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13/07/2013

Après le feu, un murmure doux et léger

australie,guerre du vietnamSuite à une relation houleuse avec une femme aimée, Frank se retire dans une cabane rudimentaire, sur la côte est, sauvage, de l'Australie. Entouré par une nature hostile, il tente plus ou moins de cultiver la terre et de s'intégrer à la communauté locale, entre deux accès de boisson.

 

Cette cabane avait également servi de refuge à son grand-père, revenu mutique et traumatisé de la guerre de Corée, puis à son père, Léon, après le Vietnam. A sa façon, Frank vit aussi dans son enfer personnel, incapable de surmonter ses accès de violence.

 

Sculptés dans le sucre, les figurines de gâteaux de mariage de ses ancêtres, conservées sous globe sur une étagère, rappellent le métier dans lequel excellaient les hommes de la famille, boulangers et artistes pâtissiers… avant de se retrouver dans des guerres auxquelles ils ne comprenaient rien, qui ont miné leur vie celle de leur famille.

 

Bien que le roman soit écrit par une jeune femme, les personnages féminins sont assez effacés, devant ces hommes rustres et écrasants, gros buveurs d'alcool. A part la petite Sal, enfant précoce atypique, fascinée par la survie, et qui apprivoise peu à peu son fruste voisin.

 

La côte est de l'Australie est omniprésente, tantôt source d'émerveillement et de liberté, tantôt oppressante et dangereuse. (Le paysage et l'ambiance sont mal rendus par la couverture de la traduction française du roman.)

 

Le titre m'a interpelée : après le feu (de la guerre), le murmure léger (de la douleur silencieuse) ?

Il s'agit d'une référence biblique à Elie réfugié dans le désert après avoir passé par le fil de l'épée les faux prophètes, et qui recherche Dieu : "après le tremblement de terre, un feu : l'Eternel n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger…"  (1 Rois 19 : 12).

 

australie,guerre du vietnamAprès le feu, un murmure doux et léger

Evie Wyld

Traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol

Actes Sud, 2012, 324 p., 23 €

 

Pour en savoir plus, lire la critique de Marie Hirigoyen, de la Librairie Le Jardin des lettres à Craponne, ou consulter l'interview de de l'auteur.

09/07/2013

Ce que je peux te dire d'elles

Il s’agit d’une histoire de femmes, de sœurs, de mères, une tribu  de femmes émancipée,  en même temps que celle d’une histoire familiale, racontée par Blanche ; qui tente d’en retisser et renouer les fils,  lorsqu’ elle apprend la naissance de son petit fils.

 

C’est l’histoire de ce petit monde quasiment exclusivement féminin, des années 1950 à nos jours, que les hasards de la vie ou des choix personnels ont conduit à vivre ensemble et à se serrer les coudes. Sous leur apparente fragilité et leur tendresse, se  cachent  cependant des sentiments violents.

 

J’ai aimé ce livre et en particulier sa couverture avec ses bobines de fils  qui annonce  bien  l’image de ces fils que la narratrice tente de retisser et/ou peut être également la maison de haute couture tenue par l’une d’entre elles.

 

roman,familleCe que je peux te dire d’elles

Anne Icart

Ed. R.Laffont, janvier 2013, 19 €

                                                                                           Marie France

08/07/2013

Bouillon de BD

Pour certains participants, c'est une découverte de la bande dessinée actuelle pour adultes. Parmi les  titres sélectionnés et appréciés, beaucoup de BD historique, et de très beaux récits.

 

bande dessinéeLa mort de Staline

Tome 1 : agonie, tome 2 : funérailles

Fabien Nury et Thierry Robin

Pas besoin d'être un expert pour lire avec intérêt cette BD historique, pas forcément 100 % véridique, mais très crédible, qui relate les manigances autour du pouvoir au moment de la mort de Staline.

 

bande dessinéeL'art de voler

Antonio Altarriba

Le 4 mai 2001, le père de l'auteur, âgé de 90 ans, saute du 4ème étage de sa maison de retraite... Son fils retrace son histoire, marquée par la guerre d'Espagne, les camps en France, le marché noir du charbon à Marseille pendant l'occupation,… mais aussi par un talent particulier pour la mécanique.

 

bande dessinéeLa guerre d'Alan

Emmanuel Guibert

Récit tiré des souvenirs de l'ancien militaire, Alan Ingram Cope, né en 1925, qui raconte sa vie à l'auteur, avec des allers retours. Le tome 1 se passe plutôt pendant son service, le tome 2 pendant la 2nde guerre mondiale en France, le tome 3 dans les camps.

