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02/12/2013

Trois grands fauves

Trois grands fauves, Hugo BORIS
Trois histoires  intimes et universelles : on en sort grandi !
Qu'est ce qui fait un destin?  L'expérience initiale de la mort, le désir de vivre et  le désir...  tout court.

Le talent de l'auteur (33 ans) lui  permet d'éviter l'ornière de l'étude psychologique réductrice.  Hugo moribond  à sa naissance, Danton enfant défiguré par un taureau ou le très jeune Churchill miraculé d'une attaque sanglante construiront leur destin sur ces expériences extrêmes. On se plonge avec régal dans trois scènes fortes, tranches de vie singulières et foisonnantes de détails qui font office de biographie. 

Entre ombre et lumière, l'auteur choisit parfois la face cachée, ne nous surprend guère en décrivant Hugo, géant d'humanisme et littérature, incorrigible coureur de jupons... Si ce n'est que l'art du portrait se savoure :  "Chambrières, cuisinières aux grands pieds,  il sait les mots qu'il faut pour les faire se déshabiller ces couturières maigrillottes, lavandières aux mains rouges... ces domestiques qui ont cru qu'il les appelait pour laver le parquet de sa chambre... "  (Voilà qui n'est pas sans rappeler quelque épisode médiatique récent..? Avec moins de façons). Cassant avec son fils, inconsolable et génial grand-père, Victor Hugo est la figure la plus controversée, magnifiquement décrit. Danton est immortalisé dans une superbe scène, attendant son tour (il fut le 15ème ce jour là) sous  la guillotine.

En quelques lignes, l'auteur a su nous rendre proches ces trois héros, décrire leurs doutes, leurs misères... sans rien ôter de leur panache. Ils en sortent grandis... et nous aussi !

Sylvie (voir aussi critique de Ginette)

18/11/2013

Bouillon d'auteurs algériens

Un grand merci à Maryvonne d'avoir partagé avec nous ses connaissances sur les auteurs algériens. Ce compte rendu ne rend pas justice aux commentaires des lectrices, mais il permettra aux uns et aux autres de se procurer les livres cités.

Nous avons tout d'abord évoqué des ouvrages récents, dont plusieurs écrits par des femmes, avant de nous pencher sur des auteurs algériens plus "classiques" de la seconde partie du 20ème siècle.

 

BOUALEM SANSAL

 

Le village de l'Allemand : ou le journal des frères Schiller

Gallimard, (Blanche), 2008, 263 p., 21.30 €

Prix RTL Lire 2008

Le récit est mené à rebours, à partir du journal intime de deux frères, Rachel (Rachid Helmut) et Malrich (Malek Ulrich). Nés en Algérie de père allemand et de mère algérienne, venus en France faire des études, logés chez un oncle dans une cité peu reluisante, ils ont "tourné" de façon bien différente : l'aîné affiche une belle réussite, tandis que le second traficote et traîne dans la banlieue.

En 1994, dans leur village près de Sétif, leurs parents sont assassinés par un groupe d'islamistes. Le père, qui avait énormément œuvré pour la population (construction, irrigation,…), était pourtant considéré comme un saint homme. Rachid, rentré au village d'Aïn Deb après leur décès, retrouve des documents sur la première vie de son père, dans l'Allemagne nazie, et ne supporte pas ces révélations.

Le roman propose une réflexion profonde, nourrie par la pensée de Primo Levi :

"Il faut condamner ferme l'idéologie, mais ne pas accabler les hommes."

Boualem Sansal établit un parallèle entre les camps nazis d'extermination et l'inféodation par les intégristes, que ce soit pendant la sale guerre des années 1990 en Algérie, ou (ce qui peut paraître abusif) dans les banlieues françaises. Ce lien est expliqué dans un entretien du Nouvel Observateur avec l'auteur.

Boualem Sansal vient de publier Gouverner au nom d'Allah. Bien que menacé par les islamistes, il vit toujours en Algérie.

 

MAÏSSA BEY

Nom de plume de Samia Benameur, née en 1950, auteur de pièces de théâtre, poèmes, romans et essais, elle a reçu en 2005 le grand prix des libraires algériens pour l'ensemble de son œuvre.

 

Entendez-vous dans les montagnes…

Editions de l'Aube, 2002.

