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14/11/2013

Surtout ne te retourne pas

algérie,femmeLe récit, à la première personne, tourne autour de la personnalité d’une jeune femme retrouvée inanimée dans les décombres du tremblement de terre de 2003 en Algérie.

Nommée  Wahida «première et unique, mais aussi seule » par Dadda Aïcha, la vieille femme qui l’a recueillie après le séïsme, elle fait sien ce prénom. Il répond à son besoin de solitude, ou d’indépendance, comme s’il fallait, en Algérie et pour une femme, être seule pour être libre ?

 

Maïssa Bey promène son lecteur dans les méandres d’un récit très construit, proposant plusieurs identités pour cette jeune fille dont on se demande, en fait, si elle est réellement amnésique ou si elle veut simplement abandonner son passé derrière elle.

 

Le roman laisse un moment croire qu’elle est Amina, fille d’une femme « citée plusieurs fois à l’Ordre des ménagères scrupuleuses », maniaque de l’ordre et de la propreté et d’un entrepreneur préoccupé de sa future élection comme député, qui a fugué pour échapper à cette famille étouffante. Plus loin, une autre mère, Dounya, la reconnait formellement comme sa fille disparue pendant le tremblement de terre.

 

Dans une écriture peu démonstrative, mais sensible et engagée, l’auteur interpelle le lecteur. Elle s’interroge sur la place de la femme en Algérie, ménagère accomplie recluse dans sa maison, soumise aux hommes de sa vie,… Elle se révolte contre la pression intégriste, les barbus qui soulignent leurs yeux de khôl et voudraient que tout soit la faute des femmes, à commencer par cette catastrophe. Comme si une sortie entre copines ou un voile mal ajusté pouvait provoquer un tremblement de terre ! Elle s’insurge aussi contre les pouvoirs publics, dont l’incurie ou la malhonnêteté a permis la construction d’immeubles dangereux pour la population, qui se sont écroulés en poussière aux premières secousses.

 

Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur, née en 1950 à Ksar el Boukhari (Algérie).

 

Surtout ne te retourne pas

Maïssa Bey

Editions de l’Aube (regards croisés), 2005, 206 p., 15.80 €

14/10/2013

Le cercle des confidentes

roman historiqueCe roman historique a pour cadre la cour de Gloriana, Sa Très Céleste Majesté la Reine Elisabeth d'Angleterre, au début de son règne, en 1557.

Meg la pickpocket possède deux talents particuliers, développés pendant sa jeunesse, passée sur les routes avec la troupe de la Rose d'Or : ses doigts agiles de chapardeuse, et une mémoire parfaite de tout ce qu'elle entend. Repérée par les maîtres espions d'Elisabeth 1ère, elle est forcée d'intégrer le petit groupe d'élite des "confidentes" de la Reine, cinq jeunes filles dont les dons sont utilisés pour espionner et intriguer au bénéfice de la Couronne.

Les hypocrites sont nombreux à la cour de Windsor, et les manigances vont bon train ; certains complotent pour ébranler le règne de la très jeune reine, ou la forcer à se marier selon leurs intérêts ; une de ses espionnes a même été assassinée. Les diplomates espagnols semblent particulièrement louches, mais ils ne sont pas les seuls !

 

En raison de son vocabulaire relevé, et d'une mise en place de l'intrigue assez complexe, ce roman ne sera sans doute pas apprécié avant 14-15 ans. Mais c'est aussi ce qui fait son intérêt. Un peu de romance fera rêver les jeunes filles, mais malgré les charmes d'un bel hidalgo ténébreux, Meg est une personne indépendante, résolument déterminée à garder sa liberté !

L'auteur prévoit 5 tomes, un par "confidente". Le tome 2, Béatrice (belle aristocrate séduisante et manipulatrice) devrait paraître en été 2014, puis suivront Violet (augure aux rêves prémonitoires), Jane (fine lame), et Anna (timide érudite, spécialiste en logique et codes).

