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20/02/2020

Bouillon albanais : Ismaïl Kadaré

Né en 1936 à Gjirokastër, dans le Sud de l'Albanie, Ismaïl Kadaré étudie les lettres à l'université de Tirana et à l'Institut de littérature Gorki de Moscou. En 1960, la rupture avec l'Union soviétique l'oblige à revenir en Albanie où il entame une carrière de journaliste et écrit de la poésie. En 1963, la parution de son roman Le Général de l’armée morte lui apporte la renommée, d’abord en Albanie, puis à l’étranger grâce à la traduction française de Jusuf Vrioni. En 1972, nommé député albanais sans même l’avoir demandé, il est contraint d’adhérer au Parti communiste albanais (gouvernemental). Il poursuit un temps sa carrière d’écrivain sans heurts, malgré la charge corrosive de ses textes contre la dictature. Kadare finit par être qualifié d’« ennemi » lors du Plénum des écrivains en 1982 mais aucune sanction n’est prise à son encontre. Entré en disgrâce pour ses écrits subversifs, conçus comme une critique détournée du régime, il est contraint d’éditer ses romans à l’étranger. Se sentant menacé, il émigre en France où il obtient l’asile politique en octobre 1990.

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Kadaré est considéré comme l'un des plus grands écrivains et intellectuels européens du XXe siècle et comme une voix universelle contre le totalitarisme. Il est l'auteur albanais le plus lu à l'étranger, et a reçu de nombreux prix prestigieux, dont le Man-Booker Prize en 2005.

L’un des rares écrivains albanais à avoir survécu à Tirana malgré des écrits critiques du régime, il a peut-être été protégé en partie par ses origines à Gjirokastër, qu'il partage avec le dictateur Enver Hoxha. Sa renommée internationale aussi sans doute, puisque Enver Hoxha se targuait d’être un grand intellectuel, et voulait semble-t-il profiter de la publication des œuvres de Kadaré en France pour  y faire publier les siennes.

Kadaré a également su ruser avec la censure, en rédigeant des romans à double-fond, en utilisant des narrateurs multiples ou distanciés (enfant, fantôme), des rêves, les contes et la mythologie, et manier l’ironie, que ne comprenait pas la machine étatique -ce qui lui a permis de porter la critique plus loin que d’autres.

Alma nous conseille de lire plutôt ses œuvres récentes, celles écrites sous la dictature étant souvent cryptées, truffées de doubles sens, et faisant appel à un contexte que nous ne possédons pas. Voici les livres que nous avons lus, par ordre de présentation :

 

albanie, comité de lectureLa fille d’Agamemnon (1985)

Fayard, 2003, 144 p., 16€

Traduit de l’albanais par Tedi Papavrami

Nous sommes en Albanie, dans les dernières années du régime communiste. Le narrateur a pour maîtresse la fille d'un haut fonctionnaire. Mais le parti la convainc de mettre fin à cette liaison. Bouleversante histoire d’un amour mis en pièces par les rouages glacés de la machine étatique. L'amant désespéré médite sur sa disgrâce, évoquant tout à tour Iphigénie sacrifiée par son père Agamemnon, et Staline refusant d'échanger des prisonniers allemands contre son fils captif.

Ce roman a été écrit clandestinement en 1985 à Tirana et envoyé en France. Se lit facilement.

 

albanie, comité de lectureL’entravée, requiem pour Linda B. (2010)

Fayard (Littérature étrangère), 2010, 205 p., 18.20€

Traduit de l’albanais par Tedi Papavrami

Dramaturge albanais sous la dictature d’Enver Hoxha, Rudian Stefa est convoqué par le parti, sans en connaître la raison. Dans un climat lourd de doute et de suspicion, il se questionne sur la cause de cette convocation – et les interrogateurs ne font rien pour le rassurer. Est-ce en raison d’une dispute avec son amie qui a dégénéré, d’un personnage qu’il aurait introduit dans sa pièce de théâtre ? En fait, il est convoqué parce qu’un de ses livres dédicacé a été retrouvé chez Linda B., une jeune femme « reléguée » qui s’est suicidée. Dans un climat lourd de doutes et de suspicion, le narrateur enquête pour connaître les raisons du suicide de Linda, et ce qui la reliait à lui.

Linda B. était une jeune fille qui rêve de visiter Tirana. Mais c'est précisément ce qui lui était impossible, en tant qu’assignée à résidence. Son seul "espoir" pour aller à la capitale : se voir dépister un cancer du sein, et être autorisée à se déplacer pour les soins ! Sa condition de reléguée évoque celle d'Eurydice, "entravée" aux enfers.

Le roman est basé sur les brouillons d’une jeune fille qui a existé, maîtresse d’école, qui a été déclassée suite à la vengeance d’un officiel du parti auquel elle s’était refusée. Le livre est volontairement un peu difficile d’accès, procédé utilisé pour décourager les censeurs.

 

albanie, comité de lectureTrois chants funèbres pour le Kosovo (1998)

Fayard (Sciences humaines et sociales), 1998, 122 p., 12€

Traduit de l’albanais par Tedi Papavrami

Il existe en ce monde une région où une vieille tragédie continue à projeter sans relâche, de façon cyclique, de nouvelles tragédies. Cette terre porte le nom innocent de " Champ des merles ", autrement dit Kosovo. En 1389, une coalition balkano-chrétienne composée de Serbes, de Bosniaques, d'Albanais et de Roumains fut écrasée par l'armée ottomane du sultan Mourad. Cette défaite a été exploitée à maintes reprises par des politiciens nationalistes. Autour de l’impossible compréhension et unité entre les peuples des Balkans, Serbes, Bosniaques, Albanais, et Roumains.

