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08/04/2014

Générosité

générosité.gifRichard Powers aborde brillamment le thème de la génétique et pose notamment la question que nombre de chercheurs tentent de résoudre : pourra-t-on isoler un jour le gène du bonheur ?

"Ce qui m'intéresse, explique-t-il,c'est de comprendre comment le rationnel influence l'émotionnel, comment nos connaissances de plus en plus prométhéennes transforment peu à peu nos consciences et nos sentiments, comment les révolutions technologiques modifient nos façons d'être et de penser."

 

Thassa Amzwar, l'héroïne, respire la joie de vivre. Née en Kabylie, elle a fui la guerre civile, a perdu ses parents et s'est exilée à Paris avant de débarquer d'abord au Canada et ensuite à Chicago. A l'université, elle participe aux cours de « creative writing » dispensés par Russell Stone. Malgré les terribles épreuves qu'elle a endurées, c'est une jeune femme lumineuse, gaie, d'un optimisme à toute épreuve qui rayonne dans ce monde étudiant qui l'observe comme un oiseau rare. Comment se peut-t-il qu'elle possède cette joie permanente et communicative ? Russel Stone veut comprendre de même que Candace Weld une psychologue. Mais Thassa intéresse également Thomas Kurton, un chercheur, ardent partisan des manipulations génétiques, persuadé que le bien-être a une "nature chimique". Il rêve de se servir de la jeune femme pour étayer ses thèses et, pourquoi  pas, bidouiller des chromosomes qui, mieux que les antidépresseurs, seront autant de passeports pour la félicité. Cette hypothèse éveille l'intérêt des médias, mais aussi des hommes politiques et de l'industrie pharmaceutique qui impose sa loi. Thassa va alors être entraînée dans une aventure qui ne la laissera pas indemne.

 

Un roman qui parle de science et de conscience, de technologie et d'humanité et nous fait réfléchir sur le devenir des hommes.

A lire absolument.   Annie P.

 

Générosité 

Richard POWERS

Le Cherche-midi, 2011, 22 €

Traduit de l’américain par Jean-Yves Pellegrin

28/03/2014

Le héron et l'escargot

Une pétillante grenouille à pois verts nous narre l’histoire de l’escargot qui rêvait de voler dans l’azur et du héron qui voulait en faire son repas. Le héron laisse un répit à l’escargot et exauce sa dernière volonté : "caresser le céleste séjour, et glisser sur l’éther plutôt que sur la terre"… avant de laisser cours à son instinct.

 fable

Moralité : "Chacun habite sa place en ce monde : au ciel les volants, au sol les rampants… Les uns mangés, les autres mangeant. Cela nous désole, évidemment… Mais que faire contre cela ? La loi est dure, mais c’est la loi."

Fable savoureuse au vocabulaire très relevé, qui allie un texte déclamatoire à des pointes d’humour. Inspirées par les gravures d'antan, les illustrations sont superbes, les animaux dessinés avec une extrême précision, les décors au lavis, et les cadrages très variés. Les auteurs remettent la fable à l’honneur, le lecteur peut même imaginer une allusion au monde actuel, politique ou économique…

Splendide ! à lire et à déclamer ! Les adultes se régalent, et malgré le vocabulaire difficile, les enfants sont sensibles à la musicalité du texte et peuvent l’interpréter grâce aux illustrations.

Le héron et l’escargot : une fable
Marie-France Chevron et Mathilde Magnan
Editions courtes et longues, février 2013, 20 €

04/03/2014

Un monde beau, fou et cruel

afrique du sudLa première chose qui marque dans ce roman, c’est la plume poétique, évocatrice de Troy Blacklaws. Avant même de rentrer dans le récit, le lecteur est happé par les descriptions saisissantes de l'auteur :

 

« Un garçon mène une vache maigre, jaune pâle, le long d’une passerelle métallique au-dessus de l’autoroute N2 à la périphérie de la ville. La passerelle est entièrement grillagée pour empêcher les vaches cinglées de sauter et les garçons amers de lâcher des briques sur les automobiles qui dévorent le macadam au-dessous. Pour le garçon, cette liberté que Mandela a tant désirée, c’est une blague… »   « Sur le bord de la route, une dépanneuse, telle une mante religieuse morbide, rêve de sa prochaine victime. »

 

« l’apartheid reposait sur des panneaux indicateurs statiques, sans équivoque. Aujourd’hui, les pancartes changent tout le temps. Les mots inscrits s’effacent ou bien les panneaux sont de travers après que des taxis kamikazes ont percuté un poteau. Ils se transforment en toiture dans les bidonvilles ou bien, retournés, deviennent les enseignes d’un coiffeur, d’un débit de boissons clandestin ou d’un vendeur de cercueils d’occasion. Même les bornes kilométriques sont volées pour retenir les toiles de tente dans le vent hurlant du sud-est. Les noms des morts disparaissent des cimetières, les lettres en cuivre sont échangées contre de la drogue. L’époque où les mots restaient immobiles sur les poteaux est depuis longtemps révolue. Les mots ne tiennent tout simplement plus en place. »

 

Le lecteur s’attache alternativement aux pas de deux hommes : Jerusalem et Jabulani.

