménage avec Stanley, ouvrier d'origine polonaise, bien qu'elle soit d'origine un peu plus fortunée. Sa soeur Blanche Dubois, leur rend visite pour quelques jours, s'étonne de la vie frustre du couple... mais s'incruste. Elle ment, fabule, cache sa vie de prostituée, tandis que Stan essaie de comprendre, faisant à l'occasion preuve de violence. Cette pièce a été jouée, entre autres interprètes prestigieux, par Marlon Brando et Viviane Leigh.

Arthur Miller (1915-2005)
Arthur Miller a travaillé plusieurs années pour pouvoir payer ses études de journalisme et de théâtre à l'université. Il est également l'auteur des Sorcières de Salem.
Mort d'un commis voyageur (1949) Cette tragédie d'un héros ordinaire met en scène Willy Loman (Low-man). Lui et sa femme Linda ont deux fils, adultes, qui n'ont pas réussi grand chose pour l'instant. Lassé de son travail, épuisé par sa situation, Willy a besoin de gagner encore un peu d'argent avant sa retraite. Faute de résultat, il est licencié. Il finit par se suicider en espérant que l'argent de l'assurance-vie aidera sa famille à prendre un nouveau départ.

Fernando Arrabal (1932-   )
Né au Maroc espagnol, Fernando Arrabal  connait peu son père, arrêté au début du soulèvement de la guerre d'Afrique en 1936. Il grandit à Madrid puis émigre en France. Pleines  de violence, ses pièces sont considérées comme une catharsis pour les acteurs, et assez répétitives.
Pique-nique en campagne (1952) est sa première oeuvre : un couple rejoint son fils pour pique-niquer, alors que celui-ci est sur un champ de bataille.

Vaclav Havel (1936-2011)
Dissident actif après l'occupation de la Tchécoslovaquie par les soviétiques, emprisonné plusieurs fois pour ses écrits politiques, il est une des figures de proue de la "révolution de velours" qui met un terme au régime communiste, et devient président de 1989 à 2003.
La fête en plein air (1963) Dans la mouvance du théâtre de l'absurde, La fête en plein air semble au premier abord illisible et sans queue ni tête. Inspiré par Beckett, Jarry (Ubu roi) et Kafka, Havel ironise dans un pseudo jargon bureaucratique sur une période où il faut obéir à tout prix même si on n'a rien compris...

René de Obaldia (1918-   )
Souvent plus connu pour ses poésies, René de Obaldia a aussi écrit de nombreuses pièces de théâtre, pleines d'humour et de cynisme.
La babysitter (1971)
Un couple attend la babysitter pour sortir dîner chez des amis. Comme elle tarde, la tension monte, et les griefs ressortent. Lorsqu'on sonne, c'est une illuminée qui vient leur apporter la Bonne Nouvelle...

Jean Anouilh (1910-1987)
Thomas More ou l'homme libre (1987)
Jean Anouilh a publié plusieurs drames mettant en avant des personnages qui vont jusqu'au bout de leurs convictions : Jeanne d'Arc (dans L'Alouette), Thomas Becket, Thomas More,... Thomas More ou l'homme libre est sa dernière pièce publiée. Thomas More a réellement existé. Chancelier et ami du roi Henri VIII, il s'est opposé au divorce de celui ci. Seul parmi l'entourage du roi à refuser de prêter serment après la constitution de l'église d'Angleterre, il a perdu la tête pour avoir refusé de la courber.
    LE ROI
Un seul homme, il suffit d'un seul homme. Et même si je lui fais son procès et qu'on lui coupe la tête, il m'aura éternellement dit non ! (Il crie :) Mais qu'est-ce que c'est, à la fin, que cette puissance sans armes, qui se dresse seule, contre tout ?
    ANNE, doucement
L'orgueil des justes.
    LE ROI
Il n'y a pas de place pour deux orgueils en Angleterre. Et Dieu voulu que ce soit moi le Roi.

