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10/11/2016

Prix M.O.T.S.

Le prix des lecteurs des 4 villages est de retour !

Embarquement et décollage immédiats

samedi 19 novembre à 10h30

à la bibliothèque Eclats de Lire

  prix des lecteurs

Bon voyage avec AIR M.O.T.S. !

et pour l'ambiance, la playlist qui s'évade...

 Learning to fly Pink Floyd - L’hôtesse de l’air Jacques Dutronc - Voyage , voyage Desireless  - On the road again Bernard Lavilliers - Sur la route de Memphis Eddy Mitchell - Lindberg Robert CharleboisIl voyage en solitaire Gérard Manset - Je pars  Nicolas Peyrac - New York avec toi  Téléphone / Jean Louis Aubert - Mobilis in Mobile L'affaire Louis' Trio - Les voyages en train Grand Corps Malade - African night flight David Bowie - Emmenez-moi  Charles Aznavour - Voyage  Charlotte Gainsbourg - Santiano Hugues Aufray - Road runner The Modern Lovers - The Passenger Iggy Pop - Allo Papa Tango Charlie Mort Shuman - Clandestino, Manu Chao - Voyage en Italie Lilicub - Mon copain Bismarck Nino Ferrer - Have love, will traell The Sonics - California Dreamin’, The Mamas and the Papas - Born to run, Bruce Springsteen - Alone in Kyoto, Air - Puisque vous partez en voyage Françoise Hardy - Comme un avion sans ailes Charlélie Couture - Orinoco flow Enya - Vesoul Jacques Brel - La nuit je mens Alain Bashung26 A (Clouds in the sky) The Nits -

06/11/2016

La route étroite vers le nord lointain

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Richard Flanagan

Actes Sud (Lettres des Antipodes), 2016

The Narrow Road to the Deep North

Man Booker Prize 2014

 

Un monde de rosée

et dans chaque goutte de rosée

un monde en lutte   (Issa)

 

Empruntant son titre à un récit de voyage du poète Bashō, et introduisant certains chapitres par des haïkus d’auteurs célèbres, l’auteur tisse d’emblée un lien avec la poésie japonaise. Son récit -a priori à l’opposé du haïku (court, contemplatif, aérien…)- en a pourtant l’intensité et la force évocatrice.

A 77 ans, Dorrigo Evans se regarde avec lucidité, sans concessions, et s’interroge sur l’emblème qu’il représente pour ses compatriotes australiens. « Sans s’expliquer pourquoi, il était devenu un héros de la guerre, un chirurgien réputé, le symbole officiel d’une époque et d’une tragédie, à qui l’on consacrait des biographies, des pièces de théâtre et des documentaires… Il se rendait compte qu’il partageait certains traits physiques, comportementaux et historiques du héros de guerre. Mais il n’en était pas un. Il avait simplement mieux réussi à vivre qu’à mourir, et il ne restait plus grand monde à pouvoir parler au nom des anciens prisonniers de guerre. » p. 28

« Perplexe devant le tour donné à son existence », il reprend les fils conducteurs de sa vie, à commencer par son amour lumineux pour l’épouse de son oncle, sans doute la force qui lui aura permis de survivre aux plus extrêmes privations.

Les pages les plus intenses concernent les années passées sur « La Ligne ». Prisonnier de guerre des Japonais au Siam depuis 1943, « C’était difficile, mais pas totalement insensé au début ».  Mais peu à peu, l’obsession japonaise pour la construction d’une ligne ferroviaire stratégique reliant Bangkok à la Birmanie (cf Le pont de la rivière Kwaï), alliée au manque de moyens, transforme les camps de prisonniers en camps de travail de la mort.

