Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/09/2013

La fabrique du monde

La fabrique du monde, c’est la Chine, dans le contexte de la mondialisation. Ici, en l’occurrence, une usine de confection où vivent, dorment et travaillent de nombreuses ouvrières exploitées. Lorsqu’une commande doit être livrée rapidement, c’est une cadence infernale qui est exigée, et les employées survivent en mode automatique : ne surtout pas penser, pour ne pas ralentir son geste ! Travailler jour et nuit pour un maigre salaire qui permet au mieux de payer son lit au dortoir de l’usine et de rentrer chez soi pour les fêtes.

 

Mei, jeune couturière adroite et rapide, souffre pourtant de ce rythme insupportable et du peu d’espoir que l’avenir lui laisse. Consciente de l’injustice de sa situation, elle remâche sa colère et se prend à rêver… ce qui la rend d’autant plus fragile.

 

Ecrit avec finesse et clarté, la fabrique du monde est une plongée intime dans son quotidien, ses pensées et ses sentiments. Le lecteur croit voir défiler les chemises blanches ou les pantalons en polyester sous l’aiguille de la machine à coudre, et se révolte à la place de Mei des conditions de travail inhumaines qui lui sont imposées. Au final, un livre beau et triste.

 

roman,chine,conditions de travailLa fabrique du monde

Sophie Van der Linden

Buchet Chastel (roman), avril 2013, 155 p., 13 €

04/09/2013

Les gens heureux lisent et boivent du café

gens heureux lisent et boivent du café.gifHarlequinade sous titre aguicheur

La sagesse serait de s'en tenir aux bons livres, avec le souci de les transmettre, mais devant une telle déception il est quand même urgent de prévenir!

Le produit (produit d'appel vendu à prix compétitif au format numérique) est le fruit du marketing ambiant. En version papier on se laisse séduire par le titre, on entend "lecture" ( c'est tendance dans les titres avec juste ce qu'il faut de caution culturelle), la juxtaposition des mots "heureux" et "café" soutenue par une belle photo rétro en noir et blanc fait aussi son petit effet. On attend une bonne histoire ficelée avec juste ce qu'il faut d'analyse comme peut le laisser supposer Sigmund en épigraphe. 

Les cinquante premières lignes nous laissent sur cette illusion, presque bien écrites, avec juste ce qu'il faut de maîtrise du pathos... Hélas, passée cette ouverture appliquée , l'auteure ne réussit pas à tenir l'allure et sombre illico dans des dialogues d'une platitude épuisante pimentée d'expression familières ( mais oui, rappelons nous ... on est censé baigner dans le quotidien..!) .

Côté récit j'abrège sur les retrouvailles de nos deux héros favoris, dignes des meilleures séries sentimentales. Nos classiques rose tendre qu'on dévore vers quatorze ans ou plus, l'amour yoyo, le macho et sa douce, fringants depuis le Moyen Age, toutes latitudes confondues ( ici l'Irlande , ses pubs et ses cottages et rien que des personnages clichés au service de l'intrigue )... Intemporel vous dis je, avec une exception pour la fin, (Sigmund est passé par là), la thérapie se termine au chapitre 10 mais on ne saura pas si les deux protagonistes ... "furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". L'auteure retrouve le style de "l'intro", les dix dernières lignes restent dans la suggestion, tendance vous dis je!

Voilà qui m'apprendra à feuilleter trop distraitement les parutions en librairie.

Sylvie B.

Les gens heureux lisent et boivent du café

Agnès Martin-Lugan, Michel Lafon, 2013, 14.95 €

03/09/2013

Reflets d'argent

"Il y avait un homme dans l’eau. Ou du bois flotté ? Des algues ? Non, c’était un homme, à n’en pas douter. Qui dérivait, ballotté par les vagues. Il avait les cheveux noirs, la barbe, la peau très pâle. Les yeux ronds comme ceux d'un phoque… Il semblait sourire, en flottant. Puis il leva les bras -les leva au-dessus de lui, joignit les paumes comme pour faire une prière- et jeta en avant ces bras qui fendirent l’eau du bout des doigts, suivis par sa tête et son corps qui formèrent un arc. Il plongea dans la mer et disparut.

