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22/02/2013

La singulière tristesse du gâteau au citron

roman,famille,goûtRosie, fillette de 9 ans épanouie, grandit dans une famille normale de la banlieue de LA. Son père est un bon soutien de famille, fiable, mais souvent accaparé par son travail et assez peu attentionné. Son grand frère, un ado ronchon plutôt renfermé et intello, ne veut pas de sa sœurette dans les pattes. Sa mère, chaleureuse, se passionne régulièrement pour des travaux manuels où elle excelle.

 

"Au cours des six derniers mois, elle avait transformé un fraisier en plante grimpante, cousu entre elles de vieilles dentelles pour en faire des napperons, et dans un accès de motivation, installé une porte en chêne servant d'entrée latérale à la chambre de mon frère… Mon gâteau d'anniversaire était son dernier projet en date puisqu'il s'agissait non pas d'une préparation en sachet mais d'une recette faite maison –avec farine, bicarbonate de soude et goût citronné….et l'odeur qui avait envahi la cuisine avait été terriblement grisante. En clair : la bouchée que j'avais avalée était délicieuse. Un biscuit au citron, léger, encore chaud, enrobé d'un glaçage bien froid au chocolat très noir."

 

A cet instant la vie de Rose bascule. A chaque bouchée, sous le goût des ingrédients : absence, faim, spirale, vide… le gâteau préparé avec amour par sa maman a un goût de vide ! Désormais, Rose ressent précisément les sentiments éprouvés par la personne qui prépare la nourriture, à un point terriblement embarrassant ! Il lui faut apprendre à vivre avec ce don qui se révèle être une souffrance. De plus, elle découvre peu à peu qu'elle n'est pas la seule dans la famille à posséder un pouvoir, et à essayer s'y adapter… certains étant même plus handicapant que le sien.

 

Porté par une belle écriture, le récit est original. Mais sous une surface  d'humour et de fantaisie, cette histoire se montre finalement assez fantastique et sombre. Le lecteur se laisse captiver, mais pas un instant il n'envie à Rose son talent exceptionnel !

 

Critique de Philippe Chevilly dans Les Echos :

Aimee Bender détourne habilement le mythe américain des super-héros. Les dons des Edelstein ne sont pas de nature à sauver le monde, ou à rendre invincibles et heureux ceux qui les possèdent. Ils permettent juste de voir le monde autrement. A travers des yeux extraterrestres, apparaissent plus crûment l'absurdité d'une société fissurée de toute part et les désespoirs des hommes.

Ce roman hors norme offre aussi une belle réflexion sur la différence : comment être, vivre, s'épanouir autrement, sans rompre avec ses semblables...

 

La singulière tristesse du gâteau au citron

Aimee Bender, éd. de l'Olivier, 2013, 343 p., 22.50 €. Traduit de l'américain "The particular sadness of lemon cake" par Céline Leroy

21/02/2013

L'atelier des miracles

L'atelier des miracles

Valérie Ton Cuong, JC Lattès, 2013, 265 p., 17 €

 

Trois abîmés de la vie se retrouvent dans des conditions désespérées :

-          Millie échappe par miracle à la mort en se jetant par la fenêtre pour fuir un incendie. Préférant oublier son ancienne vie, elle prétend être amnésique ;

-          Monsieur Mike, déserteur et sans-abri, s'est fait casser la figure par une bande de clochards toxicos ;

-          Mariette, bourgeoise peu épanouie en famille et poursuivie par harcèlements d'un élève manipulateur, craque au collège ;

Ils sont recueillis à l'Atelier par monsieur Jean, dont on dit qu'il fait des miracles… Ses méthodes sont certes efficaces, mais contestables !

                "On donne un coup de pouce quand la vie ne s'en charge pas"

 

Les trois personnages doivent faire face à leurs fantômes, et se construire sur la vérité… et on se rend compte que ce n'est facile pour personne, même pas –surtout pas- pour les donneurs de leçons.

 

Facile à suivre, l'histoire est plutôt optimiste. Je me suis régalée du langage fleuri de Monsieur Mike, sinon, l'écriture est assez neutre et fluide.

