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24/08/2010

Le club des incorrigibles optimistes

Le Club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia   Albin-Michel, 2009

Jean-Michel Guenassia  fait revivre la période des années 60 à travers le récit de Michel  Marini, jeune adolescent de 12 ans. Deux histoires alternent, celle de sa famille, déchirée, et celle du Club des incorrigibles optimistes, qui réunit des exilés à Paris, passionnés par les échecs. Tous ou presque sont "passés à l'Ouest", pour changer de vie, pour échapper à une mort certaine, abandonnant définitivement femmes et enfants restés au pays.

Tout ceci sur fond de communisme, de guerre d'Algérie mais aussi de baby-foot, de rock'n' roll, d'amour et d'amitié.

On suit avec passion le destin, souvent tragique et poignant, de tous ces personnages attachants.

Un roman à lire absolument.

Annie

 

Le cuisinier

Le cuisinier,   Martin SUTER    C. Bourgeois, 2010  

Maravan, réfugié tamoul, travaille (illégalement) dans un restaurant suisse fréquenté par le monde de la presse et de la finance. Au Sri Lanka, il a appris de sa famille les préparations traditionnelles. En Suisse, il s'exerce à la cuisine moléculaire, en tentant chez lui des préparations sophistiquées. L'emprunt d'un ustensile de cuisine lui vaut d'être renvoyé du restaurant.

Avec sa jeune et belle collègue Andrea, il se lance alors dans la création d'une entreprise de restauration à domicile "Love Food", spécialisée dans la nourriture moléculaire ayurvédique et aphrodisiaque. Malheureusement pour lui, sa première tentative l'entraînera dans des négociations toujours plus âpres avec sa conscience.

Le chemin de Maravan croise celui de Dalmann, investisseur véreux toujours à l'affût d'occasions de s'enrichir. On pénètre dans le monde des affaires, de l'argent triomphant, des trafics d'armes, des guerres oubliées, des travailleurs clandestins, le tout avec en toile de fond le conflit des tigres tamouls.

Et bien sûr, le tout est agrémenté de recettes qui nous mettent l'eau à la bouche, avec tous les arômes de l'Inde du Sud et du Sri Lanka !

L'intrigue de ce roman bien documenté est captivante, le rythme enlevé. J'ai beaucoup aimé et ne peux que le recommander fortement.

Annie.

20/07/2010

D'autres vies que la mienne

D'autres vies que la mienne,   Emmanuel CARRERE     (P.O.L., 2009)

Rédigé en deux parties distinctes, mais qui entrent en résonnance, le livre m'a tout d'abord agacée par le nombrilisme affiché sans complexe par l'auteur. Je peinais à reprendre ma lecture lorsque j'avais dû l'interrompre... jusqu'à ce que la seconde partie me submerge !

En 2004, l'auteur et sa compagne se trouvaient au Sri-Lanka au moment du tsunami. Bien que leur hôtel ait été épargné par les flots, ils ont assisté aux suites de la catastrophe, et Hélène Carrère d'Encausse a soutenu de son mieux Delphine et Jérôme, dont la fille Juliette était morte sous la vague. Dans cette première partie, l'auteur se regarde regarder et se fustige de peu s'impliquer et ressentir. C'est sa façon s'observer en tant que spectateur, au lieu de vivre et de participer,  que j'ai trouvée dérangeante.

Dans la deuxième partie, l'auteur s'humanise. Touché de près par le décès de la soeur de sa compagne, jeune maman décédée d'un cancer, il décide de rassembler les témoignages pour raconter sa vie : juge à Vienne, luttant pour plus d'équité dans les affaires de surendettement, femme et mère épanouie.

Emmanuel Carrere présente un portrait touchant à l'attention de ces trois petites filles qui n'auront pas assez connu leur mère. Une leçon d'humanité et de courage, à laquelle j'ai été sensible.

