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20/03/2018

Bouillon Feel Good

Les "Feel Good Books", ou "livres qui font du bien" sont à la mode, mais que recouvre cette appellation ? Les livres qui procurent à leurs lecteurs un sentiment de bien-être. Pas facile d’insister sur les côtés positifs de la vie sans donner dans la bluette sentimentale ou le superficiel. A rebours des nombreux livres « kleenex » publiés (sitôt lus, sitôt oubliés, voire jetés), chacun d’entre nous a cherché un livre qui lui donne le sourire… tout en présentant un réel intérêt.

Après les très médiatisés Anna Gavalda (Ensemble c’est tout), Laurent Gounelle (L’homme qui voulait être heureux), Grégoire Delacourt (La liste de mes envies), Gilles Legardinier (Complètement cramé)… voici notre sélection, évidemment subjective et personnelle.

 

comité de lecture,romanMonsieur Origami

Jean-Marc  CECI

Gallimard (Blanche), 2016, 15 €

Court roman zen. A 20 ans, Kuroshiku quitte son village à la poursuite d’une femme aperçue, dont il suit un fantasme jusqu’en Toscane. Héritier de la tradition familiale du papier washi, il a emporté avec lui un plant de mûrier, qu’il implante sur une colline de Toscane. Seul, il médite, fabrique son papier et en utilise les plus belles feuilles pour plier et déplier inlassablement son origami. Après des décennies, l’arrivée inattendue d’un jeune horloger le pousse à l’échange. Dans ce roman apaisant et philosophique, écrit en courts chapitres au présent, le temps semble aboli.

 

comité de lecture,romanLes filles bien ne vont pas au pôle sud

Liv ARNESEN

Interfolio (Lire et voyager), 2017, 22 €

Après avoir lu les récits d’explorations polaires (Amundsen), Liv Arnesen et ses amies partent en expédition au Groenland. Sportive de haut niveau, ayant besoin de relever des défis, cette Norvégienne décrit ses préparatifs minutieux, entraînement, recherche de sponsors,… pour une expédition transantarctique. C’est en 1994 qu’elle devient la première femme à atteindre le Pôle Sud sans asistance. Une histoire vraie dynamisante !

 

comité de lecture,romanMa reine

Baptiste ANDREA

L’Iconoclaste, 2017, 17 €

Shell, un garçon un peu simple, vit avec ses parents qui tiennent une station-service. Son plaisir : être pompiste. Pour « devenir un homme », il décide de partir seul sur le haut-plateau. Sa rencontre avec une fille fantasque, à l’imagination merveilleuse, donne lieu à une amitié hors norme. Tout l’été, Shell est heureux dans la nature, avec les visites de sa « reine ». Construit autour de personnages cabossés, ce roman plein de tendresse a obtenu le prix 2017 du premier roman.

 

comité de lecture,romanTa deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une

Raphaëlle GIORDANO

Eyrolles, 2015, 14.90 €

« Je rêve que chacun puisse prendre la mesure de ses talents et la responsabilité de son bonheur. Car il n’est rien de plus important que de vivre une vie à la hauteur de ses rêves d’enfants.» Un « routinologue » rencontré par hasard encourage une jeune femme à reprendre sa vie en main… Un roman facile, parmi les plus demandés en bibliothèque cette année.

 

comité de lecture,romanLa librairie de la place aux herbes

Eric de KERMEL

Eyrolles, 2017, 14.90 €

Nathalie et son mari quittent Paris pour s’installer à Uzès. Nathalie ouvre une librairie sur la fameuse place aux herbes, et la gère avec passion, n’hésitant pas à s’immiscer dans la vie de ses clients. Chaque chapitre est un parcours de vie d’un client, à partir de son rapport au livre. La librairie vue comme un confessionnal, et le livre comme une thérapie. Sans être un chef d’œuvre, ce premier roman -partiellement autobiographique- se lit avec plaisir, et offre surtout de très beaux passages sur la lecture.

 

comité de lecture,romanLa vie princière

Marc PAUTREL

Gallimard (L’infini), 2018, 10.50 €

Le narrateur évoque la rencontre avec la femme aimée. Ensemble, ils parlent, se promènent, s’inventent. Description de l’état amoureux et déclaration d’amour à l’amour.

 

comité de lecture,romanNature morte aux miettes de pain

Anna QUINDLEN

Belfond, 2016, 20.50 €

Une artiste has-been et ruinée doit quitter son appartement de Manhattan pour s’installer dans un vieux cottage à la campagne. Pour rénover sa maison, elle emploie un jeune charpentier, qui lui fait partager sa passion de l’ornithologie, et l’ouvre à de nouveaux horizons.  

