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07/02/2015

Debout-Payé

 

Debout-Payé                                      

Gauz

Nouvel Attila, 192 p./ janvier 2015

Debout-payé c’est le nom qu’Ossiri, étudiant ivoirien, donne à ce métier où l’on est payé pour rester debout : vigile. Ossiri est un "debout-payé". Arrivé en France dans les années 90, il devient vigile tour à tour au Camaieu Bastille et au Séphora des Champs-Elysées. C’est le regard drôle, touchant et dur aussi que porte cet émigré. Sont évoquées les difficultés de logement et de travail que subit cette population. C’est aussi un regard porté sur les relations France-Afrique sur trois périodes clés : 1960 (l’âge de bronze), 1990 (l’âge d’or) et les années après les attentats du 11 septembre 2001 (l’âge de plomb).

Les chapitres alternent entre description de la vie d’immigré et vie de vigile. La vie d’immigré est raconté de façon juste et pertinente mais non sans une pointe d’ironie : "Bannir un homme, l'éloigner de force de l'endroit où il vit et travaille, juste parce qu'un préfet ne lui a pas signé un banal papier, était une idée effrayante. Pourtant, Ossiri aimait l'expression administrative correspondante : " Reconduite à la frontière." Cela lui inspirait un voyage bucolique à travers prés et champs, accompagné par une cour joyeuse et bruyante, jusqu'à une frontière imaginaire pleine de mystères enchanteurs. Là-bas, tous les accompagnateurs chanteraient en chœur et en canon " ce n'est qu'un au revoir". L'accompagné - plutôt le "reconduit"- continuerait seul son chemin en écrasant une larme d'émotion."

La vie de vigile est une succession de définitions, des moments légers où l’on rit de bon cœur, des clichés, des « à priori » que les vigiles peuvent avoir sur les choses et les gens :

"TATOUAGES. Sur le cou, son tatouage aux traits fins et précis représente un lotus qui a le même graphisme que "Lotus", la marque de papier hygiénique. Avec sa peau très pâle, c'est un peu comme si elle avait un rouleau de PQ coincé entre la tête et les épaules."

DÉFINITIONS. 98% Coton + 2% Élasthanne = Jean Slim

95% Coton + 5% Élasthanne = Fuseau

Pour être cool ou ringard, cela se joue à 3% d'Élasthanne."

Debout-payé, témoignage inédit d’un vigile.

Céline

 

27/01/2015

Les voleurs de Carthage

Voleurs de Carthage (Les)Voleurs de Carthage (Les) 

Les voleurs de Carthage, tomes 1 et 2

Appollo et Tanquerelle

Dargaud, octobre 2014, 13.99 €

Un Gaulois et un Numide quel drôle de tandem ! C’est pourtant celui qui va rythmer cette série burlesque composée de deux tomes. Nous sommes plongés, ici, au cœur de la grande ville de Carthage au bord du gouffre (les Romains sont prêts à lancer l’assaut).

Dans le premier tome, Horodamus et Berkan sortent des griffes des Romains une jeune fille, Tara, issue d’une grande famille de voleurs d’Utique. Maintenant seule (le reste de la troupe s’étant fait décimer), elle s’associe à nos deux idiots pour leur proposer l’affaire du siècle : voler l’or et piller le temple de Carthage. Mais inclure ces deux énergumènes dans cette aventure ne semble pas être forcément une bonne idée.

Dans le deuxième tome l’histoire se précise et les rouages pour le pillage sont mis en place. L’équipe s’est maintenant agrandie de deux autres personnages tout aussi hauts en couleurs : un prêtre et un soldat. Entre l’avancée des Romains dans Carthage et le peu de professionnalisme de l’équipe, le casse semble commencer avec beaucoup de difficultés. C’est ce qui fera l’humour de ce deuxième et dernier tome.