Yasmina Reza (1959-   )
Art (1994)
Interprétée pour la première fois par Fabrice Luchini, Pierre Arditi et Pierre Vaneck, cette pièce a reçu de nombreux prix.
Serge vient d'acheter un tableau, blanc "un peu sombre". Trois bons amis discutent et se déchirent autour de ce tableau, de l'art contemporain, et bien au-delà. Les relations entre les trois personnages sont évoquées tout en nuances.
Le Dieu du carnage (2007).
Deux couples se retrouvent pour régler à l'amiable les conséquences d'une bagarre entre fistons. Peu à peu, on glisse de propos très policés et convenus vers un affrontement plus ou moins feutré, et les failles des 4 personnages se révèlent. Courte pièce à l'humour grinçant... dont le contenu est hélas complètement dévoilé par la bande annonce du film Carnage (adaptation cinéma par Polanski en 2011), ce qui nuit à l'effet de surprise !

Eric-Emmanuel Schmitt (1960-   )
Golden Joe (1995)
Golden Joe est à la tête d'un empire financier de la City londonnienne, posséder est son unique préoccupation. Après la mort de son père, le fantôme de celui-ci lui apparaît dans la salle des transactions, ce qui l'oblige à réfléchir à ses choix, le pousse à plus d'humanité. Tant qu'il se trouve dans son monde de l'argent, inodore, il ne sent rien. Lorsqu'il s'humanise, qu'il apprend à utiliser l'argent autrement, il découvre les odeurs et les sentiments. Hélas, Joe est encore plus nuisible dans la charité que dans la cupidité... le capitalisme, même malade, survit à tous les coups.
Considérée par l'auteur comme sa seule pièce pessimiste, Golden Joe fourmille de références à Hamlet.
La nuit de Valognes (1991)
Plusieurs anciennes conquêtes de Dom Juan sont réunies pour lui intenter un procès privé : faute d'épouser la nièce de la Duchesse, sa dernière conquête, il sera banni. Toutes ces dames, tout en l'accusant, sont toujours sous le charme du conquérant, qui semble pourtant avoir perdu sa superbe et accepte volontiers ce mariage, tombant ainsi de son piédestal. C'est qu'une flèche bien imprévue l'a touché au coeur !

Wadji Mouawad (1968-   )
Willy Protagoras enfermé dans les toilettes (2004)
Courte et très crue, cette pièce est une tragédie rocambolesque autour des impératifs absolus de la liberté : « Un type s’enferme dans les chiottes et fait chier tout le monde. » Voila brutalement résumé par Mouawad lui-même le propos de cette pièce. Pour échapper à sa famille pesante, à ses voisins envahissants qui ont pris possession de l’appartement familial, Willy Protagoras s’enferme dans les toilettes...

26/02/2012

Coups de coeur du bouillon de février 2012

Echanges chaleureux autour de romans coup de coeur... et des chouquettes au sucre-glace de Geneviève !

Latham, de Christine Lapostolle (Flammarion 2012)
Maryvonne nous signale ce beau roman d'une Bretonne, dont les écrits étaient jusqu'ici intimistes. L'écrivain a été subjuguée par la photographie en noir et blanc d'un homme, debout sur son aéroplane, flottant dans les eaux de la Manche à quelques encablures de Douvres. Il s'agit d'Hubert Latham, pionnier de l'aviation française et le  premier à tenter la traversée en aéroplane de la Manche le 19 juillet 1909 (exploit réussi par Blériot le 25 juillet).
Christine Lapostolle s'attache au rêve d'envol de ce dandy de l'aviation, et relate sa vie et ses vols téméraires sur les élégants avions "Antoinette". Elle visite les lieux qu'il a fréquentés, se prend à imaginer des conversations avec lui. Elle évoque la distance entre le rêve d'envol et les applications militaires de l'aviation, et fait le rapprochement entre le Sangatte d'autrefois, lieu d'envol pour la périlleuse traversée de la Manche, et celui d'aujourd'hui, lieu de départ pour tous ces étrangers qui veulent gagner l'Angleterre...

Venir au monde, de Margaret Mazzantini (R. Laffont, 2010)
Jacky présente ce roman qui prend aux tripes, sur le thème du besoin de maternité (recherche médicale, mère porteuse...) sur fond de guerre à Sarajevo. Maryvonne a aimé. Du même auteur, Ecoute moi est tout aussi fort et noir.

Cet instant-là, de Douglas Kennedy  (Belfond, 2011)
A 50 ans, Thomas Nessbitt reçoit un paquet de lettres qui le renvoie à son amour de jeunesse à Berlin, en pleine guerre froide. Berlin, la Stasi... le lecteur est plongé dans un roman d'espionnage, mais aussi un drame psychologique et un roman d'amour. Pour Catherine, c'est un bon Douglas Kennedy.