« Esclaves nus enchaînés à leur tronçon de la Ligne, sans rien d’autre que des cordes, des perches, des marteaux, des barres de fer, des paniers et des houes… ils avaient commencé à défricher la jungle pour la Ligne, à déblayer la terre pour la Ligne, à briser la roche pour la Ligne, à porter rails et traverses pour construire La ligne. Esclaves nus, ils étaient affamés, battus, et travaillaient au-delà de leurs forces sur la Ligne. Esclaves nus, ils avaient commencé à mourir pour la Ligne. »

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L'auteur offre une vision complexe du personnage de Nakamura, dirigeant japonais sans pitié du camp, fanatique et drogué, capable d’évoquer, la larme à l’œil, les plus beaux poèmes japonais, comme le merveilleux haïbun de Bashō « La route étroite vers le nord lointain », qui selon le colonel Kota, résume en un livre tout le génie de l’âme japonaise. D’où l’exergue du roman, comme un cri d’incompréhension : « Mère, ils écrivent des poèmes »  derrière lequel on pourrait ajouter : et pourtant, ils sont capables des pires atrocités ! Pour Nakamura, la fin justifie les moyens « L’enjeu, ce n’est pas seulement la voie ferrée, bien qu’il faille la construire. Ni même la guerre, bien qu’il faille la gagner. L’enjeu c’est d’apprendre aux Européens qu’ils ne sont pas la race supérieure. Et de nous convaincre que c’est nous. »

Réflexion profonde sur la fabrique d’un héros : Dorrigo, en tant que médecin militaire et qu’officier supérieur australien, tente de son mieux de protéger ses hommes, qui succombent aux mauvais traitements, et aux maladies causées par la malnutrition et l’épuisement.

« Big Fella se sentait beaucoup trop petit pour tout ce qu’on voulait lui faire porter. » Mais « on aurait dit qu’il fallait [aux hommes] un Grand Chef, et parce qu’ils en avaient désespérément besoin, leur respect croissant, leurs apartés à voix basse, l’idée qu’ils se faisaient de lui, tout cela le contraignait à se conduire comme celui qu’il savait ne pas être. On aurait dit qu’au lieu de les commander par l’exemple, c’étaient eux qui le commandaient par leur adulation. » p. 61

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Le récit regorge aussi de portraits extrêmement vivants et attachants : « Rabbit » Hendricks et ses dessins, Darky Gardiner « le Prince noir » et ses combines, etc. Squelettes ambulants couverts d’ulcères, chapeau militaire et pagne crasseux, la plupart des prisonniers d’Australie ou de Tasmanie s’entraident « Parce que le courage, la survie, l’amour, toutes ces choses n’étaient pas l’affaire d’un seul homme. Elles étaient l’affaire de tous, sinon elles mouraient et chaque homme avec elle ; ils avaient acquis la conviction qu’abandonner un homme, c’était s’abandonner eux-mêmes ».

« OK d’ac ! » selon l’expression du clairon Jimmy Bigelow.

Désolée, ma chronique est trop longue, mais prenez la peine de passer les premiers chapitres, pour vous accorder au rythme de l’auteur. Voilà un beau, un vrai roman, où la rédemption trouve aussi sa place, et qui vous laisse l’envie de le relire et d’en apprendre plus.

Aline

D’après mes recherches sur Internet, l’auteur semble s’être inspiré des récits de son père, ancien prisonnier de guerre survivant de "la Ligne", ainsi que de la vie du Lieutenant-Colonel E.E. ‘Weary’ Dunlop. De nombreux détails historiques sont regroupés sur ce site commémoratif du gouvernement australien The Thai–Burma Railway and Hellfire Pass.

12/09/2016

Big easy

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Big easy

Ruta Sepetys

Gallimard jeunesse, 2016, 454 p., 8.15

Traduit de l'anglais par Bee Formentelli

 

Josie, dit "Jo", est née en 1933 à la Nouvelle-Orléans. A 16 ans elle partage son temps entre femme de ménage dans une maison close où "exerce" sa mère et libraire dans la boutique de son ami Patrick. Nous sommes plongés dans les années 50 au milieu du quartier français où mafia, affaires louches et gens sans avenir se succèdent. Mais Josie veut plus que cela, son rêve est d'intégrer la prestigieuse université de Smith dans le nord du pays. Mais sa condition, son niveau de vie et ses petits moyens ne lui permettront peut-être pas d’atteindre son rêve. Surtout que sa mère disparaît en lui laissant une dette de 5 000 dollars.