 

Après l’empire Ottoman, beaucoup d’Albanais se sont convertis à l’islam. Le Sud, proche de la Grèce, était plutôt orthodoxe, tandis que le Nord, du côté de l'Italie, suivait le rite catholique latin.

 

albanie,comité de lectureQui a ramené Doruntine ? (1980)

Fayard (Littérature étrangère), 1986, 182 p., 18€

Dans un village de l’Albanie médiévale, Dorountine s’est mariée à plus de 6 jours de cheval, donc loin ! Son frère Constantin avait fait la promesse solennelle « la besa » (parole donnée que l’on doit tenir au-delà de la mort) à sa maman de la ramener lorsqu’elle le voudrait. Or tous les frères de Doruntine sont morts, ils n’ont donc pas pu la ramener. L’inspecteur local enquête pour savoir qui l’a ramenée. Constantin serait-il sorti de sa tombe pour tenir la parole donnée à sa mère quand il était en vie ?

Kadaré puise dans le patrimoine légendaire de son pays la substance d'un "thriller" hors d'âge, plein de brumes, de chevauchées nocturnes et de pierres tombales déplacées.

 

La Besa fait partie du Kanun, code coutumier remontant au XVe s, qui définit les règles fondamentales, précises comme celles d’un contrat de mariage. Les deux plus importantes étant:

  • L’hospitalité, même si l’on possède peu, a minima du pain et du sel
  • La parole donnée (code d’honneur)

La "reprise du sang" (vendetta) est réapparue après la dictature, en partie à cause des défaillances d’application de la loi.

 

albanie,comité de lectureLa poupée (2015)

Fayard (Littérature générale), 2015, 160 p., 16€

Traduit de l’albanais par Tedi Papavrami

Histoire de la mère d’Ismaïl Kadaré, de famille bourgeoise de Gjirokastër, qui vivait relativement cloîtrée dans la vaste maison familiale du clan Kadaré.

Récit assez intimiste.

 

Pendant la dictature communiste, le Nord et le Sud du pays n’ont pas reçu le même traitement le nord a été plus opprimé.

 

albanie,comité de lectureL’aigle (1995)

Fayard (Libres), 1996, 120 p., 12€

Max est un employé de banque sans histoire, si ce n'est qu'un jour, lors d'une réunion, il n'a pas dit ce qu'il aurait fallu dire comme il aurait dû le dire. En allant chercher des cigarettes, il tombe dans un trou, sorte de purgatoire, où sont exilés tous ceux qui n’ont pas « marché droit » par rapport au régime. On raconte que des aigles géants permettraient de s'échapper de ce monde du néant. Qui sait...

Dans cette allégorie surréaliste qui ressemble à un conte cruel, Kadaré dénonce le régime de Hoxha et les milliers de personnes persécutées et tuées.

 

albanie,comité de lectureVie, jeu et mort de Lul Mazrek (2003)

Fayard (Littérature étrangère), 2002, 20.30€

Traduit de l’albanais Eta, loja dhe vdekja e Lul Mazrekut par Tedi Papavrami

Dans les années 1980, Lul Mazrek vit dans un village albanais où la vie culturelle est quasiment inexistante, et rêve de faire du théâtre. Sa demande d’admission   dans une école de théâtre à Tirana est refusée, et –comble de malchance- il reçoit sa convocation pour le service militaire dans une station balnéaire du sud du pays, proche de la frontière grecque. Ses amis le poussent à en profiter pour s’évader, tandis que lui espère pouvoir jouer pour les soldats. Sa mission ? lutter contre les tentatives d’évasion ! Vjollcia elle est une jeune fille intelligente et très belle, embarquée par le parti dans une sombre histoire. Comme souvent dans les œuvres de Kadaré, l'antiquité grecque joue un rôle important.

Récit réécrit après la dictature, inspiré d’une histoire vraie, témoignage de l’absurdité de la dictature communiste.

20/01/2020

Bouillon Coréen

Livres d'auteurs Coréens, présentés le 9 janvier 2020 à la bibliothèque Latulu, de Chassagny.

 

roman étranger,coréeLe vieux jardin

HWANG Sok-Yong (Corée du Sud)

Zulma, 2010, 565 p., 23.90€

Roman partiellement autobiographique, situé entre 1980 et 2000, en Corée du Sud. Libéré de prison en 2000, l’opposant politique O Hyônu apprend que Han Yunhi, la femme qu’il a aimée, est morte. Elle lui a laissé ses cahiers, ses lettres et des dessins. Désemparé, perdu dans une Corée qui a beaucoup changé, O Hyônu évoque ses années de lutte clandestine contre le gouvernement militaire,  les événements de 1980, révoltes contre les cadences imposées pour rattraper la Corée du Nord. En se plongeant dans le journal de Han Yunhi, il revit aussi son parcours de femme, artiste et engagée.