Appollo et Tanquerelle nous offrent ici un péplum tout en humour et en situations burlesques toutefois avec un fond sérieux (la guerre et la destruction de Carthage). Les illustrations naïves et enfantines renforcent le côté comique. On s’attache aux personnages : à ce Gaulois complètement rustre qui ne pense qu’à embrasser et abuser de la belle Tara et à ce Numide qui se croit supérieur intellectuellement à son ami. Le fond historique de cette bande dessinée reste sérieux et véridique. Un intérêt supplémentaire à ce diptyque.

Riche en aventures et en rebondissements cette histoire nous offre un très bon moment de détente à savourer en ce moment au chaud sous sa couette. 

Voir ici le commentaire d'Ismène

Céline 

27/12/2014

Le ravissement des innocents

roman étranger,premier roman,rentrée littéraire,famille,ghanaLe ravissement des innocents

Taiye SELASI

Gallimard (Du monde entier), juin 2014, 365 p, 21.90€

Traduit de l’anglais Ghana must go par Sylvie Schneiter

"Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de la chambre". Ancien chirurgien chevronné, il se perd dans la contemplation de son jardin et dans ses souvenirs au lieu d’aller chercher ses médicaments lorsque vient  l’infarctus… Kweku et Fola, autrefois couple magique, amoureux, symbole de la réussite d’immigrés africains brillants aux Etats-Unis. Ensemble, ils ont eu quatre enfants, chéris et pleins de qualités. Et pourtant, la famille est éparpillée depuis des années...

Dans une construction habile, l’auteur remonte le cours du temps par petites touches, s’attardant sur quelques moments déterminants pour chaque membre de la famille. Fola, femme forte et intelligente, Olu, le fils parfait, chirurgien à son tour ; les jumeaux, la belle Taiwo et son frère  Kehinde, autrefois si proches qu’ils s’entendaient penser ; et Sadie, la petite dernière, la jalouse. Tous se rendent au Ghana pour les funérailles. Ce voyage, à la fois retrouvailles et  retour aux racines familiales, est révélateur pour chacun.

Un premier roman, exigeant et d'une grande puissance, autour d'une famille cosmopolite, qui a vécu beaucoup de migrations, comme Fola partie du Nigeria après l’assassinat de son père. A propos de l’anonymat conféré à son père par la mort, de l’indifférence qui la transforme d’une fille en deuil  en un élément de l’histoire :

"Oui, cela se tenait, le début de la guerre au Nigeria, bien sûr.  Sans tenir compte que les Haoussas ciblaient les Ibos, ni que son père était un Yoruba, sa grand-mère une blanche, les domestiques des Fulanis. Dix morts, un seul Ibo, des détails mineurs auxquels personne n’attachait d’importance. Elle le sentit en Amérique, à son arrivée en Pennsylvanie : ses camarades de classe et ses professeurs considéraient que l’événement, pour tragique qu’il fût, était normal en quelque sorte. Elle avait cessé d’être Folasadé Somayina Savage pour devenir la représentante d’une nation générique ravagée par la guerre. Sans attributs. Ni odeur de rhum. Ni posters des Beatles. Ni couverture en tissu kente jetée sur un grand lit. Ni portraits. Rien qu’une nation ravagée par la guerre, désespérante, inhumaine, aussi humide et chaude que n’importe quelle autre nation ravagée par la guerre du monde… Après tout, on n’arrêtait pas de trucider les pères aux larges épaules et aux cheveux de laine d’enfants originaires de pays chauds ravagés par la guerre, n’est-ce pas ?...

Elle ne regrettait pas Lagos, la splendeur, la vie formidable, l’impression de richesse – mais son identité livrée à l’absurdité de l’histoire, l’étroitesse et la naïveté de son ancienne individualité. Puis elle cesserait de s’intéresser aux détails, à l’idée que les attributs conféraient une forme à l’existence. Une maison ou une autre, un passeport ou un autre, Baltimore, Boston, Lagos ou Accra, vêtements élégants ou de seconde main, fleuriste ou avocate, la mort ou la vie – en fin de compte, rien n’avait beaucoup d’importance. S’il était possible de mourir sans identité, dissocié du moindre contexte, on pouvait vivre de cette façon."