Roman à la fois plein d'espoir et sombre, réflexion sur la condition des femmes en 1950 aux USA et sur l'héritage familial : on nait fille de famille riche, on a accès à l'éducation et à la culture ; on nait dans une famille pauvre, l'accès aux écoles devient difficile voire impossible, aucune autre issue que le petit travail (voire la prostitution); Josie va se battre contre cette fatalité.

En parallèle se mélangent les histoires d'amitié, d'amour, de confiance et d'entraide, porteuses de belles valeurs. Les personnages secondaires sont bien travaillés, on tombe sous le charme de l'homme à tout faire de la maison close d'une gentillesse inégalable, on s'étonne de la tenancière très protectrice et "seconde maman", on virevolte au rythme de la journées des "filles" toutes plus originales les unes que les autres et on fait balancer notre cœur entre le chauffeur de taxi baroudeur, Jesse, et le libraire, Patrick.

On adopte ce petit monde qui gravite autour de Josie. On s'attache et on est triste quand il est déjà l'heure de tourner la dernière page ...

Céline

24/08/2016

Hérétiques

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Leonardo Padura

Metailié (Bibliothèque Hispano-Américaine), 2014, 605 p., 23 €

 

Leonardo Padura, auteur cubain, nous fait voyager dans le temps et l'espace avec comme fil conducteur un tableau peint par Rembrandt. Le trait commun des personnages : l’attachement profond à la liberté individuelle face aux diktats imposés que ce soit par un gouvernement ou par une communauté.

En 1939 arrive à La Havane un paquebot en provenance de Hambourg, le St Louis. Il transporte de nombreux juifs qui fuient le régime nazi et pensent trouver refuge à Cuba. Parmi eux les parents et la sœur de Daniel Kaminski, jeune garçon parti de Cracovie quelques mois plus tôt et accueilli par son oncle Joseph. Cependant rien ne se passe comme prévu et malgré l'offre proposée par la famille de Daniel, un tableau peint par Rembrandt, ils ne peuvent quitter le bateau et repartent avec des centaines d'autres Juifs vers une mort certaine. Par contre le Rembrandt, ne repart pas et il réapparaît en 2007 lors d'une vente aux enchères à Londres.

C'est ainsi que Mario Condé, ex policier reconverti dans le commerce de livres anciens, est contacté par le fils de Daniel Kaminski, peintre américain à succès. Il veut comprendre comment et pourquoi ce fameux tableau, le sésame qui aurait dû sauver la vie de sa famille, se retrouve dans cette vente.

L'enquête palpitante menée par Condé met en avant 3 personnages, Daniel, Elias et Judith et 3 époques.

Cuba dans les années 1940 et 1950, et le parcours de Daniel Kaminsky, ballotté entre la fidélité à la tradition religieuse et l’assimilation à la société cubaine, jusqu’à son exil à Miami.

Amsterdam et le parcours d’Elias, un jeune Juif passionné par la peinture que Rembrandt accepte parmi ses assistants, et qui brave l’interdit qui pèse sur la figuration dans sa religion. Leonardo Padura évoque une partie de la vie de Rembrandt, sa conception de la peinture, ses difficultés financières et aussi la tolérance pratiquée à cette époque dans cette ville à l'inverse des pays voisins où la communauté juive est persécutée.

Cuba, au début du XXIe siècle et le parcours de Judith ; nous découvrons une jeunesse cubaine en plein désarroi qui rejette la société, se marginalise et est prête à se détruire au nom du non conformisme et de la liberté.

