Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/01/2012

Stoner

Stoner

John Williams, Le Dilettante 2011

 

On repère d’abord la couverture, dactylographie des années 60… Un roman  publié en 1965, unique  et ... inclassable.

 

Stoner, c’est le nom du héros (sorte d’anti héros), jeune homme pauvre parti faire des études … d’agriculture à l’université de Columbia …  qui passera  entre les murs de l’université le reste de sa longue vie.  Devenu le  professeur William Stoner, il se consacre à la littérature médiévale. M. Stoner  est un homme ordinaire, modeste, laborieux,  engagé auprès des étudiants,  un ˮpasseurˮ qui  vit plus dans ses cours qu’en trente années d’une vie conjugale, familiale, médiocre… mais chut ! Ce petit livre est un bijou : portrait d’un homme désespérément ordinaire, timide, bienveillant, fragile et sincère.  Intègre aussi.

 

L’auteur a su incroyablement transmettre les changements de points de vue, de sentiments, au fil des saisons, des âges, de l’amour  (mais oui, de l’amour … !) et à l’approche de la mort.  J’ai eu ce sentiment rare en avalant les dernières pages d’une incroyable justesse, je me disais oui, c’est exactement cela le poids d’une vie, la face cachée de la médaille ! Belle, sans grandiloquence… Quelle plume !

 

J’ai regardé la dédicace en rouge «  Lu, aimé et librement traduit par Anna Gavalda ». Et comme je ne regrette pas ma  confiance !

Sylvie B

17/01/2012

Retour à Killybegs

Retour à Killybegs
Sorj Chalandon, Grasset, 2011
Grand Prix de l'Académie Française 2011

24 décembre 2006, Tyrone Meehan, de retour à Killybegs, dans la maison de son enfance, écrit un journal en attendant que la mort le surprenne.
Il donne sa version, sans complaisance, d'une vie d'Irlandais engagé passionnément pour son pays... jusqu'à trahir l'IRA.

Son enfance misérable, marquée par son père, héros et chantre de la République Irlandaise au bistrot, mais brutal et amer à la maison, qui ne se remet pas d'avoir été retenu à la maison par ses devoirs familiaux alors qu'il rêvait de partir se battre contre Franco en Espagne. Puis sa jeunesse à Belfast, sous les bombes allemandes et les balles anglaises, dans le ghetto catholique, où il fait partie avec enthousiasme des jeunesses militantes de l'IRA. Et les années infâmes de prison, de solidarité et de grève de l'hygiène pour réclamer le respect des droits des prisonniers politiques irlandais.

Dans ce récit âpre et fort, on sent une grande affection pour Tyrone Meehan, patriote au coeur pur qui pourtant trahira les siens pendant 20 ans... et une grande douleur pour les années de souffrances du peuple irlandais.

Retour à Killybegs est mon coup de coeur parmi les prix littéraires 2011, ma claque de l'année. Il fait écho aux "informations" entendues pendant toute ma jeunesse : la guerre en Irlande, l'IRA, les attentats...  pourquoi ? pourquoi tant de haine ? comment cela peut-il finir ?

Sur le sujet, j'avais aussi trouvé la BD "Coupures Irlandaises" de Kris et Vincent Bailly, très intéressante.
Aline

Voir aussi l'entretien avec Sorj Chalandon, pour comprendre la force du lien existant entre le personnage de Tyrone Meehan et l'auteur.

09/01/2012

Léna

Léna
Virginie Deloffre
Albin Michel, 2011

Léna semble vouée à l'attente. Sa vie est une alternance entre la chaleureuse présence de son mari Vassia, pilote de l'air pour l'armée d'URSS, et les longues semaines où elle attend son retour. Lorsque Vassia est en mission, elle s'immobilise et écrit son attente à ses vieux parents d'adoption, Dimitri et Varvara, restés dans le grand nord sibérien. Lorsque Vassia rentre, tous les habitants du logement communautaire se massent dans la cuisine pour l'entendre conter ses histoires d'aviation, puis son récit de la conquête spatiale, la grande épopée soviétique de l'espace, fierté du peuple russe.

