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02/10/2012

Quel trésor !

Quel trésor !

Gaspard-Marie Janvier

Fayard (roman), 2012, 21 €

En réglant la succession de son père, David Blair, dernier rejeton d'une famille d'éditeurs écossais, met la main sur un document dont la valeur pourrait lui permettre de régler ses dettes… à condition qu'il soit authentique : l'original de la carte dessinée par Stevenson et son beau-fils en 1881, qui aurait inspiré le célèbre roman "L'île au trésor".

A partir du moment où David évoque ce dessin sur l'île de Farà, tous se passionnent pour cette carte et se jettent à corps perdu dans une chasse au trésor épique : îliens de Farà, écossais, français et anglais se bernent les uns les autres à tour de rôle avec jubilation, persuadés que la carte recèle le secret (perdu pour Stevenson lorsque son éditeur avait égaré ce document) du trésor de l'Invincible Armada échoué sur les côtes écossaises!  

Le fil du récit n'est pas toujours très clair, sans doute parce que l'auteur l'a divisé en trois parties, dotées de trois narrateurs différents – et donc de trois points de vue différents. Cependant l'ambiance îlienne, humide, rustique et chargée de mémoire, happe le lecteur, ainsi que les scènes d'action. Vols au-dessus des îles écossaises dans le vieux coucou de Warluis, atterrissages "trois points" dans un mouchoir de poche, marronnage sur Gugà l'île aux oiseaux… Voilà un roman pour ceux qui savent encore lâcher la bride à leur imagination, doté de scènes absolument savoureuses : la débâcle du cortège d'enterrement sur sol glacé, les soirées à l'auberge du Lord of the Isles,…

Les nombreux personnages, tous plus truculents ou pittoresques les uns que les autres, affabulent, s'observent, s'espionnent, se lient d'amitié, s'entraident ou se tendent des pièges au gré des opportunités. Mais ce prétendu trésor existe-t-il seulement ?

Aline

26/09/2012

Dégringolade dans l'enfer des cartons

Cartons, de Pascal Garnierattente

Zulma, roman posthume publié en 2012

Brice quitte son appartement lyonnais pour emménager dans une grande bâtisse, dont nous saurons seulement qu'elle est située dans un bourg en bordure de nationale, et possède un garage en rez-de chaussée. Après l'efficacité redoutable des Déménageurs Bretons Brice se retrouve seul, confronté à la masse des cartons et accablé par l'ampleur du déballage et des installations qu'il lui reste à faire…

Dans l'attente de nouvelles, de plus en plus improbables, de sa femme Emma, il se laisse aller à une vie cotonneuse entre les piles de cartons du garage, ajoutant encore au désordre chaque fois qu'il recherche un objet. Seule Blanche, une voisine à qui il rappelle son père, lui rend visite et s'impose à lui… ne faisant qu'ajouter à son désarroi !

Un grand coup de cœur de Sylvie (Thurins), pour  l'écriture ciselée de ce roman ! Lire aussi, du même auteur, Lune captive dans un oeil mort (coup de coeur de Dominique en septembre 2011).

Le corail de Darwin

Le Corail de Darwin 

Brigitte ALLEGRE

Actes Sud (Un endroit où aller), 2012, 23.50 €

Par besoin de prendre du recul, besoin de nouveauté,… Livia la Romaine et Vigdis l'Islandaise décident de faire un échange de maison pour les vacances. Mais cet échange ne tourne pas du tout comme espéré. Entre les inondations à Rome et le réveil du volcan voisin de Hurdaskellir, leur vies subiront des changements plus radicaux que prévu. Leur récit est entrecoupé de fragments de vie rédigés par Tancredi, le père de Livia, qui n'a plus toute sa tête et pourtant lui livre des informations troublantes sur son passé.