  

bande dessinéeEgon Schiele, 1890-1918

Xavier Coste

Portrait romancé du peintre, mort à 28 ans de la grippe espagnole : ses rapports aux femmes, sa peinture érotique et provocatrice, son séjour en prison après avoir été soupçonné de pédophilie. La BD parle peu du mouvement des peintres Viennois avant la 2nde guerre, mais évoque le soutien dont il a bénéficié de leur part. Klimt en particulier ne l'a pas laissé tomber même lorsqu'il a séduit sa maîtresse.

 

bande dessinéeUn printemps à Tchernobyl

Emmanuel Lepage

En 2008, l'auteur est invité près de Tchernobyl par un groupe de militants antinucléaire. Il livre un reportage en dessin sur la vie des survivants et de leurs enfants sur les terres contaminées, et rend compte de ses rencontres avec des personnes chaleureuses et pleines de vie malgré tout. Un thème proche du  très beau roman La nuit tombée, d'Antoine Choplin.

 

bande dessinéeChroniques Birmanes

Guy Delisle

En 2007, l'auteur suit sa femme, qui travaille pour Médecins Sans Frontière en Birmanie. Père au foyer, il évoque à la fois ses petits tracas quotidiens et de grandes considérations par rapport au pays. Il est écœuré par le milieu des expatriés et le pouvoir des grandes multinationales, dans ce pays dominé par la junte militaire.

 

bande dessinéeLe photographe  (3 tomes)

Emmanuel Guibert (scénario et dessins)

Frédéric Lemercier (couleur et mise en page)

Didier Lefèvre (scénario et photographie)

Le Photographe retrace le parcours d'une équipe de Médecins sans frontières entre le Pakistan et l'Afghanistan alors occupé par l'URSS, de 1986 à 2002. Basée sur le témoignage et les clichés de Didier Lefèvre, photographe à qui Médecins sans frontières avait demandé de réaliser un reportage, sur "la longue marche des hommes et des femmes qui tentent de réparer ce que d'autres détruisent". La série mêle BD en sépia et couleurs, et photos  en noir et blanc.

 

bande dessinéeParoles de poilus, 1914-18

Ces lettres et carnets du front, déjà parues, présentent grand intérêt historique. Le texte intégral est donné, puis traduit en BD. Chaque lettre est  illustrée par un dessinateur différent.

Même principe pour les Paroles d'étoiles, à partir de récits de Juifs pendant la dernière guerre.

 

bande dessinéeL'affaire du voile

Pétillon

Le détective Jack Palmer, toujours perdu dans son imperméable beige à la Colombo et toujours aussi incompétent,  enquête cette fois-ci sur la disparition d'une jeune fille qui se serait convertie à l'islam. L'auteur réussit avec humour à renvoyer dos à dos modérés et extrémistes.

 

bande dessinéeL'hôte

Jacques Ferrandez

D'après l'œuvre d'Albert Camus, l'auteur rend magistralement l'ambiance des Hauts-Plateaux d'Algérie et les tensions entre Algériens et Français, qui n'empêchent pas quelques vraies rencontres empreintes de respect. Une histoire tragique et un régal pour les yeux.

 

 

bande dessinéeLe bleu est une couleur chaude

Julie Maroh

A sa mort, Clémentine demande à ses parents de transmettre son journal intime à Emma, "la fille aux cheveux bleus" et l'amour de sa vie. Le journal retrace toute l'histoire de la relation entre les deux femmes. Le dessin, est élégant, réalisé en teintes de gris rehaussées de touches de bleu pour les yeux et cheveux d'Emma. Une poignante histoire d'amour et de recherche de soi.

La BD a remporté plusieurs prix, dont celui du Public Fnac-SNCF au festival d'Angoulême 2011. Une adaptation cinématographique a été réalisée par Abdelatif Kechiche, avec Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos dans les rôles principaux. La vie d'Adèle a reçu la Palme d'or au Festival de Cannes 2013.

01/07/2013

man

"Je m'appelle Mãn, qui veut dire "parfaitement comblée" ou "qu'il ne reste plus rien à désirer", ou "que tous les vœux ont été exaucés". Je ne peux rien demander de plus car mon nom m'impose cet état de satisfaction et d'assouvissement. Contrairement à la Jeanne de Guy de Maupassant qui rêvait de saisir tous les bonheurs de la vie à sa sortie du couvent, j'ai grandi sans rêver."