 

comité de lecture,romanLe livre que je ne voulais pas écrire

Erwan LARHER

Quidam, 2017, 20 €

L’auteur, blessé lors de l’attentat du Bataclan, écrit son histoire, et y insère des textes de ses amis. De l’humour (éloge de la biscotte) dans ce récit sans pathos et sans haine, qui appelle à un sentiment de fraternité humaine. Michèle a beaucoup aimé… tandis que Nicole s’est ennuyée (témoignages redondants).

 

comité de lecture,romanLe plus beau reste à venir

Hélène CLEMENT

Albin Michel, 2017, 20 €

Le narrateur, Raphaël, alterne entre deux époques : ses années de lycée, dans la fin des années 1990, avec un père professeur d’histoire extrêmement dévoué envers ses élèves en difficulté. Dans les années 2010, à la mort de son père, il reprend contact avec les élèves de celui-ci. Sur une bande son des années Goldman « Il changeait la vie… » l’auteur évoque le passage à la vie d’adulte, et la façon dont les ados exploitent leurs faiblesses pour en faire quelque chose de positif.

 

comité de lecture,romanL’échappée belle

Anna GAVALDA

Le Dilettante, 2009, 10 €

Afin d’échapper à un mariage corseté et à une belle sœur étriquée, quatre jeunes adultes se retrouvent entre frères et sœurs, pour une parenthèse dans leur vie ordinaire. Court roman plein d’humour et d’humanité.

 

comité de lecture,romanLa bibliothèque des coeurs cabossés

Katarina BIVALD

Denoël, 2016, 21.90 €

Traduit du suédois Läsarna i Broken Wheel rekommender par Carine Bruy

Sara Lindquist, libraire, échange des lettres avec Amy, lectrice de l’Iowa (lettres intégrées au texte). Lorsque sa boutique ferme, elle rend visite à son amie aux Etats-Unis… mais arrive le jour de sa mort. Les gens du village la prennent en charge. En échange, elle aménage avec les livres d'Amy une librairie... qui ressemble furieusement à une bibliothèque, et tente de trouver pour chacun le livre qui lui convient et lui fera du bien. Beaucoup de réflexions sur ce qu’apportent les livres... tout en se moquant gentiment des excès auxquels Sara est poussée par sa passion de la lecture. Une bibliothèque... ou comment insuffler une âme et revivifier une commune qui dépérit.

 

Voir aussi les critiques des livres suivants, en ligne sur ce blog :

comité de lecture,romanAilleurs

Dario FRANCESCINI

L'Arpenteur, 2017, 19 €

 

comité de lecture,romanLes délices de Tokyo

Durian SUKEGAWA

A vue d'Oeil, 2016, 18 €

 

 comité de lecture,romanMa vie de pingouin

Kararina Mazetti

Gaïa, 2015, 21 €

Déjà critiqué ici.

 

15/02/2018

Eva dort

roman étranger, Italie

 

Eva dort

Francesca MELANDRI

Gallimard, 2012, 393 p., 24 €

Traduit de Eva dorme par Danièle Valin

 

Dans ce roman captivant Francesca Melandri nous fait découvrir un épisode méconnu de l’histoire italienne. En 1919, lors de la signature du traité de paix, les puissances victorieuses attribuent le sud du Tyrol à l’Italie qui n’en demandait pas tant. Les habitants, allemands blonds aux yeux bleus et à la peau claire, ne l’acceptent pas et sont bien décidés à garder leur langue, leurs coutumes, leur façon de vivre. Mussolini décide d’envoyer de nombreux Italiens du sud habiter cette terre. De plus, il pousse la population d’origine allemande à partir. En accord avec Hitler, le gouvernement italien leur propose de réintégrer leur « patrie ».

Plusieurs générations ont vécu sur cette terre et aucun ne veut la quitter mais Mussolini menace les Dableiber, ceux qui restent, d’italianisation forcée. S’ils refusent, ils seront déportés en Sicile. Ils ne peuvent rester Allemands sur le sol italien. La grande majorité décide à contrecœur de s’en aller, mais la déclaration de guerre interrompt les départs. Cette région devient alors une terre de violence et de souffrance pour de longues années car la République italienne se montrera aussi dure avec eux que le régime fasciste. Allemands et Italiens ne s’aiment pas. Leur désaccord se manifeste même dans le nom, Sud du Tyrol pour les Allemands, Haut-Adige pour les Italiens !

Des paysans, des ouvriers, de pauvres gens revendiquent le rattachement à la mère patrie. Ils ne l’obtiennent pas et dynamitent des pylônes. La répression est terrible, tortures, prison, mort. Elle entraînera la formation de groupes de terroristes qui, contrairement aux premiers, n’hésiteront pas à tuer. De nombreux soldats sont envoyés en renfort, des événements dramatiques ont lieu, la région ne connaît pas la paix. Un homme politique Silvius Magnano sait que l’Italie ne rendra jamais le Tyrol. Pour lui la seule issue est l’autonomie ; il ne cesse de la réclamer et finira heureusement par l’obtenir.

