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05/11/2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsukahistoire,immigration

Phébus, littérature étrangère, 2012, 15€

En 1919, de jeunes femmes -qui n'auraient pas trouvé d'époux au Japon- se sont mariées par correspondance avec des émigrés Japonais, puis les ont rejoints aux Etats-Unis, dans l'espoir d'une vie meilleure. Le récit commence pendant leur longue traversée en bateau, puis aborde les premiers contacts avec le mari inconnu, les premières désillusions, les travaux dans les champs, les blanchisseries ou les maisons bourgeoises, l'arrivée des enfants, l'intégration laborieuse, les rapports avec les "blancs"… Jusqu'à l'attaque de Pearl Harbour et ses retentissements dramatiques pour les japonais américains.

Se plonger dans ce court roman, c'est écouter un chœur de femmes : un chant choral, où l'on perçoit  chaque voix distinctement, mais où la mélodie d'ensemble domine. C'est une litanie, où les vies particulières de ces japonaises en exil affleurent, mais laissent apparaître une destinée collective. Julie Otsuka, par son utilisation systématique de la première personne du pluriel, s'associe à ses ancêtres japonais et à leurs tribulations aux Etats-Unis… ou nous associe, nous, lecteurs ?

Pour aller plus loin, voir l'article du Monde Diplomatique, "l'histoire cachée des japonais américains". Sur l'internement des Japonais en Amérique du Nord (Canada), lire aussi "Obasan" de Joy Kogawa, un classique outre-Atlantique (mais il est difficile de se le procurer en France !)

28/10/2012

plan-plan cul-cul

Cinquante nuances de Grey (tome 1/3)

E.L. James, JC Lattès, 2012

Le roman Fifty shades of Grey est sorti en France après des ventes triomphales aux Etats-Unis. Les médias en parlent, les jeunes du Petit Journal de Malval (Vaugneray) ont testé pour nous.

L'histoire est celle d'Anastasia, étudiante en lettres qui passe sa licence. Toujours vierge (ha ! ha ! ha !), elle n'a jamais craqué pour un homme avant d'interviewer maladroitement le beau, le jeune, le ténébreux milliardaire Christian Grey. L'attirance est respective, mais Christian Grey, traumatisé par une jeunesse difficile, ne conçoit l'amour que dans une torride relation dominant –soumise. D'où quelques scènes sexuelles explicites...

Le récit, sorte de roman à l'eau de rose érotique, est assez simpliste, alternant  entre les moments où Anastasia tente de rejoindre son prince charmant dans son monde de fantasmes sexuels, et ceux où elle lui résiste. L'écriture est souvent maladroite, elle frise le ridicule par moments ("le brushing post-coïtal lui va si bien"), à moins qu'il ne s'agisse de la traduction de Denyse Beaulieu ?

Rien de bien extraordinaire, donc, ni de bien choquant dans ce premier tome. Les deux suivants devraient paraître en 2013. Le phénomène prendra-t-il en France ? le marketing gagnera-t-il ?...

23/10/2012

Batchalo

BATCHALObande dessinée,tsiganes,déportation

Michaël Le Galli, Arnaud Bétend. – Delcourt, 2012. (Histoire et histoires)

17.95 €

 

Février 1939, en Bohême. Un cortège de villageois furieux se dirige vers un campement de tsiganes, soupçonnés d'avoir enlevé deux enfants. Après quelques échanges haineux, il ressort que 10 enfants Rroms sont également introuvables. Des empreintes de bottes et de lutte laissent à penser que les enfants ont été capturés. Josef, un jeune policier veuf dont le fils unique Roman a disparu, part avec les tsiganes à la poursuite des ravisseurs. Les enfants ont été enlevés par des nazis pour servir de cobayes aux expérimentations sur les tsiganes.

Sur leurs traces, ils traversent la Bohême et entrent sur les territoires annexés par l'Allemagne, où ils finissent par être internés en camp de concentration. Josef s'est tellement intégré à la famille tsigane, qu'il subit le même sort.

Le fils de Josef et son ami, protégés un temps par leur prétendu statut de jumeaux, sur lequel les Nazis font des recherches, ont échappé à l'inoculation de maladies. Cependant  ils finissent par rejoindre eux aussi le camp d'Auschwitz, où les Rroms dépérissent, et où le docteur Mengelé procède lui aussi à des expérimentations effroyables…

 

Remarquable bande dessinée en un tome, sur le génocide des Rroms. "Batchalo"  signifie en langage rrom "bonne chance"… mais la seule chance qu'auront eu les personnages, c'est l'entraide et l'amour entre Josef le policier et Silenka la bohémienne.

Le récit est très documenté, et complété d'un dossier en fin d'ouvrage. L'illustration de qualité, au trait précis, présente un encrage très soigné dans les tons sépia, qui rend bien les mouvement, les ombres et les lumières.

