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26/06/2011

Egypte

Bouillon de lecture égyptien du 19 mai 2011

En introduction : infusion à la badiane fraîche, cake à l'orange et clafoutis aux cerises.

Peu au fait des auteurs égyptiens, nous nous sommes inspirés pour nos choix d'un article de la Croix daté du 10 février 2011 : "Ecrivains égyptiens, avant-garde de la révolution de la rue", présentant des écrivains chroniqueurs du peuple, engagés, voire militants.

Alaa el Aswani est plébiscité. L'immeuble Yacoubian avait emballé tous les lecteurs : chronique d'un immeuble du Caire et de ses habitants, il a été adapté au cinéma avec succès. Chicago présente la communauté égyptienne étudiante dans une Amérique traumatisée par les attentats du 11 septembre : les magouilles, pressions et manipulations exercées par le système policier de l'ambassade égyptienne.
J'aurais voulu être Egyptien est un recueil de nouvelles, très critique des Egyptiens et du gouvernement.

Taxi, de Khaled Khamissi (Actes Sud, 2005), offre un récit désenchanté, mais coloré, plein d'humour et de vie. Chaque chapitre présente une conversation avec un chauffeur de taxi, le temps d'une course (il y a plus de 80 000 taxis au Caire).
"Nous sommes devenus un peuple de mendiants" dit un personnage, regrettant le temps de Sadate.

Sonallah Ibrahim a commencé à écrire après ses années d'emprisonnement (1959-1964). Journaliste en Egypte et à Berlin, il dresse dans Les années de Zeth (Babel, 1992), le tableau d'une Egypte moderne où les fonctionnaires passent leur temps à le perdre... Zeth, l'héroïne, veut prendre des initiatives et se fait taper sur les doigts. Son mari, très pompeux et supérieur, annonce depuis toujours un diplôme qu'il ne passera pas. Beaucoup d'ironie et de dérision dans ce récit entrecoupé de coupures de presse montrant la désinformation.
Dans Le petit voyeur, un jeune garçon vit avec son père dans une maison délabrée, vers la fin des années 1940 (contexte de guerre avec Israël). Dans un monde d'adultes, cet enfant se construit en regardant par les trous de serrure. L'écriture est un peu déroutante, "objectiviste", très précise, et composée de phrases courtes, souvent nominales.

Naguib Mahfouz, lauréat du prix Nobel de littérature, est apprécié surtout pour son oeuvre La trilogie du Caire (1996). Karnak café, qui vient de paraître chez Actes Sud, offre le portrait d'une Egypte déboussolée, où la police pourchasse communistes et frères musulmans, vers la fin des années Nasser. Parmi les jeunes qui se rencontrent régulièrement au café, plusieurs disparaissent, et -s'ils reviennent- n'en sortent pas indemnes...

La nasse, de Sherif Hetata, est le récit d'une chute. Khalil, ancien activiste, refait sa vie avec Amina, après des années de captivité. Au travail, il supporte mal de devoir fermer les yeux sur des magouilles, et se fait mal voir en fréquentant des communistes. Suite à une machination, il est pris dans la nasse et accusé du meurtre d'une américaine. Malgré les témoignages de sa femme, des ses amis, il ne se défend pas vraiment. Par fatalisme, ou simplement parce qu'il reste brisé par ses années de prison ?...

C'est au travers d'une vie de femme que Samia Serageldin présente la condition féminine et l'évolution de la société égyptienne, dans La maison du Caire (2006). Une fillette du Caire vit la révolution de 1952, la réforme agraire de Nasser. Sa famille perd toute sa fortune. Elle se laisse marier à 18 ans, a un fils, puis émigre aux Etats-Unis en le confiant à sa mère. Sous Moubarak, elle revient au Caire, où elle est confrontée à la montée de l'islamisme.

Gilbert Sinoué se penche sur l'histoire de l'Egypte, mais aussi de toute la région du Moyen-Orient, dans son roman historique "Inch Allah" publié en 2010 (Le souffle du jasmin, et Le cri des pierres). Au travers de la vie de familles en Irak, en Syrie, en Egypte, en Israël et en Palestine, il permet au lecteur de mieux comprendre comment nous sommes arrivés aux situations inextricables actuelles... Un récit instructif et agréable à lire.

29/05/2011

Dernier bouillon avant les vacances

Prochaine rencontre du bouillon de lecture le Jeudi 16 juin à Orliénas : autour des livres de détente que chacun a aimés. De quoi se créer des envies pour les vacances !

20/03/2011

Coups de coeur du bouillon de mars 2011

Séance Coups de coeur !

Le bouillon commence encore par une pause gourmande: thé, tisane, cookies au chocolat et massepains (100 g sucre en poudre et 100 g poudre de noix pour 2 ou 3 blancs d'oeufs battus, 20 mn de cuisson à 175°C).
 

Une année avec mon père, de Geneviève BRISAC, choisi par Annie

Après un accident de voiture qui l'a privé de sa femme, un vieux monsieur est soutenu et accompagné pendant un an, ou plutôt cinq saisons, par sa fille. Et pourtant, c'est un père rigide, voire intraitable. Dans ce  roman tout en sensibilité retenue, les souvenirs sont évoqués avec pudeur, en phrases courtes.
L'auteur avait reçu le prix Femina en 1996 pour "Week-end de chasse à la mère". 

 

Le mystère d'Esperbeyre, de Gérald GRUHN, présenté par Geneviève

1973 : Sur le Causse Méjean, un jeune homme vit avec ses grands-parents dans la ferme familiale, et se rend de temps en temps à Paris pour vendre ses produits. Un jour, le grand-père est mêlé à un drame. Son petit-fils décide de fouiller dans son passé pour comprendre... Ce roman du terroir présente des portraits de personnages assez profonds.
Geneviève nous annonce la visite de l'auteur à Orliénas le vendredi 8 avril. Le mystère d'Esperbeyre est son premier roman, mais il  est aussi auteur de théâtre.



Birmane, de Christophe ONO-dit-BIOT, coup de coeur de Stéphanie

Journaliste et romancier, le narrateur part en Birmanie dans l'espoir d'obtenir l'interview exclusive d'un trafiquant d'opium. Mais rien ne se passe comme prévu. Il découvre plusieurs régions de Birmanie, est déçu par des personnes n'allant pas au bout de leurs convictions (moines), tombe amoureux d'une femme mystérieuse qui apparaît et disparaît sans prévenir...
Des références à "Une histoire Birmane" de Georges Orwell, que Stéphanie s'est empressée de lire, avec tout autant de plaisir !

