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05/08/2013

Un verger au Pakistan

roman étranger,pakistan,prisonUn homme, jeune encore, mais malade et usé comme un vieillard, parcourt tous les matins des kilomètres en montagne pour assister au lever du soleil dans le verger de son enfance, lieu du souvenir et de l'innocence.

 

"Les oiseaux sont réveillés et, dans le verger, quelques hirondelles tracent des chemins sinueux entre les arbres, sous lesquels une mince couche de brume s'accroche encore au sol. Les grenadiers sont une espère robuste, ils n'ont subi presque aucun dégât après les gelées de l'hiver, bien qu'ils poussent à l'état sauvage et n'aient pas été élagués depuis un moment, ou alors par une main maladroite… Si j'avais les outils nécessaires, je serais tenté de m'en occuper, mais ce ne sont plus mes arbres, et ce n'est pas à moi de le faire…"

 

Recueilli par Abbas, un homme qui pratique encore la "melmastia", l'hospitalité traditionnelle, il se  rétablit peu à peu, réapprend à écrire pour se raconter à Saba, son amour de jeunesse... cause de son malheur et lumière de sa vie. 

 

L'écriture de Peter Hobbs parvient à une grande poésie dans la sobriété. Les pages sur sa jeunesse et sur la nature, contemplatives, célèbrent la vie, le parfum des roses, la beauté des grenades… tandis que celles sur ses années de prison laissent un goût amer de cruauté injustifiée.

 

"La colère s'est éteinte. Je n'ai aucun désir de vengeance. Je ne pense pas y être pour grand-chose. Je pense simplement que j'ai la chance de ne pas être submergé par la rage… A l'heure où je t'écris ces lignes, mes derniers ressentiments sont apaisés. Je ne cherche que la paix. Je cherche à devenir une meilleure personne que celle que je suis."

 

Un verger au Pakistan

Peter Hobbs

C. Bourgeois éd., 2013, 137 p., 14€

Traduit de l'anglais In the Orchard, the Swallows par Julie Sibony

17/06/2013

Le plus petit baiser jamais recensé

Histoire d'amour à la Boris Vian -en plus positif- entre un inventeur-dépressif et une femme invisible.

Laissé bien mal en point après l'explosion d'une bombe d'amour (traduire : la séparation brutale décidée unilatéralement par sa compagne), le narrateur, "homme-grenier" qui garde tout, a la peau à l'intérieur de son cerveau constellée de bleus qui ne s'effacent jamais". Alors qu'il commence tout juste à se rétablir, il embrasse une jeune et jolie brunette si timide que le moindre baiser la fait disparaître !

 

Commence alors une quête originale pour la retrouver, avec les conseils d'un vieux détective expert en pêche à la sirène, et d'Elvis, son perroquet pisteur-charmeur. Les talents d'inventeur de notre narrateur se révèlent bien utiles pour transmettre au perroquet le peu d'indices dont il dispose : le doux son de sa respiration légèrement asthmatique, et le goût de son baiser à l'ADN gourmand.

 

Ce court roman est délicieux, plein de trouvailles à déguster avec délectation. Il regorge d'inventivité et de vocabulaire original, absurde ou poétique. Comme dans La mécanique du cœur, l'auteur s'intéresse aux ressorts de l'amour et utilise des images pleines de légèreté pour exprimer des sentiments plus profonds.

En prime, la recette du chocolat au plus petit baiser jamais recensé et un livret de "sparadramours", poésies décalées érotico-charmeuses.

 

Chanteur du groupe de rock français Dionysos, Mathias Malzieu mène de front carrière littéraire et musicale.

 

roman d'amourLe plus petit baiser jamais recensé

Mathias Malzieu

Flammarion, 2013, 157 p., 17.50 €

04/06/2013

Ce qu'il advint du sauvage blanc

roman,australieAu milieu du XIXe siècle, Narcisse Pelletier, matelot sur la goélette Saint-Paul, s'éloigne un peu trop du groupe de marins parti à la recherche d'eau potable, et est abandonné sur une plage déserte d'Australie. Vingt ans plus tard, il est découvert par des marins anglais, et ramené de force à Sydney. Nu, tatoué, il a totalement perdu les usages "civilisés" et ne parle plus que la langue des "sauvages".