 

roman étranger,coréePrincesse Bari

HWANG Sok-Yong

Picquier, 2013, 19€

Itinéraire d’une jeune Nord-Coréenne. Fille non désirée, Bari est abandonnée à la naissance dans un buisson, mais sauvée par un chien qui la ramène dans sa niche. Elevée par sa grand-mère, elle restera toujours proche de son esprit et de celui de son chien, qui la soutiennent lors de sa difficile émigration verse l’Angleterre. Critique sur le blog.

 

roman étranger,coréeLa route de Sampo

HWANG Sok-Yong (Corée du Sud)

Zulma, 2002, 141 p., 10.50€

4 nouvelles, rédigées par l’auteur entre 1972 et 1975. Les nouvelles sont une lecture familière pour les Coréens. (Les auteurs n’ont pas de subsides pour se lancer dans l’écriture de romans).

La route de Sampo : urbanisation des villages. / Ssireum : vie d’un amateur de lutte coréenne, avec son lot de galères. / Un homme se souvient de son enfance, très surveillée, avec une nounou qui lui laissait plus de liberté. / Œil de biche : malaise de soldats Coréens volontaires qui s’étaient engagés côté US pendant la guerre du Vietnam.

 

roman étranger,coréeL’étrangère : récit

KANG Eun-Ja

Seuil, 2013, 278 p., 19€

Autobiographie qui se lit comme un roman.  Jeunesse de l’auteur, peu après la guerre de Corée, dans un pays pauvre mais digne. Une grande solidarité règne entre les enfants. L’auteur, passionnée de français, travaille avec constance pour réaliser son rêve, et partir étudier en France. Le récit s’achève en 2002 avec sa soutenance de thèse. Critique sur le blog.

 

roman étranger,coréeDes amis

BAEK Nam-Ryong (RDC)

Actes Sud, 2011, 244 p., 22.20€

Dans un régime socialiste à la sauce Confucéenne, les lettres sont utiles si elles servent à éduquer le peuple. Il y a donc beaucoup de propagande, mais dans ce roman, l’auteur se penche plutôt sur la vie quotidienne. Avec l’aval de sa hiérarchie, l’auteur dénonce des abus et de la corruption autour d’une histoire de procès en divorce - acte social et sociétal. Nous suivons le personnage du juge, important, qui souffre de la dévotion de sa femme à son travail de chercheuse biologiste. Elle tente d’adapter des nouvelles variétés dans une région inadaptée à la culture. Moralité : chacun doit se dépasser lui-même, pour le bien commun.

 

roman étranger,coréeLe rire de 17 personnes

Collectif (RDC)

Actes Sud, 2016, 374 p., 22€

Chaque nouvelle propose une leçon politique positive. Très bien écrites, ce sont des histoires décalées par rapport à notre monde occidental. Une vie : un doyen de Faculté aux prises avec sa conscience hésite à favoriser le fils du médecin qui lui a sauvé la vie au détriment d’un étudiant plus méritant / Une deuxième rencontre : un journaliste américain visite la Corée du Nord dans l’idée de démontrer que rien ne va dans le pays, mais à chaque fois il est déçu de constater que les gens sont contents de leur sort /  Le rire de 17 personnes : une jeune fille refuse que son père remplace un musicien absent lors d’une fête traditionnelle, car il est venu pour passer du temps en famille /…

 

roman étranger,coréeJ’entends ta voix

KIM Young-Ha (Corée du Sud)

Picquier, 2015, 320 p., 19.50€

Plusieurs narrateurs. Jeï, gamin né dans les toilettes d’une gare routière, passe entre les mains d’une femme alcoolique, puis en foyer. Il partage ensuite la vie sordide et violente des jeunes des rues de Séoul, où règnent la domination des hommes sur les femmes, la prostitution, l’exploitation des faibles.  Dans la deuxième moitié du livre, plus intéressante,  Jeï rejoint un groupe de motards, dont il devient plus ou moins le leader charismatique. Ils organisent des courses de moto épiques la nuit dans la ville. Les relations avec la population et la police sont évoquées,

 

roman étranger,coréeLeçons de grec

HAN Kang (Corée du Sud)

Ed. du Serpent à plumes, 2017, 184 p., 18€

Au cœur du roman, un homme et une femme. Elle s’est renfermée au point d’avoir perdu la voix, et suit des cours de grec ancien, dans l’espoir de s’en sortir en apprenant une langue étrangère. Il est professeur –de grec ancien, qu’il a appris en Allemagne- et perd progressivement la vue. Chacun évolue dans sa bulle, dans un récit introspectif, jusqu’à ce que les deux personnages se rapprochent. Récit d’atmosphère, livré par touches impressionnistes. Prix Médicis étranger. Présentation par l’auteur ici.

 

roman étranger,coréeLe jardin

PYUN Hye-Young (Corée du Sud)

Rivages Noir, 2019, 300 p., 19€

Traduit du coréen par Yeong-Hee LIM

Oghi, paralysé après un accident de voiture ayant causé la mort de sa femme, finit par rentrer chez lui, dépendant de sa belle-mère. D’abord aux petits soins, celle-ci adopte un comportement de plus en plus étrange et inquiétant et l’isole peu à peu. Afin de « terminer ce que sa fille avait commencé », elle creuse un immense trou dans le jardin entretenu autrefois par sa fille.

Roman noir et inéluctable, on comprend assez vite quelle direction prend le récit, qui se déroule de façon habile, mais sans surprise.

