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01/08/2011

Des bulles et des alexandrins

De cape et de crocs
BD de Alain Ayrolles et Jean-Luc Masbou
9 tomes parus chez Delcourt

Cette bande dessinée allie aventure, originalité, humour et panache pour le plus grand plaisir du lecteur ! Ses personnages principaux, l'hidalgo  Villalobos et Monsieur de Maupertuis, sont deux fiers gentilshommes fins bretteurs, aussi doués pour les alexandrins que pour la bagarre.

Une chasse au trésor pleine de péripéties éloigne nos héros des demoiselles de leurs pensées, l'une rêveuse et délicate, l'autre fière et passionnée. Elle les mène bien plus loin que le lecteur ne l'aurait imaginé...

Je n'en dirai pas trop pour ne pas gâcher la lecture, sachez seulement que leur quête suivra les pas de l'extraordinaire Cyrano de Bergerac...
Un pur régal !
Aline

14/07/2011

Héroïc fantasy ou Science-fiction ?

Les yeux d'Opale
Bénédicte Taffin.- Gallimard jeunesse, sept. 2010.


L'auteur mêle avec habileté deux histoires, l'une de fantasy, l'autre de science-fiction, jusqu'à n'en faire plus qu'une, passionnante :

- Sur Opale, dans le royaume médiéval de Kindar, la princesse Héléa accède au trône après le décès tragique de son père et la disparition de son frère, le prince héritier Sylfin. Méprisée et menacée par les seigneurs du royaume à cause de son ascendance "chimar" (mutante), elle décide de leur livrer bataille.

- Sur Onyx, Angus, épris de liberté, prend part avec d'autres rebelles à l'organisation d'une expédition secrète visant à échapper à l'emprise des Intelligences Artificielles qui les contrôlent, et à s'établir sur une planète encore non terraformée.
Leur vaisseau effectue un atterrissage en catastrophe sur la planète Opale en plein coeur de la bataille médiévale !

Le lecteur découvre peu à peu les deux sociétés, avec leurs règles et leurs coutumes. Les personnages sont complexes et attachants, tous ont des rêves, des envies contradictoires. L'arrivée des Onyxiens, frustrés de se retrouver sur une planète habitée,  bouleverse l'ordre politique et social d'Opale. Les intrigues sont nombreuses, aussi bien à l'intérieur d'un peuple, comme le complot visant à éliminer Héléa, ou l'opposition entre plusieurs factions à l'intérieur du vaisseau spatial, mais aussi entre les différents peuples. Des alliances se créent, d'autres se défont. Les héros ne connaissent pas de répit, et le lecteur non plus...

Mais la rencontre des deux mondes n'est peut-être pas un pur hasard...

J'attends le second tome avec impatience ! Aline

23/06/2011

Prix des lecteurs

PRIX  MES-SOU-THU

     3 villages, 1 prix des lecteurs !

  

Le 28 mai, les résultats du prix ont été annoncés à Messimy, en présence d'une cinquantaine d'élus et de lecteurs.

 

Les lecteurs de Messimy, Soucieu-en-Jarrest et Thurins ont voté pour les romans :

1er

Les chaussures italiennes

de Henning MANKELL

2ème

La chambre des vies oubliées 

de Stella DUFFY

 

…et les Bandes Dessinées,

1er ex-aequo

Quelques jours ensemble

de MONTGERMONT et ALCANTE

Lulu, femme nue (2 tomes)

d'Etienne DAVODEAU

 

Ce prix était l'occasion, pour plusieurs lecteurs, de renouer avec les bandes dessinées, et de constater leur richesse et leur diversité.

 

 17:29 Publié dans Animation | Lien permanent | Commentaires

21/06/2011

Neige

Neige,   de Maxence FERMINE

Encres et dessins de Georges Lemoine

Réédité chez Arléa en 2010

 

Au Japon, à la fin du XIXème siècle, le jeune Yuko s’adonne à l’art difficile du haïku. Afin de perfectionner son art, il traverse la chaîne montagneuse pour rencontrer un maître. Les deux hommes vont alors nouer une relation étrange, où flotte l’image obsédante d’une femme disparue dans les neiges.

 

"C’était une nuit de pleine lune, on y voyait comme en plein jour. Une armée de nuages aussi cotonneux que des flocons vint masquer le ciel. Ils étaient des milliers de guerriers blancs à prendre possession du ciel. C’était l’armée de la neige."

 

Ce livre est un bijou, très agréable à feuilleter, grâce à la mise en page, aux encres et dessins. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire et le relire. Les différents paragraphes sont des poèmes, avec comme fil conducteur la neige, l’amitié, l’amour et la couleur.

 

"La neige est un poème, un poème d’une blancheur éclatante… Là où vivait Yuko, la neige était la poésie de l’hiver."

"L’enseignement du maître ne ressemblait à nul autre. Le premier matin de cours, près de la rivière encore baignée de l’aube, il demanda à Yuko de fermer les yeux et d’imaginer la couleur.