 

L’histoire de la famille Huber commence avec le rattachement du Tyrol sud à l’Italie. A cette époque Hermann est un enfant orphelin ; cette blessure et une enfance difficile vont faire de lui un homme dur, froid, violent. Il épouse Johanna dont il a deux enfants Peter et Gerda. Leur destinée sera marquée par celle de cette terre allemande.

Gerda est très belle, blonde aux yeux bleus et au corps magnifique, elle attire tous les regards. Un seul la séduit. L’amour est partagé, mais pas assez fort pour que Hannes passe outre l’interdiction de son père et l’épouse. Le passé a trop de poids. Gerda attend un enfant et se retrouve seule, chassée de chez elle. Elle doit élever sa petite fille Eva. Elle travaille dans le restaurant d’un grand hôtel à Merano. Francesca Melandri décrit avec beaucoup de détails les conditions de travail extrêmement dures et iniques. Elle gravit peu à peu les échelons et devient cuisinière mais elle paie cher son indépendance. Sa rencontre avec Vito, sous-officier de carabiniers, change sa vie et celle d’Eva. Leur amour cependant ne résiste pas au poids de la société.

Eva a vécu une jeunesse en recherche d’amour. La profession de sa mère ne lui permettait de vivre avec elle que deux mois par an et elle en a beaucoup souffert. C’est une jeune femme marquée par son passé, qui refuse de s’attacher. Elle reçoit un appel de Vito, qu’elle n’a pas revu depuis 30 ans ; au crépuscule de sa vie, il lui demande de la rejoindre en Calabre. Pendant sa longue traversée du pays du nord au sud, dans des transports bondés, Eva se souvient et fait le bilan de sa vie.

 

L’histoire des deux femmes s’entremêle avec celle de la région, ce qui rend ce récit d’autant plus passionnant. Francesca Mélandri alterne les chapitres, le présent d’Eva et le passé de Gerda, qu’elle relate avec beaucoup d’émotion. Un beau roman sur fond de montagnes et d’Histoire.

Annie

10/02/2018

Bouillon de petits éditeurs

Ce mois-ci, nous avons décidé de sortir des sentiers battus, et de lire des œuvres publiées par de petits éditeurs. "Petits"... c'est relatif, mais nous avons fait de notre mieux.

 

Editions des Lisières, Sainte Jalle (Drôme)

"Les éditions des Lisières abritent depuis 2016 des voie/x poétiques", souvent dans des éditions bilingues. Le livre est « pensé comme un objet artisanal, fait de plusieurs voix, de plusieurs mains ». Sa couverture incarne pleinement la beauté du contenu.

édition,roman étrangerBrouillons amoureux

Souad LABBIZE, 2017

Courts poèmes évocateurs, en français et arabe, dans un petit livre illustré, très soigné.

Michèle P. a fait des heureux parmi les jeunes –même ceux qui semblaient éloignés de la lecture- en distribuant plusieurs livres de poésie de cet éditeur à Noël.

 

Agullo Editions

Maison créée en 2016 en région Bordelaise par plusieurs professionnels du livres, dont Nadège Agullo, co-fondatrice des éditions Mirobole, et un graphiste.

« Abolir les frontières : Agullo Éditions est le porte-voix d'auteurs d'ici et d'ailleurs qui expriment et partagent leurs histoires, leur culture, leurs joies, leurs espoirs et par-dessus tout, leur humanité.».

édition,roman étrangerLa pension de la Via Saffi

Valerio VARESI, 2017 (Agullo noir)

Ghitta, la vieille propriétaire d’une pension dans un vieux quartier de Parme, est retrouvée assassinée. Le commissaire Soneri, piétine dans cette enquête qui fait ressurgir son passé : c’est dans cette pension pour étudiants qu’il avait rencontré sa femme, Ada, morte en couches peu après leur mariage. La ville a bien changé depuis sa jeunesse, et cette affaire l’oblige à remettre en cause sa vision du passé. Un roman policier d’enquête, bien mené, nimbé de nostalgie, où la psychologie du commissaire est bien développée. Comme souvent, c’est en creusant la personnalité de la victime –ainsi que son propre passé- que le commissaire pourra clore l’affaire.

 

Editions DO, Bordeaux

Créées en 2015 par Olivier Demettre, ancien libraire, les éditions DO ont pour vocation de faire découvrir des textes du monde entier - plutôt des formes courtes, et d’origines plus variées que les habituels anglo-saxons.