Condé est un personnage attachant qui se débat avec les difficultés de la vie quotidiennes, critique fortement le régime cubain (l'avenir radieux promis n'arrive jamais), a un regard désabusé sur la société, se pose des questions sur le sens de la vie. Heureusement il y a La Havane misérable, bruyante mais joyeuse, et ses copains chaleureux et bienveillants, toujours prêts à trinquer à la moindre occasion avec une bouteille de rhum (très mauvais), sans oublier sa compagne Tamara.

J'ai beaucoup aimé ce roman riche, complexe, passionnant qui est un un plaidoyer pour le libre arbitre et la liberté de pensée, quel que soit le prix à payer.

Annie

15/08/2016

Le grand marin

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Catherine Poulain

L’Olivier, 2016, 372 p., 19€

Quand un petit bout de femme aux fortes mains décide de devenir pêcheur en Alaska…

Partir comme une nécessité : Lili (alias Catherine Poulain) quitte Manosque les Plateaux, son sac au dos, pour le bout du monde. Sans carrure, sans expérience, mais dotée d’une volonté de fer, elle rêve de campagnes de pêche.

Se perdre dans l’action : A Kodiak, elle parvient à se faire embaucher pour la pêche à la morue noire, puis en flétan. Et voilà les heures de travail acharné sur le bateau qui s’enchaînent, le dur apprentissage, l’humidité, le sel, la fatigue, les blessures. Dans cette vie très rude, c’est le corps qui parle, Lili exulte dans la peine et l’épuisement des jours sans fin de pêche, dans l’excitation de l’urgence lorsque les palangres déversent leurs flots de poissons. Elle reste le moins possible à terre, où les seules occupations semblent être la boisson, la dope et le sexe.

Refuser toute concession : embauchée au rabais, à mi-part, Lili tient à faire ses preuves, dans les mêmes conditions que les hommes. Voire pire, car la camaraderie est difficile à établir et à maintenir dans ce milieu d’hommes. En compétition avec Simon, l’autre « green » (débutant), elle a une admiration sans bornes pour Jude le grand marin, « homme-lion » rugissant au regard doré sur le pont, mais épave au sol…

Ce récit âpre au goût de nécessité emporte complètement dans la réalité des campagnes de pêche. On vide les morues  avec Lili, on peine à soulever les flétans avec elle, on mange en cachette la laitance pour tenir, on sert les dents sur la douleur, on dort au sol dans un coin… On partage aussi son obsession de la liberté, tout en appréciant ses petites redditions face à l’homme qui affole son cœur et ses sens.

Très puissant ! Pour notre lectrice Valérie, c’est le Coup de cœur de l’année.

L’auteur a accordé une intéressante interview à France Inter  et à France Culture.

Aline

31/07/2016

Les étoiles s'éteignent à l'aube

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Richard WAGAMESE

Editions  Zoé (Ecrits d’ailleurs), 2016, 284 p., 20 €

Traduit de l’anglais Medicine Walk par Christine Raguet

Richard Wagamese, né en 1955, appartient à la nation amérindienne Ojibwé, originaire du nord-ouest de l’Ontario, et vit à Kamloops, en Colombie Britannique. Il a exercé comme journaliste et producteur pour la radio et la télévision, et est l’auteur de 13 livres publiés en anglais au Canada. Depuis 1991, il est régulièrement récompensé pour ses travaux journalistiques et littéraires. Les Etoiles s'éteignent à l'aube  est son premier roman traduit en français.

"Si tu apprends à devenir un homme bon, tu seras aussi un bon injun".

Elevé dans une ferme isolée par « le vieil homme », Franklin Starlight est un garçon calme et solitaire, appréciant le travail bien fait et la rigueur du mot juste. Rien de superflu chez ce jeune homme en accord avec  la nature sauvage qui l’environne, capable de chasser l’orignal ou de garder son calme face à un grizzly.