 

La vie de Mãn et celle de sa maman sont évoquées par petites touches : des destinées de femmes discrètes jusqu'à l'effacement, qui s'expliquent par la vie de sa maman au Vietnam. De sa "mère froide" (belle-mère) sa maman a surtout appris à devenir souple, indécelable, voire invisible, ce qui lui a servi pendant la guerre civile où elle s'est retrouvé sous la coupe des révolutionnaires, et a pris le nom de Nhẫ = patience.

 

Mãn est mariée, pour son bien et sa sécurité, à un Vietnamien émigré à Montréal, qui tient un restaurant.

"Maman a su nous offrir une vie calme, toujours sous la vague. J'ai retrouvé cet espace entre deux eaux à Montréal, dans la cuisine de mon mari. Les mouvements de la vie extérieure étaient mis à l'écart par le bruit constant de la hotte, le temps était marqué par le nombre de commandes…"

 

Le restaurant réunit la diaspora Vietnamienne à Montréal, nostalgique des saveurs du pays, à qui Mãn prépare des repas typiques inspirés de ses souvenirs. "En quelque mois, ces clients, qui venaient seuls au début, ont commencé à arriver accompagnés d'un collègue de travail, d'un voisin, d'une amie. Plus les gens attendaient dans l'entrée, puis à l'extérieur, sur le trottoir, plus je passais mes nuits dans la cuisine."

 

Encouragée et aidée par son amie Julie, Mãn sort peu à peu de sa cuisine, donne des cours de gastronomie, voyage et s'ouvre aux sentiments. C'est la transformation d'une chenille en papillon, au rythme des saveurs raffinées des plats vietnamiens.

 

Comme dans son roman précédent, , l'auteur réunit puissance évocatrice et sobriété, et charme le lecteur par sa capacité à peindre précisément caractères,  ambiances et saveurs en peu de mots.

Les retours en arrière compliquent parfois la compréhension du récit, mais l'enrichissent d'un regard sur le passé.

 

vietnam,femme,cuisinemãn

Kim Thúy

Editions L. Levi, mai 2013, 143 p., 14.50 €

19/06/2013

L'ombre douce

Vers la fin de la guerre d’Indochine (1954) à Hanoï, Mai fait partie des jeunes filles annamites que les religieuses envoient aider les infirmières à l’hôpital Lanessan. C’est là qu’elle rencontre Yann, soldat originaire de Belle-Île, engagé dans l’armée dans « l’espoir de voir autre chose, des pays et des gens inconnus. »

 

« La première chose qu’il se rappelait lui avoir demandée, c’était ce que voulait dire son nom, une question stupide, elle avait dit – Mai, c’est pour Hoàng Mai, la fleur jaune d’abricotier. A l’époque du Nouvel An, les Annamites en coupaient des branches pleines de bourgeons pour les faire éclore dans leur maison, présage de bonheur toute l’année. »

 

Très vite, les journées des jeunes gens tournent autour de la visite à l’hôpital de Mai, qui tente de garder le soldat loin du front aussi longtemps que possible :

« Il fallut un certain temps à Yann pour se rendre compte que son bandage était bien plus large que nécessaire, que la solution désinfectante était appliquée avec peu d’économie et que les visites de la jeune fille devaient être attribuées autant à la gravité de la blessure qu’il avait reçue qu’à celle qu’il avait faite dans son cœur ».

 

Mais ces heures suspendues, sous le regard bienveillant du Père Portier,  n’ont qu’un temps. Mai est confrontée au choix de sa famille d’un époux pour elle, puis Yann est renvoyé dans son bataillon à Diên Biên Phu…

 

Ce roman court, à l’écriture sobre, est entrecoupée par quelques poèmes

Vienne le vert été

-Ne soyons

pas séparés

 

Joie si douce

de l’aurore

-son regard clair

 

Tes mains

couleur de miel

et du soleil mourant

 

Transperce

jonquille claire –

l’âme de la beauté

 

vietnam

L’ombre douce

Hoai Huong Nguyen

Ed. V. Hamy, janvier 2013, 155 p., 15 €

18/06/2013

Indigo

Indigo comme la couleur du ciel avant l’orage…

Un festival culturel attire en Inde quelques intellectuels français pendant une semaine. Leur découverte de l’Inde reste très superficielle, ce qui ne surprend pas puisqu’ils évoluent dans un milieu très protégé. Ils voyagent dans une Inde tendue (après les attentats de Bombay) où les quartiers pour touristes se trouvent sous haute surveillance et où pourtant tout peut arriver.

 

Les attirances et les rejets, physiques ou intellectuels, sont exacerbés par la chaleur, et la responsable de l’Alliance Française a bien du mal à  organiser ses débats et ses rencontres culturelles !