Lorsque Léna comprend que son mari va faire partie d'une mission programmée dans l'espace, son monde se craquelle. Vient le temps du dégel, de la débâcle. L'auteur trace habilement un parallèle entre les saisons du grand nord, le long hiver communiste de l'URSS, et celui de Léna, en quasi hibernation depuis un drame d'enfance. Les dégâts d'un printemps brutal sont associés à la Pérestroïka.

Un premier roman tout en finesse, qui explore l'âme russe, des paysans dans leur kolkhoze de Sibérie aux citadins entassés dans les appartements communautaires...
Aline

19/10/2011

Moi

Moi

Sabina BERMAN, Seuil, mars 2011

 

Lorsque la tante Isabelle est venue prendre possession des immenses conserveries Atunes Consuelo héritées de son grand-père, elle ignorait que celles-ci étaient au bord de la faillite. Quand elle s’est installée dans la grande maison en ruine laissée par sa sœur, elle ne connaissait même pas l’existence de sa nièce !

 

Enfant sauvage et maltraitée, Karen est recueillie par sa tante Isabelle qui l’élève de son mieux, malgré ses différences, et essaie de l’ancrer dans ce monde. Autiste, Karen peut s’absorber complètement dans le monde qui l’entoure, s’absenter dans le bruit des vagues jusqu’à oublier son "Moi".

 

Jeune fille aux capacités différentes, elle a une conception de la vie particulière :

p.38   

« J’ai trouvé dans un livre ancien, écrit par un philosophe français, une phrase qui met en mots ma distance à l’égard des humains :

"Je pense, donc je suis"

Cette phrase m’a laissée bouche bée, car elle est, évidemment, incroyable. Il suffit d’avoir 2 yeux au milieu de la figure pour voir que tout ce qui existe commence d’abord par exister, avant toute autre chose.

Mais le plus incroyable, c’est que le philosophe en question ne propose rien de pareil, il se contente de mettre en mots ce que les humains croient à propos d’eux-mêmes. Que d’abord ils pensent, et ensuite ils existent.

Et voici le pire : comme les humains vivent ainsi, croyant que d’abord ils pensent et qu’ensuite ils existent, ils pensent alors que tout ce qu’ils ne pensent pas n’existe pas.

Les arbres, la mer, les poissons dans la mer, le soleil, la lune, une colline ou une énorme montagne : non, tout cela n’existe pas complètement, tout cela existe sur un mode d’existence secondaire, mineur. Par conséquent, tout cela mérite d’être marchandise ou nourriture ou paysage des humains, et rien d’autre. […]

Mais moi, je n’ai jamais oublié que j’ai existé avant d’apprendre, très péniblement, à penser.

Et tous les jours c’est à mes yeux la réalité. J’existe d’abord et ensuite, parfois, avec lenteur et difficulté, uniquement quand c’est absolument nécessaire, je pense, Moi.

Voilà ma distance vis-à-vis des humains. »

Lorsque Karen commence à travailler dans la pêcherie de thons, sa sensibilité particulière l’amène à une conception extraordinaire de la pêche. Elle se passionne pour les thons, et essaye d’améliorer leurs conditions de pêche et d’abattage, puis de vie…

 

Coup de cœur d’Aline.

19/09/2011

La fortune de Sila

La fortune de Sila
Fabrice Humbert, Le Passage, 2010
Prix RTL-Lire 2011

Le livre s'ouvre sur une scène choquante : dans un restaurant gastronomique, un client frappe violemment un serveur, dont le seul tort est d'avoir raccompagné son gamin mal élevé à table. Aucun des convives témoins de cette violence ne réagit.

Passée cette scène d'introduction, nous suivons les destins des personnes présentes, tous liés d'une façon ou d'une autre à la finance. Entre la chute du mur de Berlin et la crise financière de 2008, l'auteur nous présente sa vision de la finance et des hommes qui la "font".