Réclamé par son père biologique, Eldon, il l’accompagne pour un dernier voyage dans l'arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique. En quête d’une forme de relation père/fils, Eldon tente d'expliquer sa vie, celle d’un métis indien sans racines,  et de faire comprendre à son fils pourquoi il n’a pas réussi à être un « vrai » père pour lui. Pendant ce temps, c’est le fils qui endosse le rôle du protecteur et de l’initiateur.

Dans ce roman court, à l’écriture forte et précise, l’auteur explore la relation père/fils, mais aussi la transmission (ou non) d’une culture indienne et d’un rapport privilégié à la nature.

Aline

29/06/2016

Le convoi de l'eau

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Akira Yoshimura

Actes Sud (lettres japonaises), 2009, 173p, 16,30 €

Traduit du japonais Mitzu no soretsu (1967) par Yutaka Makino

Un convoi d’ouvriers s’enfonce à pied dans la forêt, pour parvenir au cœur des montagnes, dans une vallée reculée où est prévue la construction d’un barrage hydroélectrique. Les ouvriers et leurs contremaitres campent aux abords d’un hameau ancestral  qui sera nécessairement englouti lors de la construction. Pour la plupart aveugles à la splendeur de la nature qui les entoure et hermétiques aux préoccupations des villageois, ils ne comprennent pas le monde qu’ils sont en train de détruire.

Le narrateur, un homme étrange, a signé ce dur contrat non pas pour le salaire alléchant, mais à la recherche d’une certaine sérénité,  poursuivi qu’il est par ses souvenirs de violence. Il semble le seul à s’émerveiller de la nature qui les  entoure, et à observer la vie patiente et obstinée de la communauté vouée à l’exil. La scène où les villageois réinstallent patiemment la couverture végétale sur leurs toitures après chaque ébranlement de dynamite est particulièrement marquante.

Ce court roman, étrange et envoûtant, exalte la nature encore sauvage, forêts, montagnes, sources d’eau chaude… et la résilience des paysans vivant en symbiose avec elle… (par opposition à la brutalité des citadins et profiteurs de tous poils, même si ce n’est pas nécessairement le propos de l’auteur.)

Aline

06/06/2016

La légende de Momotaro

conte,japon

La légende de Momotaro
Adapté par Margot REMY-VERDIER et illustré par Paul ECHEGOYEN
Marmaille & compagnie, 2016, 15 €

Dans une rivière de la région d’Okayama, une vieille femme lavait son linge lorsqu’une pêche énorme vint s’échouer entre ses mains. Au moment de la partager avec son mari, la pêche s’ouvrit, révélant à la place du noyau un minuscule garçon…
Cet enfant miraculeux grandit vite, doté d’une générosité hors du commun et d’une force extraordinaire, mise au service des autres. Sa réputation vint aux oreilles du seigneur, qui le chargea d’aller libérer l’île aux démons. Au cours de son voyage, il partagea ses gâteaux de riz avec un chien, puis un singe et un faisan qui devinrent ses amis et  l’aidèrent dans sa quête.

Momotaro sur l'île aux démons
Momotaro sur l'île aux démons © Paul Echegoyen

Momotaro est l’un des contes populaires les plus racontés au Japon. Cette adaptation sort du lot, par son français musical, mais surtout grâce à ses grandes illustrations pleine page, très abouties : baignés de culture japonaise, mais dans un style plutôt art déco,  les paysages sont splendides ! Leurs couleurs et leurs détails, qu’ils soient rivière, prairie, forêt, falaises ou île aux démons créent à chaque fois une ambiance, sur laquelle tranchent les personnages stylisés.

De plus, 3 pages « coulisses de l'album » permettent d’observer la technique de l'illustrateur, la composition des pages, la mise en couleurs etc.

Facile d’accès pour les petits, avec des personnages qui leur plaisent et des rebondissements, cet album-conte séduit aussi les adultes. Faites-vous plaisir !