édition,roman étrangerComment j’ai rencontré les poissons

Ota PAVEL, 2016

Traduit du Tchèque par Barbora Faure

Recueil de chroniques autobiographiques écrites par Ota (Popper) Pavel, regroupées dans un ensemble proche du roman. Pavel rend hommage à son père, fantasque et fantastique, à la fois  meilleur représentant de commerce en électroménager du pays, et pêcheur passionné. A hauteur d’enfant, il raconte avec poésie les rivières, la pêche à l’anguille ou à la carpe, le braconnage, la complicité entre pêcheurs. L’ascendance juive de la famille Popper l’a désignée aux vexations pendant l’occupation allemande, et seul le jeune âge de Pavel l’a dispensé de séjourner comme son père et ses deux frères aînés en camp de concentration.  Le ravitaillement posant un gros problème, sa débrouillardise et sa connaissance de la pêche se sont révélées précieuses !  

Ce roman est un classique de la littérature tchèque, porté à l’écran, et le texte en français a été couronné par le prix Mémorable 2017 des libraires indépendants.

 

Editions La Fosse aux ours, Lyon

Créée en 1997 à Lyon, la Fosse aux Ours rassemble dans son catalogue plus de cent titres en littérature française et étrangère. Connu dans la région, cet éditeur publie beaucoup d’auteurs Italiens, dont l’excellent Mario RIGONI STERN, et notre chouchou Antoine CHOPLIN !

édition,roman étrangerQuelques jours dans la vie de Thomas Kusar

Antoine CHOPLIN, 2017

Garde-barrière à Trutnov, Tomas aime la forêt et la photographie. Sa vie est transformée par sa rencontre de fortune avec Vaclav Havel, auprès duquel il s’engage : transporter des enveloppes, coller des affiches… Même lorsque cet engagement lui fait perdre son travail, et que Vaclav Havel est emprisonné, il lui reste fidèle.

Dans une écriture concise, ciselée, Antoine Choplin apporte à son habitude un regard sur l’histoire par le biais d’un personnage secondaire qu’il sait magnifier.

Tous ses romans sont de la même qualité, nous avons eu un coup de cœur pour  Le héron de GuernicaLa nuit tombée et (prix des lecteurs 2013) et Une forêt d’arbres creux.

 

Editions La dernière goutte, Strasbourg

Fondée en 2008, « La dernière goutte aime le verbe, les mots, ce qui claque, ce qui fuse, ce qui gifle et qui griffe et qui mord. Les contes cruels, les dialogues acides. Elle défend des textes aux univers forts, grotesques, bizarres ou sombres. »

édition,roman étrangerLa bombe

Frank HARRIS, 2015

Le texte a été écrit par l’auteur en 1908, mais c’est sa première traduction en français. Il relate la vie d’un ouvrier de New York à Chicago, évoquant son engagement dans les luttes sociales et politiques aux Etats-Unis au début du 20ème siècle, et retraçant les origines de la fête du travail. L’écriture est un peu désuète, mais le sujet très intéressant.

Bacchiglione Bluesédition,roman étranger

Matteo RIGHETTO, 2015 (Fonds noirs)

Chassé-croisé de petits escrocs minables, à la recherche du pactole. Court et loufoque. L’intrigue manque de tenue et l’écriture ne présente pas grand intérêt.

 

Mirobole Editions, Bordeaux

Crée en 2011 par des employés de gros éditeurs, cette maison se spécialise dans les "Voyages littéraires en terres étrangères": « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Des livres 100 % étrangers, imprimés 100 % en France. »

édition,roman étrangerBretzel Blues

Traduit de Dampfnudelblues

Rita FALCK, 2018

Ce titre fait partie de la série policière, bestseller en Allemagne, autour du commissaire bavarois Franz Eberhofer. Autre titre traduit : Choucroute maudite. Dans ce polar rural délirant situé dans le village de Niederkaltenkirchen, en  Bavière, on suit le commissaire Eberhofer, un peu flemmard, dans une enquête où il cumule les contrariétés. Heureusement que la porcherie qu’il rénove est pratiquement habitable, que sa Mémé lui cuisine de bons repas roboratifs, et que son chien Louis II lui sert de coach sportif !

 

Editions Le Tripode, Paris

"Depuis sa création à l'automne 2012, la maison d'édition est au service d'auteurs dont elle admire la seule liberté possible : préférer la sensibilité aux doctrines, privilégier le cheminement dissident de l’imaginaire à l'immédiateté du discours, sortir de la marche ordinaire du monde."

édition,roman étrangerAu cirque

Patrick DA SYLVAIN, 2017

C'est un texte très spécial et original qui ne laisse pas indifférent. Assez brutal, une tragédie familiale, mise en scène comme une grande tragédie antique. ..plutôt dérangeant.

 

Editions des 2 Terres, Paris

Pas si petite maison d’édition que cela… fondée en 2003 par l'Américaine Nina Salter, la maison se spécialise dans la traduction et la publication de romans étrangers, avec une dizaine de titres par an. Parmi ses auteurs les plus célèbres, Kazuo Ishiguro, Jeffery Deaver, Ruth Rendell, Patricia Cornwell et Carl Hiaasen. Nous avions aimé Deux caravanes et Brève histoire du tracteur en Ukraine, de Marina Lewycka.