Huis clos dans un compartiment de train, quelque part au centre de la France. Un vieil homme, Français ; une femme, Algérienne fuyant son pays à nouveau en guerre ; et Marie, petite-fille de pied-noir, jeune fille "blonde et lisse", scotchée à son baladeur. Dans un désir de mieux comprendre l'Histoire, la jeune fille fait parler ses deux voisins, et leurs souvenirs se mettent en place, étrangement imbriqués : le vieil homme, appelé en Algérie pendant la guerre d'Indépendance, a obéi aux ordres, même s'il l'a fait à contrecœur ; la femme algérienne, elle, a perdu son père à 7 ans, sous la torture des bidasses français.

Sobrement, sans haine, dans un court récit vibrant, Maïssa Bey évoque la disparition de son père, instituteur algérien tombé sous la torture en 1957.

 

Cette fille-là

Editions de l'Aube, 2001.

Recueil de plusieurs histoires courtes de femmes, qui représentent un peu toutes les femmes algériennes, et s'insurgent contre la tradition, le machisme, l'ignorance et l'anonymat dont elles sont entourées. "Cette fille-là" est une enfant née de père et de mère inconnus, qui dit sa colère :

" J'ai tout simplement envie de dire ma rage d'être au monde, ce dégoût de moi-même qui me saisit à l'idée de ne pas savoir d'où je viens et qui je suis vraiment. De lever le voile sur les silences des femmes et de la société dans laquelle le hasard m'a jetée, sur des tabous, des principes si arriérés, si rigides parfois qu'ils n'engendrent que mensonges, fourberie, violence et malheur. "

 

Pierre, sang, papier ou cendres

Editions de l'Aube, 2008.

Rédigé comme un pamphlet à l'humour grinçant contre "Madame la France", qui s'installe en Algérie, ce roman historique retraçant la colonisation de l'Algérie -du 14 juin 1830 au mois de juillet 1962- dénonce les exactions, spoliations, entreprises délibérées de déculturation, et jusqu'à la comédie de la fraternisation.

 

Surtout ne te retourne pas

Editions de l'Aube, 2005.

Lire la critique.

 

MALIKA MOKEDDEM

Malika Mokeddem est née en 1949 en Algérie. Fille d'une famille de nomades sédentarisée en bordure de désert, de tradition orale, elle a grandi bercée par les histoires contées par sa grand-mère et a été la seule fille de sa famille et de la ville à finir ses études secondaires. Elle a suivi des études de médecine à Oran et Paris.

 

 

La nuit de la lézarde

Grasset, 1998.

Nour et Sassi sont les derniers habitants d'un ksar du désert algérien, un ancien village fortifié qui donne d'un côté sur le désert, de l'autre sur la plaine. Tous les autres l'ont déserté parce qu'il tombe en ruine, que la source ne suffisait plus à tous… et surtout que la peur rôde. Des nouvelles de mort et de violences parviennent par la radio.

Nour et Sassi vivent chacun dans sa maison, cultivent amoureusement un potager à l'abri des murs du ksar, descendent au village matin et soir pour vendre une poignée de légumes ou de bouquets d'herbes aromatiques et bavarder un moment avec leurs amis d'antan. Tous les soirs, ils se retrouvent face au désert pour admirer le coucher du soleil… ou plutôt, Nour (dont le prénom signifie lumière) décrit à Sassi, aveugle, les beautés des lumières rasantes sur les dunes.

Leur dialogue est fait d'amitié profonde, de provocation et de chamailleries parfois, et de nostalgie du temps où le ksar vivait des bruits de tous ses habitants. Si Nour est restée au ksar, c'est surtout parce qu'elle y a gagné sa liberté, car il n'est pas facile d'être une femme indépendante en Algérie. Jour après jour, elle scrute avec impatience et anxiété l'immensité du désert, d'où reviendra peut-être, si les violences du monde l'ont épargné, l'homme aimé.

 

Les hommes qui marchent

Grasset, 1997.

Les hommes qui marchent, ce sont les Touaregs.  Malika Mokeddem est issue d'une de ces familles en errance éternelle, et conte -au travers de la vieille Zohra- les temps anciens des caravanes, les traditions nomades, et la lente sédentarisation. Sa petite-fille Leïla, l'une des premières jeunes filles de la tribu à maîtriser l'écriture, est aussi la plus rebelle à la condition de recluse qu'on veut lui réserver. Elle puise dans ses racines nomades la force de s'opposer à son destin, au poids des coutumes d'un autre âge.