 

roman étranger, CoréeLa vie rêvée des plantes

Seung-U LEE

Zulma, 2006, 18.80€

Traduit du Coréen par Jean-Noël JUTTET

Coup de coeur d'Aline. Critique sur le blog

 

Bouillon Coréen La langue et le couteau

Corée, roman étranger

 

La langue et le couteau

Jeong-Hyun KWON

Picquier, 2019, 20€

Traduit du Coréen par Yeong-Hee LIM

 

Situé en 1945 à Changchung (Xinjing), capitale de l’Etat fantoche du Mandchoukouo, le récit se concentre non pas sur la guerre avec les Russes dont l’offensive par le nord se rapproche, mais sur un affrontement sur le terrain de la cuisine, au mess des officiers Japonais.

L’histoire est assez brouillonne, complexe à suivre –d’une part parce que les références historiques nous manquent – d’autre part parce que le récit est raconté à la première personne en alternant les narrateurs au cours des chapitres. Malgré leurs origines très différentes, le lecteur met longtemps à les distinguer :

- Yamada Otozô, commandant en chef de l'armée d'occupation japonaise en Mandchourie, suppose avoir été posté là pour sa relative modération, qui évite aux Japonais de se jeter dans la bataille de façon irréfléchie. Esthète et fin gourmet, il passe du temps à contempler le visage du Boudha du temple de Jigesu, qui lui rappelle sa mère disparue, et répond aux questions stratégiques pressantes de ses officiers par des considérations gastronomiques ;

- Chen, révolutionnaire Chinois, excellent cuisinier, rêve d’empoisonner tout le mess des officiers Japonais. Il emporte partout avec lui son billot, légende familiale autant qu’outil de cuisine, et consacre toute son énergie et son génie à la cuisine ;

- Kilsun, très belle jeune femme Coréenne (pas du tout nostalgique de son Chongjin natal, glacial), a été victime d’enlèvement par les soldats japonais pour servir de "femme de réconfort" sur le Front. S’étant échappée grâce à Chen, elle est devenue sa compagne dévouée. Son frère fait partie des idéalistes révolutionnaires.

Dans une ambiance de fin d’époque, l’auteur entremêle l'agitation de l'Etat Major Japonais,  l'affrontement de Chen et d'Otozô autour de l'honneur et du goût, et les souvenirs de ces trois personnages. C’est une bonne introduction à un pan tourmenté de l’histoire de cette région d’Asie, entre Chine et Corée, sous domination japonaise.

Aline

 

05/01/2020

Le Bouillon se jette à l'eau

Venant de Chassagny, Orliénas, Soucieu, St Laurent et Taluyers, nous avons été privés de notre rencontre de novembre pour cause de neige. C’est donc en décembre que nous nous sommes retrouvés à St Laurent d’Agny autour du thème de l’eau, avec des récits souvent autobiographiques, ou inspirés de la réalité.

 

eau, roman, bande dessinéeCapitaine de la Calypso, l'odyssée

Albert FALCO, Yves PACCALET

Arthaud, 2016, 21.50€

« À vingt ans, Albert Falco n'a rien : ni riche famille, ni brillante éducation. Rien, sauf une formidable passion pour la mer et des rêves d'évasion plein la tête... »

Mémoires d’Albert Falco (1927-2012), bras droit et chef plongeur de l'équipe du commandant Cousteau. Ensemble, ils ont fait plusieurs fois le tour du globe sur la Calypso, de missions scientifiques en visites d’épaves. Il a œuvré à la création du parc des Calanques, et dénonce le tourisme de masse et la pollution.

 

eau, roman, bande dessinéeLe phare, voyage immobile

Paolo RUMIZ

Hoëbeke, 2015, 16€

Grand voyageur, Paolo Rumiz prend le temps d’une découverte immobile, dans un phare perché sur un îlot au milieu de la Méditerranée. Se consacrant à l’exploration du phare et de son rocher, il raconte sa vie à côté des gardiens, mais surtout la nature, les goélands, l’observation des étoiles et de la météo. Paradoxalement, il décrit peu l’eau qui l’entoure, si ce n’est pour souligner les difficultés d’accostage, et évoquer la pêche des gardiens. C’est le vent qui est omniprésent dans son récit.

 

eau, roman, bande dessinéeLe grand marin

Catherine POULAIN

Ed. de l’Olivier, 2016, 19€

Un petit bout de femme, aux grandes mains et à l’immense détermination, part au bout du monde travailler comme marin pêcheur. Basée à Kodiak, en Alaska, elle se confronte à la mer, au sel, à une éprouvante cadence de travail, ainsi qu’à un environnement masculin très rude. On apprend beaucoup sur la pêche… et les errances de bar en bar entre deux campagnes de pêche.

 

eau, roman, bande dessinéeSouvenirs de la marée basse

Chantal THOMAS

Seuil, 2017, 18€

Souvenirs personnels, retour rêveur sur son enfance, ce roman est une ode à la mère de l’auteur, Jackie, qui nageait tout le temps, partout. Alors que sa mère vieillissante perd peu à peu la mémoire, l’auteur se remémore ses vacances à la mer, la plage et les animaux des bords de mer, son étude des estivants aussi.