Octave de Vallombrun, riche correspondant de la Société française de Géographie, le recueille et se passionne pour ce sujet d'étude scientifique : un sauvage blanc.

 

Les chapitres alternent régulièrement entre l'histoire de Narcisse et les rapports envoyés par  Vallombrun au président de la Société de Géographie, 20 ans après.

 

Le lecteur apprend comment Narcisse a été abandonné sur la plage, désespéré et totalement démuni, puis comment il a survécu en intégrant –bien malgré lui-  une tribu d'aborigènes qui le recueille comme un enfant.

 

Parallèlement, Vallombreuse relate son retour forcé à la civilisation.  Totalement accoutumé à la vie sauvage de sa tribu, il a oublié jusqu'à son nom français. Il est maintenant Amglo, et ne comprend pas les usages auxquels on veut le contraindre : vêtements, pudeur, etc. Vallombreuse lui réapprend le français, et s'intéresse à sa vie dans la tribu, espérant en tirer un traité scientifique instructif. Cependant malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à lui extirper de renseignements sur sa vie "sauvage".  Refus de la part du matelot, ou impossibilité de faire coexister en lui Narcisse et Amglo ? Le lecteur a la sensation que  Narcisse est déchiré entre deux mondes si différents qu'ils ne sont pas compatibles, ni même concevables l'un pour l'autre.

 

L'auteur a su rendre toute la bonne volonté de Vallombreuse, qui  parfois semble à deux doigts de comprendre vraiment Narcisse, mais son éducation et les pressions extérieures l'empêchent d'admettre ce que le lecteur d'aujourd'hui pressent.

A part l'impératrice -dotée de toutes les vertus- la société, étriquée,juchée sur ses certitudes, et cherchant surtout à satisfaire ses propres intérêts, ne comprend absolument pas la quête de Vallombreuse, ni le "cas" de Narcisse !

 

Ce roman d'aventures, robinsonnade doublée d'une approche ethnographique et psychologique intéressante, est inspiré d'une histoire vraie. C'est aussi un grand plaisir de lecture.

 

Ce qu'il advint du sauvage blanc

François Garde

Gallimard, février 2012, 21.50 €

Prix Goncourt du 1er roman

28/05/2013

A la vue, à la mort

policierDans la banlieue parisienne, trois meurtres effroyables sont attribués au même assassin : à chaque fois, la victime est retrouvée vidée de son sang, les yeux arrachés, dans une macabre mise en scène. L'enquête piétine, d'autant que le commandant Lanester, profiler chargé de ces homicides, est brutalement frappé de cécité.

 

L'affaire Caïn fait tellement écho en lui qu'il en perd son habituelle objectivité et son efficacité, et se retrouve à tâtonner dans l'obscurité… dans tous les sens du terme. Vulnérable, Lanester dépend du bon vouloir de son équipe et d'un chauffeur de taxi polonais dévoué, tandis que le criminel semble jouer avec lui au jeu du chat et de la souris.

 

Un bon, un très bon polar, haletant, à la hauteur de Cherche jeunes filles à croquer. Les séances de Lanester avec sa psy, qui l'aident à aborder peu à peu ses blocages, sont particulièrement soignées… ce qui ne surprendra guère sachant que l'auteur est elle-même psychologue. Rencontrée récemment à la librairie Murmure des Mots, Françoise Guérin est bien plus jeune que Jacynthe, son personnage, mais témoigne de la même attention à ceux qui l'entourent et à l'emploi des mots. Elle tient à donner une idée juste de son métier.

 

Prix du premier roman du festival de Cognac, ce roman a également été remarqué par France 2, qui le diffusera en téléfilm de 90 mn à l'automne. Pour en savoir plus, consulter le blog de l'auteur : mot compte double !