18/02/2013

Luke et Jon

Luke et Jon

Robert Williams

NiL, janvier 2013, 217 p., 18 €

Traduit de l'anglais par Marie-Hélène Sabard

 

Luke est perdu depuis la mort accidentelle de sa mère, il a beaucoup de mal à supporter les gens et leur pitié. Son seul exutoire est la peinture, dans laquelle il s'absorbe complètement. Son père,  mutique, boit de plus en plus, et a complètement abandonné la gestion du quotidien, au point que leurs affaires sont saisies et qu'ils doivent vendre leur maison pour s'installer dans une quasi ruine, à l'écart d'une petite ville industrielle sinistrée.

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C'est là que Luke rencontre Jon,  un garçon très différent de lui, qui dissimule un lourd secret.

"Il était bizarre. Il aurait plu à Maman. Elle se rangeait toujours du côté des exclus ou des fragiles". Peu à peu, Luke et son père doivent sortir de leur chagrin pour venir en aide à Jon. "La présence de Jon nous obligeait à faire plus d'efforts"…  

 Roman simple et sensible sur le deuil, l'amitié, l'exclusion et l'entraide. Pour ados ou adultes.

Petit art de la fuite

Petit art de la fuite, Enrico Remmert, éd. P. Rey, 2013, 235 p., 18 €

Traduit de l'italien Strade bianche par Nathalie Bauer

 

De Turin jusqu'au sud de l'Italie, un voyage entrepris entre Vittorio et Francesca, fiancés de longue date, tourne au road trip déjanté. Rejoints par leur meilleure amie Manu, ils voyagent dans La Baronne, ancienne voiture d'auto-école dans laquelle il faut garer ses jambes pour éviter le double pédalier. Le quatrième passager n'est autre que le violoncelle de Vittorio, musicien virtuose dont les angoisses existentielles ne se calment que lorsqu'il joue.

 

roman,italie,road tripPoursuivis par l'ex de Manu, le violent DJ Ivan, les trois jeunes adultes multiplient les arrêts et les contretemps. Un peu inconséquents, nos voyageurs profitent de la parenthèse du trajet pour réfléchir au sens de leur vie et de leurs choix… quand ils ne s'embarquent pas dans des entreprises loufoques. Ce récit, à la fois léger, plein de rythme et philosophique, est rafraîchissant à lire.

10/02/2013

L'île du lézard vert

roman,cubaL'île du lézard vert

Eduardo Manet, Flammarion, 1992

 

Dans la suite de notre "bouillon de lecture" sur les auteurs Cubain, je me suis plongée dans ce roman lauréat du prix Goncourt des lycéens en 1992.

 

"Un jour j'ai vu sur la mer une île toute paresseuse, immobile sur les vagues, comme un long lézard vert."

 

Cette île, c'est Cuba, pays prospère et excessif à la fin des années quarante, vu par les yeux d'un jeune étudiant. Malgré ses origines bourgeoises, le héros, fort de son amitié avec le brillant "Lohengrin", tente de participer à son combat communiste, sans pour autant parvenir à adhérer aux méthodes des représentants du Parti.

 

Mais sa véritable passion va aux femmes : sa mère, belle, excessive, terriblement jalouse des conquêtes de son père et étouffante pour son "Niño" ; Gipsie, son initiatrice et amante, sensuelle, cultivée et féministe ; l'évanescente Hanna, passionnée de piano et fille de millionnaire…

Pendant les étés 48, 49 et 50, le héros franchit plusieurs étapes vers l'âge adulte, et se libère de ceux qui l'entravent ou l'utilisent.

 

Son évolution sentimentale et politique est l'occasion pour l'auteur de transmettre de nombreux éléments historiques sur Cuba, aussi le roman est-il très instructif.

08/01/2013

Triple crossing

Triple crossing, de Sébastien Rotella

L. Levi, 2012, 22.50 €

 

Ce roman nous plonge dans un univers impitoyable, celui de milliers de Latinos, Indiens, Chinois qui tentent de passer illégalement la frontière entre Tijuana et San Diego, et la brigade de policiers chargée de les en empêcher.