A travers ce roman, largement autobiographique, se dessinent la place des femmes algériennes, et l'histoire récente d'une jeune nation, entre guerre d'indépendance et intégrisme d'aujourd'hui. Entremêlant contes anciens et récits plus récents, il est cependant un peu difficile à suivre.

 

ASSIA DJEBAR

Née Fatima-Zohra Imalayène à l'ouest d'Alger en 1936, Assia Djebar a étudié en Algérie et en France. C'est une écrivaine algérienne d'expression française, auteur d'une œuvre importante (romans, nouvelles, poésies, théâtre, films et essais), qui a pour thèmes récurrents l'émancipation des femmes, et l'histoire de l'Algérie. Elle siège à l'Académie française depuis 2006.

 

Le blanc de l'Algérie

Albin Michel, 1995.

Assia Djebar convoque une procession de morts, hommes de culture et écrivains algériens disparus, souvent assassinés. Elle raconte ainsi l'Algérie par ses intellectuels, de sa "première procession" : Albert Camus, Frantz Fanon, Mouloud Feraoun… à Jean Amrouche, Jean Sénac, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Tahar Djaout… sans oublier une procession de femmes.

  

MOULOUD FERAOUN

Kabyle, né en 1913, a œuvré  pour les centres sociaux chers à Germaine Tillion, exécuté par l'OAS en 1962 avec six autres personnes.

 

Le fils du pauvre

Seuil, 1995

Enfance au bled, dans un village perdu au fin fond de la Kabylie, dans une famille très pauvre. Feraoun décrit le physique et le caractère des personnages de sa famille : la grand-mère qui tient l'intendance et les cordons de la bourse, le premier garçon né après plusieurs filles, pourri-gâté,…

 

RACHID MIMOUNI

Né en 1945 à 30 km d'Alger dans une famille de petits paysans, enseignant et écrivain engagé, il a occupé diverses fonctions dans les domaines de la culture et des droits de l'homme. En 1992 il est condamné à mort par les intégristes musulmans, mais c'est la maladie qui l'emportera en 1995.

Son œuvre évoque le quotidien des Algériens, la guerre d'Algérie, la dictature et la révolution.

 

L'honneur de la tribu

Stock, 1989

Un vieil homme raconte l'histoire de son village depuis le début de la colonisation jusqu'à ces jours de honte de la révolution intégriste. La lecture est assez ardue, car l'auteur mélange histoire et contes.

 

La malédiction

Stock, 1993

C'est la malédiction qui s'abat sur Alger soumise à l'intolérance et à l'intégrisme en 1991. Celle des frères ennemis, des femmes soumises. Les intégristes viennent de lancer une grève insurrectionnelle dans le but affiché de prendre le pouvoir, ils contrôlent le plus grand hôpital d'Alger et y instaurent un ordre qui préfigure celui qu'ils veulent imposer au pays entier. Le personnage principal, médecin, est empêché de soigner certains patients.

 

KATEB YACINE (1929-1989)

Kabyle, né en 1929, avocat de la cause Berbère, est un homme de lettres complet. Il a écrit aussi bien de la poésie, du théâtre et des romans (Nedjma) que des essais.

 

Parce que c'est une femme

Ed. des Femmes, 2004

Composé de courtes pièces de théâtre, cet opus regroupe des portraits féminins plus anciens écrits par Kateb Yacine, qui met l'accent sur les initiatives que prennent ces femmes : La Kahina ou Dihya ; Saout Ennissa ; La Voix des femmes ; Louise Michel et la Nouvelle Calédonie.

 

Bonus du bouillon

 

Encore des livres :

Douglas Hawes : Oradour, le verdict final. Un livre dur, mais extraordinaire !

Robert Merle : L'enfant roi (Fortune de France, tome 8). Sur l'enfance de Louis XIII sous la régence de Marie de Médicis. Un régal d'écriture, comme les autres tomes de Fortune de France.

 

Cinéma :

Mention du film documentaire "Sur le chemin de l'école", qui présente des enfants du monde (Inde, Kenya, Maroc…) prêts à tout pour se rendre à l'école. Un film bouleversant, qui relativise nos "problèmes" scolaires français.

 

Gastronomie :

Merci à nos hôtes de St Laurent d'Agny pour la tarte à la rhubarbe, le gâteau chocolat-poire et l'infusion de grenade.

14/11/2013

Surtout ne te retourne pas

algérie,femmeLe récit, à la première personne, tourne autour de la personnalité d’une jeune femme retrouvée inanimée dans les décombres du tremblement de terre de 2003 en Algérie.

