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08/03/2011

La couleur des sentiments

La couleur des sentiments, Kathryn STOCKETT,    Editions J. Chambon, 2010

Un titre bien choisi et un vrai coup de coeur!


Le roman débute comme sa couverture illustrée, avec des bonnes noires comme au  temps de Scarlet ... Sauf que les maîtresses en question sont  des américaines modernes des années 60 ... De jeunes dames  de bonne société qui donnent leur argenterie à briquer, leurs gosses à élever, leur  chemisiers plissés à amidonner  chaque jour à leurs bonnes noires en uniforme...   Des américaines blanches, lisses et terrifiantes de racisme... à l'heure du thé. Et si les bonnes parlaient? Leur arme sera l'écriture et le lecteur suit avec passion les liens forts qui se tissent autour d'un  livre , lequel s'écrira dans la clandestinité... Il ne faut pas en dire plus, le style  est simple certes, mais l'histoire est belle et on ne la lâche plus:solidaire,  tremblant pour elles,  héroïnes dans une vie ordinaire, oui ... jusqu'à la dernière ligne.

Sylvie

 

02/01/2011

Super polar

Little Bird,   Craig JOHNSON,    Gallmeister, avril 2009

Walt Longmire, shérif d'Absaroka dans le Wyoming, connaît bien les habitants du comté et gère la police locale avec un mélange d'efficacité et de bonhommie.

En fin de carrière, légèrement dépressif depuis la mort de sa femme, il a sur le coeur une affaire remontant à deux ans : le viol collectif d'une jeune indienne déficiente mentale, Melissa Little Bird. Les quatre coupables, des blancs, ont été arrêtés et jugés, mais leur condamnation anormalement légère a entraîné de graves frustrations dans la communauté indienne.

Lorsqu'on annonce au shérif la découverte d'un cadavre près de la réserve Cheyenne, il s'attend à une histoire sans conséquence de mouton crevé... mais la victime n'est autre que Cody Pritchard, l'un des jeunes violeurs ! Il lui faut enquêter non seulement pour trouver le tueur, mais aussi pour empêcher que la vengeance ne s'étende aux trois autres jeunes. Hélas, il est impliqué lui-même avec la plupart des suspects, dont son meilleur ami, Henry Standing Bear, oncle de Melissa et tireur d'élite.

Un très bon polar, repéré sur le blog de lecture d'Amanda Meyre ou je me fournis souvent en suggestions de lectures. J'ai aimé les paysages rudes et splendides et les personnages attachants, surtout Walt, tolérant et compréhensif, trait d'union entre les communautés... J'espère que les quatre autres tomes de la série Walt Longmire sont du même tabac !

Aline

02/11/2010

Un océan de pavots

Un océan de pavots,   Amitav GHOSH     R. LAFFONT (Pavillons), 2010

Le premier volet de cette grande fresque se situe principalement dans le nord de l'Inde, de Bénares à Calcutta, en1838. Les Anglais règnent en maîtres. Ils ont imposé dans les campagnes indiennes la culture du pavot -dont ils fixent eux-même le cours- au détriment des cultures vivrières, ce qui réduit les paysans à une extrême misère. Brutes et profiteurs sont présents à tous les niveaux, et l'extrême mépris des anglais pour les peuples colonisés, qu'il s'agisse des indiens ou des chinois, est frappant !!!

Amitav Ghosh se penche avec humanité sur le destin de nombreux personnages réunis par le destin à bord de l'Ibis, ancienne goélette de transport d'esclaves réaménagée (si peu !) pour convoyer des déportés et des travailleurs indiens "volontaires" à destination de l'Ile Maurice, autre colonie anglaise en mal de main d'oeuvre.

L'équipage est un ramassis hétéroclite de lascars de toutes origines et religions, et les "passagers", soumis à la toute-puissance des colons anglais ou de leurs représentants, tentent d'échapper à leur destin misérable. Une sorte de fraternité abolissant races, castes et religions s'établit entre les passagers de l'Ibis pour tenter de survivre au voyage sur les "Eaux noires", rendu d'autant plus périlleux que les officiers du bord, anglo-saxons, sont des brutes infatuées.

Roman d'aventure et fresque historico-sociologique, ce livre présente une galerie de portraits attachants : Zacharie Reid, sous-officier juste et apprécié des lascars, qui risque gros si son ascendance métisse était connue ; Deeti, paysanne hindoue ruinée par la culture du pavot et maltraitée par sa belle-famille, que le géant Kalua a tirée de justesse du bûcher funéraire de son mari ; le Raja Neel, érudit condamné aux travaux forcés par les anglais ; Paulette, orpheline française fuyant un mariage arrangé, et le matelot Jodu, son frère de lait, indien et musulman...

Malgré les nombreux personnages aux noms exotiques, je me suis imergée très vite dans l'ambiance et dans l'action du roman, et j'ai eu du mal à le poser... j'attends le tome 2 avec impatience.