Aline

07/05/2016

Retour à Oakpine

Etats-Unis, amitiéRetour à Oakpine

Ron CARLSON

Gallmeister (Nature Writing), 2016, 23.10 €, 281 p.

Traduit de Return to Oakpine par Sophie Aslanides

Anciens amis de lycée, à l’époque rapprochés par leur groupe de musique « Life on Earth », ils se sont peu –ou pas- vus pendant leur vie d’adultes. Certains ont passé toute leur vie à Oakpine, d’autres y reviennent, ramenés à la petite ville par les circonstances : Mason, fraîchement divorcé, rentre vendre la maison de ses parents ; Jimmy, malade, sait que le garage aménagé pour lui par sa mère sera sa dernière demeure…

Les souvenirs marquants renaissent, frais comme si la dernière année de lycée datait d’hier. C’est un temps de bilan pour les cinquantenaires mesurant le chemin parcouru ou le temps gâché. Autour de Jimmy, qui ne supporte même plus le poids de sa Fender sur les genoux, Life on Earth se reforme, enrichi par l’intégration de jeunes.

C’est aussi l’heure des derniers tournants, le moment de se sentir pleinement vivants, tandis que la génération suivante –la jeunesse dorée- est à son tour confrontée à ses premiers choix d’adultes.

L’auteur du Signal nous offre ici un roman empreint de tendresse et de nostalgie, que le lecteur aimerait faire durer pour profiter un peu plus longtemps de ces hommes forts au cœur tendre, de leur amitié, du bonheur du travail bien fait, des repas partagés, de l’ivresse de la course à pied, et du pouvoir de l’écriture.

Aline

27/04/2016

La cache

premier roman

La cache

Christophe BOLTANSKI

Stock (La Bleue), 2015, 20 €

Prix Femina 2015 et Prix des Prix littéraires

Quelle surprise à la lecture ! Le lecteur se retrouve sur un plateau de Cluedo, promené de pièce en pièce par  Boltanski pour reconstituer son histoire familiale : chaque chapitre porte le nom d’une pièce de la maison de ses grands-parents, depuis la voiture –extension du cocon protecteur- jusqu’au cœur de la maison, la chambre des grands-parents.

La famille vit en vase clos, autour de la grand-mère, fière et névrosée. Boitant des suites d’une polio, elle garde ses enfants et petits-enfants à proximité, ils sont ses soutiens, ses cannes. Tous dorment ensemble dans la grande chambre, casemate protégée par les verrous tirés !

p. 282 « Après nos jours, elle contrôlait nos nuits ».

Une vie en vase clos dont seul un des trois fils s’est échappé :

p. 295 « Le départ de son fils du cocon qu’elle a créé, échec incompréhensible vécu comme une trahison »… néanmoins compensée par l’empressement de Christophe, le petit-fils, à rejoindre le nid familial.

Par petites touches, le lecteur comprend que les névroses des grands-parents s’expliquent par les années de clandestinité vécues pendant l’occupation. Années où le grand-père, absent pour la milice, a vécu reclus dans son petit bureau aveugle, toujours prêt à plonger dans "la cache".

« Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la petite comme de la grande histoire. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »

L’écriture de Boltanski est extraordinaire. Maîtrisée, évocatrice, c’est un pur délice. En revanche, plusieurs lecteurs n’ont pas apprécié ce livre faute de récit : plus qu’un roman, c’est une collection organisée de souvenirs. S’il étonne par sa structure, et satisfait pleinement par sa qualité d’écriture, il laisse sur sa faim en ce qui concerne « l’histoire ».

Coup de cœur pour les uns, ennui féroce pours les autres ! Personnellement j’ai beaucoup aimé ce livre, j’aurais aimé pouvoir évoquer avec autant de finesse mon rapport à mes grands-parents, à travers le lieu où je les ai côtoyés, et savoir dire, comme l'auteur :

p. 274 « Je n’ai jamais été aussi heureux que dans cette maison ».

Aline