L’espace d’un instant il n’y eut plus rien.

Puis, dans son sillage, il y eut une queue – une immense queue aux reflets d’argent… Et à cet instant, à cet instant précis, alors que la mer s’écrasait sur les galets de Sye, et qu’une mouette se posait sur les rochers tout proches, il entendit très clairement une voix. Ce n’était pas comme s’il y avait quelqu’un à côté de lui ; c’était une voix profonde et douce qui semblait l’environner au point que le fermier se tourna et se retourna.

Elle soufflait autour de lui : Espère.

La voix venait des falaises. Elle montait des galets. Il regarda mais il n’y avait que l’écume, moussante, et la blanche dentelle des eaux fendues, là où la queue avait surgi….

 

C’est étrange, comme tous les mythes. C’est une histoire familière aussi, car beaucoup de parents ont chuchoté le conte de l’Homme-poisson à leurs enfants… Il n’a pas d’âge, dit-on, et ne peut mourir. Il vit comme les poissons, dans le calme des profondeurs d’un vert dense, mais fait parfois surface pour jeter un coup d’œil vers la terre. Même de nos jours, il y a un habitant de l’île qui affirme avoir vu l’Homme-poisson -son sourire plein d’amour, ses écailles qui accrochent la lumière quand il plonge. D’autres disent, aussi, que si jamais on se sent réconforté, ou si jamais on entend Espère – ou bien encore Aie confiance, ou Tu n’es pas seul- en marchant au bord de la mer, en posant le pied dans un bateau, en observant la bâche secouée par le vent au-dessus du bûcher, en allant tirer les rideaux le soir et en s’arrêtant parce que les dernières lueurs sur l’eau sont superbes, comme de l’or, ou en contemplant les reflets de nos bottes dans le sable mouillé et ferme à marée basse, c’est que l’Homme-poisson passe. Il est près de la côte, regarde l’île. Il connaît notre peine –et souhaite qu’elle cesse.

 

C’était difficile à croire. Quand j’ai entendu Espère sur le rivage, c’était en moi que les paroles résonnaient et de moi qu’elles émanaient –avec moi seule pour réconfort, m’efforçant de me maintenir à flot. Mais quel mal y a-t-il à croire à de tels contes ? Le plus souvent, je me dis que c’est le mieux à faire."

 

Sur l’île de Parla, les légendes de la mer sont parfois préférées à la dure réalité. Parmi toutes celles que l’on raconte, la plus belle, ou la plus réconfortante, est celle de l’Homme-poisson. Aussi, lorsqu’un homme inconnu à la barbe noire est  retrouvé – amnésique et quasi nu- dans la crique de Sye, les insulaires ont-ils envie de croire qu’il est l’Homme-poisson, venu pour apporter un changement bénéfique sur l’île.

 

Car depuis 4 ans, où la mer a pris Tom, le plus grand, le plus jeune et le plus joyeux des frères Bundy, l’île est comme figée dans ses habitudes et dans sa tristesse. Marins et éleveurs de moutons triment en solitaires, les femmes se referment sur leur colère ou leur désolation, et on ne parle pas de peur de réveiller la douleur ou la culpabilité.

 

Susan Fletcher tisse un récit à la fois ancré dans la réalité et inspiré de légende. Elle écrit par vagues qui se recouvrent, entremêlant le quotidien des insulaires, leur fascination pour les contes, l’absence et le deuil. Son style est un peu particulier, et le lecteur « nage » un peu au début, le temps de situer les lieux et les personnages. Il peine à situer la narratrice, glaneuse des marées basses et pêcheuse de homards. Puis, peu à peu se dessine un paysage côtier et une histoire de plus en plus envoûtante.