Du même auteur, j'ai aussi beaucoup aimé Le palais des miroirs, et le pays des marées. Aline

22/09/2010

Vivement l'avenir !

Vivement l'avenir, Marie-Sabine ROGER     Le Rouergue, 2010

Schhuper...!vivement l'avenir.jpg

"Vivement l'avenir"... le ton est donné. 

 

Ce roman se démarque des décors et problématiques bourgeoises, ne serait-ce que par le style. Argotique parfois, imagé, drôle à coup sûr et jamais vulgaire. On finit même par adopter les chuintements de Roswell, alias « Neuneu » un des héros de cette histoire, polyhandicapé vieillissant plié tout de travers dans son fauteuil.

Le handicap est décrit de manière terriblement juste, avec une touche d’humour… inimitable.

 

Autour de « Neuneu » ( que sa famille voudrait bien égarer… comme le petit poucet)  gravitent des portraits à peine outranciers,  pleins de justesse, avec dépaysement garanti dans tous les cas ! Entre deux CDD et l’usine à poules les  héros désabusés carburent à la Kro. N’oublions pas Marlène presque  touchante en quadragénaire hystérique avec ses scènes de ménage, son fond de teint qui déborde, ses bonnets taille 100 G et ses rêves de princesse envolés…Cela finit par former une famille de bric et de broc, pas vraiment solidaire dans une histoire simple qui se lit très volontiers.

Sylvie

 

voir autre critique sur Cunéipage.

17/09/2010

Parfois un bon classique...

La promesse de l'aube, de Romain GARY

"Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais… Après cela chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur ce ne sont plus que des condoléances (… ) Partout où vous allez vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu…. "

 

 J'avais été frappée par ces quelques lignes de Romain Gary mises tout récemment en exergue au cinéma dans   « La Tête en friche ».  

 Je me suis donc plongée dans l’édition de poche de ce classique pour me prendre  très vite au  récit de cet amour excessif entre une mère russe et son fils. Comme toutes les grandes histoires,  celui-ci déborde de son cadre: poétique, philosophique, historique  (avec le récit des années d’escadrille durant la seconde guerre mondiale) ! 

 Bien sûr , ils nous paraissent incroyables  ces rêves maternels avec  leurs  valeurs d’un autre âge ( honneur, ambition, devoir patriotique…), mais  le ton de tendresse cynique dont use l'auteur rend  ce roman, paru en 1960,…indémodable. De plus ce récit  presque autobiographique égratigne les  poncifs  en matière de psychologie… là aussi, tant mieux ! Nous sommes parfois si présomptueux,  persuadés d’avoir tout déchiffré du devenir humain… 

  

 Bref, après avoir flâné sans conviction devant un tas de nouveautés alléchantes, j’ai enfin eu la certitude de tenir un livre rare... (on en lit deux tout au plus par an, non?)

Sylvie

31/08/2010

Derrière un comptoir de pressing

La chambre des vies oubliées,   Stella DUFFY     (Grasset, 2010)

 

Robert Sutton a passé quasiment toute sa vie dans sa blanchisserie, dans un quartier populaire du Sud de Londres. Lorsqu’il décide de vendre, c’est un jeune anglais d’origine pakistanaise qui se présente. S’ensuit une longue période de transmission, où le vieil homme s’ouvre peu à peu au jeune homme confiant.

 

Derrière son comptoir, Robert observe avec bienveillance tous les habitués de ce quartier multi-ethnique : une jeune Australienne au pair amoureuse de son patron, une ancienne infirmière sénile, un beau danseur, un poète jamaïcain, une aide familiale chaleureuse, un père de famille factotum des gangs locaux,…

 

Le blanchisseur connaît d’autant mieux la vie cachée de tous ces passants que le contenu oublié dans les poches des vêtements qu’on lui confie est souvent révélateur… Tous ces objets, sa mère avant lui, puis Robert, les ont stockés dans une pièce : "la chambre des vies oubliées ".

 

D’instants d’observation des passants en pensées fugitives, le lecteur se rapproche peu à peu des personnages, des gens ordinaires mais animés chacun d’une personnalité et d’une vie propre.  Très ancré dans la ville de Londres, c’est un beau roman sur les relations aux autres (ou leur inexistence) et sur la transmission.

 

Aline

 

 

24/08/2010

Le club des incorrigibles optimistes

Le Club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia   Albin-Michel, 2009

Jean-Michel Guenassia  fait revivre la période des années 60 à travers le récit de Michel  Marini, jeune adolescent de 12 ans. Deux histoires alternent, celle de sa famille, déchirée, et celle du Club des incorrigibles optimistes, qui réunit des exilés à Paris, passionnés par les échecs. Tous ou presque sont "passés à l'Ouest", pour changer de vie, pour échapper à une mort certaine, abandonnant définitivement femmes et enfants restés au pays.

