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01/09/2009

Portrait de l'artiste en hors-la-loi

Portrait de l’artiste en hors-la-loi

Fiona CAPP

Actes Sud, 2009 (Antipodes)

 

Australie, fin du 19ème siècle.

Jemma Musk, jeune femme indépendante et déterminée, s’installe comme préceptrice à Wombat Hill, petite ville de l’arrière pays minier. Poursuivie par les assiduités d’un agent de police obsessif, elle lui préfère Gotardo, éleveur suisse-italien venu en Australie avec son troupeau et ses livres.

 

Peintre passionnée, admiratrice des impressionnistes, elle détonne dans cette communauté qui aspire à la respectabilité. A l’étroitesse d’esprit de la petite ville de province, l’auteur oppose l’ouverture des héros et de personnages secondaires, la chaleur de la communauté suisse-italienne, la confiance et l’estime dans le couple…

 

Après la naissance de sa fille Lucy, Jemma continue à peindre et à arpenter le bush, avec l’accord de son mari. Mais le sol de Wombat Hill -instable et dangereux, sapé par d’innombrables galeries minières- semble annonciateur de la fragilité de la vie de Jemma, sappée par la rumeur et l’obstination du policier.

Et la nature Australienne, un temps dominée et domestiquée, peut se montrer cruelle.

 

Lecture recommandée par Aline et Sylvie.

23/07/2009

Les naufragés de l'île Tromelin

Les naufragés de l'île Tromelin

Irène FRAIN

Michel Lafon, 2009

 

Roman de la mer et des marins du XVIIIème siècle faisant commerce des esclaves dans l'Océan Indien.

 

Leur navire s'échoue sur un îlot corallien hostile, le commandant en devient fou, le second admirable prend les choses en main, fait forer un puits, construire un bateau de fortune en moins de 2 mois. Mais celui-ci ne pourra embarquer que les Blancs, les esclaves sont donc abandonnés sur ce morceau de terre inhospitalière.

 

C'est ce drame -basé sur des faits réels- que la romancière retrace avec un grand talent de conteuse ; les vagues nous assaillent, nous sommes aspergés par les embruns, c'est le dépaysement assuré dans le temps et dans l'espace !!!

 

A lire aussi pour la belle leçon d'humanité.

A ne pas rater !!!

 

(nombreux compléments sur le Net : pourquoi ce nom donné à l'îlot ?)

 

Marie-Claire

17/07/2009

Cercle littéraire

Le cercle littéraire des amateurs                         

d’épluchures de patates                                 

Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

NIL, 2009

 

Si vous aimez retrouver une de ces familles d’adoption baroque et tendre, qui ne vous lâche plus, alors ce livre est pour vous. 

 

Moyennant quelques efforts  pour entrer dans cet échange épistolaire, l’histoire vous capte rapidement sur fond d’Occupation nazie pendant la seconde guerre mondiale.

L’île de Guernesey constitue un microcosme où l’on retrouve au quotidien  des  héros anonymes, d’autres  beaucoup  moins estimables, sous une plume vive et moqueuse.

 

Comme indiqué dans le titre,  la littérature est un prétexte, initialement  ces rencontres « littéraires » et secrètes  rassemblaient  quelques habitants affamés   (autour d’un bon vrai cochon clandestin). Nourricière, cette lecture  ne se prend jamais au sérieux mais  assure une fonction "vitale": un fermier s’est épris des œuvres d’un essayiste anglais du 19ème, son voisin a jeté son seul dévolu sur les écrits de Sénèque… Le tout est revisité avec humour et simplicité, en filigrane, la  petite communauté n’en vit pas moins son lot d’aventures  tragiques ou ...romantiques. 

 

Je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec le petit monde « des Déferlantes », l’insularité, dans ce livre aussi, est un privilège, celui d'une grande famille, avec du rire, des larmes et une petite brise de mer qui vous rend nostalgique en fermant ce petit récit fort bien ficelé, à la hauteur de son titre.

Savoureux.

 

Sylvie

05/05/2009

Au zénith

AU ZENITH - Duong Thu Huong

S. Wespieser, 2009

 

Un beau portrait romancé, poétique et politique

Si vous aimez le voyage, tant pour regarder à la vitre qu’approcher les âmes, alors vous surmonterez sans peine les presque 800 pages de ce roman traduit du vietnamien.