-La couleur n’est pas au dehors. Elle est en soi. Seule la lumière est dehors, dit-il. Que vois-tu ?"

 

Pour rêver à l’ombre cet été.

Ginette

 

Maxence Fermine est né en 1968 à Albertville.

Il a écrit quasiment un roman par an depuis 1999, dont L’apiculteur (2000) et Amazone (2004) qui ont été primés.

 

Aline a beaucoup aimé Opium (2002) : quête d’un Anglais en Chine, en 1838, pour accéder aux secrets du thé blanc. Aidé par un ami irlandais, il arrive enfin aux jardins secrets, mais au bout du voyage, c’est l’amour et l’opium qu’il rencontre…

 

08/03/2011

La couleur des sentiments

La couleur des sentiments, Kathryn STOCKETT,    Editions J. Chambon, 2010

Un titre bien choisi et un vrai coup de coeur!


Le roman débute comme sa couverture illustrée, avec des bonnes noires comme au  temps de Scarlet ... Sauf que les maîtresses en question sont  des américaines modernes des années 60 ... De jeunes dames  de bonne société qui donnent leur argenterie à briquer, leurs gosses à élever, leur  chemisiers plissés à amidonner  chaque jour à leurs bonnes noires en uniforme...   Des américaines blanches, lisses et terrifiantes de racisme... à l'heure du thé. Et si les bonnes parlaient? Leur arme sera l'écriture et le lecteur suit avec passion les liens forts qui se tissent autour d'un  livre , lequel s'écrira dans la clandestinité... Il ne faut pas en dire plus, le style  est simple certes, mais l'histoire est belle et on ne la lâche plus:solidaire,  tremblant pour elles,  héroïnes dans une vie ordinaire, oui ... jusqu'à la dernière ligne.

Sylvie

 

02/01/2011

Super polar

Little Bird,   Craig JOHNSON,    Gallmeister, avril 2009

Walt Longmire, shérif d'Absaroka dans le Wyoming, connaît bien les habitants du comté et gère la police locale avec un mélange d'efficacité et de bonhommie.

En fin de carrière, légèrement dépressif depuis la mort de sa femme, il a sur le coeur une affaire remontant à deux ans : le viol collectif d'une jeune indienne déficiente mentale, Melissa Little Bird. Les quatre coupables, des blancs, ont été arrêtés et jugés, mais leur condamnation anormalement légère a entraîné de graves frustrations dans la communauté indienne.

Lorsqu'on annonce au shérif la découverte d'un cadavre près de la réserve Cheyenne, il s'attend à une histoire sans conséquence de mouton crevé... mais la victime n'est autre que Cody Pritchard, l'un des jeunes violeurs ! Il lui faut enquêter non seulement pour trouver le tueur, mais aussi pour empêcher que la vengeance ne s'étende aux trois autres jeunes. Hélas, il est impliqué lui-même avec la plupart des suspects, dont son meilleur ami, Henry Standing Bear, oncle de Melissa et tireur d'élite.

Un très bon polar, repéré sur le blog de lecture d'Amanda Meyre ou je me fournis souvent en suggestions de lectures. J'ai aimé les paysages rudes et splendides et les personnages attachants, surtout Walt, tolérant et compréhensif, trait d'union entre les communautés... J'espère que les quatre autres tomes de la série Walt Longmire sont du même tabac !

Aline

02/11/2010

Un océan de pavots

Un océan de pavots,   Amitav GHOSH     R. LAFFONT (Pavillons), 2010

Le premier volet de cette grande fresque se situe principalement dans le nord de l'Inde, de Bénares à Calcutta, en1838. Les Anglais règnent en maîtres. Ils ont imposé dans les campagnes indiennes la culture du pavot -dont ils fixent eux-même le cours- au détriment des cultures vivrières, ce qui réduit les paysans à une extrême misère. Brutes et profiteurs sont présents à tous les niveaux, et l'extrême mépris des anglais pour les peuples colonisés, qu'il s'agisse des indiens ou des chinois, est frappant !!!

Amitav Ghosh se penche avec humanité sur le destin de nombreux personnages réunis par le destin à bord de l'Ibis, ancienne goélette de transport d'esclaves réaménagée (si peu !) pour convoyer des déportés et des travailleurs indiens "volontaires" à destination de l'Ile Maurice, autre colonie anglaise en mal de main d'oeuvre.

L'équipage est un ramassis hétéroclite de lascars de toutes origines et religions, et les "passagers", soumis à la toute-puissance des colons anglais ou de leurs représentants, tentent d'échapper à leur destin misérable. Une sorte de fraternité abolissant races, castes et religions s'établit entre les passagers de l'Ibis pour tenter de survivre au voyage sur les "Eaux noires", rendu d'autant plus périlleux que les officiers du bord, anglo-saxons, sont des brutes infatuées.