 

Le cercle des confidentes, tome 1 Lady Megan

Jennifer McGowan

Milan (Macadam), sept 2013, 429 p., 15.20€

Traduit de l'américain Maid of secrets par Marie Cambolieu

Danse noire... trop sophistiquée...

danse noire.gifTrop d’effets spéciaux, trop d’intimité et trop de pathos dans ce récit à la deuxième personne du singulier qui produit l’effet inverse … L’abondance tue la justesse et paradoxalement ce parti pris du cinéma tue jusqu’au mouvement… voire suscite le détachement du lecteur.

Seule la métaphore de la danse en filigrane du roman m’a semblé en revanche lui donner sa cohérence. Nancy Huston tenait pourtant sa trame, ses personnages, une histoire aussi solide que dans son  roman « Lignes de failles » sauf … sauf qu’on ne fait jamais deux fois le même parcours ! Entre ces deux romans l’écrivain n’aurait-t-il pas pris trop d’assurance ? N’est-ce pas ce manque d’humilité qui lui fait préjuger de la persévérance du lecteur ?…. Au point de penser que le lecteur non anglophone (ça existe ?!) supportera sur les deux tiers du récit la lecture de minuscules notes en bas de pages ou la traduction dans le texte du parler de l’époque….

Bien sûr, l’écriture ne fait pas défaut, on parcourt une petite dizaine de  belles pages (ça aide à tenir l'effort..!) Pour ma part, j’ai refermé le livre avec au final l’impression d’une sophistication… complètement inefficace. 

Sylvie

 

L'avis de Maryvonne, qui lit l'anglais dans le texte : c'est compliqué, je n'ai pas adhéré.

 

Danse noire

Nancy Huston

Actes Sud (domaine français), août 2013, 347 p., 21€

10/10/2013

Trois grands fauves

Trois grands fauves.gifBien que les grands fauves soient Danton, Victor Hugo et Churchill, il ne s’agit pas ici d’un livre d’histoire. L’auteur choisit des moments qu’il considère comme fondateurs  ou centraux  dans la vie de ces grands hommes. A partir d’une réalité historique parfois anecdotique  (cf. séances de spiritisme dans la famille Hugo !) et le plus souvent évoquée par touches furtives, il construit une fiction  en leur prêtant des sentiments, des pensées, des  réflexions  qui leur confèrent une épaisseur humaine – le tout dans une langue  parfois superbe.

C’est une écriture qui a du souffle, foisonnante, généreuse, traversée par la passion des mots qui entraîne le lecteur plus avant . On y découvre  trois personnalités qui dévorent la vie et sur lesquels la mort semble ne pas avoir d’emprise.

Ginette (voir aussi critique de Sylvie)

Trois grands fauves

Hugo Boris

Belfond, août 2013, 201 p., 18€

06/10/2013

Le bruit de tes pas

roman étranger, Italie, amitié, amour, drogue"La Forteresse" est  une banlieue italienne sordide, toute d'immeubles et de béton, peuplée majoritairement de famille pauvres, de squatteurs, de chômeurs, de dealers,... Fils d'une brute alcoolique, Alfredo se réfugie dans l'appartement du dessous chaque fois que son père le bat, et grandit quasiment dans la famille de Béatrice. Tous deux sont inséparables, au point qu'on les a surnommés  les Jumeaux.

 

Leur relation, maladroite et sauvage dans l'enfance, devient exclusive et agressive à l'adolescence, lorsque leurs aspirations commencent à diverger. C'est dramatique de les voir se déchirer, malgré leur attachement, alors que le milieu dans lequel ils vivent se charge déjà de les détruire :

 

"Quand on avait entre seize et trente ans et qu'on vivait à la Forteresse, les probabilités d'être tué étaient plus élevées que la moyenne nationale. On le savait tous : on courait un risque pour le simple fait d'être nés au mauvais endroit.

Mais Alfredo et moi pensions que rien ne nous arriverait. A l'âge de dix-huit ans, nous imaginions que nous allions vivre éternellement.

Puis la Forteresse qui s'était d'abord montrée clémente décida qu'il y aurait pour nous aussi un prix à payer."

 

Un récit âpre et touchant, où l'amitié et l'amour ne suffisent pas toujours à la rédemption. L'histoire n'est pas particulièrement originale, mais les personnages lui donnent une grande force.