 

eau, roman, bande dessinéeBleue

Maja LUNDE

Presses de la Cité, 2019, 22€

Le roman reprend une structure similaire à celle de Une histoire des abeilles. Le lecteur suit une évolution à des époques diverses : dans le passé, au présent et dans le futur. Ici, les chapitres alternent 1950 en Norvège, où l’on construit des barrages et détourne des rivières ; 2017, l’évolution du rapport à l’eau et les premières conséquences de la mauvaise gestion des rivières ; 2042, où la désertification contraint les habitants de certaines zones à l’exil. Il s’agit bien d’une fiction, avec des personnages attachants et combatifs.

 

eau, roman, bande dessinéeOublier Klara

Isabelle AUTISSIER

Stock, 2019, 20€

Secret de famille sur trois générations, chacune liée à une nature rédemptrice. Rubin, le père, a mené une rude existence sur les chalutiers, il est très marqué par la pêche intensive en URSS. En fin de vie, il fait appel à son fils Iouri pour comprendre ce qu’il est advenu de Klara, la grand-mère, disparue lorsqu’il était enfant, à l’époque de Staline. Roman assez doux malgré son sujet, Oublier Kara est une belle aventure humaine, située dans une nature sauvage.

 

eau, roman, bande dessinéeJuste après la vague

Sandrine COLLETTE

Denoël, 2018, 19.90€

Récit post-apocalyptique. L'eau a tout envahi. Sur un bout de terre émergée survit une famille de onze personnes. La barque qui pourrait les sauver ne peut en embarquer que huit. Le père doit faire des choix entre ses enfants. Se retrouvent d’un côté la barque face aux vagues et aux dangers de l’océan, et de l’autre les trois enfants laissés sur place… parce qu’ils sont les plus débrouillards ou les enfants « ratés » ?

 

eau, roman, bande dessinéeAu fond de l’eau

Paula HAWKINS

Sonatine, 2017, 22€

Thriller. En Angleterre, dans une rivière proche de Beckford aux eaux dangereuses, est retrouvé le corps d’une jeune fille. Suicide ou assassinat ?

 

eau, roman, bande dessinéeHistoire d’une baleine blanche

Luis SEPULVEDA

Metailié, 2019, 12€

Une baleine blanche raconte à ses petits dans quelles conditions elle a rencontré les hommes. Depuis les mythes du large de la Patagonie, où elle est chargée de guider les âmes Mapuches au-delà de l'horizon, jusqu'au XIXe s avec la chasse à la baleine -en particulier le baleinier du capitaine Achab. Beau récit pour tous, jeunes et moins jeunes, illustré par Joëlle Jolivet.

 

eau, roman, bande dessinéeMoi, baleine

Oriane CHARPENTIER, ill. Olivier DESVAUX

Gallimard jeunesse, 2019, 6.60€

Le récit débute sous la forme d’un petit conte illustrant l’apparition de la vie dans les océans, et pourquoi les baleines ont gardé un évent. Puis on suit un jeune baleineau à bosse dans sa découverte du monde qui l’entoure. Curieux, il s’éloigne du groupe, et vient en aide à des phoques en détresse. Récit poétique aux splendides illustrations, un très beau cadeau à faire aux enfants !

 

eau, roman, bande dessinéeCeux qui voulaient voir la mer

Clarisse SABARD

Charleston, 2019, 19€

Lilou, mère célibataire, quitte Paris car la mer lui manque, pour s’installer à Nice avec son fils. Elle y rencontre Aurore, une femme âgée, qu’elle pousse à raconter son histoire. Depuis des décennies, elle attend son grand amour, Albert, parti à New York tenter sa chance après la guerre… Lecture facile, mais point de mer dans ce récit, malgré son titre.

 

eau, roman, bande dessinéeIn Waves

A.J. DUNGO

Casterman, 2019, 23€

Roman graphique autobiographique, reprenant par vagues l’histoire d’amour entre l’auteur et Kristen, nouée autour de la mer et du surf. Malgré la maladie de Kristen, c’est une ode à la vie et à l’amitié, entrecoupée de chapitres au rythme différent, qui retracent les origines du surf à Hawaï et évoquent les premiers grands surfeurs, de Duke Kahanamoku à Tom Blake. Le dessin est simple et très graphique, d’une grande lisibilité. L’auteur utilise des tons bleus turquoise profonds pour la partie autobiographique, tandis que les pages consacrées à l’histoire et aux « beach boys » sont traitées en sépia.

 

eau, roman, bande dessinéeLe vieil homme et la mer

Thierry MURAT

Futuropolis, 2014, 19€

Bande dessinée librement adaptée du roman éponyme d’Ernest Hemingway. Golfe de Cuba, au début  des années 50. Un garçon court rejoindre le vieil homme qui lui a appris le métier de pêcheur. Le vieux Santiago a la poisse depuis longtemps. Malgré son savoir-faire et la discipline à laquelle il s'astreint, il revient bredouille de ses sorties en mer. Aussi le gamin a-t-il dû intégrer  un autre équipage. Après des mois de malchance, le vieil homme part seul en mer, et met en œuvre toute son expérience et toutes ses forces pour une pêche extraordinaire. Il affronte un gigantesque espadon. Bien qu’omniprésente, la mer est peu mentionnée dans le texte d’Hemmingway.