 

île,mer,deuil,légendeLes reflets d’argent

Susan Fletcher

Plon (Feux croisés), 2013, 461 p., 22 €

Traduit de l’anglais par Stéphane Roques

 

Du même auteur, les lecteurs ont beaucoup aimé Le bûcher sous la neige

31/08/2013

comment trouver l'amour à cinquante ans

comment trouver l'amour.gifParisienne résolue, intellectuelle de gauche et professeur de français consciencieuse, Catherine Tournant lit Télérama, et ne confond pas culture et divertissement !

Elle porte un nom bien choisi, puisqu'à cinquante ans, elle se trouve à un tournant de sa vie.

Professeur de français consciencieuse, elle est affectée par une rumeur d'attouchement sur élève, qui ébranle ses convictions, et la pousse à remettre ses choix en question.

Comme elle, les autres personnages de ce roman s'interrogent sur leur vie, leur métier, leur identité. Leur fragilité ou leur disponibilité momentanée les pousse à tisser des liens nouveaux, qui peu à peu les rapprochent.

 

Dans sa construction, le récit ne présente pas d'intérêt particulier, les différentes scènes ou étapes manquent de lien, et les personnages sont un peu trop stylisés pour être vraiment crédibles. Par contre, le roman offre un regard décalé sur le métier de professeur de littérature dans un lycée de banlieue (le métier de l'auteur), et une amorce de réflexion -non dénuée d'humour- sur plusieurs sujets intéressants : les préjugés, l'influence de l'apparence, la perception de soi,… et le fait d'être ou non Parisien.

Noter que le titre est trompeur : il est plus question de trouver sa place et de s'accepter que de chercher l'amour, même si l'un n'empêche pas l'autre.

Au total, une lecture pas désagréable, mais pas mémorable non plus.

 

Comment trouver l'amour à cinquante ans quand on est parisienne (et autres questions capitales)

Pascal Morin

Le Rouergue (La Brune), 2013, 190 p., 18 €

12/08/2013

Un écrivain, un vrai

roman,écritureGary Montaigu, écrivain New-Yorkais d'origine française, est à l'apogée de sa gloire : il vient de gagner le prestigieux "International Book Prize". Pour satisfaire l'ambition de sa femme, Ruth, mais aussi par amour de la littérature qu'il pense ainsi servir et promouvoir, il s'est laissé persuader de participer à une émission de téléréalité :

 

"Un écrivain, un vrai" s'introduit dans sa vie quotidienne. Les caméras le suivent partout, y compris lorsqu'il écrit dans son bureau et en rendez-vous, et les médias lui dictent un scénario de vie. Sa femme, elle aussi, est de plus en plus intrusive, et va jusqu'à modifier ses textes pour qu'ils soient plus accessibles au grand public. Quant à ses textes, parlons-en ! Soumis à l'approbation du public, au fameux "J'aime, je partage", le roman qu'il écrit n'est plus qu'une médiocre caricature !

 

Quelques mois plus tard, il a déserté la vie publique, et vit en reclus dans son bureau, en chaise roulante…

 

Réflexion sur la téléréalité, sur le poids des médias dans la vie culturelle, sur la difficulté de la création et l'authenticité de l'écriture… le roman oppose les concessions de Gary aux choix de l'écrivain Alain Mabanckou : "auteur à succès avec une tête de mauvais garçon et un cœur grand comme le soleil, Alain empilait les livres et les prix prestigieux sans jamais se défaire de ses exigences littéraires".

Le sujet est intéressant, mais l'écriture un peu intellectuelle ne plait pas forcément. J'aurais aimé la fantaisie et l'inventivité d'un Tonino Benacquista (Saga) pour broder sur ce thème…

 

Un écrivain, un vrai

Pia Petersen

Actes Sud (Domaine français), 2013, 214 p., 20 €

03/08/2013

l'étrangère

roman,coréeParcours d'une jeune Coréenne d'origine modeste qui réussit –à force de travail et grâce au soutien de toute sa famille- à faire des études.

Eun-Ja est le bébé de la famille. A la mort de son père, sa mère poursuit courageusement le travail dans les rizières pour permettre à la famille de subsister, et même aux filles d'aller en classe aussi longtemps que possible.