La première partie du roman pose les personnages, elle est donc un peu plus difficile d'accès, le temps de s'y retrouver dans l'arbre généalogique (fourni p. 13) et les différents noms. Ensuite, le lecteur essaie de comprendre comment la famille a pu éclater aussi complètement, et ce que peuvent guérir les retrouvailles. Un livre à lire et à relire, pour les pensées que prête l'auteur à ses personnages sur la vie, la famille,...

"Avec Ama, [Kweku] est tendre… Il veut qu’elle soit satisfaite. Il le veut parce qu’elle peut l’être. C’est une femme qui peut être satisfaite. Elle ne ressemble à aucune femme qu’il a connue. Ou à aucune femme qu’il a aimée. Il n’est pas certain de les avoir connues, d’y être parvenu, ou qu’un homme soit capable de connaître une femme. Ainsi celles qu’il avait connues ignoraient la satisfaction… Non par cupidité. Jamais. Il n’aurait jamais qualifié sa mère de cupide, ni Fola, ni ses filles. Des femmes d’action qui réfléchissaient, des amantes toujours en quête, toujours prêtes à donner mais, surtout, des rêveuses, ce qui était bien plus dangereux.

Des rêveuses. Des femmes très dangereuses. Qui regardaient le monde par leurs grands yeux rêveurs et qui, au lieu de le voir tel qu’il était, « brutal, absurde », etc., songeaient à ce qu’il pourrait être ou devenir. Des femmes insatiables. Jamais comblées. Qui voulaient avant tout l’impossible… Et le pire : qui le regardaient et voyaient ce qu’il était susceptible de devenir, plus magnifique que ce qu’il se croyait en mesure d’être.

Ama n’a pas ce problème. Du moins n’a-t-il pas ce problème avec Ama… Les pensées d’Ama ne sont pas des substances dangereuses. Son état naturel est le contentement. Une révélation. Partager la vie d’une femme heureuse en permanence, au repos – heureuse ? Et avec lui. Voici pourquoi (croit-il) Kweku aime Ama"

Aline

20/12/2014

Tous les oiseaux du ciel

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Evie WYLD

Actes Sud (Lettres des Antipodes), sept. 2014, 283 p, 21.80€

Traduit de l’anglais All the Bird, Singing, par Mireille Vignol

Trois ans que Jake White, une jeune Australienne, a débarqué sur une île britannique avec son bras en écharpe, et a racheté l’ancienne ferme de Don pour monter son petit élevage de moutons. Atypique, grande et masculine, elle aime ses brebis, parle à son chien, mais évite la compagnie des humains. Depuis peu, elle se sent observée, et ses moutons se font attaquer.  Cette présence menaçante la renvoie à son passé australien tourmenté.

Les chapitres du roman, assez courts,  font en alternance progresser sa vie en temps réel sur l’île et remonter le cours de ses souvenirs en Australie. Cette narration à rebours est un peu déroutante au départ, mais c'est un procédé habile qui permet de comprendre peu à peu quel passé elle fuit, et quel élément déclencheur l'a plongée dans une spirale destructive.

C'est le deuxième roman, assez noir, de cette auteure qui sait évoquer avec puissance les paysages australiens, avec leurs sons et leurs leurs odeurs, omniprésents dans les souvenirs de Jake. Dans Après le feu, un murmure doux et léger, elle retraçait l’itinéraire d’une lignée d’hommes brisés par leurs guerres. Cette fois-ci, c’est à un personnage féminin qu’elle s’attache, une femme à la fois blessée et coriace, dure à la peine, qui refuse toute aide, toute dépendance aux autres. 

Aline

30/11/2014

Le complexe d'Eden Bellwether

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Benjamin WOOD

Zulma, 499 p, 23.50€

Traduit de l’anglais The Bellwether Revivals par Renaud Morin

Oscar Lowe, à la fin de son service d’aide-soignant à la maison de retraite de Cedarbrook, obéit à une impulsion : attiré par la musique et les vitraux du King’s College, il entre écouter l’orgue et les chœurs de l’office religieux. Il y rencontre Iris Bellwether, puis son frère Eden, qui l’introduisent auprès de leur petite coterie d’étudiants appartenant à la jeunesse dorée de Cambridge.