édition,roman étrangerLe pari des guetteurs de plumes africaines

Nicholas DRAYSON, 2011

Bien écrit, fluide, plein d’humour assez « british », mais avec un réel contenu et un personnage principal doté d’une conscience politique : il écrit des satyres politiques où les personnages, à la façon des caractères de La Bruyère,  sont croqués en oiseaux. Critique ici.

 

De belles découvertes chez tous ces éditeurs, passionnés découvreurs de talents.

Nous remarquons une affluence de nouvelles petites maisons d'édition dans la région bordelaise... ? 

 

09/02/2018

Bagdad, la grande évasion

roman étranger, premier roman, Irak, aventureBagdad, la grande évasion !

Saad Z. Hossain

Agullo (Agullo Fiction), avril 2017, 373 p., 22 €

En anglais (Bengladesh) Escape from Bagdad

Traduit par Jean-François Le Ruyet

 

Ce roman a été pour moi une surprise totale, de bout en bout, tant il se permet de mélanger les genres. Roman de société ? noir ? ésotérique ? d’aventures ?

Certes, le point de départ est daté et localisé : 2004, Bagdad ravagée par la guerre.

Les personnages principaux sont posés à la va-vite : deux trafiquants « parasites du marché », Dagr l’ancien prof de maths/économie et Kinza, revenu de tout. Et très vite s’agite autour d’eux toute une galerie d’individus de tous bords : Hamid, ancien tortionnaire du Baas et Mozart de l’interrogatoire ; Hoffman, Américain givré et corrompu, l’imam intégriste  Hassan Salemi, la belle et impitoyable Sabeen, le Lion d’Akbad, tueur en série à la force surhumaine… et jusqu’à quelques personnages inspirés de la mythologie orientale !

Après ça… mélangez le tout dans un scénario violent et déjanté à la Tarantino (action), les Frères Coen (étude de mœurs) et Emir Kusturica (complètement barré). Dans cette ville ravagée par les guerres intestines, aucune des factions en présence n’est honorable, et même les Américains –plus qu’assurer le calme- semblent entretenir la corruption dans un pays auquel ils ne comprennent rien.

Malgré sa noirceur, c’est un roman drôle et décapant, souvent absurde et absolument haletant. Attention, « arme de dérision massive » !

Après sa lecture, j'étais intriguée par sa maison d'édition.

Agullo est une jeune maison d’édition (2016) basée en Gironde, dont voici le  postulat de départ : "Nos livres s'inscrivent dans un monde où la curiosité et l'appétence de l'autre sont les meilleurs remèdes contre la peur et l'ignorance; où un grain de fantaisie, un point de vue décalé et une dose d'humour sont les ingrédients nécessaires à une bonne lecture." Et bien voilà, c'est posé !

Quant à l'auteur, journaliste et romancier, Saad Z. Hossain, né en 1979, vit à Dhaka, au Bangladesh. Il écrit régulièrement pour les trois principaux journaux anglophones du pays : The Daily Star, New Age et le Dhaka Tribune. Bagdad, la grande évasion ! est son premier roman. Il a été élu livre de l'année par le Financial Times.

Aline

04/12/2017

Mörk

roman policier, Islande

 

Mörk

Ragnar JONASSON

La Martinière, 2017

 

Décidément les auteurs « du Nord » excellent dans les romans policiers !

Le policier Ari Thor (déjà présent dans un précédent roman Snjor paru en France en 2016) exerce dans la froide Siglufjördur, la ville la plus au Nord d’Islande enclose dans un cirque montagneux. L’hiver approche, engloutissant cette petite bourgade dans une obscurité de plus en plus dense. Un crime plonge les habitants dans l’incompréhension et la peur.  L’inspecteur Herjolfur est abattu d’un coup de fusil alors qu’il menait une investigation aux abords d’une veille maison abandonnée. Ari Thor, secondé par son ancien chef Thomas, se lance dans l’enquête.

Trafics de drogue, pressions politiques, chantage existent aussi dans cette ville aux apparences si calmes. Des tensions se révèlent au sein de cette petite communauté où chacun connaît l’autre. Les personnages se dévoilent petit à petit. Il est manifeste que le maire Gunnar Gunnarsson et son adjointe Elin cachent des secrets. Otto Nielsson conseiller municipal et principal soutien du maire n ‘hésite pas à menacer Ari Thor. Les premiers éléments semblent donner une direction évidente à l'enquête… Peut-être trop évidente…

L’enquête se double des interrogations d’Ari Thor sur son couple ; il traverse une crise peut-être grave.

Le contexte géographique de Siglufjördur entouré de montagnes, l’obscurité qui s’installe peu à peu participent à créer une ambiante particulière et contribuent à la réussite de ce roman. Le rythme du récit est soutenu. Les chapitres sont brefs et prennent la voix des personnages les plus impliqués dans le récit. Le tout est entrecoupé d'extraits du journal d'un interné en psychiatrie. Son ombre inquiétante règne tout le long du récit sans qu’on connaisse son rôle dans cette affaire.