 

Les personnages, même le brillant Roland, ont tous leurs faiblesses, dévoilées avec tendresse par l’auteur. Cette semaine « différente »,  ainsi que les rencontres inattendues qu’elle procure,  va leur permettre de porter un regard différent sur leur vie.

 

indeIndigo

Catherine Cusset

Gallimard, 2012, 307 p., 19,90 €

13:29 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inde, roman

11/06/2013

Quand Dieu était un lapin

roman,souvenirs d'enfanceLa narratrice, Eleanor, dite Elly, née en Angleterre en 1968, égrène ses souvenirs. Elle est surtout tournée vers son enfance, entourée de parents parfois distraits, mais affectueux et droits, et Joe, son frère, très protecteur. Elly n'a pas tellement d'amis, si ce n'est son lapin, modestement nommé Dieu, et l'originale Jenny Penny, qui est capable d'arriver des heures en retard "à cause de ses cheveux" et diffuse toujours une vague odeur de chips.

 

Une tante gaie et gay, un locataire dandy vieillissant et son excentrique amie Ginger forment le second cercle de cette famille soudée. Comme Jenny Penny, Charlie, le très cher ami de Joe, apparaît et disparaît selon les circonstances, mais fait parfois  cruellement défaut quand on aurait besoin de lui.

 

Tous ces souvenirs semblent  juxtaposés, en tranches de vie  tantôt anecdotiques, tantôt intenses, souvent touchantes. Cependant, j'ai regretté un certain manque de construction, qui donnerait un sens au roman. Ou bien la vie n'est-elle que cela : une succession de moments plus ou moins heureux ou dramatiques… ?

 

Coup de cœur de Marjolaine. Pour moi, c'est un roman doux-amer, qui laisse un goût nostalgique. Aline

 

Quand Dieu était un lapin

Sarah Winman

Flammarion, avril 2013, 363 p., 19.90 €

Traduit de l'anglais "When God was a rabbit" par Mathilde Bouhon

04/06/2013

Ce qu'il advint du sauvage blanc

roman,australieAu milieu du XIXe siècle, Narcisse Pelletier, matelot sur la goélette Saint-Paul, s'éloigne un peu trop du groupe de marins parti à la recherche d'eau potable, et est abandonné sur une plage déserte d'Australie. Vingt ans plus tard, il est découvert par des marins anglais, et ramené de force à Sydney. Nu, tatoué, il a totalement perdu les usages "civilisés" et ne parle plus que la langue des "sauvages".

Octave de Vallombrun, riche correspondant de la Société française de Géographie, le recueille et se passionne pour ce sujet d'étude scientifique : un sauvage blanc.

 

Les chapitres alternent régulièrement entre l'histoire de Narcisse et les rapports envoyés par  Vallombrun au président de la Société de Géographie, 20 ans après.

 

Le lecteur apprend comment Narcisse a été abandonné sur la plage, désespéré et totalement démuni, puis comment il a survécu en intégrant –bien malgré lui-  une tribu d'aborigènes qui le recueille comme un enfant.

 

Parallèlement, Vallombreuse relate son retour forcé à la civilisation.  Totalement accoutumé à la vie sauvage de sa tribu, il a oublié jusqu'à son nom français. Il est maintenant Amglo, et ne comprend pas les usages auxquels on veut le contraindre : vêtements, pudeur, etc. Vallombreuse lui réapprend le français, et s'intéresse à sa vie dans la tribu, espérant en tirer un traité scientifique instructif. Cependant malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à lui extirper de renseignements sur sa vie "sauvage".  Refus de la part du matelot, ou impossibilité de faire coexister en lui Narcisse et Amglo ? Le lecteur a la sensation que  Narcisse est déchiré entre deux mondes si différents qu'ils ne sont pas compatibles, ni même concevables l'un pour l'autre.

 

L'auteur a su rendre toute la bonne volonté de Vallombreuse, qui  parfois semble à deux doigts de comprendre vraiment Narcisse, mais son éducation et les pressions extérieures l'empêchent d'admettre ce que le lecteur d'aujourd'hui pressent.

A part l'impératrice -dotée de toutes les vertus- la société, étriquée,juchée sur ses certitudes, et cherchant surtout à satisfaire ses propres intérêts, ne comprend absolument pas la quête de Vallombreuse, ni le "cas" de Narcisse !

 

Ce roman d'aventures, robinsonnade doublée d'une approche ethnographique et psychologique intéressante, est inspiré d'une histoire vraie. C'est aussi un grand plaisir de lecture.