Les nymphéas noirs, de Michel Bussi  (Presses de la Cité, 2011)
"Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste..." Cette histoire commence comme un conte, mais c'est bien un roman policier, au rythme un peu étrange et au dénouement surprenant. Joli village pittoresque, Giverny est tranquille, voire immobile, sauf lorsque débarquent les hordes de touristes américains, sur les traces de Monet. Jérôme Morval, éminent ophtalmologue, est retrouvé assassiné dans la rivière de l'Epte. Deux jeunes policiers enquêtent, l'un de la région, efficace et pragmatique, l'autre spécialiste en peinture et fantaisiste.
Au centre du récit, trois personnages féminins: une fillette surdouée pour la peinture, une belle institutrice, une vieille femme qui voit tout connaît toute la vérité.
Plusieurs lectrices ont aimé ce livre, sélectionné pour le prix Mes-Sou-Thu.

Désolations, de David Vann  (Gallmeister, 2011)
Les enfants ont grandi, le couple bat de l'aile, le mari décide de s'installer sur une île isolée avec sa femme, pas très enthousiaste. Plus la cabane se construit, plus la tension monte... Réflexion sur le couple et le temps qui passe, ce livre enchante aussi par de très belles pages sur l'Alaska. Il est tout aussi fort que Sukkwan Island, même si l'on ne retrouve pas l'aspect de huis-clos morbide du premier roman de David Vann.

Les heures silencieuses, de Gaëlle Josse  (éditions Autrement, 2011)
Delft, 17e siècle. Magdalena, déjà âgée pour l'époque (40 ans ?), écrit son journal et revient sur sa vie, atypique. Les femmes de riches bourgeois se font représenter par les peintres à la mode dans leurs plus beaux atours, mais elle a préféré se faire peindre de dos, à son épinette, et revient sur les sentiments intimes qui guident ce choix. Enfant, elle suivait partout son père armateur, mais le commerce étant réservé aux hommes, elle a dû se contenter d'épouser l'homme qui devient administrateur de la Compagnie et rester au foyer...
Premier roman d'un auteur de poésie, très court, à l'écriture fine et posée, ce livre est un bijou. Gaëlle Josse est invitée au café parlotte du vendredi 6 avril à la librairie Murmure des Mots, pour évoquer son second roman.

La tristesse de l'ange, de Jon Kalman Stefansson  (Gallimard 2011)
Sans s'être donné le mot, Jacqueline et Chantal ont toutes deux apporté les romans de cet auteur nordique, La tristesse de l'ange et Entre ciel et terre (voir critique), tous deux ma-gni-fi-ques, dont elles nous ont lu quelques extraits !
La tristesse de l'ange, ce sont les flocons de neige, l'hiver.
Le gamin, orphelin, élevé par deux dames, lit beaucoup, et fait la lecture à voix haute de poèmes au capitaine aveugle. Lorsque le postier arrive à cheval, il est complètement gelé, et il a besoin du l'aide du gamin pour continuer son chemin et traverser les fjords. S'ensuit un récit de voyage, initiatique, où le petit soutient souvent le grand, et où chaque maison abrite au moins un livre...
A lire et à relire !

Aline et Chantal présentent Le mécanicien des roses (voir critique).
Annie rappelle Le pari des guetteurs de plumes africaines, qu'elle a trouvé à la fois plein d'humour et instructif (voir critique) et d'Acier, évoqué lors du dernier bouillon.
Maryvonne, Sylvie et Catherine ont aussi beaucoup aimé Le Turquetto, de Metin Arditi (voir critique).

19/02/2012

La Mecque-Phuket

La Mecque-Phuket
Saphia Azzedine, éditions L. Scheer, sept 2010

Jeune maghrébine travailleuse et sérieuse, Fairouz aime ses parents "en vrac" et économise sou par sou pour réaliser leur rêve : leur offrir un voyage à La Mecque, afin qu'ils soient enfin Hadj, et mieux considérés dans leur quartier. Elle et sa soeur aînée cumulent les petits jobs pour déposer régulièrement un peu d'argent dans la boîte verte de l'agence de voyage du coin, spécialisée dans les pèlerinages. Non sans lorgner sur l'agence d'en face, qui propose des vacances à Phuket !