 

Valentin Pescatore, issu d'un milieu défavorisé, fait partie de cette brigade. Une entorse malheureuse au règlement va faire basculer son destin. Contraint de collaborer avec la justice américaine, il est envoyé au sud de la frontière pour infiltrer les rangs de la mafia mexicaine dominée par Ruiz Caballero, un homme sans scrupule et sans état d'âme. Une petite équipe de policiers mexicains intégrés dirigée par Léo Mendez sont bien décidés à le faire tomber lui et tout son réseau.
On pénètre dans un monde à la dérive, miné par les cartels, la violence et la corruption au plus haut niveau.

 

C'est d'autant plus terrifiant que Sébastien Rotella est un journaliste qui connait bien ce milieu ; même s'il précise qu'il s'agit de fiction, on a bien conscience qu'on est dans la réalité la plus sordide.

 

Ce roman passionnant qui parfois fait froid dans le dos m'a beaucoup plu et je conseille fortement de le lire. L'honnêteté de quelques policiers persévérants apporte de l'espoir dans ce thriller qui nous fait découvrir la triple frontière aux confins du Brésil, de l'Argentine et du Paraguay, un territoire sans loi livré aux pègres du monde entier.

Annie

05/01/2013

Le déjeuner du coroner

Le déjeuner du coroner, Colin Cotterill

Albin Michel (Carré Jaune), 2006, 19.50 €

République Populaire Démocratique du Laos, 1976. Les communistes du Phatet Lao ont pris le pouvoir. Après avoir soigné pendant des années les combattants dans la jungle et les membres du Parti, Siri Paiboun, à plus de 70 ans, espérait prendre sa retraite. Mais le Parti a décidé qu'il peut encore être utile et l'a nommé –bien malgré lui- coroner principal de la république. Le voici donc médecin légiste à Vientiane, qui apprend son métier sur le tas avec une l'équipe peu ordinaire : Dtui, jeune et robuste infirmière célibataire qui rêve d'étudier, et Geung, trisomique doté d'une excellente mémoire.

A part ses différends avec le juge local, rien de bien extraordinaire jusqu'aux deux affaires qui occupent Siri dans ce roman. On lui amène le corps de la femme d'un cadre du parti, soit-disant décédée d'une virulente attaque de parasites… mais l'insistance du mari pour récupérer le corps éveille les soupçons du coroner. Peu après, les cadavres de trois militaires Vietnamiens sont retrouvés dans un lac de retenue laotien, portant des traces de torture. Cette affaire délicate risque de relancer les hostilités entre Vietnam et Laos ! Siri, honnête et consciencieux, mène ses affaires en dépit des pressions du Parti et des menaces qui pèsent sur lui. La nuit, il est visité par des visions des morts, qui tentent de le mettre sur la voie.

Premier épisode de la série du Dr Siri, dont deux titres seulement sont traduits en français, ce policier présente un regard sur certaines croyances ancestrales et coutumes de la minorité Hmongs de la province de Khamouane, le fonctionnement de la société et les rouages du Parti. Comme pour les polars ethnographiques d'Alexandrer Mc Call Smith ou de Tony Hillerman, son intérêt réside autant dans l'étude de société que dans l'intrigue. Aline
Prix SNCF du polar en 2006.

02/01/2013

Peste et choléra

Peste et Choléra, de Patrick Deville

Prix Femina 2012

 

Ce roman biographique a majoritairement été très apprécié par nos lecteurs... qui n'ont pas rédigé de chronique.

Cependant, il ne fait pas l'unanimité :

 

 "Sans danger et juste pour polémiquer une fois le livre refermé!"

Une bonne plume et un bon sujet suffisent-ils pour faire un roman?  Une biographie tout au moins : celle de  Yersin,  découvreur du vaccin contre la peste, voyageur infatigable entre le Vietnam et Paris, cartographe, planteur de caoutchouc, aventurier solitaire et généreux qui finira paisiblement en s’essayant  au latin  dans les forêts asiatiques … Les descriptions sont magnifiques, le voyage contagieux… mais cela ne suffit pas à faire un destin, encore moins un grand roman.  Si l’homme était exceptionnel, (on n’en doute pas) l'auteur pour sa part a visiblement peiné à exprimer cette singularité. Le mérite des grands romanciers n'est il pas justement la plongée dans l'humain qui  éclaire définitivement un destin intérieur? L'espérance était grande, au fil du récit on suit Yersin dans ses pérégrinations mais nulle transparence n'illumine ces pages ou ne vient leur donner sens. 