Aline

23/05/2010

Peinture et folie

Le déluge,   Henry BAUCHAU    Actes Sud, mars 2010

En introduction, Florence, la narratrice, se présente : atteinte d'une grave maladie incurable, elle réalise après la mort de sa mère qu'elle ne "vivait pas sa propre vie", mais celle choisie par sa mère. Elle plaque donc son existence d'intellectuelle pour rejoindre ses amies en bord de mer. Sur le port, elle prend la défense d'un peintre vieillissant, réputé fou et pyromane, qui brûle ses toiles sitôt peintes. Cette rencontre va changer sa vie plus radicalement encore.deluge-bauchau.jpeg

Florian, peintre génial et vulnérable, a besoin de son aide. Florence, attirée par sa fragilité, fascinée par sa peinture, entre à son service, suit ses humeurs et prévient ses besoins. Tantôt muse, tantôt garde-fou, elle apprend par tâtonnements à le soutenir dans la démesure de son génie créateur. Mais qui aide qui ? De son côté, Florian lui donne beaucoup plus qu'elle n'aurait cru possible...

Florence et ses amis rassemblés autour de Florian, sont entraînés dans la folle entreprise de son grand-oeuvre, un déluge démesuré et libérateur.

Ce roman m'a littéralement happée, et je l'ai lu d'une seule traite. On assiste à l'enfantement d'une oeuvre d'art, on relativise la folie aussi... "Est-ce que nous n'avons pas tous nos moments de folie... Lui délire plus que les autres, c'est tout".

Sur des thèmes proches, j'avais aussi beaucoup aimé, du même auteur, L'enfant bleu.

Henry Bauchau est un Maître, lui aussi. Aline

04/05/2010

Orages ordinaires

Orages ordinaires,   de William BOYD   orages.jpg

Le Seuil, 2010

 

Pour échapper à une accusation de meurtre, le climatologue Adam Kindred, éminent professeur, se retrouve sans domicile fixe, sous un pont de Londres.

 

Luttant pour sa survie, il se retrouve aux prises avec une multinationale pharmaceutique aux méthodes peu orthodoxes. Comment parviendra-t-il à remonter la pente ?

 

Amitié, amour, suspense et coïncidences tiennent le lecteur en haleine. Mais l’attrait du roman tient aussi aux portraits remarquables ébauchés par l’auteur : patrons, immigrés, lords désargentés,…

 

Coup de cœur de Marie-Claire

14/04/2010

Prix littéraires

affranchis.jpgPrix Lucioles 2010

Les sélections littéraires de la librairie Lucioles de Vienne sont généralement très bonnes, aussi suivons-nous ses prix avec attention.

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Le Prix Lucioles des libraires a été attribué à  "Terre des affranchis" de Liliana LAZAR, et le Prix Lucioles des lecteurs à "Julius Winsome" de Gérad DONOVAN.

Ces deux romans sont disponibles à la bibliothèque, Julius Winsome avait également fait partie de nos coups de coeur ! (voir la critique).

Pour en savoir plus, consulter le site de la librairie Lucioles.

23/03/2010

Entre ciel et terre

Entre ciel et terre,   Jón Kalman STEFÁNSON

Gallimard, 2010

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Ce récit nous fait partager la vie âpre et rustique des marins pêcheurs d’Islande.

Barđur et « le garçon » fournissent leur part de travail, mais détonnent dans la baraque des pêcheurs de morue, à cause de leur passion pour les livres et la poésie.

 

Mais est-il bien prudent de rêver dans cet univers où la mer avale parfois par caprice une barque à 6 rames et son équipage, où une paire de bottes « américaines » gardant les pieds au sec représente le but d’une vie de labeur, et où une vareuse peut faire la différence entre la vie et la mort…

 

« Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts… » (p. 68)

 

« … mais les mots n’offrent malheureusement qu’un abri bien frêle face au vent venu du pôle qui transperce tout et s’immisce dans la chair et, dans ces moments-là, un vêtement de mer passablement étanche vaut mille fois tous les recueils de poésie du monde. » (p. 74)

 

Plus d'une fois, en cheminant avec "le garçon", le lecteur se demande ce qui est nécessaire à la vie et lui donne du goût.

Aline

14/01/2010

policier et psychanalyse...

L’interprétation des meurtres,  Jed RUBENFELD

Panama, 2008

 

New York, 1909, la ville est en pleine expansion, les entrepreneurs rivalisent pour construire des immeubles toujours plus hauts, plus beaux, des ponts gigantesques sur le fleuve,…

Freud débarque avec ses disciples à New York, où il est attendu  pour une série de conférences. Ses disciples, européens et américains, se disputent son attention, tandis qu’un mystérieux triumvirat semble mener une campagne de dénigrement contre la psychanalyse  et ses théories «honteusement sexuelles ».