 

Tomber sept fois, se relever huit, de Philippe LABRO, recommandé par Ginette

Philippe Labro, journaliste et écrivain reconnu, partage avec le lecteur son vécu de la dépression. La dépression, cette maladie qui vous prend par surprise, tellement difficile à comprendre quand on ne l'a pas subie. Il décrit simplement et sobrement, sans complaisance,  ces moments douloureux pour lui et son entourage, jusqu'au moment où, un matin... l'envie est revenue avec le goût de la confiture !
Dans le cadre de la bibliothèque d'hôpital, ce livre rencontre un immense succès de bouche à oreille. Les lecteurs dépressifs le lisent, le relisent, le prêtent, le recommandent !...

Nos étoiles ont filé, d'Anne-Marie REVOL, coup de coeur de Jacqueline

Récit sous forme de lettres aux absentes. En août 2008, un couple part en vacances et confie ses deux filles à la garde des grands-parents. Hélas, les fillettes décèdent dans un incendie pendant la nuit qui précède leur retour. Pendant un an, leur mère, journaliste, leur écrit pour les garder vivantes. Lettre après lettre, elle revient sur ses souvenirs et  leur raconte ce qu'elle ressent. Très émouvantes, les lettres ne sont cependant pas larmoyantes, il en ressort surtout une immense tendresse.
 

Dans le même esprit, Aline évoque un livre plus ancien qui l'avait marquée. "Le cadeau d'Hannah", de Maria Housden (2004), est écrit après le décès d'une enfant atteinte de cancer. Sa mère évoque le merveilleux cadeau qu'ont été les années passées avec Hannah, le courage  et l'appétit de vivre de la petite fille.

Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom - de Barbara CONSTANTINE, un coup de coeur léger de Marie-Claire

Tom, 11 ans, vit dans une caravane avec sa mère de 25 ans, bien moins responsable que lui ! Elle pense plus à sortir avec ses copains qu'à le nourrir, aussi prend-il l'habitude de voler des légumes dans les jardins des environs, en cachant soigneusement ses petits larcins. Un jour, il trouve une mamie étendue dans un jardin et lui vient en aide. Un autre, il rencontre "le croque-mort"... Un livre pétillant, plein de tendresse pour ses personnages, léger et positif !
Du même auteur, tout aussi attachant et facile à lire, voir aussi "A Mélie sans mélo".

Les saisons de la solitude, Joseph BOYDEN (2009)

Will, vieil indien, se retrouve dans le coma suite à une agression. Une de ses nièces vient le voir tous les jours et, pour le ramener vers les vivants, elle lui raconte sa vie.  Deux histoires parallèles d'indiens déracinés, l'un parti vers le nord, l'autre vers le sud...

En bref : nous avons présenté beaucoup de livres graves, émouvants, mais écrits sans mélo. Pour le bouillon du 19 mai à Saint Laurent d'Agny nous avons choisi les auteurs Egyptiens. Et pour le dernier bouillon, le 16 juin à Orliénas, des livres à lire les pieds dans l'eau, sans se prendre la tête : lecture détente !

Pour finir, le rappel de la bibliothécaire rabat-joie : les livres n'aiment ni l'eau ni le sable !!!

23/02/2011

Bouillon Turc de février 2011

Turquie

Pour les délicieux palets de Dame Geneviève, mélangez 1 oeuf, 60 g de farine, sucre et beurre.... garnissez de raisins au rhum ou d'amandes concassées...

Hors sujet ? mais non, c'est ainsi que commençait le bouillon ce jeudi ! Petit détour avant de nous pencher sur les livres...et ne plaignez pas Jacky qui n'était pas le dernier à noter !

 

Les auteurs turcs se sont globalement révélés, à part Elif Shafak, assez difficiles à lire, mais particulièrement intéressants. Et l’enthousiasme de Maryvonne était convaincant !!!

 

Elif SHAFAK

Elle est née à Strasbourg en 1971 de parents turcs, et écrit en turc ou en anglais. Humaniste, engagée, féministe, elle est imprégnée de soufisme et de culture ottomane. Elif Shafak présente des héroïnes féminines fortes, dans le cadre de la Turquie moderne.

 

La bâtarde d'Istanbul se passe presque entièrement en intérieur, dans l'appartement des tantes. Le début du roman, sur fond d'avortement, est effectivement provocateur. La suite tourne autour de la famille, haute en couleur, et de ses secrets. Ce roman a valu à l'auteur d'être accusée de dénigration publique de la Turquie. 

Lait noir, partiellement autobiographique, aborde le sujet de la dépression post-natale, sous une forme originale : la narratrice se divise en plusieurs personnalités.

Soufi mon amour relate une histoire d'amour contemporaine peu ordinaire, entre une femme au foyer juive américaine et un soufi moderne vivant à Amsterdam.

 

Orhan PAMUK

Né en 1952 à Istanbul, il est considéré comme un auteur contestataire dans son pays. Premier écrivain du monde musulman à condamner la fatwa islamique lancée contre Salman Rushdie en 1989, il a également reconnu publiquement la culpabilité de la Turquie dans les génocides kurde et arménien, ce qui lui a valu des menaces de mort et une assignation à comparaître devant les tribunaux. Sous la pression internationale, les poursuites ont finalement été abandonnées en 2006, année où il se voit par ailleurs décerner le prix Nobel de littérature.

 

Les romans d'Orhan Pamuk se penchent sur l'évolution historique et sociale de son pays, dans une prose riche, parfois un peu difficile à suivre.

Neige évoque la confrontation entre religieux et militaires en Anatolie, à propos d'une enquête menée par un poète envoyé en Anatolie sur des suicides de jeunes femmes.

Dans La maison du silence, une vieille dame reçoit ses trois petits enfants sur la côte, avec l'aide d'un domestique difforme. Orhan Pamuk développe les rapports des jeunes entre eux et avec les gens du village.

 

Yachar KEMAL

Romancier et journaliste, il est né dans une famille kurde en 1923, soit juste au moment du passage à la république. Son style, très imagé,  est parfois mêlé de récits traditionnels populaires et de légendes.

 

Mehmet le mince, qui a fait connaître l'auteur en 1955, est une vision critique de la modernisation de la Turquie. 