Car ils ne sont finalement tous que des humains, avec leurs faiblesses et leurs défauts : Simon le naïf "geek" des mathématiques, élaborant des modèles désincarnés pour les traders ; Lev, "homme d'affaires" s'étant emparé du pétrole russe pendant l'ère Eltsine comme d'une part de gâteau, impitoyable et indifférent ; Russel, américain brutal nostalgique de ses heures de gloire sur le terrain de football, et qui fonde sa fortune sur le crédit aux démunis pendant la bulle de l'immobilier ; Matthieu, le dandy raté ne rêvant que d'argent...

Malgré leurs manigances et leurs calculs, ils ne sont finalement que des acteurs inconscients dans une sorte de folie qui les dépasse tous.
"Le monde financier est un circuit automobile avec des voitures sans freins. Lorsque tout va bien, toutes les voitures tournent. Si l'une d'elles a un accident... advienne que pourra !"

Lecture passionnante... et désenchantée !
Aline

02/09/2011

Heroic Fantasy

Le trône de fer

Georges R.R. Martin

 

Un régal pour ceux qui aiment les longues séries d’Heroic Fantasy (ou dark fantasy, je sais pas trop) !

 

Le royaume des sept couronnes est sur le point de connaître son plus terrible hiver : un été long est toujours suivi d’un hiver exceptionnellement dur, or le dernier été a duré une décennie !  Par-delà le Mur qui garde la frontière nord, une armée de ténèbres se lève…

Malgré la menace, rois, reines, chevaliers et grandes familles se disputent le trône de fer et le pouvoir. Tous les coups sont permis, et seuls les plus forts, ou les plus retors s'en sortent…

 

Le monde de R.R. Martin est inspiré de l’Europe du Moyen-âge, avec des intrigues complexes, des renversements de situation surprenants, et de multiples personnages détaillés et vivants : fiers et austères Stark, Lannister riches et félons, sauvages Dhotrakis…  

 

Cette saga a aussi inspiré une excellente série télévisée (non terminée à ce jour).

Coup de cœur d’Aline, Florent et Janelle

01/08/2011

Des bulles et des alexandrins

De cape et de crocs
BD de Alain Ayrolles et Jean-Luc Masbou
9 tomes parus chez Delcourt

Cette bande dessinée allie aventure, originalité, humour et panache pour le plus grand plaisir du lecteur ! Ses personnages principaux, l'hidalgo  Villalobos et Monsieur de Maupertuis, sont deux fiers gentilshommes fins bretteurs, aussi doués pour les alexandrins que pour la bagarre.

Une chasse au trésor pleine de péripéties éloigne nos héros des demoiselles de leurs pensées, l'une rêveuse et délicate, l'autre fière et passionnée. Elle les mène bien plus loin que le lecteur ne l'aurait imaginé...

Je n'en dirai pas trop pour ne pas gâcher la lecture, sachez seulement que leur quête suivra les pas de l'extraordinaire Cyrano de Bergerac...
Un pur régal !
Aline

14/07/2011

Héroïc fantasy ou Science-fiction ?

Les yeux d'Opale
Bénédicte Taffin.- Gallimard jeunesse, sept. 2010.


L'auteur mêle avec habileté deux histoires, l'une de fantasy, l'autre de science-fiction, jusqu'à n'en faire plus qu'une, passionnante :

- Sur Opale, dans le royaume médiéval de Kindar, la princesse Héléa accède au trône après le décès tragique de son père et la disparition de son frère, le prince héritier Sylfin. Méprisée et menacée par les seigneurs du royaume à cause de son ascendance "chimar" (mutante), elle décide de leur livrer bataille.