-              Jerusalem, étudiant « coloured » poète et rêveur, est arraché à son milieu de « moffies » (mollassons, lavettes) par son père : Zero, lassé de le voir vivre en parasite, l’installe sur le marché d’une petite ville portuaire avec de la marchandise pour touristes à écouler. Jerusalem s’ouvre à la poésie de la vie, des gens autour de lui, à la beauté de la mer… et à l’amour. (pour émerveiller la fille dont il vient de tomber amoureux, il suspend au bout des doigts du frangipanier une myriade d’oranges brillantes…)

-              Jabulani, professeur d’anglais et de sport, est malmené au Zimbabwe pour avoir osé une blague sur les vêtements ridicules du tyran Mugabe. Il passe la frontière pour se réfugier en Afrique du Sud, mais se fait capturer dans le veld désertique par des trafiquants de marijuana qui réduisent en esclavage les immigrés clandestin pour cultiver la ganja. Il s’échappe, poursuivi par un cow-boy albinos sadique, qui n’hésite pas à tuer tous ceux qui l’approchent.

 

En creux, l’auteur fait aussi le portrait d’un personnage complexe, Zero : pour Jerusalem c’est un père magouilleur et grossier, tandis que Jabulani est témoin de sa générosité et de sa croisade pour sauver et venger les femmes violées et les faibles exploités.

Au travers du destin de quelques hommes, c’est surtout la beauté de l’Afrique du Sud opposée à la folie des hommes qui transparaît. La nation arc-en-ciel s’est transformée en un pays où l’espoir est permis mais où la violence règne : ceux qui possèdent les armes et le pouvoir peuvent faire subir le pire aux personnes vulnérables. La bonté et l'humanité côtoient la cruauté. Les réfugiés africains attirés en Afrique du Sud sont traités comme des sous-hommes, et même entre immigrés de différentes ethnies ou origines, c’est une compétition sans merci.

 

Troy Blacklaws (1965-  )

Un monde beau, fou, cruel (2013), Flammarion, 19 €

Cruel, crazy, beautiful world (2011) titre emprunté à une chanson de Johnny Clegg, le "zoulou blanc"

Troy Blacklaws est né dans la province du Natal, en plein Zoulouland. Après ses études, il a effectué son service militaire sans arme.  Ses autres romans, Karoo Boy (2004) et Orange sanguine (Blood orange, 2005) ont rencontré un beau succès en France.

25/01/2014

Oradour, le verdict final

Douglas Hawes - Oradour - Le verdict final.D’une minutie et d’une richesse extraordinaires, ce documentaire permet un nouveau regard sur la tragédie d'Oradour. Peu après le débarquement de Normandie, le 10 juin 1944, 21 membres de la SS das Reich massacrent 642 personnes dans le village d'Oradour, dans le Limousin.

Le quartier général des SS se trouvait à Montauban, et était appelé à se déplacer vers la Normandie via Tulle, Guéret, Limoges… Quelques-uns seulement étaient des allemands, les autres des Alsaciens « Malgré nous »

La deuxième partie du livre se penche sur le procès, à Bordeaux en 1953, de 21 membres de cette unité. Les Alsaciens étaient-ils victimes ou tueurs ? Et que dire de l’absence des officiers SS au tribunal ? Grâce à des documents inédits, et au témoignage de quelques survivants, l'auteur fait la lumière sur ce crime de guerre et ses séquelles.

Ginette

Oradour, le verdict final

Douglas W. HAWES, Seuil, juin 2009

Traduit de l’américain par William Olivier Desmond

10/01/2014

N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures

tsiganes,internementAutour du feu, les hommes ont le regard sombre en ce printemps 1940. Un décret interdit la circulation des nomades, et les roulottes sont à l’arrêt. En temps de guerre, les manouches sont considérés comme encore plus dangereux et donc la Kommandantur d’Angoulême exige qu’ils soient rassemblés dans  le camp des Alliers.

