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06/05/2012

Un homme meilleur

Un homme meilleur, d'Anita NAIR

Editions P.Picquier, 2003 (traduit de l'anglais, Inde)

Bhasi, peintre en bâtiment -surnommé Bhasi le timbré- est aussi guérisseur à ses heures. Passionné de plantes médicinales qu’il fait pousser dans son jardin ou va récolter dans la jungle, il a appris empiriquement à soigner les cas désespérés.

Pour autant, comme il n’est ni riche, ni né au village, son statut à Kaikurussi n’est pas  formidable. Il n’est pas non plus le héros du roman, mais celui qui, par ses soins et son amitié, va initier la transformation du personnage principal : Mukundan.

Mukundan, après une vie de fonctionnaire méticuleux et honnête à la ville, revient s’enterrer dans son village natal. Très marqué par l’ombre autoritaire et brutale de son père, Achutan Nair, il est resté célibataire et se retrouve très seul à la retraite. Littéralement hanté par le souvenir de sa mère martyrisée par son terrible époux, il se terre dans un coin de la grande maison familiale.

Récit de son évolution, influencée par Bhasi et par d’autres rencontres, le roman est aussi une chronique du bourg, une description des courants souterrains d’influence qui y circulent, et un portrait pittoresque de ses habitants : Kamban le postier, Krishnan le serviteur dévoué, Shankar le tenancier du débit de boissons, quelques fonctionnaires paresseux et véreux, Ramakrishnan de Fort Manoir le parvenu… et des femmes dont les choix semblent bien limités par le bon vouloir des hommes.

Au bout du compte, Mukundan parviendra-t-il à devenir « un homme meilleur » ?

Aline

16/04/2012

Les derniers flamants de Bombay

Les derniers flamants de Bombay
Siddarth Dhanvant SHANGHVI
Editions des 2 terres, 2010, 468 p.

Karan Seth, jeune photographe doué, se passionne pour Bombay, et en fait des clichés d'une réelle profondeur. Sa profession l'amène à rencontrer des personnes hors du commun : Zaïra, star de Bollywood, sensible, sensuelle et intelligente, qui aime  Samar, prodigieux pianiste et dandy homosexuel... qui est lui-même amoureux de Léo l'écrivain américain. Fascinée par le talent de Karan et sa foi en l'humanité et en son art, ainsi que par sa ressemblance avec son cher mari, Rhéa l'artiste potière entame une relation amoureuse avec lui.

La mort brutale de Zaïra, assassinée à bout portant dans un nightclub devant 200 témoins par un détraqué, mine complètement la vie de ceux qui l'aimaient. Le forcené, fils de ministre, est protégé par son père qui recourt à toutes les ficelles (pots-de-vin, menaces, meurtres...) pour faire bénéficier son fils d'un non-lieu. Karan et Samar en sont anéantis

Art, amour, amitié... et corruption à Bombay, avec, en toile de fond, les années sida, de 1990 à 2005. L'auteur s'inspire d'un fait divers réel (procès outrageusement corrompu) pour en faire le coeur d'un roman dont on comprend que la première partie n'était finalement qu'une manière d'introduction.. Ses personnages sont attachants, et le lecteur, bien que n'ayant pas grand'chose en commun avec la jeunesse dorée-pourrie de Bombay, se laisse prendre au récit !

Aline

Mother India

Mother India
Manil Suri, Albin Michel, 2009, 508 p.

Manil Suri, né et élevé en Inde, est professeur de mathématiques dans une université américaine.

1955, la jeune république indienne a 5 ans. Mira, 17 ans, attache peu d'importance aux projets de son père pour elle : profondément laïc et progressiste, il tient à ce que ses filles étudient et aient une profession. Roopa, la soeur aînée de Mira, la première et la favorite en tout, sort avec le charmant Dev, dont le rêve est de devenir chanteur à Bollywood. Mira manigance si bien pour le lui ravir qu'elle se retrouve contrainte de l'épouser. Son destin sera la conséquence de ce coup de tête.

Tiraillée entre un père dirigiste et sa belle famille aux idées politiques opposées, entre son désir d'enfant et l'injonction paternelle d'avorter pour donner la priorité à ses études, elle finit par céder, et passe une dizaine d'années à s'aigrir dans sa vie de couple. A la naissance de son fils Ashran, elle lui voue un amour exclusif et totalement démesuré.

L'intrigue, un peu longue, se développe sur fond de chocs culturels et religieux, d'intolérance (surtout chez les hommes), depuis l'Indépendance jusqu'à la modernisation de l'Inde contemporaine. L'auteur n'aborde pas le sujet des castes, par contre il évoque la partition de l'Inde, la cohabitation difficile de religions et de rites différents, le ressentiment entre hindous et musulmans, la dévotion des femmes envers leur mari,...

C'est Mira la narratrice -bien que l'auteur soit un homme- et je n'ai pas été persuadée par son évocation du monde féminin. Ou bien tout simplement ai-je été gênée parce que ce personnage central, n'est au fond pas très sympathique. Sa relation physique avec son fils, longuement évoquée, et sa jalousie maladive, sont troublantes. Néanmoins le roman se lit avec plaisir, et il est intéressant pour son ambiance générale et son message de tolérance.