- Sur Onyx, Angus, épris de liberté, prend part avec d'autres rebelles à l'organisation d'une expédition secrète visant à échapper à l'emprise des Intelligences Artificielles qui les contrôlent, et à s'établir sur une planète encore non terraformée.
Leur vaisseau effectue un atterrissage en catastrophe sur la planète Opale en plein coeur de la bataille médiévale !

Le lecteur découvre peu à peu les deux sociétés, avec leurs règles et leurs coutumes. Les personnages sont complexes et attachants, tous ont des rêves, des envies contradictoires. L'arrivée des Onyxiens, frustrés de se retrouver sur une planète habitée,  bouleverse l'ordre politique et social d'Opale. Les intrigues sont nombreuses, aussi bien à l'intérieur d'un peuple, comme le complot visant à éliminer Héléa, ou l'opposition entre plusieurs factions à l'intérieur du vaisseau spatial, mais aussi entre les différents peuples. Des alliances se créent, d'autres se défont. Les héros ne connaissent pas de répit, et le lecteur non plus...

Mais la rencontre des deux mondes n'est peut-être pas un pur hasard...

J'attends le second tome avec impatience ! Aline

23/06/2011

Prix des lecteurs

PRIX  MES-SOU-THU

     3 villages, 1 prix des lecteurs !

  

Le 28 mai, les résultats du prix ont été annoncés à Messimy, en présence d'une cinquantaine d'élus et de lecteurs.

 

Les lecteurs de Messimy, Soucieu-en-Jarrest et Thurins ont voté pour les romans :

1er

Les chaussures italiennes

de Henning MANKELL

2ème

La chambre des vies oubliées 

de Stella DUFFY

 

…et les Bandes Dessinées,

1er ex-aequo

Quelques jours ensemble

de MONTGERMONT et ALCANTE

Lulu, femme nue (2 tomes)

d'Etienne DAVODEAU

 

Ce prix était l'occasion, pour plusieurs lecteurs, de renouer avec les bandes dessinées, et de constater leur richesse et leur diversité.

 

 17:29 Publié dans Animation | Lien permanent | Commentaires

21/06/2011

Neige

Neige,   de Maxence FERMINE

Encres et dessins de Georges Lemoine

Réédité chez Arléa en 2010

 

Au Japon, à la fin du XIXème siècle, le jeune Yuko s’adonne à l’art difficile du haïku. Afin de perfectionner son art, il traverse la chaîne montagneuse pour rencontrer un maître. Les deux hommes vont alors nouer une relation étrange, où flotte l’image obsédante d’une femme disparue dans les neiges.

 

"C’était une nuit de pleine lune, on y voyait comme en plein jour. Une armée de nuages aussi cotonneux que des flocons vint masquer le ciel. Ils étaient des milliers de guerriers blancs à prendre possession du ciel. C’était l’armée de la neige."

 

Ce livre est un bijou, très agréable à feuilleter, grâce à la mise en page, aux encres et dessins. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire et le relire. Les différents paragraphes sont des poèmes, avec comme fil conducteur la neige, l’amitié, l’amour et la couleur.

 

"La neige est un poème, un poème d’une blancheur éclatante… Là où vivait Yuko, la neige était la poésie de l’hiver."

"L’enseignement du maître ne ressemblait à nul autre. Le premier matin de cours, près de la rivière encore baignée de l’aube, il demanda à Yuko de fermer les yeux et d’imaginer la couleur.

-La couleur n’est pas au dehors. Elle est en soi. Seule la lumière est dehors, dit-il. Que vois-tu ?"

 

Pour rêver à l’ombre cet été.

Ginette

 

Maxence Fermine est né en 1968 à Albertville.

Il a écrit quasiment un roman par an depuis 1999, dont L’apiculteur (2000) et Amazone (2004) qui ont été primés.

 

Aline a beaucoup aimé Opium (2002) : quête d’un Anglais en Chine, en 1838, pour accéder aux secrets du thé blanc. Aidé par un ami irlandais, il arrive enfin aux jardins secrets, mais au bout du voyage, c’est l’amour et l’opium qu’il rencontre…