A la vue, à la mort !

Françoise Guérin, Le Masque, 2007, 6.60 €

20/03/2013

Quelques minutes après minuit

Depuis que sa mère est malade, Connor fait de terribles cauchemars. Au collège, il ne supporte pas les regards de tous ceux qui "savent". Il s'est coupé de ses amis et se fait harceler par Harry et ses sbires.

 

Une nuit le grand if du cimetière, monstre très ancien et très sauvage, se penche à sa fenêtre. Il  vient lui raconter trois histoires, car  "les histoires sont les choses les plus sauvages de toutes ; les histoires chassent et griffent et mordent". Quand Connor se réveille, il trouve des aiguilles et des baies d'if dans sa chambre… L'arbre menaçant, en quête de vérité, exige que Connor lui raconte ensuite la quatrième histoire, sa propre vérité.

 

Le récit est très émouvant, et les magnifiques illustrations à l'encre noire de Jim Kay rendent bien l'ambiance sombre et effrayante dans laquelle se débat Connor.

 

quelques minutes après minuit.gifQuelques minutes après minuit

Patrick Ness, ill. Jim Kay.- Gallimard jeunesse, 2012, 18 €

 

Vérité – maladie - deuil

Ados et adultes

 

17/03/2013

Le Seigneur vous le rendra

P'Tit-pain nous raconte son enfance dans les bas quartiers de Marrakech, agités, hauts en couleurs et en odeurs, où la Mère envoie tous ses fils gagner leur vie dès le plus jeune âge. Tout bébé, il était déjà loué à des mendiantes pour attendrir le chaland.

 

"Moi, j'étais né génie dans l'art de la mendicité… ainsi, je me mis à étudier de près les êtres et les choses qui m'entouraient. Je mesurai assez vite l'importance du regard et les vertus du sourire dans les rapports humains, sésame qui allait se montrer déterminant dans mon parcours."

 

P'tit-pain fait de la mendicité un véritable métier, dans lequel il s'accomplit longtemps pour satisfaire la rapacité de sa mère, laquelle prolonge au-delà du raisonnable son aspect de bébé chétif en utilisant de multiples subterfuges pour retarder sa croissance :

 

"Difficile de garder l'aspect d'un nourrisson quand on a trois ans. La concurrence devenait rude, car on trouvait des bébés à louer pour une bouchée de pain. Afin de m'aider à rester compétitif, Mère se mit à contrôler de près mon alimentation, réduite à du lait écrémé, des infusions de verveine et de légères soupes de légumes que je prenais au biberon. Elle avait pris l'habitude d'entourer mes jambes de bandelettes qu'elle serrait si fort que mon corps se résigna à remettre sa croissance à plus tard. Ainsi ficelé, je continuais à paraître bébé."

 

Son frère Tachfine est chargé de l'emmener jusqu'aux lieux les plus propices à la mendicité, et "de veiller sur lui comme sur un trésor".  A l'abri dans son landau, P'tit-pain observe le monde qui l'entoure, la médina, s'intéresse aux adultes qui l'entourent et trouve de la beauté dans les êtres les plus déchus.

 

Jusqu'à ce qu'une ouverture lui laisse entrevoir qu'une autre vie est possible et qu'il saisisse sa chance…

 

Conte haut en couleur, ce récit picaresque fait oublier la noirceur de son sujet en utilisant un ton qui alterne entre légèreté, humour et philosophie. C'est Hector Malo ou Dickens… dans la médina !

 

Né en 1959, l'auteur est peintre et écrivain. Depuis une vingtaine d'années, il vit entre la France, le Maroc et les Etats-Unis. Son roman "Les étoiles de Sidi Moumen", paru en 2010, a été porté à l'écran par Nabil Ayouch sous le titre "Les chevaux de Dieu".