Oscar alterne entre répulsion et attirance pour ce groupe fermé d’intellectuels, dont il ne sait pas toujours décrypter les attitudes, mais il ne peut résister à la belle et fraîche Iris. Il devient alors le jouet ou le témoin des efforts d’Eden – fou ou génial ? pour prouver ses théories sur l’hypnose et la thérapie musicale.

Calme, gentil, « normal », Oscar se situe à l’opposé d’Eden, et ne cherche qu’à  aider les autres. Plus que les amis de longue date des Bellwether, il parvient à prendre de la distance par rapport à la personnalité narcissique et envahissante d’Eden. Ses origines plus modestes et son travail auprès des personnes âgées l’aident sans doute à garder les pieds sur terre, soutenu aussi  par son amitié avec le vieux Dr Paulsen, un ancien professeur de lettres, qui l’encourage  et lui prête ses livres.

Un premier roman très réussi, placé sous le signe de la musique, où le lecteur hésite longtemps à prendre position par rapport à l’intrigue et aux motivations des personnages principaux. C’est avec beaucoup d’humanité que l’auteur de 33 ans développe ses thèmes : amour, jalousie, manipulation, vieillesse, maladie...

Aline

25/11/2014

Nos disparus

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Tim GAUTREAUX

Seuil, août 2014, 539 p, 23€

Traduit de l’américain The Missing par Marc Amfreville

Sam Simoneaux, cajun de l’Arkansas, est un gars décent, élevé dans le respect de la vie par son "Nonc". Débarqué en France le jour de l’Armistice de la Grande Guerre, il ne connaît que le froid et le déminage désordonné des champs de l’Argonne. Il revient aux Etats-Unis avec le souvenir lancinant d’une fillette française blessée, qu’il a dû abandonner quasi sans aide, et qui l’a surnommé Lucky : le chanceux.

"Sam était rentré d’Europe avec l’idée qu’il ne fallait pas trop se fier aux apparences, et que le monde était un endroit beaucoup plus dangereux qu’il ne l’avait cru. Comme la plupart de ses camarades, il n’avait pas vraiment compris ce qu’il avait traversé." Page 15 : arrivée dans les champs de l’Argonne, où il faudrait une vie pour tout déminer.

De retour à la Nouvelle Orléans, marié, chef de rayon aux Grands Magasins Krine, il occupe une position plutôt enviable jusqu’au jour où il est tenu pour responsable de l’enlèvement d’une fillette. Culpabilisé par la douleur de sa famille, il entreprend de retrouver la petite Lily Weller en remontant avec eux le Mississipi sur l’Ambassador, le bateau dancing où ils travaillent comme musiciens. Au gré des escales, il enquête jusque dans les bayous, et glane des renseignements, non seulement sur la petite Lily, mais aussi sur son propre passé. Car lui aussi promène dans sa tête son lot de disparus, et va à la rencontre de ceux qui lui manquent (Le titre anglais « missing » évoque la disparition, mais aussi le manque).

Les heures de navigation sur le fleuve font revivre l’époque où une excursion  ou une soirée dancing à bord d’un bateau avec orchestre (noir ou blanc selon le public) était le rêve d’un soir ou d’une journée pour des populations isolées ; une rare distraction au milieu de la misère crasse, lourdement arrosée d’alcool de contrebande, quitte à finir en bagarres ; mais aussi la découverte du jazz, de la musique qui swingue, des danseurs déchaînés,…

p. 118 et suite

Je me suis régalée avec ce roman évocateur, empreint de nostalgie, à la fois enquête, peinture d'une société âpre, hymne à la musique, et réflexion sur la culpabilité, la responsabilité, la vengeance…

"[Son oncle Claude] lui avait appris qu’on avait peu de chances de revenir sur les actions de sa vie, qu’elles soient bonnes ou mauvaises."