Thierry Murat réalise des planches quasiment monochromatiques, entre lumière orangée du soleil et bleu-nuit pour l’obscurité. Sa sobriété s’étend à la mise en page, où ses grandes vignettes, voire ses illustrations pleine page rendent l’immensité de l’océan et du ciel qui se confondent. Les personnages sont croqués en noir, et ressortent presque en ombres chinoises.

 

eau, roman, bande dessinéeL'homme de la mer

Deok-Hyun JANG

Pika, 2017, 22 €

Manhwa coréen. Anna, jeune femme désabusée, licenciée par son patron, se réfugie au bord de la mer, où le comportement d’un pêcheur de coquillages l’intrigue. Quoique particulièrement maladroite, elle le contraint à lui enseigner la pêche en apnée, inspirée de la tradition séculaire des haenyos, pêcheuses en apnée extraordinaires de l’île de Cheju, en Corée du Sud. Récit intéressant, mais les personnages ne sont guère sympathiques.

 

eau, roman, bande dessinéeLes enfants de la mer

Daisuke IGARASHI

Sarbacane, 2012 à 2014, 15.50€/tome

Manga traduit du japonais. Ruka, collégienne rebelle, fait la rencontre d’Umi, un garçon étrange qui passe son temps dans l’eau. Par ailleurs, un plongeur prétend avoir vu deux bébés nourris par un dugong (lamantin). Une énigme s’installe quant à la nature des enfants de la mer, à la recherche de leur mémoire. Dans ce manga au dessin extrêmement soigné et détaillé, l’auteur  semble s’inspirer de légendes de la mer japonaises, peuplées de créatures légendaires, pour écrire un conte écologique sur le monde aquatique.

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Nous finissons par la lecture à voix haute d’un poème de Raymond Carver

« Là où les eaux se mêlent ».

(titre choisi pour la biennale d’art contemporain  2019 de Lyon)

23/12/2019

Quand un parent s'en va

roman, deuilGrand National

Roland BUTI

Ed. Zoé, 2019, 16€

Tranche de vie de Carlo Weiss, que toutes les difficultés semblent accabler au même moment : Ana l’a quitté, alors qu’elle est toujours la femme de ses pensées et de son cœur ; sa mère arrive en fin de vie, et son esprit s’échappe de plus en plus, jusqu’au jour où elle disparaît de la maison de retraite. Enfin, son collègue jardinier semble rattrapé par un passé violent.

Pour la retrouver et la comprendre, le narrateur enquête calmement sur la vie de sa mère, sous le regard bienveillant du géant Agon, fournisseur en boulettes aux « herbes » calmantes. Récit tout en délicatesse, dans un grand amour des jardins ouvriers et des oiseaux. La mort arrive à pas feutrés dans ce grand hôtel suisse un peu décati mais distingué, où le client –comme pendant la guerre- est toujours roi.

 

roman, deuilAvant que j’oublie

Anne PAULY

Ed. Verdier, 2019, 14€

Autre ambiance pour cet autre récit de mort d’un parent. Ici, c’est la vie brute, concrète, qui transparaît dans un récit énergique et piquant. Avec un franc-parler souvent drôle, la narratrice organise les funérailles de son père, et remonte le fil des souvenirs en triant ses affaires. Au cours des étapes du deuil, ce sont autant les violences conjugales qui reviennent que les moments de tendresse. C’est le moment pour les enfants de se réconcilier -ou pas- avec ce père tellement excessif et insupportable, qui a transmis à sa fille un penchant pour l’alcool, et à son fils la tentation de la violence. Un premier roman vivant et plein d’humour !

Deux styles, deux sensibilités pour un même sujet. Entre les deux, mon cœur balance...

Aline

02/12/2019

Bouillon d'histoire

Petite sélection de romans historiques, présentés en octobre à Orliénas par les lectrices du Bouillon.

roman historique,  histoire14 juillet

Eric VUILLARD

Actes Sud (un endroit où aller), 2016, 19€

Les quelques jours qui ont précédé la prise de la Bastille, le peuple avait faim. Des descriptions très vivantes des gens du peuple, des différents métiers et corporations, des mouvements de foules et des débordements.

 

roman historique,  histoireLe fracas du temps

Julian BARNES

Mercure de France (Bibliothèque étrangère), 2016, 19€

Vie des artistes sous la dictature communiste, au travers de la vie de Chostakovitch, qui a choisi de demeurer en URSS. Les trois parties du roman commencent par la même phrase «  Tout ce qu’il savait, c’est que c’était le pire moment. »

Chostakovitch se voulait compositeur d’opéra, mais sa musique a déplu à Staline. Contraste entre sa très grande musique et sa position, toujours coincée politiquement.

 

roman historique,histoireSur la scène internationale avec Hitler

Paul-Otto SCHMIDT

Ed. Perrin, 2014, 23€

Diplomate devenu l'interprète d'Hitler pour l’anglais, Paul Otto Schmidt (1899-1970) raconte en témoin privilégié l'ascension et la chute du IIIe Reich ainsi que les principales réunions, congrès, et rencontres au sommet avec les personnages du Reich. Une véritable leçon d’histoire.

 

roman historique,histoireCamarade Papa

GAUZ

Le Nouvel Attila, 2018, 19€

L’Afrique au temps des colonies… et après. Un petit garçon noir, élevé par un père révolutionnaire communiste, est envoyé en Côte d’Ivoire retrouver la trace de ses ancêtres. Parallèlement, on suit la conquête Africaine en 1880, la lutte entre colons français et anglais, le fétichisme des Ivoiriens,… Beaucoup de personnages pour ce roman documenté. L’écriture, par moments très imagée, est assez fluctuante dans le style.