Roman d'aventure et fresque historico-sociologique, ce livre présente une galerie de portraits attachants : Zacharie Reid, sous-officier juste et apprécié des lascars, qui risque gros si son ascendance métisse était connue ; Deeti, paysanne hindoue ruinée par la culture du pavot et maltraitée par sa belle-famille, que le géant Kalua a tirée de justesse du bûcher funéraire de son mari ; le Raja Neel, érudit condamné aux travaux forcés par les anglais ; Paulette, orpheline française fuyant un mariage arrangé, et le matelot Jodu, son frère de lait, indien et musulman...

Malgré les nombreux personnages aux noms exotiques, je me suis imergée très vite dans l'ambiance et dans l'action du roman, et j'ai eu du mal à le poser... j'attends le tome 2 avec impatience.

Du même auteur, j'ai aussi beaucoup aimé Le palais des miroirs, et le pays des marées. Aline

22/09/2010

Vivement l'avenir !

Vivement l'avenir, Marie-Sabine ROGER     Le Rouergue, 2010

Schhuper...!vivement l'avenir.jpg

"Vivement l'avenir"... le ton est donné. 

 

Ce roman se démarque des décors et problématiques bourgeoises, ne serait-ce que par le style. Argotique parfois, imagé, drôle à coup sûr et jamais vulgaire. On finit même par adopter les chuintements de Roswell, alias « Neuneu » un des héros de cette histoire, polyhandicapé vieillissant plié tout de travers dans son fauteuil.

Le handicap est décrit de manière terriblement juste, avec une touche d’humour… inimitable.

 

Autour de « Neuneu » ( que sa famille voudrait bien égarer… comme le petit poucet)  gravitent des portraits à peine outranciers,  pleins de justesse, avec dépaysement garanti dans tous les cas ! Entre deux CDD et l’usine à poules les  héros désabusés carburent à la Kro. N’oublions pas Marlène presque  touchante en quadragénaire hystérique avec ses scènes de ménage, son fond de teint qui déborde, ses bonnets taille 100 G et ses rêves de princesse envolés…Cela finit par former une famille de bric et de broc, pas vraiment solidaire dans une histoire simple qui se lit très volontiers.

Sylvie

 

voir autre critique sur Cunéipage.

17/09/2010

Parfois un bon classique...

La promesse de l'aube, de Romain GARY

"Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais… Après cela chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur ce ne sont plus que des condoléances (… ) Partout où vous allez vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu…. "

 

 J'avais été frappée par ces quelques lignes de Romain Gary mises tout récemment en exergue au cinéma dans   « La Tête en friche ».  

 Je me suis donc plongée dans l’édition de poche de ce classique pour me prendre  très vite au  récit de cet amour excessif entre une mère russe et son fils. Comme toutes les grandes histoires,  celui-ci déborde de son cadre: poétique, philosophique, historique  (avec le récit des années d’escadrille durant la seconde guerre mondiale) ! 

 Bien sûr , ils nous paraissent incroyables  ces rêves maternels avec  leurs  valeurs d’un autre âge ( honneur, ambition, devoir patriotique…), mais  le ton de tendresse cynique dont use l'auteur rend  ce roman, paru en 1960,…indémodable. De plus ce récit  presque autobiographique égratigne les  poncifs  en matière de psychologie… là aussi, tant mieux ! Nous sommes parfois si présomptueux,  persuadés d’avoir tout déchiffré du devenir humain… 

  

 Bref, après avoir flâné sans conviction devant un tas de nouveautés alléchantes, j’ai enfin eu la certitude de tenir un livre rare... (on en lit deux tout au plus par an, non?)

Sylvie

31/08/2010

Derrière un comptoir de pressing

La chambre des vies oubliées,   Stella DUFFY     (Grasset, 2010)

 

Robert Sutton a passé quasiment toute sa vie dans sa blanchisserie, dans un quartier populaire du Sud de Londres. Lorsqu’il décide de vendre, c’est un jeune anglais d’origine pakistanaise qui se présente. S’ensuit une longue période de transmission, où le vieil homme s’ouvre peu à peu au jeune homme confiant.

 

Derrière son comptoir, Robert observe avec bienveillance tous les habitués de ce quartier multi-ethnique : une jeune Australienne au pair amoureuse de son patron, une ancienne infirmière sénile, un beau danseur, un poète jamaïcain, une aide familiale chaleureuse, un père de famille factotum des gangs locaux,…

 

Le blanchisseur connaît d’autant mieux la vie cachée de tous ces passants que le contenu oublié dans les poches des vêtements qu’on lui confie est souvent révélateur… Tous ces objets, sa mère avant lui, puis Robert, les ont stockés dans une pièce : "la chambre des vies oubliées ".

 

D’instants d’observation des passants en pensées fugitives, le lecteur se rapproche peu à peu des personnages, des gens ordinaires mais animés chacun d’une personnalité et d’une vie propre.  Très ancré dans la ville de Londres, c’est un beau roman sur les relations aux autres (ou leur inexistence) et sur la transmission.

 

Aline