Aline

 

23/11/2014

L'île du serment

roman policier, Ecosse, CanadaL’île du serment

Peter MAY

Le Rouergue (Noir), sept 2014, 423 p, 23€

Traduit de l’anglais Entry Island par Jean-René Dastugue

Sur la petite île d’Entrée, dans l’Archipel de La Madeleine, à l’est du Canada, personne ne ferme jamais sa porte à clef, et aucun crime n’a jamais été commis… jusqu’à cette nuit de tempête où James Cowell est poignardé à mort. Selon sa femme, l’assaillant s’en serait d’abord pris à elle. Cependant, elle est la principale suspecte des enquêteurs dépêchés de Montréal. Ambitieux, le lieutenant Crozes est pressé de boucler l’affaire.

Un seul enquêteur doute de la culpabilité de l’épouse : Sime Mackenzie, adjoint à l’équipe policière parce qu’il est bilingue, et que la communauté d’origine écossaise vivant sur cette île est anglophone. Au premier regard, il a éprouvé une sensation de déjà connaître Kirsty Cowell, et l’enquête provoque chez lui des rêves en lien avec son histoire familiale, maintes fois racontés par sa grand-mère dans son enfance. Seulement voilà, Sime est mal intégré à l’équipe d’enquêteurs, d’autant plus que l’insomnie chronique qui s’est emparée de lui au départ de sa femme le laisse totalement épuisé et déconcentré.

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Île d'Entrée (source: tourisme Îles de la Madeleine)

La construction du livre est intéressante, faisant de nombreux aller-retours entre l’enquête actuelle et l’histoire de l’ancêtre homonyme de Sime, parti des îles Hébrides en 1847, aux temps de la famine de la pomme de terre. Malgré son intérêt historique certain, cette reconstitution de l’émigration forcée des îliens écossais  est aussi ce qui fait la faiblesse du roman, car elle dilue trop l’enquête, devenue presque annexe.  Comme Sime, qui se perd dans sa quête des origines et ses problèmes personnels, l’enquête est phagocytée par l’histoire des colons. Pour rééquilibrer le roman policier, il aurait sans doute fallu que Peter May donne plus de substance aux autres policiers, qui restent trop en marge.

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Grosse Île, station de quarantaine (source: Immigration Canada)

L’auteur s’est inspiré des Highland Clearances, expulsions forcées des villages des îles Hébrides par les propriétaires terriens qui voulaient rentabiliser leurs terres en y installant des moutons, et ont envoyé par la force de pleines cargaisons de paysans sur les bateaux en partance pour le Canada, dans des conditions épouvantables.

Vers 1830, uniquement à Québec, de loin la principale porte d'entrée au Canada, l’exode européen représente une moyenne annuelle de 30 000 arrivants dont les deux tiers, environ, sont des Irlandais. Or, cette immigration sans précédent sur le fleuve Saint-Laurent survient au moment où de grandes épidémies de choléra et de variole s'abattent sur l'Europe. Afin d'empêcher la propagation des maladies, la station de quarantaine de la Grosse Île, située dans le fleuve Saint-Laurent en aval de Québec, est établie en 1832 et fermée en 1937. Toutes proportions gardées, Grosse Île est comparée, pour le Canada, à Ellis Island. Près de 7000 personnes sont enterrées à Grosse-Ile, la plupart étant des victimes de l’épidémie de typhus de 1847.

Note de l’auteur, p. 421 :

La plus grande croix celtique du monde a été érigée sur Grosse-Île en mémoire des 5000 immigrants qui y moururent en 1847. Ce livre est dédié à la mémoire de tous les Ecossais qui, eux aussi, y laissèrent la vie, et aux autres, si nombreux, qui sont venus participer à la construction de l’extraordinaire pays qu’est aujourd’hui le Canada.

Aline

22/11/2014

Bouillon policier de novembre 2014

Bouillon à Saint-Laurent-d’Agny : romans policiers

12 lectrices présentes autour du succulent gâteau d’Annie, évoquent la richesse des romans policiers actuels qui permettent de voyager de la Laponie à la Thaïlande, de connaître mieux et de comprendre des cultures, religions et de voyager dans le temps.