En fond, l'auteur s'interroge sur l'envers du décor d'une société islandaise souvent dépeinte comme sereine et paisible. Une narration incisive et un environnement original au service d'un récit palpitant, doublé d'interrogations sociales, voilà ce que nous offre ce roman qui a reçu plusieurs prix, dont le Dead Good Reader Award en Angleterre.

Un polar très efficace qui ne vous décevra pas. Annie

10/11/2017

FUTU.RE

roman d'anticipation, dystopieFUTU.RE

Dmitry GLUKHOVSKY

L’Atalante, 2015, 726 p., 27 €

Traduit du russe par Denis E. Savine

L’humanité a trouvé depuis 300 ans un vaccin au vieillissement, et peut vivre éternellement jeune –avec comme corollaire une surpopulation globale, que chaque continent traite à sa façon. L’Europe n’est plus qu’une immense mégalopole ininterrompue, hérissée de gratte-ciels de milliers d’étages, où s’entassent les habitants -plus ou moins haut selon leur rang social.

Dans cet état « providence », très surveillé, chacun bénéficie de la vie éternelle à la stricte condition de ne pas procréer. La politique de contrôle des naissances draconienne impose aux rares couples désirant un enfant de désigner le parent qui en contrepartie recevra  une injection de vieillissement accéléré. La Phalange, impitoyable, pourchasse les contrevenants : le parent capturé reçoit l’injection, et l’enfant coupable d’exister est enfermé dans un orphelinat.

Matricule 717 s’est endurci dans l’un de ces horribles internats, et accomplit sans pitié la mission pour laquelle il a été formaté : avec sa phalange, masque d’Apollon sur le visage, traquer sans pitié les grossesses illégales. Il mène une vie terne d’instrument bien réglé jusqu’au jour où une intervention qui tourne mal le pousse à commettre quelques entorses, puis à remettre en question son endoctrinement.

L’auteur décrit une civilisation peu reluisante, empilée dans des zones urbaines après avoir fait disparaître toute nature,  préoccupée uniquement du bien-être personnel, et coupée finalement de son humanité. L’analyse de cette société renvoie aux travers et aux inégalités de notre époque, notamment avec le refus d’en laisser bénéficier les étrangers. L’ironie veut que les seules touches colorées et pleines de vie dans cet univers glaçant se trouvent du côté de Barcelone, devenue le quartier des immigrés clandestins et sorte de « jungle ».

Situé dans un monde dystopique bien campé, c'est surtout un récit d’action très efficace, où le héros -brisé par son enfance- tente d’échapper à son destin et de déjouer les machinations des dirigeants. De multiples rebondissements tiennent le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages, et ce sont les imperfections des personnages qui les rendent attachants.

Aline

 

03/11/2017

L'Empire électrique

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L’empire électrique

Victor Fleury

Ill. Benjamin Carré

Bragelonne, 2017, 471 p.

 

Entre roman et recueil de nouvelles, Victor Fleury crée un univers uchronique autour d’un postulat : au 19e siècle, le monde est dominé par la France, grâce à au pouvoir octroyé aux armées napoléoniennes par la maîtrise de la force voltaïque. Dans cet univers rétro futuriste bien campé, il installe la capitale à Lyon, d’où rayonne la puissance  de l’empire.  Outre le cadre de l’empire électrique, c’est le personnage de « méchant », le vil Larsan, chef de la police napoléonienne,  qui fait le lien entre les différentes histoires.

Dans chacun des récits, l’auteur introduit des personnages littéraires, entrés dans l’imaginaire collectif, auxquels il fait vivre des aventures extraordinaires. Personnages en quête de justice, de liberté, d’éternelle jeunesse, ou de vengeance. C’est Sherlock Holmes libéré de Sainte Hélène pour retrouver un dangereux terroriste, Watson pourchassant Jack l’Eventreur avec Arsène Lupin, le docteur Frankenstein utilisant la science voltaïque pour la chirurgie esthétique, Don Diego de la Vega (version « steampunk »)  à la rescousse des anti-esclavagistes de Louisiane, Gavroche s’alliant à Passepartout et Raspoutine pour s’évader du bagne avec Cosette, ou le Capitaine Nemo à la poursuite du Nautilus.

Réutiliser des personnages de fiction dans des romans d’anticipation est un procédé habile, qui fait appel à l’intelligence et à la culture du lecteur, et que l’on retrouve dans d’autres œuvres remarquables : la saga du fleuve (Riverboat) de Philip José Farmer, et la trilogie de la lune, de Johan Heliot (elle-même inspirée du Voyage dans la lune, de Cyrano de Bergerac). Ou bien, dans le registre de la bande dessinée, l’excellente série De cape et de crocs, par Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou.