Regarde donc l'Euphrate charrier le sang, suivi de La tempête des gazelles, évoque plusieurs époques douloureuses de la Turquie : la guerre des Dardanelles, qui a cruellement marqué des générations, et le grand déplacement de population qui a eu lieu après signature d'un traité entre la Grèce et la Turquie en 1923.  Pour assurer "l'homogénéité ethnique", la Grèce devait recevoir 1 250 000 grecs originaires d'Anatolie, tandis que 600 000 grecs musulmans étaient déplacés en Turquie ! Cet échange était un exode forcé pour tous.

Dans "Regarde donc l'Euphrate..." Poiraz Musa, un Turc, vient s'installer sur l"île de la Fourmi", que ses habitants ont tous été forcés de quitter en laissant derrière eux : vignes, ruches, vergers d'oliviers, jardins potagers, moulins, maisons, meubles... Paradisiaque mais isolée, cette île semble habitée par un fantôme, qui n'est autre que Vassili, grec qui a refusé l'exil et s'est caché au moment du départ, mais dont l'esprit a été fortement ébranlé par la guerre des Dardanelles et l'exode de sa communauté. La tempête des gazelle voit d'autres personnes venir à leur tour peupler la merveilleuse île des fourmis. Un très beau récit, un peu tarabiscoté, mais plein de de soleil et d'attachement à cette terre généreuse et à la vie simple et chaleureuse des pêcheurs.

 

Irfan ORGA

Une vie sur le Bosphore raconte la vie de l'auteur, en lien avec l'histoire de son pays : grandeur et décadence en Turquie. Né en 1908 dans une famille très aisée, avec domestiques, il passe une enfance dorée à Istanbul, qu'il raconte avec fraîcheur et humour (scène à 6 ans, quand sa grand-mère l'emmène au hammam !). Mais les hommes, supports de la famille, meurent les uns après les autres, un incendie détruit la maison, sa mère doit aller travailler à l'usine... Lui-même suivra l'école militaire pour pouvoir étudier.

 

Nazim HIKMET

Journaliste, poète, dramaturge et romancier, il est né en 1901 à Salonique. Ses idées marxistes lui ont valu la prison et l’exil. Il est mort en 1963 déchu de sa nationalité turque (qui lui sera rendue plus tard).

La vie est belle mon cœur : souvenirs entremêlés, de la même époque que les récits de Yachar Kemal.

 

A relire : Kenizé MOURAD, De la part de la princesse morte

05/02/2011

Bouillon nordique de janvier 2011

Compte-rendu rapide sur le Bouillon de janvier, autour des auteurs nordiques.

Deux livres ont fait l'unanimité :


Rosa Candida, de Audur Ava Olafsdottir, publié chez Zulma en 2010 

Arnljotur a 22 ans. Il quitte sa terre islandaise, son vieux père et son frère jumeau autiste, et laisse derrière lui une petite fille "accidentelle" née de quelques heures d'amour. Il n'emporte que 3 boutures de rosier, symboles de sa passion pour le jardinage, transmise par sa mère récemment décédée. Pour eux deux, les plantes prenaient une place très importante, dans un pays où il faut toute une vie pour faire pousser un arbre... si on a la chance qu'il veuille bien pousser.

Au travers de son voyage sur le continent européen, le roman relate son questionnement sur la vie et la mort, sur le corps et ses réactions, sur la famille. Son objectif est de remettre en état la roseraie ancienne d'un monastère, mais il parviendra à beaucoup plus que cela.

Un livre très positif, à la fois candide et philosophique, où l'on rencontre quelques personnages inoubliables (le moine cinéphile !).

 

Les chaussures italiennes, de Henning Mankell, publié au Seuil en 2009
Depuis qu'une tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, Fredrik vit en reclus sur une île des lacs du Nord. Les visites du facteur de l'archipel représentent son seul contact avec le monde. Pour se prouver qu'il est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s'y immerge chaque matin.Son passé le rattrape avec l'intrusion surprise d'Harriet, la femme qu'il a aimée et abandonnée quarante ans plus tôt. Il ne le sait pas encore, mais sa vie vient juste de recommencer.

Un récit sobre, intime, sur les hommes et les femmes, la solitude et l'amour. D'après les lecteurs du dernier policier de Mankell, on retrouve les mêmes thèmes dans L'homme inquiet. Autres oeuvres mentionnées - et appréciées : le roman Teabag, et le policier Les chiens de Riga.

 

Plusieurs livres d'Arto Paasilina ont été évoqués, avec des éléments récurrents : nord de la Finlande et Laponie, importance de la forêt et du milieu naturel, avec une écriture toujours originale et de l'humour...

Le fils du Dieu de l'orage (1993) : les Dieux de la mythologie nordique veulent qu'on croie à nouveau en eux, et envoient le fils du Dieu de l'orage sur terre. Il échange de corps avec un antiquaire... Fable sociale et découverte décalée de la Finlande.

Sang chaud, nerfs d'acier (2010) : Antti sait qu'il doit mourir le 12 juillet 1990, et prépare une grande fête pour ce moment là... mais il ne meurt pas ! L'évocation de sa vie tumultueuse est l'occasion pour Paasilina d'initier les lecteurs à l'histoire de la Finlande.

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi (2009) : un riche industriel finlandais, fête ses soixantes ans. Les invités ont afflué les bras chargés de fleurs. Mais Mme Rämekorpi est allergique au pollen et Rauno se voit donc prié, à peine le dernier convive parti, de la débarasser des fleurs. Il commence alors une étrange tournée, décidant d'apporter les fleurs à toutes les femmes de sa vie! Bien écrite, cette pochade présente avec humour les différentes classes de la société finlandaise.

Le meunier hurlant (2002) : un petit village du nord de la Finlande, peu après la guerre, se réjouit de l'arriver d'Huttunen, meunier adroit et bricoleur. Hélas, il est bientôt pourchassé par les villageois, qui veulent le faire interner, à cause de son défaut : lorsqu'il est contrarié, il se réfugie dans les bois et hurle à la lune.

La forêt des renards pendus (1997) : après un vol de lingots d'or, Rafaël Juntunen se réfugie au fond de la Laponie dans une cabane de bûcherons. Il est rejoint par un ex-major de l'armée, puis une vieille Lapone fuyant l'asile de vieux. Des tensions, de bons moments loufoques...

Le lièvre de Vatanen (2002) :après avoir heurté un lièvre sur la route, Vatanen récupère l'animal blessé, et s'enfonce avec lui dans la nature. Il quitte sa vie de citadin pour revenir à une existence au jour le jour, poussé par les événements naturels, les rencontres, les jobs du grand nord...