 

roman historique,histoireFrère d’âme

David DIOP

Seuil, 2018, 17€

PRIX GONCOURT DES LYCEENS 2018

Mademba et Alfa, ils étaient deux « presque frères » à partir du village pour s’engager comme tirailleurs Sénégalais pendant la Grande Guerre. Au cours d’une attaque, Mademba est éventré, et demande à son camarade d’abréger ses souffrances. Alfa, traumatisé, répend alors la violence dans le camp ennemi. Héros, ou fou de guerre ?

 

roman historique,histoireLe monde depuis ma chaise

Sergio SCHMUCLER

Ed. Liana Lévi, 2017, 17€

Depuis sa chaise, qu’il a décidé de ne jamais quitter, un garçon observe… Les évènements d’Europe au travers de tous les réfugiés qui arrivent au Mexique : Espagnols, Juifs,…

 

roman historique,histoireLa disparition de Josef Mengele

Olivier GUEZ

Ed. Grasset, 2017, 18.50€

PRIX RENAUDAUT 2017

Depuis 1949 jusqu’en 1979, roman de la cavale du médecin tortionnaire Nazi en Amérique du Sud. Ce qui dérange est qu’il ne semble pas ressentir de remords. Jusqu’à son dernier jour, il pense avoir agi pour le bien de l’humanité en mettant toutes ses forces au service de la pureté !

 

roman historique,histoireLes enfants d’Alexandrie

Françoise CHANDERNAGOR

Albin Michel, 2011, 22.30€

Marc-Antoine, marié à Rome à Octavie, a formé avec Cléopâtre un couple mythique, qui a engendré des jumeaux. Séléné a 10 ans lors de la prise d’Alexandrie. Dernière des Ptolémée, elle raconte…

 

roman historique,histoireLe captif au masque de fer

Jean d’AILLON

Ed. Lattès, 2007, 17.80€

Roman policier historique situé à la fin du règne de Louis XIV. On suit un lieutenant de police nommé par Colbert, et Trois Sueurs, bandit des grands chemins –ancien bas-officier huguenot chassé de l’armée…

 

roman historique,histoireMadame Proust

Evelyne BLOCH-DANO

Ed. Grasset, 2004, 21.25€

Biographie très bien écrite de Jeanne Weil-Proust (1849-1905), mère de Marcel Proust.

 

roman historique,histoireLa nuit des Béguines

Aline KINER

Ed. Liana Levi, 2017, 22€

1310, sous le règne de Philippe Le Bel. À Paris, dans le quartier du Marais, se trouve le grand béguinage royal, fondé par saint Louis. Dans ses murs, vit une communauté de femmes hors normes. Veuves ou célibataires, nobles ou ouvrières, elles peuvent étudier, travailler, circuler librement dans la cité. Ni moniales, ni séculières, « mi chair mi poisson », leur liberté et leur indépendance dérange.

 

roman historique,histoireLe Prix

Cyril GELY

Albin Michel, 2019, 17€

Otto Hahn et Lise Meitner (physicienne juive) ont travaillé de concert de 1907 à 1938. Pour autant, le Nobel de physique a été attribué à Otto Hahn seul pour la découverte de la fission nucléaire.  Le roman est un huis clos à l’hôtel, entre eux deux, juste avant la remise du prix. Déjà abordé en mai.

 

roman historique,histoireAprès Constantinople

Sophie VAN DER LINDEN

Gallimard (Sygne), 2019, 15€

Balkans, fin de l’empire Ottoman. Un peintre se rend dans un domaine isolé à la recherche de fontanelles (jupes plissées des Balkans). Ses conversations avec l’intendante remettent en question ses convictions. Nous n’avons pas été convaincues par le vocabulaire trop complexe par rapport à une  histoire trop floue. Critique complète ici.

 

 

Les simples

roman

 

Les simples

Yannick GRANNEC

Ed. Anne Carrière, 2019, 445 p.

 

Simples : plantes médicinales utilisées telles qu’elles sont fournies par la nature.

Le rythme du roman est donné par des dictons autour des plantes : il commence le vingtième jour d’avril « à Saint-Théodore fleurit le bouton d’or » et égrène le temps au fil des saints du calendrier : vingt et unième jour d’avril « à Saint-Anselme, dernières fleurs sème », vingt-deuxième jour d’avril « Pluie de Sainte-Opportune, ni cerises ni prunes »… Ainsi, l’auteur indique déjà les thématiques principales de son roman : piété, crédulité et herboristerie.

1584. Le récit débute à l’apogée de l’abbaye bénédictine de Notre-Dame du Loup, en Provence. Les Louventines disposent d’une protection spéciale du Saint-Siège, et bénéficient de privilèges octroyés par Françoise 1er lui-même. Ce régime de faveur n’est pas sans irriter l’ambitieux évêque local, monsieur de Solines, à qui échappent les bénéfices réalisés par le couvent. Il dépêche donc son jeune vicaire, Léon de Sine, pour une inspection. L’arrivé du jeune homme, gravement blessé en chemin et soigné à l’hôpital du couvent, aura d’énormes conséquences sur la vie de tous.