Victor Fleury possède une belle plume, un style élégant, qui séduira les lecteurs exigeants -et tant pis si certaines références nous échappent... Ce qui ne gâche rien, c’est un jeune Lyonnais ! Laissez-vous tenter par la splendide couverture, signée Benjamin Carré, et sa reliure soignée (tranche dorée).

Aline

19/10/2017

Voyageur sous les étoiles

roman étranger, aventure, trésorVoyageur sous les étoiles

Alex CAPUS

Traduit de l’allemand Reisen im Licht der Sterne (2005) par Emanuel Güntzburger

Actes Sud (Littérature allemande) 2017, 21.80 €

 

Un roman passionnant.

Robert Louis Stevenson, célèbre auteur de "L’île au trésor" a passé les dernières années de sa vie sur les îles Samoa dans le Pacifique, où il a fait construire une magnifique demeure au cœur de la jungle. La fortune qu’il affiche ne peut provenir seulement de ses succès littéraires. Et s’il avait découvert le fabuleux trésor de Lima, or, perles, pierres précieuses, confié en 1821 par les autorités espagnoles à un petit brick anglais, le Mary Dear, pour le soustraire aux "hordes révolutionnaires" qui allaient déferler sur la capitale. Le bateau disparut à jamais...

Un épisode parmi d’autres car, notamment en ce début de siècle, de nombreux pirates ont attaqué des bateaux chargés d’or ; tous ces récits se colportaient d’un port à l’autre suscitant envies, convoitises, aventures. Des cartes d’îles de chercheurs de trésor ont circulé, ont été reproduites, vendues parfois pour de fortes sommes et une île en particulier a fait l’objet de tous ces phantasmes : l’île Cocos au large du Costa Rica. Mais malgré des fouilles intensives et répétées tout au long du siècle, nul trésor n’a été découvert... au moins en apparence.

En 1887, Stevenson après avoir passé 10 ans à sillonner l’Europe et les Etats-Unis, marqué par des séjours en sanatoriums et en cures diverses, s’embarque avec son épouse Fanny et son beau-fils Lloyd pour une tournée des îles du Pacifique. Le but du périple est d’écrire des reportages pour des revues américaines. Or -alors que dans ses lettres il ne cesse de dire combien il lui tarde de retrouver l’Ecosse- en arrivant à Samoa, il décide contre toute attente de s’y installer, et il va y rester malgré un climat très néfaste pour sa santé et des relations familiales conflictuelles.

Sa rencontre avec le missionnaire presbytérien William Edward Clarke qui devient son meilleur ami a-t-elle changé le cours de sa vie ? A-t-il découvert le fameux trésor ? Car, surprise, un île dénommée elle aussi île Cocos existe à proximité des îles Samoa.

Alex Capus nous entraîne dans un monde d’aventures inimaginables, où des hommes misent jusqu'à vie dans la recherche d’un trésor.  Au terme d’une enquête très fouillée, il livre un récit haletant et extrêmement bien documenté, et donne des éléments pour répondre aux nombreuses interrogations suscitées par le mode de vie de Stevenson à Samoa. Alors Stevenson, chercheur et découvreur de trésor … ?

Annie

13/10/2017

Ron Rash

Ron Rash

Auteur Américain (Caroline du Sud), né en  1953, professeur au département de langue anglaise de la West Carolina University (WCU).

Auteur de recueils de nouvelles et de poésie,  il est surtout connu en France pour ses romans noirs, parfois à la limite du policier. Ce sont eux que nous avons lus pour ce « bouillon »

 

roman étranger, AmériqueOne Foot in Eden (2002)

Un pied au paradis (Le Masque, 2009)

Appalachian Book of the Year 2002

Roman « noir » à 5 voix, drame « terrien » situé dans la Caroline du Sud des années 1950. Holland Winchester, vétéran de la guerre de Corée, fait le coup de poing dans les bars, brandit sa médaille de héros, et se rend globalement impopulaire. Un jour, il disparaît dans la nature, au fond d’une vallée magnifique et aride, où les derniers paysans essaient d’arracher leur subsistance à la terre, menacée d’être engloutie sous un lac artificiel. Comme les indiens Cherokee ont été chassés par les paysans d’Europe, ceux-ci à leur tour sont destinés à perdre leurs terres.

L’événement est raconté à des époques différentes, par des personnages qui révèlent leur vérité et font progresser la narration : le shérif, Amy la voisine de Holland et son mari Billy, leur fils, et enfin l'adjoint du shérif. Chacun témoigne et refait l'histoire, en mettant à jour ses misères et ses espoirs.

 

roman étranger, AmériqueSaints at the River (2004)

Le Chant de la Tamassee (Seuil, 2016)

Après la noyade accidentelle d’une fille imprudente de 12 ans, ses parents veulent à tout prix récupérer son corps disparu dans les eaux. Un ingénieur astucieux trouve une solution pour détourner le cours de la rivière avec un barrage provisoire, tandis que les écolos refusent cette solution car la rivière est protégée.