Longtemps dans l'ombre de ses sœurs brillantes, Mi-Sun et Sun-Hi, elle devient une élève excellente et se passionne pour le français. Elle étudie avec acharnement pour obtenir des bourses et réaliser son rêve : maîtriser la langue, et, un jour, écrire des romans en français !

 

Récit d'une vie laborieuse dans une famille nombreuse coréenne de la campagne. Très agréable à lire, il transporte dans un quotidien et une culture différents des nôtres. Pour autant, le style est simple et direct, la construction linéaire, donc je n'ai pas compris pourquoi les critiques sont aussi élogieuses (**** Lire). Peut-être en hommage à la passion et à la maîtrise du français d'Eun-Ja ?

 

L'étrangère : récit

Eun-Ja Kang

Seuil, 2013, 278p., 19€

29/07/2013

Avant toi

roman étranger,handicap,euthanasieSuite à un accident, Will est tétraplégique. Les moyens de sa famille lui permettent de recevoir les meilleurs soins, de vivre dans un cadre agréable et d'être accompagné en permanence par des auxiliaires de vie. Néanmoins, il refuse de vivre dans ces conditions tellement éloignées de sa vie d'avant où il multipliait les voyages et les aventures.

Depuis que son père a perdu son travail à la menuiserie, Lou a plus que jamais besoin de rapporter un salaire à la maison. Elle accepte donc un CDD de six mois pour s'occuper de Will pendant la journée, malgré l'accueil glacial et le cynisme de celui-ci, qui rendent son travail accablant. Peu à peu, des liens se créent entre la jeune fille pauvre, originale et peu sûre d'elle et le jeune homme riche et cultivé mais désespéré.

 

L'intrigue rappelle le film Intouchable, et pourrait verser dans le mélo facile, avec -en prime- une histoire d'amour. Cependant l'ensemble n'est pas simpliste, le regard sur le handicap fait réfléchir. Le lecteur s'attache aux personnages, qui ont tous des positions différentes par rapport à l'euthanasie, et se battent pour les faire respecter.  L'issue, émouvante, est loin d'être évidente si bien que l'attention est soutenue jusqu'au bout. Penser à se munir d'un mouchoir !

 

Avant toi

Jojo Moyes

Milady (Grande Romance)

Traduit de l'anglais Me before you par Frédéric Le Berre

24/07/2013

Cher Gabriel

roman étranger,autismeEntre roman et témoignage, rédigé sous forme de lettres d’un père à son fils, Cher Gabriel est un récit de ce que vit un père au jour le jour auprès de son fils autiste.

Les réflexions philosophiques, l’amour de sa côte norvégienne sauvage, alternent avec le récit des « problèmes » de Gabriel.

Les rituels et les petites victoires aident à vivre. Les bons moments, tels que le pique-nique et chasse au trésor sur une île, alternent avec les « pas très bonnes journées », comme les appellent avec diplomatie les enseignants de Gabriel, et les moments de lassitude des parents.

 

L’amour inconditionnel de l’auteur pour son fils est admirable, et je pensais être emportée dans le récit, ce qui n’a pas été le cas. Peut-être en raison d’une façon d’écrire relativement intellectuelle, qui met à distance des évènements évoqués… ? ou bien du choix artificiel de parler à son fils alors que l’auteur s’adresse à nous, lecteurs ?

 

Cher Gabriel

Halfdan W. Freihow

Gaïa, 2012, 165 p., 16 €

17/07/2013

Les choses comme je les vois

roman étranger,autismeTrois narrateurs prennent tour à tour la parole pour exprimer « les choses comme ils les voient » : leurs ressentiments, leur frustration, leur mal-être, leur inadaptation. Asif Murphy et ses deux sœurs Yasmine et Lila semblent  tous trois engloutis par leur histoire familiale et la différence de Yasmine, autiste.