L’abbesse, mère Marie-Vérane fait régner l’entente entre les deux ordres de moniales : les Marie, sœurs contemplatives issues de la noblesse, et les Marthe, sœurs converses d’humble origine, qui travaillent durement aux cuisines, à l’entretien, au jardin, à l’hôpital et à l’herboristerie. Chacune semble avoir sa place, des offices jusqu’à la cueillette des simples, mais jalousies et rancœurs sont prêtes à s’embraser dans cet univers de femmes.

L’auteur détaille d’abondance la vie dans le couvent et les intrigues qui s'y déroulent, ainsi que les enjeux autour de celui ci. Chacun des personnages est étudié à la loupe, avec tendresse mais sans concession, en particulier sœur Clémence, herboriste de génie et soigneuse empirique, ainsi que sœur Gabrielle, dont la vocation ne va ni au couvent, ni au mariage ! Roman historique très documenté, assez cruel.

Aline

14:00 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

18/10/2019

Vinegar girl

roman étranger, amour, romance

Vinegar girl

Anne TYLER

Phébus, 2018, 223 p., 19€

Savant complètement dédié à ses recherches, le professeur Battista laisse sa fille aînée Kate gérer sa maison et l'éducation de sa petite soeur Bunny. De caractère bien affirmé, autonome, Kate ne trouve rien à redire à cet arrangement. Tout va bien jusqu'au jour où Piotr, l'assistant de recherches du Professeur -en fin de visa- est menacé d'expulsion. Battista essaie alors de persuader Kate de contracter un mariage blanc avec lui... Vu le caractère de Kate, l'affaire s'annonce mal engagée !!!

Romance rigolote et pas tarte.

Aline

29/09/2019

Après Constantinople

roman historique, peinture

Après Constantinople

Sophie Van der Linden

Gallimard (Sygne), 2019, 146 p., 15 €

 

Récit situé au début du 19e siècle. En voyage d’étude "oriental", "le peintre" ne s’est pas attardé au Caire, "trop âpre, trop sèche", mais il a succombé aux charmes de Constantinople, sa palette de bleu persan, ses bains, ses femmes, dont l’une surtout l’a envoûté. Sur un coup de tête, il part pour une expédition aventureuse au fin fond de l’Empire Ottoman, pour acquérir -auprès de la meilleure fabrique- une fontanelle (jupe masculine de coton blanc à centaine de plis).

"Il s’était mis en tête d’acquérir quelques pièces de ces vêtements afin de pouvoir les reproduire à loisir, dans les conditions choisies de son atelier".

Arrivé au "Domaine", il se laisse piéger par un marché avec la régente (entre sultane et patronne efficace de fabrique). Retenu à moitié contre son gré, il devra exécuter des peintures décoratives sur les panneaux du salon, contre l’offre de quelques fontanelles. Dans cette place fortifiée, située "aux confins de l’Epire et de la Thessalie", le peintre ignore tout ce qui l’entoure et se laisse balloter au gré des désirs de la Sultane et des instabilités de la région.

Peut-être est-ce de cette ignorance que découle la sensation de superficialité du roman. Certains tableaux sont très détaillés, mais le lecteur se sent lui aussi balloté par les "arnautes" sans bien saisir les tenants et aboutissants.  L’écriture de Sophie Van der Linden très précise, utilise à plaisir des mots compliqués. Péché d’esthétisme ? Elle reste un peu sèche, sauf dans les courts poèmes -plus évocateurs- qu’elle s’autorise.

Aline

22/09/2019

Des hommes couleur de ciel

roman, terrorisme, intégration

Des hommes couleur de ciel

Anaïs LLOBET

Ed. de l’Observatoire, 2019, 209 p, 17€

Prix Ouest-France Etonnants Voyageurs 2019

 

Une bombe vient d’exploser dans la cantine d’un lycée de La Haye, faisant de nombreuses victimes. La police affirme que le terroriste est un lycéen tchétchène.

Adam, au café avec un ami au moment où la nouvelle est diffusée, voit débarquer la police. Ils crient "son autre nom, Oumar", le menottent et l’arrêtent. En cellule, il retrouve son cousin, Makhmoud, arrêté lui aussi, mais son jeune frère Kirem a disparu.

Alissa Zoubaïeva, professeur de langue que ses amis croient Russe, impuissante, s’inquiète pour ses élèves, et espère que le poseur de bombe n’est pas l’un des siens. Elle prie pour n’avoir jamais croisé son regard dans les couloirs, ou pire, dans sa classe.

Les points de vue alternent entre plusieurs personnages. L’auteur recompose la trajectoire et les efforts d’intégration de quelques Tchétchènes, dont l’assimilation vole soudain en éclats. Oumar, "homme couleur de ciel", qui s'est construit une double identité pour protéger son secret, est particulièrement vulnérable aux pressions des musulmans intégristes.

Anaïs Llobet met en lumière l’impératif d’intégration des immigrés, et les conflits d’identité ou de loyauté qui en résultent. Un livre nécessaire, qui sonne juste, et nous questionne aussi sur la profondeur de notre accueil des étrangers. Combien de temps faut-il avant que les soupçons ne cessent de se porter sur eux ?

Anaïs Llobet est journaliste. En poste à Moscou pendant cinq ans, elle a suivi l'actualité russe et effectué plusieurs séjours en Tchétchénie.