 

Voir aussi :

- des romans islandais très appréciés par Marie-Claire et Aline : Entre ciel et terre, de Jon Kalman Stefanson, et Karitas sans titre, de Kristin Marja Baldusdottir.

- les oeuvres de Karen Blixen, citées par Claude : contes gothiques, et le festin de Babeth.


19/12/2010

Bouillon du 16 décembre 2010

Séance Coups de coeur

 
La neige, le froid et l'approche des festivités en avaient dissuadé plus d'un, mais nous avions tout de même la qualité, avec plusieurs livres coup de coeur à partager !
  
Les métiers insolites, de Gérard BOUTET (1999), présenté par Annie B.
Né en 1945, l'auteur a publié quelques romans, BD, et de nombreux documentaires. Ses thèmes sont centrés sur le folklore et la tradition populaire, la vie quotidienne dans le monde rural, les savoir-faire artisanaux qui disparaissent.
Dans cet ouvrage, il dresse un catalogue détaillé de métiers insolites d'autrefois, avec de belles trouvailles ! Connaissiez-vous le métier de prieur d'enterrement ? d'essayeur de pneumatiques pour cyclopèdes ? de coupeur de cochons ? Saviez-vous que le caillouteur taillait les silex pour (pierres à feu des briquets et des armes) ? Que le fourmilleur récupérait les oeufs de fourmis pour nourrir les faisans ? Que, bien avant les bougies telles que nous les connaissons, l'oribusier fabriquait... les oribus, sortes de chandelles de résine, avec une mèche de chanvre ?
 
C'est une chose étrange à la fin que le monde, de Jean d'Ormesson (2010), choisi par Johane
Ce n'est pas un roman, non, plutôt un livre testament de l'auteur, à la fois philosophique, bien écrit, et extrêmement accessible.
Le début du livre présente en alternance le rêve du Vieux (Dieu), et le fil du labyrinthe (ou le déroulement de l'histoire). En voyant approcher le terme de ses jours, l'auteur disserte sur les questions fondamentales : le sens de la vie, la formation de l’univers, que peut-on espérer après la mort ?... Les pourquoi et les comment que tous les hommes de science et les philosophes ont creusés : la vie, la mort, l’amour, Dieu.
 
Laurent GOUNELLE, deux livres qui ont passionné Ginette
L'auteur est maître de conférence à l'université de Clermont Ferrant, spécialiste du développement personnel : apprendre à mieux se connaître pour vivre mieux, prendre des décisions, entrer en relation avec les autres...
L'homme qui voulait être heureux (2008) est son premier livre. Un enseignant en vacances à Bali se lie d'amitié avec un vieux sage qui devient son guide sur la voie du bonheur en lui donnant des tâches, parfois surprenantes, à accomplir. Bien écrit, simple, agréable, ce livre se lit d'une seule traite.
Dieu voyage toujours incognito (2010). Alan, un grand employé de banque peu satisfait par son travail, déraciné, quitté par sa femme, décide d'en finir en se jetant du haut de la tour Eiffel. Au dernier moment, il est arrêté par un homme qui lui promet le bonheur s'il lui obéit. N'ayant rien à perdre, Alan accepte d'accomplir une série d’épreuves et d’expériences plus ou moins loufoques, tout en menant discrètement l'enquête sur son mystérieux gourou. L'auteur réussit le tour de force d'écrire un roman plein de suspense tout en posant les théories de l'épanouissement personnel ! Un livre optimiste, qui vous enchante et vous fait réfléchir...
 
L'enquête, de Philippe CLAUDEL (2010) par Chantal A.
Les lecteurs traditionnels de Philippe Claudel seront surpris par ce dernier livre, à l'écriture déroutante, où les personnages sont définis par leur fonction, et les noms génériques.
L'Enquêteur débarque d'un train dans la Ville, où il a pour mission d'enquêter sur une vague de suicides dans l'Entreprise. Il est balloté, froissé, déplacé, affamé... dans une accumulation d'absurdités. Un récit kafkaïen où rien ne se déroule comme on s'y attend, fable sur l'aliénation de la société.
 
Dans un autre registre, Chantal nous signale une biographie locale : Un siècle de souvenirs (1910-2010) par Claude BOUILHOL. La vie d'un personnage très intéressant, actif et inventif, qui s'était engagé comme pompier à Lyon après la catastrophe de l'éboulement de la colline de Fourvière. Mais il n'est pas certain que ce livre soit diffusé hors du cercle familial.
 
Seule Venise, de Claudie GALLAY (2006) présenté par Dominique
La narratrice vient d'avoir 40 ans. Quittée par son compagnon, elle déprime et se réfugie dans une Venise hivernale. Elle s'installe dans une pension de famille tenu par un érudit, passionné d'histoire et amoureux des chats. Peu à peu, elle se lie avec les autres pensionnaires, dont une danseuse anorexique et un prince russe en fauteuil roulant, obsédé par la ponctualité. Plusieurs histoires d'amours impossibles se croisent, dont celle du prince, qui se livre et raconte son amour perdu avec Tatiana, son amie d'enfance.  La narratrice s'ouvre aux autres, et retrouve progressivement une capacité à s'attacher...
Du même auteur, lire aussi L'or du temps et Les déferlantes, ainsi que L'amour est une île, paru cette année.
 
La solitude du docteur March, de Géraldine BROOKS (2010), choisi par Maryvonne
Géraldine Brooks est Australienne, née en 1955, ancienne journaliste correspondante de guerre. Ses romans témoignent tous d'un bon niveau de recherche historique et sociologique.
1666 se penche sur l'année de la grand peste en Europe : un village perdu du centre de l'Angleterre se met lui-même en quarantaine pour éviter de contaminer la région. Le livre d’Hanna (2008) est le récit passionnant du périple d’un livre de prière hébraïque au fil des siècles.
La solitude du Docteur March, paru en 2005 aux Etats-Unis, a reçu le prix Pulitzer.
"March" comme le bon docteur, évoqué dans le roman de Louisa May Alcott Les quatre filles du docteur March (1868), où il était -somme toute- le grand absent. Géraldine Brooks reprend ce personnage et réinvente son destin, depuis son amour de jeunesse pour une jeune esclave, sa rencontre avec sa femme et la naissance de ses filles, jusqu'aux combats de la guerre civile. Abolitionniste convaincu, il s'engage comme aumônier auprès des nordistes, plonge dans les horreurs de la guerre de Sécession et atterrit dans la plantation où, vingt ans plus tôt, il avait rencontré la belle Grace... 
 