 

Le bruit de tes pas

Valentina D'Urbano

Editions P. Rey, sept. 3013, 237 p., 19€

Premier roman, traduit de l'italien "Il rumore dei tuoi passi" par Nathalie Bauer

 

04/10/2013

Une part de ciel

part de ciel.gifUn peu de tendresse dans la France des précaires et des cabossés...

 

Alors quelle est cette "Part de Ciel "décrite par Claudie Gallay?

Un état de grâce qui surgit des ornières du chemin... et elles sont nombreuses dans la France des précaires et des cabossés!

On est en Vanoise, dans un décor de nature grandiose certes, mais le décor est celui de la France pauvre: une caravane encombrée et son chauffage d'appoint mal réglé.  Claudie Gallay nous décrit un village de Vanoise en sursis : on se prend à vivre au rythme de son café ou derrière les bottes crottées d'une baronne atypique,  patronne des  galeux à quatre pattes;  on boit le thé insipide du vieil épicier lucide et  attentionné ; on compatit  avec le garde forestier qui essaie de tout concilier... Y compris  une  épouse désabusée  qui rêve de vacances au soleil ... C'est bien là une famille à la manière de Claudie Gallay. Avec ses proscrits, ses coups de gueule, son noël et ses paillettes… !

De l’amour aussi… qui surgit dans des moments  de grâce :  cette "part de ciel "  contenue dans le titre.   Elle   revient indiscutablement à Marius et au beau personnage de la Môme (portrait  délicat d’une ado de 18 ans). 

Autant le précédent roman sur Avignon m'avait semblé ...glauque, autant ce dernier roman laisse quelques traces lumineuses une fois refermé...

 

Claudie Gallay sera présente le vendredi 11 octobre à partir de 18h à la librairie de Brignais, à l'occasion de l'anniversaire de Murmure des Mots.

Sylvie

Une part de ciel

Claudie Gallay

Actes Sud, 2013, 384 p., 22€

20:05 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

Le quatrième mur

roman,liban,théâtreD’abord une histoire d’amitié, entre Samuel Akounis, réfugié politique grec qui a été torturé pour son opposition au régime de Papadopoulos, et Georges, le narrateur, activiste de gauche dans les années 1970. Une amitié faite d’admiration, de partage des valeurs de gauche et humanitaires, de camaraderie, et enrichie par un amour commun du théâtre. Tous deux sont metteurs en scène.

 

Le livre prend son tournant vers la tragédie lorsque Samuel, trop malade, demande à Georges de le remplacer pour mener à bien le projet de sa vie : « monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou un fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène… »

Geste de paix, de bonne volonté, goutte d’eau dans la mer…

 

Et Georges a dit oui. Il est allé  à Beyrouth, en 1982, au cœur de la guerre civile libanaise, et en particulier au moment du massacre de Sabra et Chatila.

 

Un livre coup de poing, qui rappelle l’époque de la guerre du Liban, un peu oubliée chez nous, mais qui a dû laisser de terribles traces chez ceux qui l’ont vécue. L’auteur ne prend pas position par rapport aux différentes factions, Georges se fait des amis, presque des frères, dans tous les « camps ». Ce récit tragique, mais pas voyeuriste, provoque un élan de compassion pour ce pays martyrisé où tous les partis semblent victimes et bourreaux. Il donne envie de se documenter sur le Liban, et de relire l’Antigone d’Anouilh.

 

L'auteur semble s'intéresser particulièrement aux guerres civiles, et aux combats de gauche. Il nous avait déjà persuadés avec son roman retour à Killybegs, situé, lui du côté des conflits en Irlande.

 

Le quatrième mur

Sorj Chalandon

Grasset, août 2013, 325 p., 19€

Du même auteur, lire aussi Retour à Killybegs,

30/09/2013

Ouessantines

bande dessinée,île,mystèreSoizic, bretonne presque aussi têtue que sa mère, décide de changer de vie, et de s'installer sur l'île d'Ouessant où elle a fait retaper une vieille maison pour ouvrir des chambres d'hôtes.