Dans une langue énergique et proche de l'oralité, Fairouz/Saphia exprime sa révolte face à une société normative et avilissante : société de consommation qui asservit les gens ; docilité des musulmans face aux diktats de la religion, et de ses parents en particulier face aux exigences des commères du quartier.
Elle s'en veut à elle-même de ne pas savoir s'affranchir de ses obligations de "bonne fille". En même temps, elle refuse les chemins tout tracés, se bat pour ses choix et bouscule son frère pour le sortir de ses petites combines minables. Elle croit aux valeurs de l'éducation et du travail pour lui comme pour sa petite soeur (qui rêve de devenir une star !).

Critique par rapport aux maghrébins, en particulier ceux qui baissent les bras et passent leur temps à cancaner au lieu d'éduquer leurs fils ... elle admire cependant leur capacité à prendre en charge et entourer leurs anciens.

Beaucoup d'humour et de légèreté dans ce roman, au fond pourtant sérieux.
Aline et Françoise ont aimé.

le héron de Guernica

Le héron de Guernica
Antoine Choplin, éd. La Brune, 2011

C'est au travers du regard de Basilio que l'auteur choisit d'aborder la tragédie de Guernica. Alors que les voisins s'occupent plutôt d'évacuation à Bilbao, Basilio exécute de petits travaux dans la ferme voisine, rend visite à son oncle à l'hospice, et rêve de danser avec Célestine au bal...

Jeune peintre passionné, il passe son temps dans les marais à observer et peindre les hérons cendrés. Son obsession ? Rendre sur la toile pas seulement la beauté, mais le frémissement de vie condensé dans l'immobilité de cet oiseau majestueux.
Son héron, il a prévu d'en faire cadeau à Célestina... mais l'arrivée des bombardiers allemands bouleverse tout !

Pourtant, ce n'est pas lui qui rendra compte de la tragédie de Guernica, mais un certain Picasso, qu'il tentera de rencontrer à l'exposition universelle de Paris.
Ce court roman à l'écriture ciselée rend compte de la vie quotidienne de la petite ville espagnole avant le drame, et nous interroge sur la nécessité de l'art.
Aline

Iran

Le mécanicien des roses
Hamid ZIARATI, traduit de l’italien par Marguerite POZZOLI
T. Magnier, 22€

L'auteur nous introduit dans  une famille traditionaliste iranienne, dont l'aîné, Aqbar, est travailleur et appliqué, mais capable de tout pour l'honneur de la famille... bien que lui-même non dénué de défauts ! A la génération suivante, nous suivons Reza et Khodadad, deux cousins, presque frères, qui s'enfuient du village pour échapper à l'emprise de la famille et découvrir la ville.

De son côté, Donya,  jeune fille vendue par ses parents qui ont perdu la fortune familiale, doit travailler durement comme servante. Après des années difficiles, elle est imposée comme femme à Reza, qui prend soin d'elle sans vraiment l'aimer. Car le véritable amour de Reza, c'est la belle Laleh, pauvre fille perdue par sa beauté et vendue comme prostituée.

Enfin, Mahtab, la fille adorée de Reza et Donya, leur « bouton de rose », fait des études de médecine et tombe amoureuse d'un étudiant en droit... mais l'époque des ayatollahs n'est guère favorable aux idylles !

Au fil des chapitres, le lecteur comprend que Reza est le lien entre ces différents personnages, victimes d'une société où les droits des hommes sont bafoués, et ceux des femmes tout simplement inexistants... le plus souvent sous prétexte de religion.

Ce roman, prenant et beau, est traversé par quelques moments de bonheur arrachés à l'adversité, mais globalement très sombre.  Ses personnages nous poursuivent, et en refermant ses pages, on se prend à se réjouir de vivre dans une société où les droits de l'homme et de la femme sont -relativement- respectés !

Lu et aimé par Chantal et Aline.

18/02/2012

Bouillon de prix

Pour le bouillon de janvier, pas de soldes, mais des prix : réunion autour des prix littéraires, appréciés de façon très inégale.