Nommée  Wahida «première et unique, mais aussi seule » par Dadda Aïcha, la vieille femme qui l’a recueillie après le séïsme, elle fait sien ce prénom. Il répond à son besoin de solitude, ou d’indépendance, comme s’il fallait, en Algérie et pour une femme, être seule pour être libre ?

 

Maïssa Bey promène son lecteur dans les méandres d’un récit très construit, proposant plusieurs identités pour cette jeune fille dont on se demande, en fait, si elle est réellement amnésique ou si elle veut simplement abandonner son passé derrière elle.

 

Le roman laisse un moment croire qu’elle est Amina, fille d’une femme « citée plusieurs fois à l’Ordre des ménagères scrupuleuses », maniaque de l’ordre et de la propreté et d’un entrepreneur préoccupé de sa future élection comme député, qui a fugué pour échapper à cette famille étouffante. Plus loin, une autre mère, Dounya, la reconnait formellement comme sa fille disparue pendant le tremblement de terre.

 

Dans une écriture peu démonstrative, mais sensible et engagée, l’auteur interpelle le lecteur. Elle s’interroge sur la place de la femme en Algérie, ménagère accomplie recluse dans sa maison, soumise aux hommes de sa vie,… Elle se révolte contre la pression intégriste, les barbus qui soulignent leurs yeux de khôl et voudraient que tout soit la faute des femmes, à commencer par cette catastrophe. Comme si une sortie entre copines ou un voile mal ajusté pouvait provoquer un tremblement de terre ! Elle s’insurge aussi contre les pouvoirs publics, dont l’incurie ou la malhonnêteté a permis la construction d’immeubles dangereux pour la population, qui se sont écroulés en poussière aux premières secousses.

 

Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur, née en 1950 à Ksar el Boukhari (Algérie).

 

Surtout ne te retourne pas

Maïssa Bey

Editions de l’Aube (regards croisés), 2005, 206 p., 15.80 €

14/10/2013

Le cercle des confidentes

roman historiqueCe roman historique a pour cadre la cour de Gloriana, Sa Très Céleste Majesté la Reine Elisabeth d'Angleterre, au début de son règne, en 1557.

Meg la pickpocket possède deux talents particuliers, développés pendant sa jeunesse, passée sur les routes avec la troupe de la Rose d'Or : ses doigts agiles de chapardeuse, et une mémoire parfaite de tout ce qu'elle entend. Repérée par les maîtres espions d'Elisabeth 1ère, elle est forcée d'intégrer le petit groupe d'élite des "confidentes" de la Reine, cinq jeunes filles dont les dons sont utilisés pour espionner et intriguer au bénéfice de la Couronne.

Les hypocrites sont nombreux à la cour de Windsor, et les manigances vont bon train ; certains complotent pour ébranler le règne de la très jeune reine, ou la forcer à se marier selon leurs intérêts ; une de ses espionnes a même été assassinée. Les diplomates espagnols semblent particulièrement louches, mais ils ne sont pas les seuls !

 

En raison de son vocabulaire relevé, et d'une mise en place de l'intrigue assez complexe, ce roman ne sera sans doute pas apprécié avant 14-15 ans. Mais c'est aussi ce qui fait son intérêt. Un peu de romance fera rêver les jeunes filles, mais malgré les charmes d'un bel hidalgo ténébreux, Meg est une personne indépendante, résolument déterminée à garder sa liberté !

L'auteur prévoit 5 tomes, un par "confidente". Le tome 2, Béatrice (belle aristocrate séduisante et manipulatrice) devrait paraître en été 2014, puis suivront Violet (augure aux rêves prémonitoires), Jane (fine lame), et Anna (timide érudite, spécialiste en logique et codes).

 

Le cercle des confidentes, tome 1 Lady Megan

Jennifer McGowan

Milan (Macadam), sept 2013, 429 p., 15.20€

Traduit de l'américain Maid of secrets par Marie Cambolieu

Danse noire... trop sophistiquée...

danse noire.gifTrop d’effets spéciaux, trop d’intimité et trop de pathos dans ce récit à la deuxième personne du singulier qui produit l’effet inverse … L’abondance tue la justesse et paradoxalement ce parti pris du cinéma tue jusqu’au mouvement… voire suscite le détachement du lecteur.