Purge, de Sofi OKSANEN (2010), par Jacqueline
Prix Femina étranger 2010
Née en 1977, la Finlandaise Sofi Oksanen se penche sur l'histoire méconnue de l'Estonie, avec un roman très documenté. La carte et la chronologie de l'histoire du pays, présentes dans le livre,  ne sont pas inutiles...
En 1992, suite à la chute de l'URSS, l'Estonie fête le départ des Russes. La vieille Alide découvre dans son jardin Zara, une jeune fille terrorisée, dans un état épouvantable, qui s'est échappée de chez son souteneur. Entourées de silences, les deux femmes s'apprivoisent peu à peu.
Très dense et noir, ce roman comprend de nombreux retours au passé, et fait référence à l'histoire de ce pays qui a été occupé par les Allemands, puis par les Russes, quand ses habitants n'étaient pas déportés... Jacqueline nous donne une idée des thèmes abordés : jalousie entre soeurs, secret de famille, coopération pendant la guerre, et violences envers les femmes.
     "Ce qui m'attire avant tout, ce sont les destins bâillonnés, les personnages muets, les histoires tues. S'approcher du non-dit et tenter de l'articuler, n'est-ce pas l'essence même de l'écriture ?"
 
L'énigme du retour, de Dany LAFERRIERE (2009), dégusté par Aline et Marie-Claire
Dany Laferrière, écrivain canadien d'origine haïtienne, a reçu le prix Médicis du roman pour L'Enigme du retour.
Là où Banal Oublide Gary VICTOR, autre auteur Haïtien, était un roman sauvage et dérangeant habité par des personnages étranges et très noirs, hantés par le vaudou, Dany Laferrière écrit son Enigme du retour dans un style extrêmement poétique, procédant par touches délicates.
Le narrateur vit depuis 30 ans à Montréal, mais se sent toujours haïtien dans l'âme. Suite à l'annonce du décès de son père, exilé politique lui aussi (mais aux Etats-Unis), il rentre au pays natal, où il alterne entre souvenirs de jeunesse, et douleur de ne plus se sentir haïtien. Comme n'importe quel blanc, il est victime d'une tourista cuisante, et les gens cherchent à l'exploiter comme un quelconque touriste, sous prétexte qu'il est devenu "riche" et qu'Haïti a faim.
L'auteur nous offre une réflexion mélancolique et fine sur l'identité et l'exil, et interroge le passé en même temps qu'il explore le présent. Son écriture alterne entre vers libres, qui rendent ses sensations et ses impressions du moment, et une prose plus factuelle,  utilisée pour ses souvenirs et impressions du pays, marqué par les années de dictature.
(Depuis la sortie de ce roman, les catastrophes se sont abattues sur Haïti : tremblement de terre, cyclone, choléra et luttes politiques violentes...)
 
L'affaire de l'esclave FURCY, de Mohammed AÏSSAOUI, Prix Renaudot essai 2010, coup de coeur de Marie-Claire
Mohammed Aïssaoui, journaliste du Figaro Littéraire, a remarqué en 2005 la mise en vente à Drouot d'archives concernant le dossier de l'affaire Furcy. Il a mené une enquête pour comprendre cette affaire, relatée dans cet essai romancé.
En 1817, à la Réunion, Furcy engage un procès pour que son propriétaire reconnaisse qu'il est un homme libre. En effet, il a découvert, à la mort de sa mère, des documents prouvant que celle-ci avait été affranchie des années auparavant par sa propriétaire qui l'avait amenée en France. Cédée ensuite à la Réunion au neveu de cette dame, elle avait continué à vivre comme une esclave. Et son fils après elle. Furcy a été soutenu dans ses démarches par deux magistrats blancs qui ont eu les pires ennuis. Lui-même a été emprisonné comme esclave marron, puis banni à l'île Maurice. Au mépris du droit, les grandes familles et les puissants ont fait durer cette affaire  jusqu'en 1843, où Furcy a enfin été déclaré libre en cour de Cassation de Paris.
Furcy (qui occupait au départ une place d'esclave "privilégié") a mené son combat judiciaire non seulement pour lui, mais pour les autres.
 
Conclusion de notre Bouillon de lecture : "C'est le souci de l'autre qui fait avancer le monde."

30/11/2010

Un auteur très humain

Né en 1940, Russell Banks a grandi dans le New Hampshire dans un milieu défavorisé. Son père est parti lorsqu'il avait 10 ans et sa mère était peu présente. Il dit lui-même qu'il aurait pu "mal tourner", et que l'écriture l'a sauvé. Après des études à l’université il voyage, passe même quelque temps en Jamaïque. Il a écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. Membre de l’Académie américaine des Arts et Lettres, il enseigne à Princeton. Russell Banks est très actif politiquement, n’hésitant pas à critiquer ouvertement son gouvernement (il a pris position contre la guerre en Irak et contre le Patriot Act).

Ses écrits sont parcourus par deux grand thèmes : la recherche de la figure paternelle et la description du monde des petites gens dont la vie est difficile. Ses oeuvres traduites en français ont été publiées chez Actes Sud : Survivants (Searching for survivors, 1975), Hamilton Stark (1978), Le livre de la Jamaï que (The Book of Jamaica,  1980), Trailerpark (1981), Continents à la dérive (Continental Drift, 1985), Histoire de réussir (Success stories, 1986), Affliction (1989), De beaux lendemains (The Sweet Hereafter, 1991), Sous le règne de Bone (Rule of the Bone, 1995), Pourfendeur de nuages (Cloudsplitter, 1998), L'ange sur le toit (The Angel on the Roof, 2000), American darling (The darling, 2005), La réserve (The Reserve, 2007).

Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma : De beaux lendemains (réalisé par le Canadien Atom Egoyan – Grand prix au festival de Cannes 1997)  et Affliction (réalisé en 1997 par Paul Schrader).  Son roman American Darling va également être porté à l'écran.

 

La réserve

Situé en 1936 dans les Adirondacks, au nord de l'état de New-York, le roman offre de superbes descriptions de cette région de lacs, montagnes et forêts. "La réserve" est un "ghetto de riches", où seule une élite de riches New-Yorkais est admise. Les gens du pays ne sont présents que comme domestiques, l'été, ou -pour les mieux considérés, comme guides.

Au-delà de l'intrigue (il y a un mort), Russel Banks présente de beaux personnages : un artiste peintre, pilotant son hydravion, qui ne fait qu'à moitié partie de ce monde là, mais l'utilise ; une jeune fille adoptée, nymphomane et peut-être fabulatrice, qui s'interroge sur ses origines.