Alba y entre avec sa famille. Elle a 14 ans, elle va y passer 6 ans, avec l’appel du matin, la soupe claire, le retour des hommes chaque soir, car ils sont réquisitionnés pour le travail. C’est pendant cette période qu’elle deviendra femme. Elle se fera des amis, rencontrera son amoureux, fera connaissance aussi avec un gardien humain, une visiteuse très chaleureuse… dont on s’aperçoit peu à peu qu’elle est dans la résistance et qu’elle échange des papiers avec un des gardiens. Alba verra mourir sa mère, des compagnes et compagnons d’infortune.

Paola Pigani, vit dans la région lyonnaise. C’est son premier roman, après des contes et des nouvelles. Elle a grandi dans une famille nombreuse d’origine italienne, dans les Charentes. Elle y rencontre la communauté manouche, et surtout une femme qui avait été internée dans ce camp des Alliers. Ici, elle fait revivre la douleur et la fierté des Tsiganes. N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures, dit le proverbe: on n'entre pas impunément chez les Tsiganes, ni dans leur présent ni dans leur mémoire.

N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures

Paola Pigani

éd. L. Levi, 2013, 213 p., 17.50 €

Maryvonne

 

17/12/2013

Eduard Einstein, le fils oublié

psychiatrieMileva Einstein a élevé ses deux fils seule, après le départ d’Albert et son remariage. Très proche d’Eduard, elle est néanmoins contrainte de le faire interner en 1930 au Bürghölzli de Zürich. Eduard n’a que 20 ans, et passera la plus grande partie de son existence dans cet hôpital.

« Nous sommes en 1930. La science a accompli des progrès fulgurants ». Sa mère et les maîtres de la psychiatrie tentent de lui faire suivre les traitements de pointe : électrochocs, cure de coma diabétique induit,… avec les résultats qu’on imagine !

L’auteur fait entendre la voix d’Eduard, diagnostiqué schizophrène, dont la bonne volonté et la lucidité –partielle- sont poignantes. En alternance, le récit  s’attache aux pas de sa mère, douloureuse et passionnée, et à ceux de son père, incapable de faire face aux problèmes psychologiques d’Eduard. Albert Einstein aura été le grand absent de la vie de son fils, et ce depuis le jour de sa naissance, tandis que la renommée de ce géant aura pesé lourdement sur lui !


En plus de ces portraits psychologiques, le roman situe la vie d’Einstein dans son époque : la montée du nazisme à Berlin, la position de la Suisse pendant la guerre,  l’attitude ambivalente des Etats-Unis par rapport à l’immigration d’Albert Einstein et la montée du maccarthysme,…


Le cas Eduard Einstein : roman

Laurent Seksik

Flammarion, août 2013, 19€

14/10/2013

Le cercle des confidentes

roman historiqueCe roman historique a pour cadre la cour de Gloriana, Sa Très Céleste Majesté la Reine Elisabeth d'Angleterre, au début de son règne, en 1557.

Meg la pickpocket possède deux talents particuliers, développés pendant sa jeunesse, passée sur les routes avec la troupe de la Rose d'Or : ses doigts agiles de chapardeuse, et une mémoire parfaite de tout ce qu'elle entend. Repérée par les maîtres espions d'Elisabeth 1ère, elle est forcée d'intégrer le petit groupe d'élite des "confidentes" de la Reine, cinq jeunes filles dont les dons sont utilisés pour espionner et intriguer au bénéfice de la Couronne.

Les hypocrites sont nombreux à la cour de Windsor, et les manigances vont bon train ; certains complotent pour ébranler le règne de la très jeune reine, ou la forcer à se marier selon leurs intérêts ; une de ses espionnes a même été assassinée. Les diplomates espagnols semblent particulièrement louches, mais ils ne sont pas les seuls !

 

En raison de son vocabulaire relevé, et d'une mise en place de l'intrigue assez complexe, ce roman ne sera sans doute pas apprécié avant 14-15 ans. Mais c'est aussi ce qui fait son intérêt. Un peu de romance fera rêver les jeunes filles, mais malgré les charmes d'un bel hidalgo ténébreux, Meg est une personne indépendante, résolument déterminée à garder sa liberté !

L'auteur prévoit 5 tomes, un par "confidente". Le tome 2, Béatrice (belle aristocrate séduisante et manipulatrice) devrait paraître en été 2014, puis suivront Violet (augure aux rêves prémonitoires), Jane (fine lame), et Anna (timide érudite, spécialiste en logique et codes).