Tout ceci sur fond de communisme, de guerre d'Algérie mais aussi de baby-foot, de rock'n' roll, d'amour et d'amitié.

On suit avec passion le destin, souvent tragique et poignant, de tous ces personnages attachants.

Un roman à lire absolument.

Annie

 

Le cuisinier

Le cuisinier,   Martin SUTER    C. Bourgeois, 2010  

Maravan, réfugié tamoul, travaille (illégalement) dans un restaurant suisse fréquenté par le monde de la presse et de la finance. Au Sri Lanka, il a appris de sa famille les préparations traditionnelles. En Suisse, il s'exerce à la cuisine moléculaire, en tentant chez lui des préparations sophistiquées. L'emprunt d'un ustensile de cuisine lui vaut d'être renvoyé du restaurant.

Avec sa jeune et belle collègue Andrea, il se lance alors dans la création d'une entreprise de restauration à domicile "Love Food", spécialisée dans la nourriture moléculaire ayurvédique et aphrodisiaque. Malheureusement pour lui, sa première tentative l'entraînera dans des négociations toujours plus âpres avec sa conscience.

Le chemin de Maravan croise celui de Dalmann, investisseur véreux toujours à l'affût d'occasions de s'enrichir. On pénètre dans le monde des affaires, de l'argent triomphant, des trafics d'armes, des guerres oubliées, des travailleurs clandestins, le tout avec en toile de fond le conflit des tigres tamouls.

Et bien sûr, le tout est agrémenté de recettes qui nous mettent l'eau à la bouche, avec tous les arômes de l'Inde du Sud et du Sri Lanka !

L'intrigue de ce roman bien documenté est captivante, le rythme enlevé. J'ai beaucoup aimé et ne peux que le recommander fortement.

Annie.

20/07/2010

D'autres vies que la mienne

D'autres vies que la mienne,   Emmanuel CARRERE     (P.O.L., 2009)

Rédigé en deux parties distinctes, mais qui entrent en résonnance, le livre m'a tout d'abord agacée par le nombrilisme affiché sans complexe par l'auteur. Je peinais à reprendre ma lecture lorsque j'avais dû l'interrompre... jusqu'à ce que la seconde partie me submerge !

En 2004, l'auteur et sa compagne se trouvaient au Sri-Lanka au moment du tsunami. Bien que leur hôtel ait été épargné par les flots, ils ont assisté aux suites de la catastrophe, et Hélène Carrère d'Encausse a soutenu de son mieux Delphine et Jérôme, dont la fille Juliette était morte sous la vague. Dans cette première partie, l'auteur se regarde regarder et se fustige de peu s'impliquer et ressentir. C'est sa façon s'observer en tant que spectateur, au lieu de vivre et de participer,  que j'ai trouvée dérangeante.

Dans la deuxième partie, l'auteur s'humanise. Touché de près par le décès de la soeur de sa compagne, jeune maman décédée d'un cancer, il décide de rassembler les témoignages pour raconter sa vie : juge à Vienne, luttant pour plus d'équité dans les affaires de surendettement, femme et mère épanouie.

Emmanuel Carrere présente un portrait touchant à l'attention de ces trois petites filles qui n'auront pas assez connu leur mère. Une leçon d'humanité et de courage, à laquelle j'ai été sensible.

Aline

23/05/2010

Peinture et folie

Le déluge,   Henry BAUCHAU    Actes Sud, mars 2010

En introduction, Florence, la narratrice, se présente : atteinte d'une grave maladie incurable, elle réalise après la mort de sa mère qu'elle ne "vivait pas sa propre vie", mais celle choisie par sa mère. Elle plaque donc son existence d'intellectuelle pour rejoindre ses amies en bord de mer. Sur le port, elle prend la défense d'un peintre vieillissant, réputé fou et pyromane, qui brûle ses toiles sitôt peintes. Cette rencontre va changer sa vie plus radicalement encore.deluge-bauchau.jpeg

Florian, peintre génial et vulnérable, a besoin de son aide. Florence, attirée par sa fragilité, fascinée par sa peinture, entre à son service, suit ses humeurs et prévient ses besoins. Tantôt muse, tantôt garde-fou, elle apprend par tâtonnements à le soutenir dans la démesure de son génie créateur. Mais qui aide qui ? De son côté, Florian lui donne beaucoup plus qu'elle n'aurait cru possible...

Florence et ses amis rassemblés autour de Florian, sont entraînés dans la folle entreprise de son grand-oeuvre, un déluge démesuré et libérateur.

Ce roman m'a littéralement happée, et je l'ai lu d'une seule traite. On assiste à l'enfantement d'une oeuvre d'art, on relativise la folie aussi... "Est-ce que nous n'avons pas tous nos moments de folie... Lui délire plus que les autres, c'est tout".

Sur des thèmes proches, j'avais aussi beaucoup aimé, du même auteur, L'enfant bleu.

Henry Bauchau est un Maître, lui aussi. Aline