Aline

15/04/2012

Un année chez les français

Une année chez les français
Fouad Laraoui, Julliard, 2010

Maroc, 1969. Le week-end de la rentrée des classes, le petit Mehdi est déposé avec sa petite valise (au trousseau incomplet) et deux paons à la conciergerie du lycée français de Casablanca. Son instituteur lui a obtenu une bourse au mérite, et un oncle-colporteur l'a déposé là, sans explication.

Très intelligent et féru de littérature française, il est en complet décalage avec ce qui l'entoure, et se laisse volontiers embarquer par son imagination. Auprès des marocains, il ne comprend rien aux dialectes, avec les français, il comprend bien les mots, mais pas toujours ce qu'ils recouvrent. Le vocabulaire fleuri des pions, leurs envolées lyriques ou ironiques lui sont complètement hermétiques ! Cette arrivée en pension, pour lui, c'est comme débarquer sur la lune... d'ailleurs, n'ayant pas la télé, en provenance directe de son bled de l'Atlas, il n'est même pas au courant que les hommes ont marché sur la lune il y a peu !

Le roman relate avec humour la première année d'internat du jeune boursier et son adaptation. J'ai apprécié ce décalage entre deux monde, évoqué avec légèreté. Par contre, le récit ne donne pas toujours de réponse aux questions qu'il soulève, et les relations familiales restent peu claires : le père est-il parti ?

Aline

05/04/2012

Une simple affaire de famille

Une simple affaire de famille
Rohinton Mistry
Albin Michel (les grandes traductions), 2004

Portrait pittoresque et doux amer d'une famille parsie de Bombay, dans sa lutte pour la survie quotidienne.
Atteint de la maladie de Parkinson, Naruman devient un poids pour ses enfants. Il vit avec Jal et Coomy, ses beaux-enfants célibataires, dans le grand appartement qu'il a fait mettre à leur nom. L'animosité de Coomy envers ce beau-père, qui a épousé sa mère par obligation et ne l'a jamais rendue heureuse, se réveille lorsque la condition de Naruman se détériore. Elle manœuvre pour s'en débarrasser en le confiant à Roxana la plus jeune sœur.

Naruman se retrouve donc à l'étroit dans le petit appartement de Roxana et Yezad. Leur famille est joyeuse et affectueuse, Roxana soigne son père avec dévouement et les jeunes garçons, sensibles, font tout pour aider leurs parents. Tout irait bien sans le manque de place et d'argent, que Yezad ne supporte pas. Hélas, lorsque ces difficultés matérielles sont enfin résolues, Yezad s'est aigri et, de joyeux athée, s'est peu à peu transformé en bigot traditionaliste parsi.

Les personnages, un peu naïfs et injustement malmenés par la vie, sont traités avec tendresse par l'auteur, et les thèmes développés sont multiples : relations entre les générations, entraide ou repli sur soi-même, vieillesse et décrépitude, religion et fanatisme, Bombay la surpeuplée...
Aline

01/03/2012

La vie la vraie

La vie commence à 20h10 : un rêve vaut bien quelques mensongesThomas Raphaël, Flammarion 2011


Lorsqu'elle aura terminé sa thèse sur "les objets du quotidien dans le roman français", Sophie espère obtenir un poste à l'université de Bordeaux, où travaillent déjà son ambitieuse mère et Marc son brillant conjoint.
Pour pouvoir faire publier son premier roman, elle passe un marché avec Joyce Verneuil, la terrible et efficace productrice du feuilleton télévisé "La vie la vraie". Marc la croit penchée sur sa thèse à la Bibliothèque Nationale de France, et accepte qu'elle passe la semaine à Paris. En fait, elle est collaboratrice à plein temps pour la série, travail dont elle n'ose même pas lui parler puisqu'il réprouve la télévision en général, et méprise ce feuilleton en particulier !

Avec humour et légèreté, l'auteur présente les dessous de la production de séries télévisées, un monde sans pitié dont il est issu, et où seul compte l'audimat. De missions impossibles en rebondissements, le récit ne manque pas de piquant, et les relations de Sophie avec le neveu homosexuel et la jeune nièce surdouée de Marc rajoutent une touche de fraîcheur.
Quoique un peu long, ce roman est un vrai "page-turner".


Josette et Aline l'ont lu avec plaisir.

19/02/2012

La Mecque-Phuket

La Mecque-Phuket
Saphia Azzedine, éditions L. Scheer, sept 2010

Jeune maghrébine travailleuse et sérieuse, Fairouz aime ses parents "en vrac" et économise sou par sou pour réaliser leur rêve : leur offrir un voyage à La Mecque, afin qu'ils soient enfin Hadj, et mieux considérés dans leur quartier. Elle et sa soeur aînée cumulent les petits jobs pour déposer régulièrement un peu d'argent dans la boîte verte de l'agence de voyage du coin, spécialisée dans les pèlerinages. Non sans lorgner sur l'agence d'en face, qui propose des vacances à Phuket !