Beaucoup de finesse dans l'écriture. Le roman contient de nombreuses références aux carnets d'Hubert Nyssen (auteur, fondateur des éditions Actes Sud, et décédé en novembre 2011). Les carnets de Darwin sont également cités à plusieurs reprises, dans sa découverte d'îlots "vierges", et constituent un lien entre les personnages qui les lisent : Livia, Gabriele, Vigdis. Le titre du roman en est directement inspiré :

"The tree of life 
should perhaps be called the coral of life"

 Aline

20/09/2012

un cadeau

Un cadeau, Eliane Girard, Buchet-Chastel, 2012, 14 €

Félicien se définit lui-même comme un inconstant… ou pour utiliser un mot plus "tendance", un  procrastinateur. Pour les 30 ans de sa copine Laure, dont il se dit très amoureux, il  recherche un cadeau dans l'urgence du dernier moment. Hélas, la taille 38 n'est plus disponible pour la veste repérée, le créateur qu'elle aime ne propose cette année que des couleurs vives qu'elle déteste… Après une quête désespérée, Félicien finit par se laisser tenter par une paire de bottes de marque absolument sublimes et incroyablement chères.

Le lecteur suit le monologue intérieur de Félicien, ses hésitations, ses questionnements anxieux : les bottes plairont-elles ? Malgré leur origine ? Que représente vraiment la somme d'argent dépensée, et qu'aurait-il pu faire d'autre avec ? Comment se promener dans le métro avec le sac d'une marque de luxe ?

En un mot, il n'assume pas ! Un texte léger, plein de rebondissements que je n'évoque pas pour ne pas vous gâcher le plaisir de lecture, et qui pourtant pose de réelles questions sur la valeur des choses, le rapport à  l'argent, la sincérité… Aline

22:22 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : argent

18/09/2012

la liseuse

La liseuse

Paul Fournel, P.O.L., 2012, 15.99 €

Robert Dubois, éditeur parisien, emporte tous les week-ends une pile de manuscrits à lire. Pour chaque type de document, il a son lieu, son heure : le polar au troquet, la poésie au jardin public,… Jusqu’au jour où, modernité oblige, on lui met entre les mains une liseuse à la place du papier ! Non seulement il s’adapte plutôt bien à la liseuse, à son fonctionnement et  à ses usages différents, mais il imagine même de développer de nouveaux types de lecture liés  à ce support, avec l’aide des jeunes stagiaires de la maison d’édition.

En contrejour, le lecteur perçoit la maladie d’Adèle, sa femme, à peine évoquée avec discrétion.

Facile à lire, la liseuse est également un texte instructif sur le monde de l’édition, et très intéressant sur le rapport aux écrivains et à la lecture : nouvelle conception du texte versus texte linéaire, récits contemporains contre classiques, lecture-devoir contre lecture choisie…

Aline

14/09/2012

la nuit tombée

La nuit tombée

Antoine Choplin

La fosse aux ours, 2012, 16 €rentrée littéraire,nucléaire,amitié

 

Gouri traverse la campagne ukrainienne à moto, en route pour une mission personnelle à Pripiat, en zone interdite. Juste avant la Zone, il s’arrête à Chevtchenko chez ses amis Vera et Iakov, le temps d’un repas, d’une discussion autour des événements de 1985. Iakov et leurs amis Stepan, Pavel (et tant d’autres!), ont « accompli leur devoir de citoyens », participant à nettoyer la zone de la centrale de Tchernobyl, et ils en portent les stigmates.

 

Gouri, le poète, témoigne à sa façon pour ceux qui ont été évacués et ceux qui sont restés, les villages, la campagne et les forêts contaminés :

                La bête n’a pas d’odeur

                Et ses griffes muettes zèbrent l’inconnu de nos ventres

                D’entre ses mâchoires de guivre

                Jaillissent des hurlements

                Des venins de silence

                Qui s’élancent vers les étoiles

                Et ouvrent des plaies dans le noir des nuits

                Nous voilà pareils à la ramure des arbres

                Dignes et ne bruissant qu’à peine

                Transpercés pourtant de mille épées

                A la secrète incandescence

 

Nouveau récit, tout en finesse, de l’auteur du Héron de Guernica, à la fois sobre et bouleversant, ode à la dignité, à l’humanité et à l’amitié. Aline

12/09/2012

l'armoire des robes oubliées

L’armoire des robes oubliées

Riikka Pulkinen

Traduit du Finnois Totam par Claire St Germain

Albin Michel, janvier 2012

 

Elsa, la grand-mère, est en phase terminale. Elle et son mari, Marrti, essaient de vivre au mieux des journées qui restent, de profiter de la vie et de leur famille, même si les relations avec leur fille Eleanoora ne sont pas toujours faciles.