 

Ce qu'il advint du sauvage blanc

François Garde

Gallimard, février 2012, 21.50 €

Prix Goncourt du 1er roman

28/05/2013

A la vue, à la mort

policierDans la banlieue parisienne, trois meurtres effroyables sont attribués au même assassin : à chaque fois, la victime est retrouvée vidée de son sang, les yeux arrachés, dans une macabre mise en scène. L'enquête piétine, d'autant que le commandant Lanester, profiler chargé de ces homicides, est brutalement frappé de cécité.

 

L'affaire Caïn fait tellement écho en lui qu'il en perd son habituelle objectivité et son efficacité, et se retrouve à tâtonner dans l'obscurité… dans tous les sens du terme. Vulnérable, Lanester dépend du bon vouloir de son équipe et d'un chauffeur de taxi polonais dévoué, tandis que le criminel semble jouer avec lui au jeu du chat et de la souris.

 

Un bon, un très bon polar, haletant, à la hauteur de Cherche jeunes filles à croquer. Les séances de Lanester avec sa psy, qui l'aident à aborder peu à peu ses blocages, sont particulièrement soignées… ce qui ne surprendra guère sachant que l'auteur est elle-même psychologue. Rencontrée récemment à la librairie Murmure des Mots, Françoise Guérin est bien plus jeune que Jacynthe, son personnage, mais témoigne de la même attention à ceux qui l'entourent et à l'emploi des mots. Elle tient à donner une idée juste de son métier.

 

Prix du premier roman du festival de Cognac, ce roman a également été remarqué par France 2, qui le diffusera en téléfilm de 90 mn à l'automne. Pour en savoir plus, consulter le blog de l'auteur : mot compte double !

A la vue, à la mort !

Françoise Guérin, Le Masque, 2007, 6.60 €

10/05/2013

Skippy dans les étoiles

Skippy dans les étoiles

Paul Murray, Belfond, 2013, 23 €

Traduit de l'anglais (irlandais) par Robert Davreux

 

Contrairement à Rupert, son camarade de chambre, Daniel « Skippy » Juster n’a pas spécialement la tête dans les étoiles. Comme c’est un gentil garçon, il se force un peu pour s’intéresser aux projets scientifiques faramineux de son ami, la communication avec les extra-terrestres et l’étude du ciel… jusqu’au jour où le télescope déréglé lui fait découvrir l’astre qui va désormais illuminer ses jours et ses nuits : Lorelei, une jolie étudiante de l’établissement pour filles voisin.

 

Mais Skippy n’est qu’un garçon très ordinaire, un peu fragile, au milieu d’une bande de copains en pleine puberté, un peu losers : Dennis le cynique, Niall, Geoff et Mario l’obsédé du sexe. Excellent nageur « naturel », il a même perdu son seul atout, puisque l’eau lui donne désormais des crises d’angoisse : "Un millier de mains bleues se tendent vers lui, le saisissent, le tirent vers le fond… l’eau se bat contre lui… le fond de la piscine est magnétique et l’attire de nouveau vers le bas"

 

Durant les mois d’hiver, les jeunes étudiants du Seabrooks College de Dublin tentent de survivre à l’ennui, aux bousculades, aux extorsions, aux drogues qui circulent et aux déceptions sentimentales.

L’auteur s’attache à ces garçons plus fragiles qu’il n’y parait, et les présente avec beaucoup d’humour et de compassion. L'omniprésence des médicaments et/ou de la drogue, en revanche, m'interpelle. Est-ce réaliste ? L'obsession des garçons pour le sexe aussi ? Est-ce qu'ils en parlent vraiment tout le temps ?

 

De son côté, le corps enseignant n’est pas épargné : quelques administratifs ambitieux ne font qu’empirer les prestations de  professeurs incompétents, pour la plupart démotivés, qu’ils soient prêtres sur le retour ou anciens du College  revenus s’échouer à Seabrooks. L’esprit de corps et le souci de la réputation du College pousse les enseignants à nier tout problème et les empêche de se remettre en question. Seul Howard, Howard-la-Couarde, encore jeune, pourrait peut-être réagir à temps et comprendre les jeunes qui lui sont confiés, s’il avait lui-même fini de fuir ses problèmes.

 

roman d'apprentissage,irlandeMalgré ses 676 p. et sa petite typo, ce roman d’apprentissage, à la fois douloureux et plein d’humour, se lit facilement : encore un petit chapitre, et puis un autre, un autre encore… et me voilà toute mélancolique à la fin du livre.

Voilà un auteur qui complète avantageusement notre cycle irlandais !

Aline