 

 Coup de coeur d'Aline et Fabienne

15/10/2012

Le monde à l'endroit

Le monde à l'endroitAmérique, récit d'initiation

Ron Rash

Traduit de l'anglais The world made straight (2006) par Isabelle Reinharez

Seuil, août 2012, 19.50 €

Travis Shelton, un jeune gars de 17 ans,  a grandi dans le comté de Madison, en Caroline du Nord. Fils de fermier, destiné à devenir à son tour fermier, il a laissé tomber le lycée, après avoir joué pas mal de mauvais tours aux professeurs avec son copain Shank. Son père le fait travailler dur sur ses plantations de tabac, sans jamais un mot de remerciement ou d'approbation, et Travis supporte de plus en plus mal ses critiques injustes.

Un beau jour de pêche à la truite, Travis tombe par hasard sur une plantation clandestine de marijuana, et y voit l'occasion de se faire un peu d'argent facilement en revendant quelques pieds.  Mais la famille Toomey n'est pas tendre, et lorsqu'il retourne une fois de trop couper des plans, c'est par un piège à loup et un couteau serpette qu'il est accueilli !

Pendant sa convalescence, il s'installe chez Léonard, ancien professeur et dealer à la petite semaine. Fasciné par l'histoire des Etats-Unis et en particulier par le massacre de Shelton Laurel pendant la guerre de Sécession, il commence à fréquenter la bibliothèque, et de fil en aiguille se remet aux études... sans pour autant perdre sa naïveté et sa propension à s'attirer des ennuis !

Des personnages assez complexes entourent Travis : Léonard, professeur et père déchu, fasciné par des registres tenus par un ancêtre médecin pendant la guerre de Sécession ; Carlton Toomey, fermier, et trafiquant de drogue sans pitié ; Dena, ancienne jolie fille devenue dépendante des drogues ; et la fascinante Lona, acharnée à sortir de la pauvreté par les études.

L'écriture, forte et poétique, mêle adroitement les descriptions de paysages ruraux américains, les parties de pêche… et les scènes pleines de tension : sorties alcoolisées entre copains, révolte contre le père injuste, confrontations au terrible Carlton Toomey…

Aline

08/10/2012

Marionnettistes de père en fils

Je suis la marquise de Carabas

Lucile Bordes, éditions L.Levi, août 2012, 14.50 €

Instituteur à la retraite, Emile livre enfin à sa petite-fille son histoire, celle d'un enfant élevé dans une roulotte, par une famille de marionnettistes forains célèbres. Depuis qu'en 1850 Auguste a, le premier, pris la route pour suivre Chok le  marionnettiste, toutes les générations ont laissé leurs états d'âme de côté pour mettre au service du Grand Théâtre Pitou leurs efforts et leurs talents : Auguste le montreur, chanteur et bonimenteur, Emile le décorateur, inventeur et metteur en scène (avec son fameux carnet "toutélà"), Eugénie la costumière, Clémentine montreuse et musicienne, Gustave le manœuvre discret…

Les Pitou ont arpenté la France entière, avec une préférence pour la région de Saint-Etienne et Rive de Giers où l'accueil était particulièrement chaleureux. Aux meilleures époques, ils se sont retrouvés jusqu'à six manipulateurs sur la passerelle, avec un choix de deux cent marionnettes, Crasmagne restant pour toutes les générations LA marionnette fétiche. Après chaque décès, chaque guerre, les Pitou ont su rebondir, recréer, continuer. Même à l'arrivée du cinéma muet, les artistes se sont adaptés.

Lucile Bordes livre ici l'histoire de sa famille, connue sur le tard. La dynastie Pitou a bien existé, et certaines de ses marionnettes se trouvent à Lyon au musée Gadagne. Le style et l'écriture de ce récit ne présentent aucune particularité, ni bonne, ni mauvaise. Par contre, l'histoire fait rêver, et le lecteur s'attache à ces personnages tout à leur travail en famille, leur passion pour les marionnettes (ou pas)  et leur itinérance.

Aline

02/10/2012

Quel trésor !

Quel trésor !

Gaspard-Marie Janvier

Fayard (roman), 2012, 21 €

En réglant la succession de son père, David Blair, dernier rejeton d'une famille d'éditeurs écossais, met la main sur un document dont la valeur pourrait lui permettre de régler ses dettes… à condition qu'il soit authentique : l'original de la carte dessinée par Stevenson et son beau-fils en 1881, qui aurait inspiré le célèbre roman "L'île au trésor".

A partir du moment où David évoque ce dessin sur l'île de Farà, tous se passionnent pour cette carte et se jettent à corps perdu dans une chasse au trésor épique : îliens de Farà, écossais, français et anglais se bernent les uns les autres à tour de rôle avec jubilation, persuadés que la carte recèle le secret (perdu pour Stevenson lorsque son éditeur avait égaré ce document) du trésor de l'Invincible Armada échoué sur les côtes écossaises!  

Le fil du récit n'est pas toujours très clair, sans doute parce que l'auteur l'a divisé en trois parties, dotées de trois narrateurs différents – et donc de trois points de vue différents. Cependant l'ambiance îlienne, humide, rustique et chargée de mémoire, happe le lecteur, ainsi que les scènes d'action. Vols au-dessus des îles écossaises dans le vieux coucou de Warluis, atterrissages "trois points" dans un mouchoir de poche, marronnage sur Gugà l'île aux oiseaux… Voilà un roman pour ceux qui savent encore lâcher la bride à leur imagination, doté de scènes absolument savoureuses : la débâcle du cortège d'enterrement sur sol glacé, les soirées à l'auberge du Lord of the Isles,…

Les nombreux personnages, tous plus truculents ou pittoresques les uns que les autres, affabulent, s'observent, s'espionnent, se lient d'amitié, s'entraident ou se tendent des pièges au gré des opportunités. Mais ce prétendu trésor existe-t-il seulement ?