Les plus abordables

Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon
(Prix du roman de l'Académie Française)
Coup de coeur parmi les prix littéraires, à la fois très accessible à la lecture, profondément humain et ancré dans l'histoire de l'Irlande. (voir critique)

Du domaine des murmures, de Carole Martinez
(Prix Goncourt des lycéens)
12ème siècle. Esclarmonde, 15 ans, au moment d'être mariée à un voisin peu  recommandable, refuse de dire oui. Elle préfère se consacrer à Dieu et devenir recluse. Emmurée dans une petite chapelle, elle jeûne, prie, conseille ses visiteurs, et demande à son père de partir en Terre Sainte. Considérée comme une sainte, elle suit les croisades par ses visions, et lorsqu'elle met au monde un enfant, le monde crie au Saint Esprit ! Le bébé reste avec elle aussi longtemps qu'il peut encore passer par le fenestron.
Un roman très bien écrit, mystique, dans la lignée des écrits du Moyen-Âge, à la fois bien documenté et très agréable à lire, avec une évolution des personnages intéressante.

Rien ne s'oppose à la nuit, de Delphine de Vigan
(Prix Renaudot des lycéens, prix du roman Fnac, prix France Télévision)
Belle écriture autobiographique. pour raconter une famille bien compliquée. Enquêtant auprès de ses frères et soeurs, compulsant des documents, l'auteur s'est appliquée à retracer et à comprendre la vie de sa mère, la jolie Lucile, maniaco-dépressive, qui s'est suicidée à l'âge de 61 ans.


Le fils, de Michel Rostain
(Prix Goncourt du premier roman)
Le fils est décédé d'une méningite foudroyante. Ce court roman est le premier récit publié de Michel Rostain, écrit sans doute pour faire son deuil. Il a choisi de prendre son fils pour narrateur de son propre décès, de l'enterrement et de la douleur de ses proches. Très émouvant, avec des respirations d'humour.


Un peu ardus, mais très intéressants


Limonov, d'Emmanuel Carrère
(Prix Renaudot)
Bien écrite, précise, dans un style très dense, cette biographie d'Edouard Savenko retrace aussi l'histoire de la Russie sur un demi siècle et se lit comme un roman d'aventure. Héros ou salaud ? le personnage est aussi effrayant que fascinant. Né en 1943 sous les bombardements, couché dans une caisse à obus, tour à tour mercenaire, poète, clochard, loubard... il a aussi été la coqueluche du monde littéraire parisien. Actuellement, il est le chef du parti néo-bolchevik. Sa maxime : toujours frapper le premier !

L'art français de la guerre, d'Alexis Jenni
(Prix Goncourt)
Victorien Salagnon, issu des classes moyennes éduquées, fils unique et peintre amateur, ancien militaire à la retraite, raconte ses 60 ans de guerres françaises, depuis son engagement dans le maquis en 1939, jusqu'à la guerre du Golfe, en passant par l'Indochine et l'Algérie.
Le début du livre est laborieux, mais l'ensemble est bien documenté et très instructif.

D'acier, de Silvia Avallone
(Prix Lire du meilleur roman étranger, Prix des lecteurs de l'Express)
Piombini, petite ville de Toscane dominée par l'énorme aciérie où travaillent tous les hommes. Deux adolescentes de 14 ans, pleines de vie et d'envie, jouent de leur séduction sans en réaliser les conséquences. Aller nager dans la mer est leur plus grand plaisir, et l'île d'Elbe, à quelques kilomètres de la côte, les fait rêver. Mais cette Toscane industrielle est avant tout un monde d'ouvriers, de chômage, de machisme... et pour ces filles, de rapports difficiles avec le père !

Les couleurs de nos souvenirs, de Michel Pastoureau
(Prix Medicis essai 2010)
L'auteur, médiéviste, se penche sur de nombreux champs d'observation, dont deux qui ont touché Maryvonne et Jacqueline : quels souvenirs gardons-nous des couleurs de notre enfance ? Quelle perception des couleurs dans des cultures différentes (Certaines cultures percevaient peu de nuances, hors le blanc, le noir et le rouge, néanmoins nos codes occidentaux ont été largement diffusés). Passionnant pour les amateurs de mode, de peinture, etc.

Une femme fuyant l'annonce, de David Grosman
(meilleur livre de l'année selon Lire et Prix Medicis étranger)
Ofer, son fils de 20 ans, a fini son service militaire, mais s'est porté volontaire pour une dernière mission au Liban. Ora a le terrible pressentiment qu'il va mourir et quitte Jérusalem pour éviter l'annonce de sa mort. Elle part dans les montagnes de Galilée faire la randonnée qu'elle avait prévue avec son fils, et se fait accompagner d'Avram, l'un des deux hommes qu'elle a aimés. Comme pour conjurer le sort, tous deux évoquent sans cesse le passé, dans un fil décousu, un peu déroutant. Le lecteur ressent la tension perpétuelle qui règne dans l'état d'Israël, toujours encerclé, toujours menacé de destruction, à la merci de la violence.
L'auteur, David Grosman, est un pacifiste engagé. Son fils, Uri, est mort pendant les derniers jours de la guerre du Liban.