Le moins qu'on puisse dire est que l'accueil des îliens est très frais. Ils sont excessivement méfiants, et tentent de la décourager de rester sur l'île.

Tous, sauf Marie, heureuse de voir arriver cette jeune femme entreprenante, et qui pourtant  se suicide quelques jours après. Dans son testament fraîchement refait, Marie lui laisse pour mission de mettre de l'ordre dans ses affaires, provoquant l'ire des vieilles îliennes,  ses amies de toujours…

 

La chronologie et le récit sont faciles à suivre, et les portraits de personnages et l'ambiance sont bien rendus. Le dessin est clair, expressif, les couleurs bien réussies, fraîches et pimpantes lorsqu'il fait beau, grisées à souhait sans brouiller le trait lorsqu'il pleut. Par contre, la progression du  mystère et du suspense ne m'a pas semblé suffisamment construite.

Aline

Ouessantines

Scénario de Patrick Weber, dessin de Nicoby

Couleurs Kness

Vents d'Ouest, mai 2013, 126 p., 18.25€

Faillir être flingué

roman,far westEn chariot, à cheval, en diligence ou à pied… les pistes des personnages semblent converger vers une petite bourgade en devenir, guère plus qu'un alignement de tentes et "quelques baraques en planches plus ou moins solides" du Far West, qui promet un espace de rencontres et de libre entreprise.

 

Des hommes audacieux qui ont tout laissé derrière eux, des paysans porteurs d'un rêve de ferme idéale, des aventuriers en quête de compagnie, des femmes chamanes, une musicienne voyageant avec sa contrebasse,  des idéalistes blessés, une patronne de saloon qui fait marcher les ivrognes au doigt et à l'œil, un éleveur de moutons angora… tous les personnages de Céline Minard sont extraordinaires, surprenants, pittoresques, parfois à la limite du burlesque.

 

Dans cet ouest sauvage, tout semble encore possible, les frontières entre les peuples sont encore poreuses : Elie vit un temps avec une tribu Pawnee, Josh commerce avec les indiens, Orage Grondant enterre une vieille pionnière comme son frère, Eau-qui-court-sur-la-plaine initie Gifford aux voies indiennes et un groupe de Chinois prend soin d'un vaquero blessé….

 

Et pourtant, le danger et la violence ne sont pas loin : bagarres, raids d'indiens ou escroqueries peuvent intervenir à tout moment, pour un regard mal placé ou surtout pour s'accaparer le bien d'autrui. Comme l'exprime Zébulon "On n'était pas dans un pays de droit" (p.59). Et comme le dit Elie Coulter en lui  dérobant sa monture "Si vous êtes incapable de voler un cheval sans scrupules, c'est que vous n'avez pas été élevé comme il faut." (p. 29).

 

Par-dessus-tout, ce que célèbre Céline Minard, c'est la beauté de l'ouest sauvage, espace de liberté et de danger, le lien avec la nature pourvoyeuse, les prairies qui bruissent d'une vie cachée. Le lecteur ressort du roman ébloui par la nature, nostalgique d'une époque qu'il n'a pas connue. Il lui prend l'envie de parcourir les grandes plaines de l'ouest et d'observer les oiseaux, de rencontrer ces hommes et ces femmes courageux, qui savent s'entraider face à l'adversité. 

Coup de cœur d'Yves et d'Aline

Faillir être flingué

Céline Minard

Rivages, juin 2013, 325 p., 20€

23/09/2013

Les évaporés

"Ce que nous appelons ici johatsu remonte à l'époque Edo. Les criminels ou les gens qui avaient une dette d'honneur allaient se purifier aux sources du Mont Fuji. Il y a là des sources d'eau chaude et des établissements de bains, ce sont des villes d'hôtels. Ils prenaient une auberge, ils entraient dans les bains de vapeur et ils disparaissaient. C'est pour cela qu'on les appelle les évaporés. Peut-être certains se suicidaient en prenant le chemin de la forêt. Mais d'autres réapparaissaient, quelques années plus tard, ailleurs."