 

Depuis la naissance de cette petite sœur difficile, suivie de près par le départ du père, toute la famille a tourné autour de Yasmine, de ses « implosions » et de ses rituels. Avec son syndrome d’Asperger, elle a pris toute la place auprès de sa mère, et les aînés ont occupé tant bien que mal l’espace qu’on leur laissait : le rôle de gentil grand frère transparent pour Asif, et celui de souillon, rebelle méchante, pour Lila.

 

Le récit plonge dans leurs relations mortifères, les responsabilités qu’ils s’imposent ou refusent. Adultes maintenant, et privés de leur mère, tous trois peinent à vivre et à trouver leur place dans la société. Et pourtant, leurs qualités cachées peuvent émerger à l’occasion de nouvelles rencontres, et leur donner une seconde chance…

 

La citation récurrente de Larkin "They fuck you up, your Mum and Dad. They don't mean to, but they do" (Ils te fichent en l'air, ton père et ta mère. Ils ne le font pas exprès, mais n'empêche qu'ils le font) est longuement explorée. Mais finalement, vient un moment ou chacun doit choisir de vivre... ou pas.

 

Les choses comme je les vois

Roopa Farooki

Gaïa editions, 2013, 312 p., 22 €

Traduit de l’anglais The way things look to me par Jérémy Oriol

14/07/2013

La boutique de la seconde chance

roman étranger,brocante,amour,deuilRichard, ou Chiffo (-nnier), est brocanteur, et chine avec ardeur, tant pour approvisionner son magasin, situé dans une banlieue pourrie de Detroit, que pour son plaisir. Il est tellement accro qu'il s'échappe même de la réception d'enterrement de sa propre mère pour filer à une vente.

 

Mal adapté à la société de consommation américaine, fâché avec les adeptes du neuf, les canapés écossais et le bon goût,  il développe ce qu'il appelle des "théories foireuses" autour de son métier et du rapport aux objets, comme "gouttes d'éternité" :

 

"Pour ma part, je trouve les objets neufs insipides. Ils n'ont pas d'histoire, pas de résonnance. Je me sens à l'aise au milieu de l'antiquaille. La deuxième main. L'expression parle d'elle-même : d'autres mains ont manipulé l'objet. Que l'on songe à tout ce que nous touchons tous les jours, aux millions de minuscules rivets qui soudent l'existence : les tasses à café, les réveils, les lunettes de soleil, les porte-clés, les cendriers… Et si chacun d'eux avait absorbé une bribe de nous-mêmes, et si la marque de nos doigts transmettait une parcelle de notre âme ?..."

 

"Plus on prend de l'âge, plus on possède d'objets. Pourquoi ça ? Parce que les objets ont un pouvoir de protection. Ils agissent comme un lest… Que l'on songe à ce que l'on ressent lorsque l'on achète quelque chose : ce petit flash, comme un éclair d'éternité…  J'ai remarqué que c'est vers la trentaine que les gens commencent à acquérir des choses. Une fois en possession du principal –maisons, voitures, conjoints, enfants- ils persistent : achat, achat, achat. Ils ont envie d'une deuxième bagnole, d'un billard, d'un bateau, d'un camping-car –vraiment du sérieux. Mails ils n'enrichissent pas leur vie pour autant, ils l'alourdissent. Car ils ne savent pas qu'ils tentent de se protéger. Trente ans, c'est l'âge auquel on cesse de se croire immortel."

 

Chiffo met de la distance entre lui et les objets de la succession de ses parents en les traitant comme un brocanteur, et non comme des objets personnels, mais le passé le rattrape au détour d'une recette maternelle, ou des vestiges de la passion de son père pour la photographie.

 

Au même moment, il rencontre Théresa, qui travaille dans un refuge pour animaux, et semble aussi névrosée que lui.  Les migraines émotionnelles se multiplient !

 

Brocante, deuil et amour sont les trois ingrédients principaux de ce roman, plutôt humoristique mais non dépourvu de profondeur. Tout n'est pas bon, mais je me suis régalée des réflexions de ce personnage décalé.

 

La boutique de la seconde chance

Michael Zadoorian

Fleuve Noir, sept 2012, 302 p., 19.50 €

Traduit de l'américain Second hand par Jean-François Merle