Il est invité à une séance de dédicace à la librairie Murmure des Mots de Brignais le vendredi 19 avril 2013.

maroc,mendicité,histoire de vie 

Le Seigneur vous le rendra

Mahi Binebine

Fayard (Roman), 2013, 199 p., 18 €

28/02/2013

Cherche jeune filles à croquer

roman policier,anorexieL'équipe du commandant Lanister, profiler au quai des Orfèvres,  est réquisitionnée dans le cadre d'une enquête sur des disparitions de jeunes filles dans la vallée de Chamonix. Fugues ? Enlèvements ? Toutes ces jeunes filles avaient un lien avec la clinique de la Grande-Sauve, spécialisée dans le traitement des troubles alimentaires.

Les policiers parisiens collaborent avec la gendarmerie, efficace, dont le chef, trop parfait pourtant, inhibe Lanister. Lanister a du mal à garder son objectivité par rapport à cette enquête, qui rencontre un écho particulier chez lui, dont le jeune frère est interné en raison de ses tendances à l'autodestruction.

Les policiers rencontrent très peu les jeunes filles anorexiques, mais elles sont au centre de l'histoire, ainsi que les ravages de leur  maladie, sur elles et sur leurs proches. Relativement long par rapport à l'action, le roman est néanmoins très prenant, pour le sujet abordé, pour l'enquête, et pour la psychologie du Commandant Lanister et les relations entre policiers.

Même si le lecteur apprend  finalement ce qui est arrivé aux jeunes filles, il referme le livre avec frustration, car les raisons des troubles alimentaires des jeunes filles restent obscures, et leur futur incertain. C'est assez habile de la part de l'auteur, qui évite de plaquer des réponses et des solutions toutes faites sur des cas et des personnalités uniques.

 

Cherche jeune fille à croquer

Françoise Guérin

Ed. du Masque, 2012, 392 p., 19 €

23/02/2013

bouillon de (presque) mardi gras

Fatigués, enrhumés, mais réconfortés par les bugnes préparées par Jacky et sa femme, nous avons échangé  sur nos livres coups de cœur :

 

Quelques livres –déjà présentés- ont été appréciés par de nouveaux lecteurs : pour Annie, Une femme fuyant l'annonce et La nuit tombée sont des romans incontournables. Johane a lu Rien ne s'oppose à la nuit. Aline et Marie-Claire évoquent trois romans déjà chroniqués sur le blog : Ce qu'ils n'ont pas su nous prendre, Luke et Jon, et L'atelier des miracles. Muriel a eu la chance de découvrir un grand classique de la science-fiction, Fahrenheit 451, de Ray Bradbury.

 

Autres coups de cœur :

 

Le vase où meurt cette verveine

Frédérique Martin

Belfond, 2012, 18 €

Depuis leur mariage il y a 56 ans, Zika et Joseph ne se sont jamais quittés. Mais un jour où Joseph découvre Zika évanouie dans la cuisine, il appelle ses enfants à la rescousse. Pour faire des examens et suivre son traitement, il est convenu que Zika ira chez sa fille Isabelle à Paris, tandis que Joseph partira chez son fils dans les Landes. Les vieux amants vivent douloureusement cette séparation, et s'écrivent de longues lettres passionnées, évoquant leurs souvenirs et leur nouvelle vie de plus en plus difficile : Isabelle règle des comptes avec sa mère, Gauthier n'est pas heureux en ménage,… Beau roman dérangeant, car l'histoire prend un tour très sombre, sur les problèmes de couple vieillissant, les difficultés de communication entre enfants et parents, et l'épreuve  d'être à la charge des enfants. Le titre est tiré d'un poème de Sully Prudhomme :

          Le vase où meurt cette verveine,

          D'un coup d'éventail fut fêlé

          Le coup dut l'effleurer à peine…

 

Le silence du bourreau

François Bizot

Flammarion, 2011, 18.30 €

Récit personnel facile à lire et sérieux, pas morbide malgré le sujet.