 

Trailerpark

Chroniques de la vie ordinaire. Ces nouvelles se lisent comme un roman.

Dans un parc à caravane, 12 mobile homes : neufs, branlants, rouillés ou fleuris. Des habitants : un guichetier de banque, un ancien militaire, un jeune hippie, une divorcée, une veuve...

Les vies se croisent, les gens se parlent. Chacun apporte son lot quotidien de faits et gestes, qui abreuvent les commentaires et les histoires qui se raconteront, de caravane en caravane.

C'est l'Amérique du New Hampshire, celle des laissés pour compte, ceux qui survivent d'aides, d'une maigre retraite ou de petits boulots, une communauté faite de solitudes réunies. Résignation, pauvreté, échec, violence, solitude. Petites histoires au quotidien qui nous disent les malheurs de l'Amérique profonde.  De belles tranches de vie réalistes.

 

American Darling

Russel Banks signe ici un roman engagé, qui se penche sur la géopolitique américaine et l'histoire du Liberia. Ce pays a été créé en 1825, sous l'impulsion des Etats-Unis, sur un territoire vierge d'Afrique de l'Ouest attribué aux descendants des anciens esclaves noirs. Dès la fin du 19ème siècle, 1% des noirs, descendants d'esclaves, possédaient 90 % du pays, devenant à leur tour des oppresseurs...

Le lecteur suit sur plus de 30 ans la vie d'Hannah Musgrove, héroïne assez peu sympathique. Issue d'une famille américaine aisée et éduquée, elle s'engage vers 1970 dans la lutte armée d'extrême gauche. Recherchée par le FBI, elle se cache au Liberia, où elle épouse le ministre de la santé. Passionnée par la cause des chimpanzées, elle est sans doute plus attentive à eux qu'à ses propres fils. Lorsque des guerres civiles atroces éclatent au Liberia, son mari est tué, elle doit fuir en abandonnant ses fils qui deviendront des enfants soldats.

Ce livre est assez à part dans l'univers de Russel Banks car il ne décrit pas la vie de "paumés" des U.S.A. mais son propos est principalemnet axé sur l'histoire du Libéria.En effet, la destinée de ce pays l'a fait beaucoup réfléchir avec la question qui a motivé son écriture : pourquoi des anciens esclaves ont-ils reproduit les modèles de leurs oppresseurs, ce qui a abouti à la guerre civile ? question lancinantepour lui à laquelle il essaye de répondre dans ce roman.

 

Continents à la dérive

La vie d'un pauvre gars, Bob Dubois, réparateur de chaudières dans le Connecticut. (Vent, froid, on s'y croit...) Il rêve d'avoir la vie de rêve vantée par son frère, qui vit en Floride, et finit par le rejoindre. Mais là, quelle déception ! Parallèlement à cette dégringolade, on suit l'histoire d'une jeune Haïtienne attirée par le rêve américain.

 

Sous le règne de Bone

Itinéraire d'un adolescent désoeuvré, paumé, en conflit permanent avec sa mère et son beau-père, qui n'hésite pas à les dépouiller pour s'acheter de l'herbe. Chassé de la maison à 14 ans, il squatte chez un copain qu'il fournit en herbe, et erre dans le centre commercial de la ville.  Il fait ensuite l'apprentissage de la rue auprès de marginaux, dont un personnage trouble pédophile, auquel il essaie d'arracher une petite fille, et finit par trouver un modèle en I-Man, un rasta qu'il accompagne en Jamaïque.

 

Affliction

Nous sommes à Lawford, un trou perdu au fin fond du New Hampshire, Etats Unis. Notre anti-héros est Wade Whitehouse, ouvrier dans une société de forage et agent de police municipale à temps partiel. Wade n'a jamais quitté son bled, et pense qu’il a raté sa vie. Russell Banks nous livre le portrait d’un homme au bout du rouleau, c’est noir !

 

Les lecteurs du "Bouillon" ont beaucoup aimé cet auteur, à l'exception de Françoise (qui a lu Affliction). Son monde de pauvres gens et de paumés n'est pas gai, mais Banks décrit les laissés pour compte avec justesse, presque avec tendresse. Ces personnages, très humains,  pris dans l'envers du rêve américain,  semblent parfois sortis tout droit de la jeunesse difficile de l'auteur. 

20/11/2010

Pourquoi un tel succès en France ???

Paul AUSTER 

Ecrivain américain, Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Très tôt au contact des livres, il commence à écrire dès l'âge de 12 ans. De 1965 à 1967 il étudie à l'université Columbia (littérature française, italienne et anglaise). D'abord traducteur d'auteurs français, il écrit des articles pour des revues, de la poésie et des scénarios de films muets, avant de se tourner vers le roman. Il est marié avec la romancière Siri Hustvedt, et réside actuellement à Brooklyn.

Une bonne partie de son oeuvre évoque la ville de New York. Il est notamment l'auteur de la trilogie New Yorkaise (1988), Moon Palace, (1990), la musique du hasard (1991), Leviathan (1993, prix Medicis étranger), Tombouctou (1999), le livre des illusions (2002), la nuit de l'oracle (2004), Brooklyn follies (2005), Seul dans le noir (2009), Invisible (2010). Ses romans sont largement reconnus en France, et très appréciés des critiques littéraires.

Seul dans le noir

Auguste Brill, critique littéraire veuf, vit chez sa fille divorcée, dans ce qu'il appelle "la maison des âmes en peine". Sa petite fille se remet mal du décès de son ex-conjoint, exécuté en direct à la télévision par des extrémistes irakiens. Pendant ses nuits d'insomnie, Auguste Brill tourne et retourne dans sa tête ses souvenirs, et invente un monde de fiction (Etats-Unis en pleine guerre civile, Owen Brick : personnage chargé d'assassiner un écrivain,...).

Des histoires dans l'histoire, pas tellement abouties. Seuls les flashbacks sur sa vie nous ont intéressés, le reste faisant "plaqué". Livre peu apprécié.

La nuit de l'oracle

Après un long séjour à l'hôpital, l'écrivain Sydney Orr rentre chez lui, toujours éperdument amoureux de sa femme. Au gré d'une de ses promenades dans New York, il découvre une papeterie tenue par un chinois, et y achète un étrange carnet bleu, auquel il prête le pouvoir de réamorcer son inspiration perdue.

Un roman sur plusieurs niveaux, à la construction déroutante, et à la chute brusque décevante. Les trente dernières pages étaient intéressantes...