 

Au Japon, lorsqu'une personne disparaît, on dit simplement qu'elle est johatsu, qu'elle s'est évaporée. Pour Kazehiro, "ce n'était pas une solution, mais c'était une issue", qu'il a saisie de son mieux, disparaissant de chez lui au petit matin, laissant sa famille face à la honte et à la tristesse. Sa fille, Yukiko, rentre d'urgence de San Francisco pour enquêter avec Richard, un ex-petit-ami détective. Mais disparaître n'est pas un délit, et n'entraîne aucune enquête de police.

Richard, plus poète et rêveur qu'enquêteur, et de surcroit incapable d'aligner deux mots de japonais, progresse peu dans ses recherches, mais il s'imprègne de culture japonaise, et avec lui, le lecteur. Yukiko, de son côté, renoue avec ses amis et le côté japonais de sa personnalité.

 

Chacun des personnages est à son tour narrateur : Kazehiro, sa femme, Yukiko, Richard, et Akainu, un jeune garçon à la rue depuis le tsunami. L'histoire est située peu après le désastre du tsunami et de Fukushima. Notre évaporé vit un moment à Tokyo, dans le quartier des travailleurs pauvres et des marchands de travail.

 

"Le tsunami avait brutalement jeté des milliers de personnes sur les routes. La reconstruction durerait des années. La zone d'exclusion demeurait inhabitable. Malgré les aides d'urgence, les dédommagements ne viendraient qu'au terme de procès qui prendraient au moins dix ans, dans lesquels l'Etat, la compagnie électrique et les assurances se rejetteraient la responsabilité de la catastrophe, regrettant de ne pas pouvoir l'attribuer à quelque dieu caché, au destin,… Ceux qui avaient des dettes ou qui avaient sombré avec le traumatisme avaient rejoint Tokyo dans l'espoir de refaire leur vie. Certains, pour des raisons qui leur appartenaient, avaient choisi de disparaître. Beaucoup avaient erré, ballotés comme des débris de vaisseaux fantômes dans la campagne submergée, toutes amarres rompues, familles disloquées, parents perdus, maisons effondrées, anéanties, éparpillées sur la plaine en compagnie de carcasses de voitures et de bateaux, de routes arrachés, de rochers, de chiens redevenus sauvages… Et tous ces gens qui erraient étaient comme à la dérive au milieu des restes de leur monde. La mer s'était retirée, mais il n'y avait plus de port où rentrer…

Pour  exactement les mêmes raisons, c'étaient eux qu'on envoyait à présent dans le Nord qu'ils avaient fui déblayer les routes, débarrasser les gravats, nettoyer les égouts inondés de Fukushima ou travailler à la maçonnerie de la centrale nucléaire pour une de ces entreprises de sous-traitance dont personne ne voulait rien savoir. C'était du boulot pour une semaine ou deux, parfois un mois, selon les risques. Ceux qui travaillaient dans le périmètre d'exclusion de la centrale, on leur donnerait des combinaisons sur place, pas de badge dosimètre pour mesurer les radiations, pas de suivi médical. Ces hommes étaient sortis des statistiques qui permettent aux gens normaux de se sentir en sécurité…

La misère est une énergie renouvelable."

 

J'ai relu certains extraits plusieurs fois pour le plaisir, et pourrais noter des dizaines de citations, tantôt très poétiques, tantôt représentatives d'une ambiance, d'un aspect du Japon… Et pourtant, chaque fois que je posais ce livre, je devais me forcer pour le reprendre. Pourquoi ? Est-il vraiment pensé comme un roman, ou comme une juxtaposition de scènes ? Se ressent-il de ses nombreux narrateurs, pas tous aussi crédibles (le regard posé sur les marchands de travail n'est pas très vraisemblable provenant d'un garçon de14 ans) ? Par moment, l'accumulation d'images un peu "clichés" semble provenir en droite ligne de l'imaginaire occidental du Japon, d'autres fois les scènes relèvent presque du documentaire. L'écrivain français peut-il représenter le ressenti des Japonais ? Au fait, l'auteur a-t-il passé du temps au Japon ?...

 

roman,japonLes évaporés

Thomas B. Reverdy

Flammarion, août 2013, 302 p., 19€