Seule la métaphore de la danse en filigrane du roman m’a semblé en revanche lui donner sa cohérence. Nancy Huston tenait pourtant sa trame, ses personnages, une histoire aussi solide que dans son  roman « Lignes de failles » sauf … sauf qu’on ne fait jamais deux fois le même parcours ! Entre ces deux romans l’écrivain n’aurait-t-il pas pris trop d’assurance ? N’est-ce pas ce manque d’humilité qui lui fait préjuger de la persévérance du lecteur ?…. Au point de penser que le lecteur non anglophone (ça existe ?!) supportera sur les deux tiers du récit la lecture de minuscules notes en bas de pages ou la traduction dans le texte du parler de l’époque….

Bien sûr, l’écriture ne fait pas défaut, on parcourt une petite dizaine de  belles pages (ça aide à tenir l'effort..!) Pour ma part, j’ai refermé le livre avec au final l’impression d’une sophistication… complètement inefficace. 

Sylvie

 

L'avis de Maryvonne, qui lit l'anglais dans le texte : c'est compliqué, je n'ai pas adhéré.

 

Danse noire

Nancy Huston

Actes Sud (domaine français), août 2013, 347 p., 21€

10/10/2013

Trois grands fauves

Trois grands fauves.gifBien que les grands fauves soient Danton, Victor Hugo et Churchill, il ne s’agit pas ici d’un livre d’histoire. L’auteur choisit des moments qu’il considère comme fondateurs  ou centraux  dans la vie de ces grands hommes. A partir d’une réalité historique parfois anecdotique  (cf. séances de spiritisme dans la famille Hugo !) et le plus souvent évoquée par touches furtives, il construit une fiction  en leur prêtant des sentiments, des pensées, des  réflexions  qui leur confèrent une épaisseur humaine – le tout dans une langue  parfois superbe.

C’est une écriture qui a du souffle, foisonnante, généreuse, traversée par la passion des mots qui entraîne le lecteur plus avant . On y découvre  trois personnalités qui dévorent la vie et sur lesquels la mort semble ne pas avoir d’emprise.

Ginette (voir aussi critique de Sylvie)

Trois grands fauves

Hugo Boris

Belfond, août 2013, 201 p., 18€

06/10/2013

Le bruit de tes pas

roman étranger, Italie, amitié, amour, drogue"La Forteresse" est  une banlieue italienne sordide, toute d'immeubles et de béton, peuplée majoritairement de famille pauvres, de squatteurs, de chômeurs, de dealers,... Fils d'une brute alcoolique, Alfredo se réfugie dans l'appartement du dessous chaque fois que son père le bat, et grandit quasiment dans la famille de Béatrice. Tous deux sont inséparables, au point qu'on les a surnommés  les Jumeaux.

 

Leur relation, maladroite et sauvage dans l'enfance, devient exclusive et agressive à l'adolescence, lorsque leurs aspirations commencent à diverger. C'est dramatique de les voir se déchirer, malgré leur attachement, alors que le milieu dans lequel ils vivent se charge déjà de les détruire :

 

"Quand on avait entre seize et trente ans et qu'on vivait à la Forteresse, les probabilités d'être tué étaient plus élevées que la moyenne nationale. On le savait tous : on courait un risque pour le simple fait d'être nés au mauvais endroit.

Mais Alfredo et moi pensions que rien ne nous arriverait. A l'âge de dix-huit ans, nous imaginions que nous allions vivre éternellement.

Puis la Forteresse qui s'était d'abord montrée clémente décida qu'il y aurait pour nous aussi un prix à payer."

 

Un récit âpre et touchant, où l'amitié et l'amour ne suffisent pas toujours à la rédemption. L'histoire n'est pas particulièrement originale, mais les personnages lui donnent une grande force.

 

Le bruit de tes pas

Valentina D'Urbano

Editions P. Rey, sept. 3013, 237 p., 19€

Premier roman, traduit de l'italien "Il rumore dei tuoi passi" par Nathalie Bauer

 

04/10/2013

Une part de ciel

part de ciel.gifUn peu de tendresse dans la France des précaires et des cabossés...

 

Alors quelle est cette "Part de Ciel "décrite par Claudie Gallay?

Un état de grâce qui surgit des ornières du chemin... et elles sont nombreuses dans la France des précaires et des cabossés!