Scintillation, de John Burnside
(Prix Lire & Virgin 2011)
Livre atypique, dont le récit assez glauque mais l'écriture splendide. (voir critique)


Zéro pointé pour


Jayne Mansfield, 1967 de Simon Liberati
(Prix Femina 2011)
interminable zoom froid, morbide et détaillé sur l'accident qui a coûté la vie à Jayne Mansfield, et sur ses derniers mois de déchéance, plus monstre de foire que star. (voir critique).


Ce qu'aimer veut dire, de Mathieu Lindon
(Prix Medicis)
ni roman ni intéressant, autour de la drogue, de l'homosexualité, des rapports de l'auteur avec Michel Foucault.

17/01/2012

Retour à Killybegs

Retour à Killybegs
Sorj Chalandon, Grasset, 2011
Grand Prix de l'Académie Française 2011

24 décembre 2006, Tyrone Meehan, de retour à Killybegs, dans la maison de son enfance, écrit un journal en attendant que la mort le surprenne.
Il donne sa version, sans complaisance, d'une vie d'Irlandais engagé passionnément pour son pays... jusqu'à trahir l'IRA.

Son enfance misérable, marquée par son père, héros et chantre de la République Irlandaise au bistrot, mais brutal et amer à la maison, qui ne se remet pas d'avoir été retenu à la maison par ses devoirs familiaux alors qu'il rêvait de partir se battre contre Franco en Espagne. Puis sa jeunesse à Belfast, sous les bombes allemandes et les balles anglaises, dans le ghetto catholique, où il fait partie avec enthousiasme des jeunesses militantes de l'IRA. Et les années infâmes de prison, de solidarité et de grève de l'hygiène pour réclamer le respect des droits des prisonniers politiques irlandais.

Dans ce récit âpre et fort, on sent une grande affection pour Tyrone Meehan, patriote au coeur pur qui pourtant trahira les siens pendant 20 ans... et une grande douleur pour les années de souffrances du peuple irlandais.

Retour à Killybegs est mon coup de coeur parmi les prix littéraires 2011, ma claque de l'année. Il fait écho aux "informations" entendues pendant toute ma jeunesse : la guerre en Irlande, l'IRA, les attentats...  pourquoi ? pourquoi tant de haine ? comment cela peut-il finir ?

Sur le sujet, j'avais aussi trouvé la BD "Coupures Irlandaises" de Kris et Vincent Bailly, très intéressante.
Aline

Voir aussi l'entretien avec Sorj Chalandon, pour comprendre la force du lien existant entre le personnage de Tyrone Meehan et l'auteur.

09/01/2012

Bouillon passerelle

Littérature passerelle

Une petite définition pour commencer. Qu'appelle-t-on littérature passerelle ?
Les romans, plutôt édités dans des collections "ados", qui peuvent plaire aussi bien aux adolescents qu'aux adultes.

Nos lectures se sont inspirées de la sélection réalisée par les bibliothécaires en comité de lecture "Crilj Ados"...

Les adultes du Bouillon prisant peu la fantasy , nous nous sommes cantonnés aux livres "réalistes"... sauf Geneviève qui n'a d'ailleurs pas été passionnée par "Bal de givre à New-York" : une distraction pure, sans sujet sérieux. Les lecteurs adultes et sérieux que nous sommes ont du reste trouvé que certains romans jeunesse manquent d'épaisseur, (ou de profondeur ?).

Les livres suivants nous ont plu :

Treize raisons, de Jay Asher (Albin Michel, Wiz, 2010)
Hannah s'est suicidée. Elle a laissé derrière elle une série d'enregistrements destinés aux 13 personnes qu'elle considère comme responsables de son geste, et explique ses raisons. Clay, qui l'aimait en secret et n'a pas su lui venir en aide, est bouleversé, et revit leurs moment ensemble. Ce roman fait débat, certains lecteurs étant agacés par le personnage un peu égoïste d'Hannah, qui veut faire culpabiliser les "responsables" pour des fautes somme toute pas si graves. D'autres trouvent plausible le passage à l'acte de la jeune fille, à un âge où des incidents peuvent prendre des proportions dramatiques...