La musique du hasard

Un pompier de New York plaque tout après avoir hérité de quelque milliers de dollars: il s'offre une grosse voiture, et bourlingue un an aux Etats-Unis. Presque à court d'argent, il rencontre "Jackpot", et le renfloue pour une soirée privée où le jeune joueur de poker espère se refaire. Comme ils ont perdu, ils se retrouvent contraints de rembourser leur dette en effectuant des travaux forcés. Prisonniers de cette étrange propriété, ils ont pour seule distraction la visite d'une prostituée. Jack tente de s'évader...

Tombouctou

Mr Bones, le narrateur, est le chien de Willy, marginal errant dans Baltimore à la recherche de son ancienne institutrice. En effet, Willy voudrait confier à celle-ci avant de mourir (ou de "partir pour Tombouctou" comme le dit M. Bones) son chien et ses écrits.

Une histoire banale du quotidien, construite comme un château à plusieurs étages, qui bascule vers un récit pas tout à fait réaliste. La fin laisse dubitatif !

Invisible

New-York, 1967. Fascination, puis répulsion, d'Adam Walker, jeune poète américain, pour un professeur français brillant et énigmatique qui semble l'apprécier et le pousse dans les bras de sa maîtresse. 40 ans plus tard, Adam veut faire le récit de cette année charnière. Gravement malade, il envoie son récit à un ami écrivain, et lui demande de finir sa mise en forme. La première époque, printemps, est rédigée à la première personne ; puis du "je", on passe au "tu" pour l'été, et au "il" pour l'automne. Adam décédé (l'hiver ?), c'est sa belle-fille qui essaiera de tirer des conclusions et de comprendre ce qui s'était passé à l'époque : Born était-il un espion ? une brute cynique ? Adam était-il un étudiant naïf ou un affabulateur (les scène torrides avec sa soeur ont-elles finalement été fantasmées ?).

Le lecteur reste sur une impression frustrante, le récit ne semble pas clos.

Selon les cas, un ou plusieurs membres du "Bouillon de Lecture" ont lu les livres évoqués ci-dessus. Un univers et une construction inutilement complexes, des digressions interminables, des récits pas vraiment finis... les lecteurs, frustrés, se sont plutôt demandé pourquoi cet auteur est tellement encensé par les critiques français !

Seule Marylou, qui s'est laissée emporter dans La musique du hasard, est vraiment amatrice...

25/10/2010

Bouillon de lecture du 21octobre 2010

Tour de table, chaque participante (et oui, aucun homme ce soir-là !) présente un livre qu'elle a apprécié.

Déluge, d'Henri BAUCHAU (Actes Sud, 2010), présenté par Ginette

Un roman très bien écrit, très agréable à lire, parfois déstabilisant. C'est l'histoire de Florian qui a un besoin viscéral de peindre, seul ou avec ses amis, et que la folie pousse à faire brûler ses oeuvres (elles sont encore plus belles). Entre autres : sa jeunesse tumultueuse (ses qualités picturales sont déjà reconnues) ; ses amitiés, notamment avec un capitaine de bateau qui l'engage au départ comme marin ; sa psychiatre, le Dr Hellé, qui donne l'impression de tirer de loin sur les fils des "marionnettes" que sont devenus les amis de Florian.

Aline avait aussi aimé le déluge, et plus encore L'enfant bleu, du même auteur.

 

Parfum de glace, de Yôko OGAWA (Actes Sud, 2002), coup de coeur de Dominique

Après le suicide de son compagnon dans son atelier de parfumerie, la narratrice enquête pour essayer de le comprendre. Elle rencontre sa famille pour la première fois, suit ses traces sur les lieux où il a passé sa jeunesse, découvre ses talents cachés.

Le livre est très riche, en voici les thèmes principaux : douleur du deuil, correspondance entre odeurs et mémoire, mémoire préservée même après la mort.

Actes Sud a publié de nombreux livres de cet auteur, à découvrir ! Voir la critique de La marche de Mina.

 

Place de Sienne côté ombre, de Franco LUCENTINI et Carlo FRUTTERO (première édition au Seuil en 1985), présenté par Chantal

Dans la campagne Toscane, un couple égaré est accueilli dans une maison, remplie d'une galerie de personnages étranges.

Toute l'ambiance du palio de Sienne, avec ses courses de chevaux entre quartiers et confréries : chevalerie, intrigues,... même les confréries mortes sont représentées ! Descriptions flamboyantes et intrigues sous-jacentes.

 

La princesse de Clève, de Madame de Lafayette (1678), présenté par Marylou

L'héroïne a été élevée à l'écart de la Cour par une mère stricte. A 16 ans, cette belle jeune fille fait sa première apparition à la Cour d'Henri II et Diane de Poitiers. Très courtisée, elle accepte naïvement d'épouser le Prince de Clève, gentil mais plus âgé qu'elle. Quelques temps plus tard, lorsqu'elle rencontre le beau Duc de Nemours, elle est prise de passion pour lui, mais à son âme défendante ! Elle fuit la Cour dans sa maison de campagne de Coulommiers, se consume d'amour et de remors, et meurt de langueur.

L'un des premiers romans s'attachant à l'analyse des sentiments (il a fallu attendre un siècle avant que son auteur -une femme ! ne soit mentionné). Un grand classique, très bien écrit,  à nouveau à la mode en ce moment.

 

Aurora, Kentucky, de Carolyn D. WALL (Le Seuil, 2010), coup de coeur de Marie-Claude

En 1938, dans le Kentucky marqué par la pauvreté, conséquence de la dépression, et le racisme profond, Olivia Harker, s'échine à tenir -avec son petit-fils William- l'épicerie héritée de son père, et héberge sa mère à moitié folle. Une particularité : elle élève des loups, ramenés d'Alaska par son grand-père.  Femme admirable et courageuse, Olivia vit dans le respect des convictions transmises par son père, mais elle devra réaliser peu à peu la gravité du racisme et les exactions commises par le Ku Klux Klan.

Un personnage remarquable, dans le milieu des "petits blancs" de l'Amérique profonde.

 

Le secret de Champollion, Jean-Michel RIOU (Flammarion, 2005), présenté par Nathalie

Roman historique situé pendant les campagnes d'Egypte de Napoléon, parti au Caire avec 300 navbires et 150 savants. Parmi ses objectifs : comprendre les hiéroglyphes pour percer les secrets du pouvoir des pharaons. Plein d'aventures et de rebondissements, le livre évoque la mise à jour des plus beaux tombeaux égyptiens, et de la pierre de Rosette.