Nous commençons par le roman historique qui  nous emmène parfois loin.

roman policierVAN GULIK Robert : Le Fantôme du temple

se passe en Chine au III eme siècle , le juge Ti que l’on retrouve dans plusieurs ouvrages est chargé de résoudre l’énigme de ce corps sans tête qui lui corresponde !!! C’est l’occasion d’évoquer coutumes et légendes, l’enquête progresse lentement , c’est bien écrit.

roman policierDAVIDSON Leif : Le Danois serbe

date des années 1990 au moment de la guerre en Yougoslavie et mêle religions différentes dont l’Islam, la corruption, la violence avec beaucoup de suspense.

roman policierBUSSI Michel : Gravé dans le sable

C’est un autre maître du suspense qui nous conduit de 1944 à 1964 des plages de Normandie aux États Unis dans une recherche de la vérité à propos d’Omaha Beach. C’est son premier livre intitulé alors Omaha Crimes (recommandé par Maryvonne)

roman policierSHANKAR ETTETH Ravi : La couleur du deuil

Ce sont des nouvelles qui se déroulent en Inde à propos des rivalités permanentes depuis 1947 au Cachemire voisin.

 

3 ouvrages concernent l’histoire lyonnaise :

roman policierLE BRETON Nicolas : Le prince des ours

L’auteur est guide à Lyon, il émaille ses livres de photos et plans pour conduire ses enquêtes dans le Lyon médiéval.

 

roman policierESTRADE Alain : ZZ47 ou le Manuscrit oublié

A la fois au XIV e siècle et aujourd’hui, nous vivons au rythme des vicissitudes de La Chapelle Saint Vincent à la  fin de la guerre de cent ans et des convoitises suscitées par un hypothétique trésor. L’intrigue est bien menée, la chute est astucieuse. Pour les passionnés de La Chapelle par un écrivain qui s’affirme.

roman policierBOUHIER Odile : Le Sang des bistanclaques

Dans le milieu de la soierie lyonnaise juste après la première guerre mondiale, avec l’institut médico légal et le début de la médecine scientifique.

 

Après avoir voyagé dans l’histoire, nous sommes allées en Laponie et en Afrique du Sud.

roman policierMEYER Déon : 7 jours

2013, dans l’Afrique du Sud multiraciale et multilingue, durant une semaine.

 

 

roman policierTRUC Olivier : Le Dernier lapon (Prix des lecteurs Mes-Sou-Thu 2013) ravit Martine qui découvre comme nous l’avions fait la police des rennes, la longue nuit polaire de l’hiver Arctique, les traditions des Samis fortement menacées et les convoitises minières de trafiquants peu scrupuleux.

roman policierSAINZ de la MAZA Aro : Le Bourreau de Gaudí

Un ouvrage épais, mais qui ne se lâche pas. Le décor, c’est Barcelone qui vit avec ses promenades, parcs, ports et tous les monuments de Gaudí, un déroulement foisonnant, des personnages attachants (coup de cœur d’Aline qui le détaille ici)

 

Enfin, des policiers plus "classiques" :

roman policierLACKBERG Camilla : L’oiseau de mauvais augure

Remarqué par Georgette, 4ème volet d’une série située en Suède, de bonne facture mais qui s’essouffle un peu (8 tomes parus, de La princesse des glaces à La faiseuse d'anges).

roman policierGARDNER Lisa : Arrêtez-moi

L’analyse psychologique est fouillée, l’héroïne attend son assassinat, suspense garanti !!!

 

 

roman policierFLEMMING Jensen: Le Blues du braqueur de banque

Très décalé, beaucoup d’humour à l’occasion du meurtre du premier ministre danois. (ovni découvert par Claude).

 

Nous souhaitons attirer vers le roman policier des lecteurs qui boudent le genre parce qu’ils ignorent que celui-ci s’est « dépoussiéré » et considérablement ouvert vers des horizons géographiques ou historiques.

Les autres ouvrages analysés  dans le blog sont énumérés en fin de séance.