 

Le cercle des confidentes, tome 1 Lady Megan

Jennifer McGowan

Milan (Macadam), sept 2013, 429 p., 15.20€

Traduit de l'américain Maid of secrets par Marie Cambolieu

10/10/2013

Trois grands fauves

Trois grands fauves.gifBien que les grands fauves soient Danton, Victor Hugo et Churchill, il ne s’agit pas ici d’un livre d’histoire. L’auteur choisit des moments qu’il considère comme fondateurs  ou centraux  dans la vie de ces grands hommes. A partir d’une réalité historique parfois anecdotique  (cf. séances de spiritisme dans la famille Hugo !) et le plus souvent évoquée par touches furtives, il construit une fiction  en leur prêtant des sentiments, des pensées, des  réflexions  qui leur confèrent une épaisseur humaine – le tout dans une langue  parfois superbe.

C’est une écriture qui a du souffle, foisonnante, généreuse, traversée par la passion des mots qui entraîne le lecteur plus avant . On y découvre  trois personnalités qui dévorent la vie et sur lesquels la mort semble ne pas avoir d’emprise.

Ginette (voir aussi critique de Sylvie)

Trois grands fauves

Hugo Boris

Belfond, août 2013, 201 p., 18€

06/10/2013

Le bruit de tes pas

roman étranger, Italie, amitié, amour, drogue"La Forteresse" est  une banlieue italienne sordide, toute d'immeubles et de béton, peuplée majoritairement de famille pauvres, de squatteurs, de chômeurs, de dealers,... Fils d'une brute alcoolique, Alfredo se réfugie dans l'appartement du dessous chaque fois que son père le bat, et grandit quasiment dans la famille de Béatrice. Tous deux sont inséparables, au point qu'on les a surnommés  les Jumeaux.

 

Leur relation, maladroite et sauvage dans l'enfance, devient exclusive et agressive à l'adolescence, lorsque leurs aspirations commencent à diverger. C'est dramatique de les voir se déchirer, malgré leur attachement, alors que le milieu dans lequel ils vivent se charge déjà de les détruire :

 

"Quand on avait entre seize et trente ans et qu'on vivait à la Forteresse, les probabilités d'être tué étaient plus élevées que la moyenne nationale. On le savait tous : on courait un risque pour le simple fait d'être nés au mauvais endroit.

Mais Alfredo et moi pensions que rien ne nous arriverait. A l'âge de dix-huit ans, nous imaginions que nous allions vivre éternellement.

Puis la Forteresse qui s'était d'abord montrée clémente décida qu'il y aurait pour nous aussi un prix à payer."

 

Un récit âpre et touchant, où l'amitié et l'amour ne suffisent pas toujours à la rédemption. L'histoire n'est pas particulièrement originale, mais les personnages lui donnent une grande force.

 

Le bruit de tes pas

Valentina D'Urbano

Editions P. Rey, sept. 3013, 237 p., 19€

Premier roman, traduit de l'italien "Il rumore dei tuoi passi" par Nathalie Bauer

 

04/10/2013

Le quatrième mur

roman,liban,théâtreD’abord une histoire d’amitié, entre Samuel Akounis, réfugié politique grec qui a été torturé pour son opposition au régime de Papadopoulos, et Georges, le narrateur, activiste de gauche dans les années 1970. Une amitié faite d’admiration, de partage des valeurs de gauche et humanitaires, de camaraderie, et enrichie par un amour commun du théâtre. Tous deux sont metteurs en scène.

 

Le livre prend son tournant vers la tragédie lorsque Samuel, trop malade, demande à Georges de le remplacer pour mener à bien le projet de sa vie : « monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou un fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène… »

Geste de paix, de bonne volonté, goutte d’eau dans la mer…

 

Et Georges a dit oui. Il est allé  à Beyrouth, en 1982, au cœur de la guerre civile libanaise, et en particulier au moment du massacre de Sabra et Chatila.

 

Un livre coup de poing, qui rappelle l’époque de la guerre du Liban, un peu oubliée chez nous, mais qui a dû laisser de terribles traces chez ceux qui l’ont vécue. L’auteur ne prend pas position par rapport aux différentes factions, Georges se fait des amis, presque des frères, dans tous les « camps ». Ce récit tragique, mais pas voyeuriste, provoque un élan de compassion pour ce pays martyrisé où tous les partis semblent victimes et bourreaux. Il donne envie de se documenter sur le Liban, et de relire l’Antigone d’Anouilh.

 

L'auteur semble s'intéresser particulièrement aux guerres civiles, et aux combats de gauche. Il nous avait déjà persuadés avec son roman retour à Killybegs, situé, lui du côté des conflits en Irlande.

 

Le quatrième mur

Sorj Chalandon

Grasset, août 2013, 325 p., 19€

Du même auteur, lire aussi Retour à Killybegs,