 

Dommage. Les ingrédients étaient là, le navire enveloppé de brumes dans le port de Marseille, mais question littérature, on reste à quai… Au final, il faut bien reconnaître le mérite d'une biographie appliquée (quoique des mauvaises langues aient pu repérer quelques "emprunts" à une étude déjà parue en 1985, déjà issue des archives de l’Institut Pasteur)...

Pour le moins, une  lecture  instructive.
Sylvie B

20/12/2012

Le paradoxe du cerf-volant

Le paradoxe du cerf-volant

Philippe Georget, Jigal (Polar), 2011, 18 €

Mis KO lors d'un combat de boxe mal préparé, Pierre Couture, 27 ans, prend un uppercut en pleine tête quand son ami Sergueï lui suggère de raccrocher les gants ! La boxe, c'est toute sa vie. C'est la salle d'Emile, son vieil entraîneur, qui l'a sauvé du désespoir lorsqu'il a été déplacé de famille d'accueil en famille d'accueil…

Il est sonné au point d'accepter un petit boulot pas net de collecteur de dettes, ce qu'il ne tarde pas à regretter amèrement. Non seulement, il n'est pas fait pour ce travail qui l'écœure, mais en plus, leur "client" est retrouvé le lendemain mort, après avoir été torturé !!!

La police enquête : le boxeur ferait un bon suspect. Désemparé, il erre dans Paris, picole trop et broie du noir. Lorsqu'il est filé par des mercenaires et poursuivi par des tueurs, il est bien obligé de chercher à comprendre cette histoire embrouillée qui semble remonter à la guerre civile en Yougoslavie. Utilisé ou manipulé par les uns et les autres, il finit par monter un ultime combat, afin de prouver son talent et sa hargne de boxeur, et de faire éclater la vérité.

Pierre Couture est un personnage attachant, plus fin que son premier abord rugueux ne pourrait le laisser croire. Il est aussi amateur de chanson française, aime Paris, ses parcs, ses bistrots…et même son périph' :

            "Je rêve quelques instants à la fenêtre, contemplant les voitures qui glissent sur le périphérique. Le reflet des phares jaunes et rouges trace des arabesques sur l'asphalte sombre. Les jours de pluie et de brouillard, le spectacle peut se révéler féérique. Avant de dormir, certains lisent, d'autres font l'amour, les veinards embrassent leurs enfants,  moi je regarde un défilé ininterrompu de voitures."

C'est aussi un personnage assez désespéré :

            "J'aimerais pleurer, la tête enfouie dans le giron d'une femme. Mais la seule femme que j'ai aimée m'a quitté il y a deux ans, ma sœur n'a pas eu le temps de grandir et ma mère… Ma mère m'a tué lorsque j'avais dix ans."

Un bon polar, où le lecteur prend des coups avec le boxeur. Aline

06/12/2012

De bons voisins

De bons voisins

Ryan David John, Actes Sud (Actes noirs), 2012, 21 €

 

Dans cette ville des Etats-Unis, les habitants se croisent, se saluent, s’influencent peut-être…

Au milieu de la nuit, Katrina Marino a fini son service, verrouillé le bar, et rentre chez elle, lorsqu’elle est sauvagement attaquée au pied de son appartement. Elle appelle à l’aide et résiste à son agresseur. Plusieurs voisins de sa résidence sont témoins de la scène, mais, pris chacun dans son drame ou ses soucis personnels, ils négligent tous d’appeler la police. Comble d’ironie, la police n’est pas loin, mais les policiers sont occupés à leurs affaires louches, voire criminelles.

 

Roman noir, sordide et déprimant, inspiré par l’assassinat, en 1964 à New York, de Kitty Genovese. Didier Decoin a également consacré son roman « Est-ce ainsi que les femmes meurent » à ce fait divers qui a durablement marqué la conscience collective américaine. Sans doute à cause de son atrocité, mais aussi parce qu’il s’est produit quasiment sous les yeux de plusieurs témoins qui sont restés apathiques. Il semblerait que dans une situation d'urgence,  les témoins soient d'autant moins susceptibles d'intervenir qu'ils sont nombreux, chacun comptant sur les autres pour agir... Terrifiant !