 

Dans ce contexte, une jeune femme est retrouvée morte, sévèrement flagellée, dans une suite du luxueux Balmoral. Le lendemain, la belle demoiselle Acton est agressée de la même manière. Elle s’en tire, mais perd la parole et la mémoire, et doit suivre un traitement avec Younger, un jeune psychanalyste américain de bonne famille qui n’est pas insensible à ses charmes.

 

L’enquête est menée parallèlement par la police, représentée par un médecin légiste et un jeune lieutenant, et par Younger. Tous échafaudent des théories, qui ne tiennent pas, car les personnages sont plus complexes qu’il n’y parait…

Younger parviendra-t-il à sauver la belle demoiselle ? Qui trouvera l’assassin, la police ou le psy ? Freud fera-t-il ses conférences ? Jung est-il vraiment sain d’esprit ?

 

Un roman policier peu sanglant, plutôt axé sur la psychologie des personnages et l’ambiance, dans un contexte social bien rendu.

Aline

02/01/2010

Pauvreté

un Coup de coeur... mais ce n'est pas pour un roman... il s'agit de la revue L'HISTOIRE : "Les pauvres de Job à Martin Hirsch" Numéro spécial Janvier 2010

A l’heure du réveillon et de la dinde farcie, ce petit fascicule sur la pauvreté aurait le mérite de réveiller nos consciences avec l’aiguillon intellectuel qui caractérise les travaux menés par des chercheurs rigoureux, à l’écart d’un "prêt à penser"...

Sur la question des rapports Nord Sud, d’abord. Et si cette notion généreuse de "développement durable" dissimulait une volonté d’hégémonie des pays du Nord, imposant un nouveau modèle de développement où la question environnementale aurait pris la première place, au détriment des combats sociaux ? Brandir la menace des " désordres climatiques " futurs c’est aussi oublier que l’accès à l’eau potable, à une nourriture suffisante et à la sécurité déplace déjà des milliers de paysans du monde entier vers les zones industrialisées, rappelle Sylvie Brunel, ancienne présidente d’Action contre la Faim.

Concernant la pauvreté en Europe, le lecteur appréciera l’approche moins quantitative que qualitative. Pierre Rosanvallon, professeur au collège de France, nous rappelle que la solidarité ne constitue plus "un projet de société" (elle l’était, en revanche, au sortir des épreuves communes de la seconde guerre mondiale). Ainsi le mépris actuel pour les "assistés", "la passivité des pauvres" conduit à une "délégitimation" de la solidarité. Ce détricotage de la solidarité va de pair avec le regain des communautarismes: pour exemple, les non buveurs, non fumeurs ne paieront plus pour les consommateurs excessifs. Jusqu’à cet adage : " je suis solidaire de ceux qui conduisent aussi bien que moi, de ceux qui mangent cinq fruits et légumes par jour "… Alors le remède ? Il passe par le politique : " il faut à nouveau relier les individus, avant de parler de mesures économiques, le problème est de refaire le tissu démocratique ".

Mais ce ne sont que deux des articles de ce petit dossier remarquable…

Sylvie

Charleston Sud

Pat CONROY, Charleston Sud      Albin Michel, 2009

Récit d’amitié et hymne à la ville de Charleston (Caroline du Sud), ce long roman se situe sur une vingtaine d’années, de 1969 à 1989. Le narrateur, Léo King dit " Le crapaud ", se souvient de sa dernière année de lycée, qui a marqué un tournant décisif dans sa vie.

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Après une enfance marquée par le suicide de son grand frère adoré, des séjours en asile psychiatrique et en prison, Léo a toujours des relations difficiles avec sa mère mais il décide de reprendre sa vie en main et de s’ouvrir aux autres. A tous les autres, y compris ceux qu’il n’est pas censé fréquenter de trop près : orphelins, racaille blanche des Appalaches, noirs, belles du Sud et rejetons de l’aristocratie de la ville…

Léo, par sa gentillesse et son attention aux autres, devient le ciment de cette bande de copains qui défie toutes les barrières sociales et raciales, et dont l’immense amitié durera au delà des épreuves.

La galerie de personnages peut paraître excessive : trop de beauté, trop de dons, trop de tragédie… et pourtant l’écriture lyrique et soignée de Conroy en fait à la fois la chronique d'une époque et un récit passionnant et émouvant.

Le lecteur se laisse emporter par ce flot d’amitié, d’amour, mais aussi d’enfances brisées, de relations humaines complexes et de rebondissements.

Aline