Aline

26/09/2012

Dégringolade dans l'enfer des cartons

Cartons, de Pascal Garnierattente

Zulma, roman posthume publié en 2012

Brice quitte son appartement lyonnais pour emménager dans une grande bâtisse, dont nous saurons seulement qu'elle est située dans un bourg en bordure de nationale, et possède un garage en rez-de chaussée. Après l'efficacité redoutable des Déménageurs Bretons Brice se retrouve seul, confronté à la masse des cartons et accablé par l'ampleur du déballage et des installations qu'il lui reste à faire…

Dans l'attente de nouvelles, de plus en plus improbables, de sa femme Emma, il se laisse aller à une vie cotonneuse entre les piles de cartons du garage, ajoutant encore au désordre chaque fois qu'il recherche un objet. Seule Blanche, une voisine à qui il rappelle son père, lui rend visite et s'impose à lui… ne faisant qu'ajouter à son désarroi !

Un grand coup de cœur de Sylvie (Thurins), pour  l'écriture ciselée de ce roman ! Lire aussi, du même auteur, Lune captive dans un oeil mort (coup de coeur de Dominique en septembre 2011).

Le corail de Darwin

Le Corail de Darwin 

Brigitte ALLEGRE

Actes Sud (Un endroit où aller), 2012, 23.50 €

Par besoin de prendre du recul, besoin de nouveauté,… Livia la Romaine et Vigdis l'Islandaise décident de faire un échange de maison pour les vacances. Mais cet échange ne tourne pas du tout comme espéré. Entre les inondations à Rome et le réveil du volcan voisin de Hurdaskellir, leur vies subiront des changements plus radicaux que prévu. Leur récit est entrecoupé de fragments de vie rédigés par Tancredi, le père de Livia, qui n'a plus toute sa tête et pourtant lui livre des informations troublantes sur son passé.

Beaucoup de finesse dans l'écriture. Le roman contient de nombreuses références aux carnets d'Hubert Nyssen (auteur, fondateur des éditions Actes Sud, et décédé en novembre 2011). Les carnets de Darwin sont également cités à plusieurs reprises, dans sa découverte d'îlots "vierges", et constituent un lien entre les personnages qui les lisent : Livia, Gabriele, Vigdis. Le titre du roman en est directement inspiré :

"The tree of life 
should perhaps be called the coral of life"

 Aline

20/09/2012

un cadeau

Un cadeau, Eliane Girard, Buchet-Chastel, 2012, 14 €

Félicien se définit lui-même comme un inconstant… ou pour utiliser un mot plus "tendance", un  procrastinateur. Pour les 30 ans de sa copine Laure, dont il se dit très amoureux, il  recherche un cadeau dans l'urgence du dernier moment. Hélas, la taille 38 n'est plus disponible pour la veste repérée, le créateur qu'elle aime ne propose cette année que des couleurs vives qu'elle déteste… Après une quête désespérée, Félicien finit par se laisser tenter par une paire de bottes de marque absolument sublimes et incroyablement chères.

Le lecteur suit le monologue intérieur de Félicien, ses hésitations, ses questionnements anxieux : les bottes plairont-elles ? Malgré leur origine ? Que représente vraiment la somme d'argent dépensée, et qu'aurait-il pu faire d'autre avec ? Comment se promener dans le métro avec le sac d'une marque de luxe ?

En un mot, il n'assume pas ! Un texte léger, plein de rebondissements que je n'évoque pas pour ne pas vous gâcher le plaisir de lecture, et qui pourtant pose de réelles questions sur la valeur des choses, le rapport à  l'argent, la sincérité… Aline

22:22 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : argent

18/09/2012

la liseuse

La liseuse

Paul Fournel, P.O.L., 2012, 15.99 €

Robert Dubois, éditeur parisien, emporte tous les week-ends une pile de manuscrits à lire. Pour chaque type de document, il a son lieu, son heure : le polar au troquet, la poésie au jardin public,… Jusqu’au jour où, modernité oblige, on lui met entre les mains une liseuse à la place du papier ! Non seulement il s’adapte plutôt bien à la liseuse, à son fonctionnement et  à ses usages différents, mais il imagine même de développer de nouveaux types de lecture liés  à ce support, avec l’aide des jeunes stagiaires de la maison d’édition.

En contrejour, le lecteur perçoit la maladie d’Adèle, sa femme, à peine évoquée avec discrétion.

Facile à lire, la liseuse est également un texte instructif sur le monde de l’édition, et très intéressant sur le rapport aux écrivains et à la lecture : nouvelle conception du texte versus texte linéaire, récits contemporains contre classiques, lecture-devoir contre lecture choisie…

Aline