On est en Vanoise, dans un décor de nature grandiose certes, mais le décor est celui de la France pauvre: une caravane encombrée et son chauffage d'appoint mal réglé.  Claudie Gallay nous décrit un village de Vanoise en sursis : on se prend à vivre au rythme de son café ou derrière les bottes crottées d'une baronne atypique,  patronne des  galeux à quatre pattes;  on boit le thé insipide du vieil épicier lucide et  attentionné ; on compatit  avec le garde forestier qui essaie de tout concilier... Y compris  une  épouse désabusée  qui rêve de vacances au soleil ... C'est bien là une famille à la manière de Claudie Gallay. Avec ses proscrits, ses coups de gueule, son noël et ses paillettes… !

De l’amour aussi… qui surgit dans des moments  de grâce :  cette "part de ciel "  contenue dans le titre.   Elle   revient indiscutablement à Marius et au beau personnage de la Môme (portrait  délicat d’une ado de 18 ans). 

Autant le précédent roman sur Avignon m'avait semblé ...glauque, autant ce dernier roman laisse quelques traces lumineuses une fois refermé...

 

Claudie Gallay sera présente le vendredi 11 octobre à partir de 18h à la librairie de Brignais, à l'occasion de l'anniversaire de Murmure des Mots.

Sylvie

Une part de ciel

Claudie Gallay

Actes Sud, 2013, 384 p., 22€

20:05 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

Le quatrième mur

roman,liban,théâtreD’abord une histoire d’amitié, entre Samuel Akounis, réfugié politique grec qui a été torturé pour son opposition au régime de Papadopoulos, et Georges, le narrateur, activiste de gauche dans les années 1970. Une amitié faite d’admiration, de partage des valeurs de gauche et humanitaires, de camaraderie, et enrichie par un amour commun du théâtre. Tous deux sont metteurs en scène.

 

Le livre prend son tournant vers la tragédie lorsque Samuel, trop malade, demande à Georges de le remplacer pour mener à bien le projet de sa vie : « monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou un fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène… »

Geste de paix, de bonne volonté, goutte d’eau dans la mer…

 

Et Georges a dit oui. Il est allé  à Beyrouth, en 1982, au cœur de la guerre civile libanaise, et en particulier au moment du massacre de Sabra et Chatila.

 

Un livre coup de poing, qui rappelle l’époque de la guerre du Liban, un peu oubliée chez nous, mais qui a dû laisser de terribles traces chez ceux qui l’ont vécue. L’auteur ne prend pas position par rapport aux différentes factions, Georges se fait des amis, presque des frères, dans tous les « camps ». Ce récit tragique, mais pas voyeuriste, provoque un élan de compassion pour ce pays martyrisé où tous les partis semblent victimes et bourreaux. Il donne envie de se documenter sur le Liban, et de relire l’Antigone d’Anouilh.

 

L'auteur semble s'intéresser particulièrement aux guerres civiles, et aux combats de gauche. Il nous avait déjà persuadés avec son roman retour à Killybegs, situé, lui du côté des conflits en Irlande.

 

Le quatrième mur

Sorj Chalandon

Grasset, août 2013, 325 p., 19€

Du même auteur, lire aussi Retour à Killybegs,

30/09/2013

Ouessantines

bande dessinée,île,mystèreSoizic, bretonne presque aussi têtue que sa mère, décide de changer de vie, et de s'installer sur l'île d'Ouessant où elle a fait retaper une vieille maison pour ouvrir des chambres d'hôtes.

Le moins qu'on puisse dire est que l'accueil des îliens est très frais. Ils sont excessivement méfiants, et tentent de la décourager de rester sur l'île.

Tous, sauf Marie, heureuse de voir arriver cette jeune femme entreprenante, et qui pourtant  se suicide quelques jours après. Dans son testament fraîchement refait, Marie lui laisse pour mission de mettre de l'ordre dans ses affaires, provoquant l'ire des vieilles îliennes,  ses amies de toujours…

 

La chronologie et le récit sont faciles à suivre, et les portraits de personnages et l'ambiance sont bien rendus. Le dessin est clair, expressif, les couleurs bien réussies, fraîches et pimpantes lorsqu'il fait beau, grisées à souhait sans brouiller le trait lorsqu'il pleut. Par contre, la progression du  mystère et du suspense ne m'a pas semblé suffisamment construite.

Aline

Ouessantines

Scénario de Patrick Weber, dessin de Nicoby

Couleurs Kness

Vents d'Ouest, mai 2013, 126 p., 18.25€