En 1971, l'ethnologue français est arrêté au Cambodge par les Khmers rouges : détenu pendant trois mois et condamné à mort, il est libéré grâce à l'intervention de son geôlier, un révolutionnaire du nom de Douch. François Bizot raconte avec détachement son internement. En 1988, en visitant l'ancien centre de torture S21, il découvre que celui qui l'a gracié est responsable de la mort de milliers de personnes, et s'interroge sur sa libération. En 2009, Bizot témoigne au  procès des Khmers rouges, où Douch est l'unique accusé.

 

Le printemps des cathédrales

Jean Diwo

Flammarion, 2002, 20.30 €

Dans cette fresque romanesque, Jean Diwo suit la famille Pasquier sur plusieurs générations de bâtisseurs de cathédrales. Le premier de la lignée est maître d'œuvre, ses fils lui succèdent comme sculpteur et architecte. Jean Diwo évoque la construction, à partir du XIIe siècle, du premier chef-d'œuvre de l'architecture gothique, l'abbaye de Saint-Denis, puis de la cathédrale de Sens, Notre Dame de Paris, Chartres, la Sainte Chapelle…

 

Une année formidable en France : 100 portraits de Français d'aujourd'hui.

Le Monde – Les Arènes, 2012, 29.80 €

Pendant un an –à l'occasion de la campagne présidentielle- une dizaine de journalistes du Monde ont établi une radiographie de la société française. Résidant  chacun dans une commune, de taille, de milieu sociologique et d'emplacement géographique différents, ils ont passé 4 saisons à rencontrer des gens de toute sorte et à les questionner sur leur quotidien, malgré un accueil parfois méfiant.

Ce livre est un recueil de tranches de vie et de témoignages, qui donnent de l'espoir. Partout, des gens s'engagent et cherchent à améliorer le vivre-ensemble !

 

Revue XXI

Le "mook" (magazine book) est "tendance". Il se décline sous plusieurs formats, qui ont en commun de se situer à la frontière du livre et du magazine, sans publicité. La revue XXI, co-fondée par Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, est devenue une référence du genre. Trimestriel de 200 pages, elle propose des articles de fond et des témoignages rédigés par des journalistes, auteurs, photographes, illustrateurs et dessinateurs. Chaque sujet développé est suivi d'une double page de références "pour aller plus loin".

 

Le journal intime d'un arbre

Didier Van Cauwelaert

M. Laffon, 2011, 19.50 €

Le narrateur de ce roman est Tristan, un poirier âgé de 300 ans, déraciné après une tempête, qui passe en revue son histoire. Les générations successives sont toujours venues se confier à lui, il est donc le dépositaire d'un trésor d'histoires, qu'il évoque en faisant alterner passé et présent. Sa conscience et sa mémoire habiteront-elles chacune de ses bûches, ou la statuette qu'une jeune fille a sculptée dans son bois ? Plaisant à lire, avec de nombreuses références.

 

En souvenir d'André

Martin Winckler

POL, 2012, 16 €

Un homme évoque sa vie de médecin, son travail sur la douleur et dans une unité de soins palliatifs. Il est amené à accompagner des patients qui veulent mourir. Le premier de ces patients était André, aussi, la phrase rituelle lorsqu'on l'appelle pour une fin de vie est-elle "En souvenir d'André…"

De cet auteur, nous avons aussi beaucoup aimé La maladie de Sachs et Le chœur des femmes.

 

Le monde sans vous

Sylvie Germain

Albin Michel, 2011, 12.70 €

Lors d'un voyage en Transsibérien , Sylvie Germain alterne les descriptions poétiques de paysages extraordinaires et le souvenir de sa mère, qui vient de mourir.

Très belle écriture pour ce livre sur le deuil, la séparation, la fragilité de l'existence.

 

Julien Letrouvé, colporteur

Pierre Silvain

Ed. Verdier, 2007, 11.16 €

Enfant trouvé, Julien est colporteur de livres. Le récit, qui se déroule de 1850 environ jusqu'à la guerre de 70, remonte à ses souvenirs d'enfance, au milieu des femmes lisant des histoires à la veillée. C'est ce qui lui a donné le désir de transporter de livres, alors qu'il ne sait pas lire.