 

Le  livre s’ouvre avec le monologue  supposé du vieil Ho Chi Minh, dans un portrait très librement adapté. Duong Thu Huong peint un homme amer et attachant, trahi par l’immense machine communiste qu’il a servie toute sa vie et à laquelle il aurait sacrifié la compagne aimée. Les idéaux politiques ont accouché d’un régime cruel où les vieillards font figure d’humanistes modérés.

 

Selon la romancière en exil, les usurpateurs ont su faire leur terreau d’une tradition millénaire où les  affaires familiales se règlent en place publique, où rumeur et délation ligotent désir et volonté individuelle. Les brutes sont familières, épouse ou fils dans le cercle des dirigeants. Comment un  peuple peut-il s’aveugler sur ses enfants corrompus ?

 

La romancière ose une hypothèse surprenante: « C’est par angoisse de devenir une âme errante qu’on ferme les yeux sur la bassesse de sa descendance. Des générations de parents ont serré les dents pour supporter l’ingratitude de leur progéniture dans l’espoir qu’après leur mort, elle s’occuperait correctement des funérailles. » Voilà  une lecture pour bouleverser nos repères !

 

Sylvie

 

 

30/03/2009

Histoire d'un mariage

L’histoire d’un mariage, Andrew Sean GREER             L’Olivier, 2009

Raconté par Pearlie, ce récit est avant tout l'histoire de son amour avec le beau Holland, et de leur mariage : amoureux de jeunesse, séparés par la guerre, ils se sont retrouvés par hasard, puis mariés sur cette demande singulière de Holland : " j’ai besoin que tu te maries avec moi ".

Ménagère modèle, Pearlie veille sur son mari, jusqu’au jour où Charles Drumer, dit Buzz, débarque chez eux et distille le doute…

Riche de réflexions sur la " mé-compréhension ", sur la nécessité de dialoguer avec ceux qui comptent pour nous, le livre commence sur cet extrait :

" Nous croyons connaître ceux que nous aimons. Nos maris, nos femmes. Nous les connaissons, nous nous identifions à eux parfois. […] Mais ce que nous aimons se révèle n’être qu’une traduction approximative, notre propre traduction d’une langue mal connue. Nous tentons d’y percevoir l’original, le mari ou la femme véritables, mais nous n’y parvenons jamais. Nous avons tout vu. Mais qu’avons-nous vraiment compris ? "

Mais ce roman est aussi un portrait de l’Amérique des années 50, où la vie quotidienne est marquée du sceau du Maccarthysme, du procès Rosenberg, de la ségrégation raciale et de la guerre de Corée. Une critique de cette société minée par les peurs et les préjugés.

Le plaisir de lecture est d’autant plus grand que l’auteur a ménagé à ses lecteurs quelques surprises au fil des chapitres…

Aline

09/03/2009

Le sauveur

Le sauveur, Jo NESBØ                  Gallimard, Série Noire, 2007

 

Policier dans la veine des auteurs nordiques, traduit du norvégien, appartenant à la série des enquêtes menées par l’inspecteur Harry Hole.

 

Dès le début du roman, nous suivons les actions et les pensées de personnages aux intérêts opposés : plusieurs membres actifs de l’Armée du Salut, un tueur professionnel Croate, l’inspecteur Harry Hole et ses collègues de la police criminelle.

Malgré son efficacité, le tueur semble s’être trompé de cible, et tandis qu’il se démène pour respecter son contrat, Harry Hole et la police norvégienne tentent de protéger la victime présumée, dans un Oslo glacial et glissant de l’Avent, où les bénévoles de l'armée du Salut tentent de nourrir et de réchauffer mendiants et drogués. Un jeu du chat et de la souris, où le méchant n’est pas forcément celui qu’on croit.

 

Très bon policier, à la fois noir et humain.

Aline

02/01/2009

La Tête en friche

La Tête en friche, Marie-Sabine ROGER                               Le Rouergue, 2008 (La Brune)

Où un homme inculte rencontre une vieille dame sur un banc, et compte avec elle les pigeons du jardin public… amorçant ainsi une relation profonde et enrichissante pour tous deux.

En tant que bibliothécaire, j’ai bien sûr aimé cette histoire de découverte de la littérature par une personne qui n’y avait jamais eu accès : la surprise, le moment où il est " appâté " par " La Peste " de Camus, l’éclairage que lui apporte " La Promesse de l’aube " de Romain Gary sur ses relations avec sa mère,… Ah, le charme et la puissance des mots !

On trouve aussi des moments jubilatoires lorsque les copains de bistrot de Germain réalisent que leur benêt de service n’est pas aussi idiot qu’ils l’ont toujours cru. Le choc du garagiste " intello " du bar, déstabilisé lorsque Germain utilise du vocabulaire que lui même ignore !