Marie-Claire

17/11/2014

Clandestines

Roman étranger, roman policier, Arabie SaouditeClandestines

Zoé FERRARIS

Belfond, 2014, 350 p., 21 €

Traduit de l’américain "Kingdom of Strangers" par Françoise Rose.

Suite à un vent de sable dans le désert, des cadavres de femmes d’origine asiatique sont mis à jour. Comment toutes ces femmes ont-elles pu être assassinées sans que leur disparition soit même signalée ? Un meurtrier en série sévirait-il en Arabie Saoudite ? Hypothèse inconcevable pour les musulmans moralistes !

La police de Djeddah enquête sous pression. L’inspecteur Ibrahim Zahrani, progressiste aux impeccables états de service se fait aider par les personnes les  plus compétentes : pisteurs bédouins, ou -ce qui n’est pas du goût de ses collègues machistes ou musulmans ultra-pieux-, de Katya, médecin légiste talentueuse  et déterminée à rendre justice à ces femmes. Mais il est perturbé par ses problèmes personnels : une femme intégriste insupportable, le mariage raté de son fils et la disparition brutale de son amante…

Ce roman policier noir est une plongée dans tout ce que la situation quotidienne des femmes d’Arabie Saoudite a d’insupportable et d'humiliant pour notre regard occidental : impossibilité de conduire, de sortir seule ; vie derrière voile, rideaux et volets ; dépendance de leur époux, frère ou fils pour la moindre sortie ; menace permanente de se faire accuser d’attitude immorale (voire d’adultère puni de la peine de mort) au moindre écart… réel ou imaginaire.  Sans parler de la situation terrible des nombreuses clandestines d’Asie du Sud-Est, venues chercher du travail et se retrouvant esclaves domestiques, voire sexuelles.

Je conseille ce roman pour son intrigue, et plus encore pour sa découverte de l’Arabie Saoudite. L’écriture est fluide et rapide. Plusieurs personnages sont assez complexes pour que le lecteur s’y attache, certains apportant une lumière positive sur la société saoudienne.

Aline

Yeruldellger

roman policier

Yeruldelgger

Ian MANOOK

Albin Michel,  2013, 22 €

Prix Quai du polar - Prix du Polar SNCF - Grand Prix des Lectrices Elle Policier 2014. Premier roman de Patrick Manoukian, alias Ian Manook, "débutant" de 65 ans.

Yeruldelgger Khaltar Quichyguinnkhen, commissaire en Mongolie,  se voit confier deux enquêtes. Une fillette blonde a été découverte par des nomades, ensevelie en pleine steppe avec son tricycle rose, et l’âme de la petite lui est formellement confiée. Au même moment, les cadavres de trois Chinois retrouvés dans des postures… peu conventionnelles, dans un hangar d’Oulan-Bator, réclament toute l’attention de la police.

L’intrigue, en lien avec la géopolitique, les ressources minières, l’argent et le pouvoir, fait intervenir des personnages diamétralement opposés, depuis les criminels puissants, des policiers corrompus, des Coréens amateurs de sensations fortes et d’improbables néo-nazis mongols jusqu’à des nomades traditionnels et des moines guerriers. Yeruldellger, lui-même personnage hors du commun,  appartient au monde moderne par son métier, mais respecte et pratique les traditions mongoles et y ancre sa moralité. Ian Manook le régale de ravioles de mouton gras, de thé salé au beurre rance et de marmottes farcies aux pierres chaudes.

Ouverture sur un pays et une culture dépaysants, mêlant de près beauté et misère, ce roman policier se lit d’une traite, comme un café noir, bien aromatisé mais amer. Corruption totale, violences faites aux femmes, interrogatoires musclés,… sont difficilement contrebalancés par les moments de paix que procurent la nature et les pratiques shamaniques ou traditionnelles. La fin un peu rapide, laisse de nombreux points en suspens, qui devraient trouver leurs réponses dans un deuxième tome, Les temps sauvages, annoncé pour février 2015.

J'ai aimé, contrairement à Gérard G., qui n'a pas accroché à l'intrigue, et n'a pas trouvé ce policier assez réaliste.

Aline