Belle histoire poétique. Pierre Silvain est également l'auteur de Assise devant la mer (2009), roman lent à la belle écriture, qui évoque une enfance marocaine auprès d'une mère neurasthénique, assise devant la mer.

 

Le Négus

Ryszard Kapuscinski

Flammarion, 1984, réédité en 2011

L'auteur, journaliste polonais, est resté en 1963 à 1970 à Addis Abeba.

Réflexion sur les mécanismes de l'histoire et du pouvoir, son essai  éclaire plusieurs aspects de la personnalité du dernier empereur d'Ethiopie. Ce livre témoigne d'un monde violent et sans justice, où les puissants croûlent sous l'argent et où l'on régale les diplomates étrangers en laissant le peuple mourir de faim…  mais aussi de réalisations  allant dans le sens du modernisme : écoles, électricité, routes.

Qui était le Négus, le Roi des Rois - Haïlé Sélassié, dernier empereur d'Ethiopie ? Un despote sanguinaire ? une figure paternelle adulée par son peuple et par les rastafaris ? un vieillard-enfant débordé par son armée ?

 

Le roman conjugal : chroniques de la vie familiale à l'époque de la révolution et de l'empire

Anne Verjus – Denise Davidson

Champ Vallon, 2011, 26.50 €

Lors du déménagement du musée des archives de Lyon, on a découvert la correspondance de la famille Morand. Elle a été utilisée par Anne Verjus, qui en publie des extraits et resitue cette famille dans la grande histoire.

Briançonnais installé à Lyon, artiste, ingénieur, architecte et urbaniste, Jean-Antoine Morand de Jouffrey a épousé Magdeleine Guilloud, fille d'un grand bourgeois lyonnais, en 1785. A partir de leurs échanges épistolaires, Anne Verjus retrace les étapes, les aléas et les normes de la vie conjugale à cette époque dans la haute société, la place des enfants, l'éducation des filles….

En filigrane apparaît aussi l'histoire du Pont des Brotteaux, qui a été construit à l'initiative de Morand. En 1794, jugé par une commission révolutionnaire, Morand, progressiste mais pas révolutionnaire, nia toutes convictions royalistes, mais fut néanmoins condamné et décapité.

11/02/2013

Haruki Murakami

Kafka sur le rivageroman,japon

Belfond 2006, 23 €

 

Récit initiatique dans le Japon actuel.

Kafka Tamura fugue le jour de ses 15 ans. Il fuit sa maison de Tokyo et son père, sculpteur célèbre, "avant d'être trop abîmé". Instinctivement il se dirige vers l'île de Shikoku, où le climat est plus doux. Là, il trouve refuge auprès de plusieurs personnes, et en particulier dans une bibliothèque privée calme et spacieuse, où le personnel, extra-ordinaire, l'aide à progresser vers sa vérité.

De son côté, Nakata, vieil homme simple d'esprit, mais qui parle aux chats, vit des évènements extraordinaires. Lui aussi doit prendre la route, poussé par une sorte d'appel impérieux.

Ces deux personnages semblent évoluer hors du temps, aidés lorsqu'il en est besoin par les gens qu'ils rencontrent. Dans une inquiétante étrangeté, leur destin semble converger inexorablement, accompagné de phénomènes météorologiques étranges : pluie de sardines, de sangsues, tonnerre…

 

Un roman énigmatique et onirique, avec une part d'inexplicable… certaines actions sont dictées par l'inconscient, d'autres passent par le canal des rêves, des personnes ou des fantômes passent la frontière de la mort…

Malgré la part inexplicable, ou inexpliquée du roman, je l'ai trouvé envoutant et splendide !

 

 

Au Sud de la Frontière, à l'Ouest du Soleilroman,japon

Belfond, 2002, 18.30 €

 

Roman intime dont le héros est en quête d'un inaccessible amour absolu.