Le récit est fait successivement par 3 savants, qui ont juré de déchiffrer la pierre de Rosette, et travaillent avec Champollion. Mais Napoléon est rappelé en Europe à cause des guerres, et espions et adversaires anglais guettent...

 

Ru, de Kim THUY (L.Levy, 2010), présenté par Geneviève

Plus autobiographie que roman, ce livre est composé d'une alternance entre les souvenirs des différentes époques de la vie de l'auteur. Vietnamienne de famille aisée, la narratrice s'est échappée de son pays avec les "boat people", a transité par les camps de réfugiés, puis s'est installée au Québec. Lorsqu'elle aura l'occasion, beaucoup plus tard, de retourner "au pays", elle n'y retrouvera pas ses marques.

Récit court et très bien écrit, entre atmosphères et sensations. Le titre évoque à la fois un "ru" ruisseau (en français) et un "ru" berceuse (en vietnamien).

 

Le journal de Hyde Park Gate, de Virginia Woolf, Vanessa Bell et Thoby Stephen (Mercure de France, 2006), coup de coeur de Claude

Virginia Woolf a passé son enfance dans une grande famille bourgeoise anglaise à la fin du 19ème siècle. Son père tenait un poste extrêmement honorifique à la British Library, et la famille était fréquentée par une élite intellectuelle.

Enfoui pendant des années à la British Library à Londres, le journal de Vanessa, Thoby et Virginia Stephen a été miraculeusement retrouvé pour ce qui touche aux années 1891, 1892 et 1895. Joyeux mélange de comptes-rendus d'événements familiaux, de lettres, de rubriques de conseils, d'embryons de romans, de devinettes ou de poèmes, c'est l'œuvre de trois enfants exceptionnellement doués et cultivés, âgés de dix à treize ans.

Superbement écrit, ce journal est une plongée agréable dans la sociologie d'une époque.

 

Les gueules cassées - les médecins de l'impossible, de Martin MONESTIER (Le Cherche Midi, 2009), présenté par Annie

La chirurgie réparatrice du visage est née pendant et après la guerre de 1914-1918. Le visage est lié à l'identité, et les gueules cassées présentaient des blessures dont il était difficile de se remettre physiquement et psychologiquement. 

Un hommage aux chirurgiens militaires et un livre de courage, écrit à partir des archives du Val de Grâce, qui présente de nombreuses photographies (avant et après la chirurgie réparatrice). "Encyclopédiste du bizarre, archéologue du pire", l'auteur a une bibliographie très fournie.

 

Mémoires de vie, mémoires d'éternité, d'Elisabeth KUBLER-ROSS (J.C. Lattès, 1998), présenté par Georgette

 

Autobiographie d'Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004), médecin psychiatre, thérapeute célèbre dans le monde entier, de son enfance en Suisse à son engagement humanitaire dans la Pologne ravagée par la guerre, de ses études de médecine à son travail novateur auprès des mourants.

Elle a beaucoup contribué au développement des soins palliatifs, et est l'auteur de livres traduits dans le monde entier : "La mort, dernière étape de la croissance", "Avant de se dire au-revoir",...

 

Miral, de Rula JEBREAL (Oh ! Edition, 2010), présenté par Stéphanie

Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, témoignage de Rula, recueillie dans un orphelinat pour enfants palestiniens à Jérusalem, ville divisée. En allant donner des cours aux enfants d'un camp de réfugiés, elle prend conscience de leur quotidien. Boursière à l'étranger, elle est devenue une journaliste politique réputée et primée pour son courage et son indépendance.

Très beau témoignage, adapté au cinéma en septembre 2010.

 

Le cuisinier, de Martin SUTER (C. Bourgeois, 2010), présenté par Aline

Voir critique.

J'aime la façon de Martin Suter de nous emmener avec finesse sur des chemins que nous n'imaginons pas. Voir aussi Un ami parfait (2002), Small world (1998), et la critique Le dernier des Weynfeld (2008).

Katiba, pépins de pommes et Road Hill House

Livres présentés par les lecteurs du Comité de lecture le 30 septembre :

Katiba, de Jean-Christophe RUFIN, paru chez Flammarion en 2010

Un groupe de touristes est arrêté en plein désert par des terroristes pour être rançonné. Mais suite à un dérapage, l'un des terroristes tire et tue...    

Une Katiba est le lieu où se préparent les combattants islamistes dans le Sahara. A la fois roman d'amour, policier, et récit très documenté, ce livre s'inscrit dans l'actualité. Il se situe dans le monde des ambassades, du quai d'Orsay, du fanatisme musulman, avec beaucoup de ramifications et une atmosphère de suspicion. L'un des personnages est particulièrement intéressant : une femme très ambivalente, à double culture algérienne et française. Lui-même ambassadeur, Rufin s'est sans doute inspiré d'un faisceau de faits vécus.

Tous les lecteurs ont trouvé ce livre intéressant, bien construit quoique un peu compliqué, avec différents récits qui s'entrecoupent (un peu en millefeuille, comme la présentation des actualités), mais certains n'ont pas aimé l'écriture de Rufin.

 

Le goût des pépins de pomme, de Katharina HAGENA, aux éditions A. Carrière, 2010. (traduit de l'allemand).

Située dans le nord de l'Allemagne, cette saga familiale un peu "gentille" se penche sur trois générations, avec de beaux portraits de femmes.

Un roman très visuel (dans le genre des photos de David Hamilton !!!), descriptif et intimiste, agréable à lire. Mais le ton égal tout le long du livre le rend parfois un peu ennuyeux. Dans ce style un peu nostalgique et descriptif, le comité avait nettement préféré "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates".

 

L'affaire de Road Hill House : l'assassinat du petit Saville Kent, de Kate SUMMERSCALE, aux éditions 10-18 (domaine étranger), 2009. (Traduit de l'anglais.)

Située en 1860, cette affaire a réellement existé. Elle a défrayé la chronique en son temps, et a marqué le début des investigations policières de Scotland Yard, avec analyses psychologiques.... ainsi que de l'ingérence des tabloïds ! On y retrouve le poids des différentes classes sociales dans l'Angleterre des filatures, et les difficultés rencontrées par le commissaire chargé de l'enquête lorsqu'il ose mettre en cause des personnes de milieu favorisé.

Dans l'ensemble, c'est un livre plutôt intéressant, mais avec trop de descriptions, et des longueurs lorsqu'il fait référence aux autres "affaires" de l'époque.