La couleur de la rage, de Jean-Noël Blanc (Gallimard, Scripto, 2010)
6 nouvelles présentant des adolescents en révolte, avec des personnages, des ambiances et des lieux très différents. J.-N. Blanc est aussi l'auteur du roman "Le nez à la fenêtre", qui faisait partie de la sélection du prix Mes-Sou-Thu 2011.

Comme des trains dans la nuit, d'Anne Percin (Le Rouergue, 2011)
4 nouvelles troublantes, qui nous plonge dans l'adolescence, l'âge des découvertes, des audaces et des erreurs parfois. Marc a honte d'être fils d'éleveur, et fait les 400 coups avec un autre vaurien de son lycée professionnel...En visite à Londres, deux jeunes découvrent que l'art peut être le vrai remède au poison de la mort... etc.

La théorie de la relativité, de Barbara Haworth-Attard (T.Magnier, 2007)
Le jour de ses 16 ans, la mère de Dylan le met à la porte, car il l'encombre pour recommencer sa vie. Comment faire quand on est à la rue avec son sac à dos ? Dylan  fait la manche, cherche des foyers, rejoint des squats, se débrouille comme il peut, essayant d'éviter les risques de la rue... trouve parfois refuge dans une bibliothèque. Il s'invente des théories personnelles (1/4 des passants donne quand il fait la manche).

Lune indienne, par Antje Babendererde (Bayard J., Millezime, 2007)
La mère d'Olivier lui annonce à la fois sa décision de se marier avec un indien Lakota et leur départ pour aller vivre sur une réserve de l'ouest américain. Le "futur" leur a construit une maison écologique (isolation en chanvre). Ils sont bien accueillis, mais certaines relations sont difficiles dans cette famille recomposée : Olivier rejette le nouveau mari de sa mère, et le fils de celui-ci, jaloux, le maltraite. Le patriarche aide les garçons à mieux comprendre la beauté de la nature, la richesse des racines indiennes...
L'auteur, psychothérapeute, s'intéresse beaucoup à la culture indienne. Elle a aussi écrit "le chant des orques" situé chez les indiens de la côte ouest.

Le premier qui pleure a perdu, de Sherman Alexie (Albin Michel, Wiz, 2008)
Junior, jeune indien Spokane de 14 ans, vit dans une réserve assez sordide, où l'alcool provoque de nombreux drames. Différent des autres par sa grosse tête et sa myopie, il est assez lucide pour savoir qu'il n'a aucun avenir sur la réserve. Résolument optimiste, il exprime tout son humour par des dessins (qui illustrent le roman). Plutôt intello, il est accepté dans une école de blancs. L'intégration se fait plutôt bien, mais du coup, il est rejeté par ses copains indiens... Beaucoup d'espoir et d'optimiste dans ce court roman, malgré un environnement bien noir !

Vango, de Timothée de Fombelle (Gallimard, 2010)
Situation de départ : sur le parvis de Notre Dame, Vango se prépare à prononcer ses vœux, lorsqu'il doit brutalement s'enfuir pour sauver sa vie. Vango ignore qui il est, mais son passé cache de lourds secrets. Des îles siciliennes aux brouillards de l'Ecosse, entouré par une galerie de personnages forts, il cherche sa vérité.
Ce roman d'aventures n'est pas sans rappeler "Les aventures de Boro reporter" de Franck et Vautrin. La trame de fond est constituée par les événements historiques entre 1918 et 1936 : montée vers la guerre, trafic d'armes...  Le tome 2 vient de paraître.

Peine maximale, d'Anne Vantal (Actes Sud, romans ados, 2010)
Ce roman captivant et très instructif sur le système judiciaire français présente le déroulement d'un procès en assises, sur trois jours. Le jeune Kolia est accusé de cambriolage et du kidnapping d'un bébé, sa sœur de séquestration. Le roman débute au moment de l'arrivée et de la sélection des  jurés, et se termine sur le verdict.
Chaque court chapitre présente le point de vue d'un des acteurs du procès, heure par heure.  Le lecteur a ainsi accès aux témoignages et aux procédures, mais aussi aux pensées intimes des victimes, des accusés, des avocats, du juge, du greffier, de la famille... peu à peu le lecteur est tenté, lui aussi, de forger son intime conviction, qui évolue avec chaque témoignage.