Au seuil de l'adolescence, Hajime a connu une amitié/amour intense avec la douce Shimamoto-San, la seule personne avec qui il ait jamais pu parler à nu, jusqu'à ce que la vie les sépare. Toute sa vie, il a recherché le sentiment de plénitude, de complétude qu'il ressentait auprès d'elle.

Aujourd’hui, à l’aube de la quarantaine, Hajime est devenu un homme riche et s’est construit une vie agréable entre sa famille et un métier de gérant de bars de jazz qui lui plaît. Des femmes l'ont aimé, sa femme l'aime, mais il donne assez peu de lui. Il a toujours la sensation d'être le spectateur de sa vie, l'insatisfaction semble être l'essence même de son être.

Jusqu'à ce que Shimamoto-San réapparaisse dans sa vie, et le fasse souffrir.

Toujours aussi amoureuse, elle se montre mystérieuse et inaccessible. On ne sait jusqu'au bout presque rien de la vie de Shimamoto-San, et le lecteur est presque aussi frustré que Hajime. La fin du roman est ouverte, et le lecteur a toute latitude d'imaginer quelle évolution va suivre la relation de Hajime avec sa femme.

 

Il y a des choses dans la vie qu'on peut changer et d'autres non. Le temps par exemple est irrattrapable. Il est impossible de revenir sur le passé. […]Avec le temps, les choses se figent, comme du plâtre dans un seau, et on ne peut plus revenir en arrière. Le "toi" que tu es maintenant est solidifié comme du ciment et tu ne peux pas être autre que ce que tu es aujourd'hui… (p. 17)

 

Le titre est une référence

-       aux rêves et fantasmes sur ce qui pourrait exister de l'autre côté de la frontière

-       à l'hystérie sibérienne (expliquée page 187)

 

La musique (jazz) est très présente, avec le titre "star-crossed lovers", musique de Roméo et Juliette composée par Duke Ellington et Strayhorn pour le festival Shakespeare (Ontario).

 

J'ai trouvé ce roman assez universel, les aspects typiquement japonnais m'ont paru peu développés, si ce n'est que les personnages font preuve d'une extrême civilité et s'excusent beaucoup. En toile de fond, également, Tokyo, sa croissance effrénée, et la spéculation qui l'accompagne, à laquelle le héros refuse de céder.

Aline

 

08/01/2013

Triple crossing

Triple crossing, de Sébastien Rotella

L. Levi, 2012, 22.50 €

 

Ce roman nous plonge dans un univers impitoyable, celui de milliers de Latinos, Indiens, Chinois qui tentent de passer illégalement la frontière entre Tijuana et San Diego, et la brigade de policiers chargée de les en empêcher.

 

Valentin Pescatore, issu d'un milieu défavorisé, fait partie de cette brigade. Une entorse malheureuse au règlement va faire basculer son destin. Contraint de collaborer avec la justice américaine, il est envoyé au sud de la frontière pour infiltrer les rangs de la mafia mexicaine dominée par Ruiz Caballero, un homme sans scrupule et sans état d'âme. Une petite équipe de policiers mexicains intégrés dirigée par Léo Mendez sont bien décidés à le faire tomber lui et tout son réseau.
On pénètre dans un monde à la dérive, miné par les cartels, la violence et la corruption au plus haut niveau.

 

C'est d'autant plus terrifiant que Sébastien Rotella est un journaliste qui connait bien ce milieu ; même s'il précise qu'il s'agit de fiction, on a bien conscience qu'on est dans la réalité la plus sordide.

 

Ce roman passionnant qui parfois fait froid dans le dos m'a beaucoup plu et je conseille fortement de le lire. L'honnêteté de quelques policiers persévérants apporte de l'espoir dans ce thriller qui nous fait découvrir la triple frontière aux confins du Brésil, de l'Argentine et du Paraguay, un territoire sans loi livré aux pègres du monde entier.

Annie