Beaucoup d’affection aussi pour Margueritte, cette grand-mère adoptée sur le tard.

Marie-Sabine Roger passe ici avec sensibilité de la littérature jeunesse au roman adulte. Pas d’effets de manche, ni de processus d’écriture alambiqué : un roman facile à lire et attachant.

Aline

10/12/2008

Islande

Karitas, sans titre – de Kristin Marja BALDURSDOTTIR                   Gaïa, 2008

 

En 1915, la mère de Karitas  –dont le mari a disparu en mer-  décide de quitter la ferme familiale pour s’installer au port d’Akureyri, afin de gagner de quoi envoyer ses enfants à l’école. Karitas, la plus jeune des filles, s’occupera longtemps des tâches ménagères avant d’aller avec les femmes se brûler les mains à saler le hareng. Elle aura la chance de suivre l’école des beaux arts à Copenhague, mais peinera ensuite à concilier ses aspirations d’artiste et la dure vie sur la ferme isolée de son mari. Comment pourrait-elle se consacrer à l’art quand le plus bel homme d’Islande n’arrête pas de lui faire des enfants ?

 

C’est la rude Islande du siècle dernier que nous conte Kristin Marja Baldursdottir, au travers de la vie de Karitas.

La  vie quotidienne des femmes, toute de labeur, entre les naissances et la tenue des maisons. La beauté des fjords, l’hivernage en famille dans les fermes de tourbe et les fêtes de l’été. Les longues saisons de pêche sans les hommes, le salage du hareng, la chasse aux grands labbes…

Les chapîtres du récit alternent avec de courtes scènes de description, conçues comme des tableaux qu’aurait pu peindre son héroïne…

 

Comme l’annonce la 4ème de couverture, fidèle au livre, Karitas, Sans titre est une « magistrale reconstitution historique, sociale et humaine, située dans un décor époustouflant. Un destin [de femme] passionnée… ». Certes, je suis partiale : depuis un voyage de découverte de l’Islande, j’ai une affection particulière pour cette île et ses habitants. Mais même sans connaître le pays, je pense que ce livre est beau, fort et émouvant, et je le recommande à tous ! Ne vous laissez pas rebuter par les 500 pages roses…

 

Aline

 

 

 

15/10/2008

Le ventre de l'Atlantique

Le ventre de l'Atlantique   de Fatou DIOME   (née au Sénégal et vivant en France)   Carrière, 2003

Les jeunes Sénégalais rêvent de chateaux en Espagne et font de la France leur terre promise ; ils rêvent de venir en France en particulier pour devenir des vedettes du football à l'image de certains joueurs de l'équipe des  Bleus.

Salie jeune sénégalaise qui vit en France essaie de leur montrer les difficultés causées par la face cachée de l'immigration (papiers, chômage, climat , conditons de vie , de logement, etc...)  qui est souvent un leurre et une souffrance, ainsi que le problème posé à l'occasion d'un séjour dans son pays natal.

 

2 phrases extraites du livre traduisent  bien  à mon avis ce malaise :

 

...."En Europe, mes frères, vous êtes d'abord noirs, accessoirement citoyens, définitivement étrangers et ca n'est pas écrit dans la Constitution  mais certains le lisent sur votre peau"...

 

..." De quel droit me traitait -il d'étrangère alors que je lui avais présenté une carte d'identité similaire à la sienne?  Etrangère en France, j'étais accueillie comme telle dans mon propre pays : aussi illégitime avec ma carte de résident qu'avec ma carte d'identité"

 

Ce livre me fait penser à la chanson "Lili" de Piere Perret sur Lili, que j'adore.

 

Marie-France

 

 

07/10/2008

Le rapport de Brodeck

Le rapport de Brodeck, de Philippe CLAUDEL   Stock, 2007

Le métier de Brodeck consiste à établir de brèves notices sur l'état de la flore, des arbres, des saisons, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal. Le maréchal-ferrant du village lui demande de consigner les évènements de la guerre sans ajouter de détails inutiles.

A chaque chapitre, un personnage apparaît. "Bon" ou "mauvais" ? C'est la nature humaine qui se dépeint avec ce qu'elle a de meilleur et de pire. Le malaise persiste lorsque la dernière page se referme. L'écriture, les mots, ne peuvent que toucher et déranger.

A lire absolument. Prix Goncourt des lycéens 2007.

Martine