Dans une langue énergique et proche de l'oralité, Fairouz/Saphia exprime sa révolte face à une société normative et avilissante : société de consommation qui asservit les gens ; docilité des musulmans face aux diktats de la religion, et de ses parents en particulier face aux exigences des commères du quartier.
Elle s'en veut à elle-même de ne pas savoir s'affranchir de ses obligations de "bonne fille". En même temps, elle refuse les chemins tout tracés, se bat pour ses choix et bouscule son frère pour le sortir de ses petites combines minables. Elle croit aux valeurs de l'éducation et du travail pour lui comme pour sa petite soeur (qui rêve de devenir une star !).

Critique par rapport aux maghrébins, en particulier ceux qui baissent les bras et passent leur temps à cancaner au lieu d'éduquer leurs fils ... elle admire cependant leur capacité à prendre en charge et entourer leurs anciens.

Beaucoup d'humour et de légèreté dans ce roman, au fond pourtant sérieux.
Aline et Françoise ont aimé.

le héron de Guernica

Le héron de Guernica
Antoine Choplin, éd. La Brune, 2011

C'est au travers du regard de Basilio que l'auteur choisit d'aborder la tragédie de Guernica. Alors que les voisins s'occupent plutôt d'évacuation à Bilbao, Basilio exécute de petits travaux dans la ferme voisine, rend visite à son oncle à l'hospice, et rêve de danser avec Célestine au bal...

Jeune peintre passionné, il passe son temps dans les marais à observer et peindre les hérons cendrés. Son obsession ? Rendre sur la toile pas seulement la beauté, mais le frémissement de vie condensé dans l'immobilité de cet oiseau majestueux.
Son héron, il a prévu d'en faire cadeau à Célestina... mais l'arrivée des bombardiers allemands bouleverse tout !

Pourtant, ce n'est pas lui qui rendra compte de la tragédie de Guernica, mais un certain Picasso, qu'il tentera de rencontrer à l'exposition universelle de Paris.
Ce court roman à l'écriture ciselée rend compte de la vie quotidienne de la petite ville espagnole avant le drame, et nous interroge sur la nécessité de l'art.
Aline

Iran

Le mécanicien des roses
Hamid ZIARATI, traduit de l’italien par Marguerite POZZOLI
T. Magnier, 22€

L'auteur nous introduit dans  une famille traditionaliste iranienne, dont l'aîné, Aqbar, est travailleur et appliqué, mais capable de tout pour l'honneur de la famille... bien que lui-même non dénué de défauts ! A la génération suivante, nous suivons Reza et Khodadad, deux cousins, presque frères, qui s'enfuient du village pour échapper à l'emprise de la famille et découvrir la ville.

De son côté, Donya,  jeune fille vendue par ses parents qui ont perdu la fortune familiale, doit travailler durement comme servante. Après des années difficiles, elle est imposée comme femme à Reza, qui prend soin d'elle sans vraiment l'aimer. Car le véritable amour de Reza, c'est la belle Laleh, pauvre fille perdue par sa beauté et vendue comme prostituée.

Enfin, Mahtab, la fille adorée de Reza et Donya, leur « bouton de rose », fait des études de médecine et tombe amoureuse d'un étudiant en droit... mais l'époque des ayatollahs n'est guère favorable aux idylles !

Au fil des chapitres, le lecteur comprend que Reza est le lien entre ces différents personnages, victimes d'une société où les droits des hommes sont bafoués, et ceux des femmes tout simplement inexistants... le plus souvent sous prétexte de religion.

Ce roman, prenant et beau, est traversé par quelques moments de bonheur arrachés à l'adversité, mais globalement très sombre.  Ses personnages nous poursuivent, et en refermant ses pages, on se prend à se réjouir de vivre dans une société où les droits de l'homme et de la femme sont -relativement- respectés !

Lu et aimé par Chantal et Aline.

15/01/2012

une anglaise à bicyclette

Une anglaise à bicyclette
Didier Decoin, Stock, 2011

Tout commence par le massacre des Indiens à Wounded Knee. Jayson Flannery, photographe de guerre, se retrouve brutalement avec une petite fille sur les bras, une petite Lakota de trois ans dont la mère a été tuée.
Il recherche d'abord une solution d'accueil pour cette enfant, la ramène avec lui jusque dans l'est, et la confie à un pensionnat. Au dernier moment, il a des remords de l'abandonner, et quitte le bateau en partance pour l'Europe pour  retourner la chercher.
L'arrivée en Angleterre avec cette enfant sans papiers n'est pas simple. Il la fait passer pour une enfant irlandaise, adoptée, mais un "constable" soupçonneux leur tourne autour... jusqu'à ce qu'il trouve une solution pour décourager les fâcheux.

Le récit est romanesque et bien écrit. J'ai beaucoup aimé le début et l'enfance de la fillette. La suite est un peu décevante, notamment parce que le roman fait de longues ellipses entre les différentes étapes de la vie d'Ehawee-Emilie. Le titre fait référence aux longues randonnées à bicyclette auxquelles elle s'adonne.
Michèle