Mais la fin de vie est aussi l’heure des bilans. Lorsque leur petite fille ressort d’une armoire une robe oubliée, le passé remonte : leur carrière prestigieuse à tous deux, et les années où ils ont embauché une jeune fille, Eeva, pour s’occuper de leur petite Eleanoora…

 

Le récit alterne les époques, et expose les relations entre des personnages passionnés. Une sorte de destin circulaire relie Eeva et Anna, la fille d’Eleanoora, qui se retrouvent dans une situation similaire.

Ce roman a recueilli de très bonnes critiques,  cependant, je l'ai apprécié sans y adhérer totalement...

Aline

28/08/2012

Le carnet de la mathématicienne

Le carnet de la mathématicienne

Michelle Richmond

Traduit de l’anglais par Sophie Aslamides

Buchet-Chastel, mai 2012

 

                Ellie peine à construire sa vie depuis que sa sœur Lila a été assassinée à l’apogée de sa vie d’étudiante. Elle a toujours admis l’histoire de cette mort telle que racontée par son professeur de littérature – qui au passage a trahi ses confidences pour rédiger un roman à succès.

 

                20 ans plus tard, Ellie rencontre par hasard au fin fond du Nicaragua l’ancien amant –l’âme sœur- de Lila, génie des maths comme elle, qui lui remet le journal intime disparu de Lila : son carnet mathématique. Ellie avait toujours considéré cet homme comme le meurtrier de sa sœur, mais remet en question sa responsabilité, et se plonge dans le carnet mathématique pour mener sa propre quête de vérité.

 

                Son enquête fait référence aux grandes théories mathématiques, sans jamais ennuyer le lecteur, se penche sur la psychologie des personnages, et questionne le rapport entre récit et vérité. Le résultat est un roman policier atypique, au rythme lent.

 

                ̎Une histoire n’a ni commencement, ni fin. On choisit de manière arbitraire le moment à partir duquel on regarde en arrière, ou vers l’avant  ̎. On peut aussi choisir son angle de vue, ou le rôle attribué à chaque personnage… de façon à imaginer un meilleur récit !

J’ai aimé. Aline.

24/08/2012

Plus léger que l'air

Plus léger que l’air

Federico JEANMAIRE

J. Losfeld, 2012

 

Dans une ville Argentine, une vieille dame raconte sa vie au petit voyou qui l’a effrayée pour voler ses économies. Le roman est un long dialogue… où le lecteur ne dispose que des dires de la femme, à partir desquels il imagine les réponses du jeune, qu’elle a réussi par la ruse à enfermer dans sa salle de bains.

 

Un morne huis-clos,  où la vieille femme narre la vie de sa mère, récit en grande partie imaginaire, puisque sa maman est morte peu après sa naissance, en pilotant seule un avion… Ce faisant, elle  laisse aussi transparaître des fragments de sa propre existence misérable, et tente de faire la morale au jeune Santi, qu’elle nourrit de crackers, palmiers et escalopes milanaises glissés sous la porte…

 

La construction du roman est astucieuse, et donne tout son rôle à l’imagination du lecteur. Mais le récit progresse terriblement lentement, à la manière d’une vieille qui n’avancerait pas, pleine d’hésitations et de retours sur soi. Cela donne une lecture lente et triste.

Aline

21/08/2012

portrait de l'artiste en tueur

Portrait de l’artiste en tueur

Gilles D. Perez, Naïve (Noir), 2012          

Un voleur voit son cambriolage chez un parrain de la pègre régionale tourner au carnage. Un petit dealer qui a prélevé de la came pour son usage personnel est menacé par ses fournisseurs. Une belle et naïve bourgeoise est enlevée par des proxénètes. Les règlements de comptes semblent s’accumuler chez les truands… et les policiers de la criminelle comptent les cadavres.

Les flics sont sympathiques, cultivés, et ils ont du flair, mais finalement leur enquête avance peu. Ce n’est pas grave puisque qu’un artiste inconnu leur mâche le travail, semant derrière lui des portraits au crayon…

Roman policier original, où se croisent les vies de nombreux personnages, méchants et justiciers. Agréable, mais pas non plus aussi révolutionnaire que certaines critiques le laissent croire. Aline