 

roman étranger, AmériqueThe World Made Straight (2006) 

Le Monde à l’endroit (Seuil, 2012),

D’après ce roman, David Burris a réalisé un film  avec Minka Kelly, Haley Joel Osment et Jeremy Irvin.

Elevé à la dure par son père, cultivateur de tabac, Travis Shelton, 17 ans, travaille quarante-cinq heures par semaine dans une épicerie. Pour se détendre, il pêche la truite. Par hasard, il tombe sur un champ de marijuana, dont il coupe quelques plans. Attrapé et puni par les trafiquants, il passe sa convalescence chez un prof déchu, fasciné par l’époque de la guerre de Sécession, qui a laissé des traces jusque dans la région.

Tirant toujours le meilleur parti des décors naturels des Appalaches, Ron Rash a l'art de faire cohabiter dans ses pages la violence et l'humanité, le passé des Etats Unis et son histoire plus récente.

 

roman étranger, AmériqueSerena (2008) 

Serena (Le Masque, 2011)

Adapté au cinéma en 2014, avec Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Sam Reid

Dans les années 1930, Serena et son mari forestier exploitent la forêt, coupant tous les arbres pour faire plus d’argent. A leur appât du gain forcené s’opposent des partisans de la protection de la nature. Ron Rash met en scène une héroïne dure, véritable prédatrice prenant un malin plaisir à faire plier ceux qui croisent son chemin.

 

roman étranger, AmériqueThe Cove (2012) 

Une terre d’ombre (Seuil, 2014)

Prix de la Fiction Américaine 2012, et Grand prix de littérature policière 2014

Vivant au fond d’une vallée sombre, dans un coin paumé,  la famille de Hank et Laurel semble marquée par le destin. Les parents sont morts jeunes. Laurel, à cause d'une marque de naissance, concentre la superstition des habitants du coin paumé. Mise à l’écart et humilié, elle a dû quitter l’école à regret, et passe sa vie dans une profonde solitude.

« La falaise la dominait de toute sa hauteur, et elle avait beau avoir les yeux baissés, elle sentait sa présence. Même dans la maison elle la sentait, comme si son ombre était tellement dense qu’elle s’infiltrait dans le bois. Une terre d’ombre et rien d’autre, lui avait dit sa mère, qui soutenait qu’il n’y avait pas d’endroit plus lugubre dans toute la chaîne des Blue Ridge. Un lieu maudit, aussi, pensait la plupart des habitants du comté, maudit bien avant que le père de Laurel n’achète ces terres. Les Cherokee avaient évité ce vallon, et dans la première famille blanche à s’y être installée tout le monde était mort de varicelle. On racontait des histoires de chasseurs qui étaient entrés là et qu’on n’avait plus jamais revus, un lieu où erraient fantômes et esprits ».

Cette morne existence est d’abord ranimée par le retour de la Grande Guerre de son frère Hank, mutilé mais acharné à se reconstruire une vie, puis bouleversée par l’arrivée de Walter, vagabond mutique tirant de sa flute des sons merveilleux. Laurel va vivre elle aussi son histoire d’amour, mais le lecteur pressent que le drame se prépare – sur fond de haine des Boches.

Ron Rash fait ici une peinture sombre des relations humaines fondées sur l’ignorance, la cruauté et la soif de vengeance.  Bêtise et patriotisme ne font pas bon ménage...

 

Above the Waterfall (2015)

Non traduit ?

 

roman étranger, AmériqueThe Risen (2016) 

Par le vent pleuré (Seuil, 2017)

En exergue  « Alors commença le châtiment » Dostoïevski. Ainsi que des références à « Look homeward, Angel », Thomas Woolf.

Dans une petite ville des Appalaches, la rivière vient de déposer les ossements d’une jeune femme dont personne n’avait plus entendu parler depuis des décennies. Son histoire est racontée par Eugène, forcé de se confronter à son passé et à celui de son frère Bill après cette macabre découverte.  A l’époque, Ligeia était venue de Floride séjourner  chez son oncle et sa tante, car ses parents n’en pouvaient plus, et avait séduit Eugène et Bill…

Ron Rash fait une peinture noire des communautés isolées, à l’ombre des Appalaches. Il  évoque la cellule familiale, l’émancipation, et le poids du passé.

 

Tous les lecteurs présents apprécient les romans de Ron Rash, pour son rapport à la nature, et la façon dont l’histoire (des Etats-Unis) entre en résonnance avec la vie de ses personnages. La vie fuse parfois, mais dominée par la tragédie et une certaine noirceur.

Remarque : nous avons préféré les traductions d'Isabelle Reinharez pour la plupart des ouvrages à celle de Béatrice Vierne (Serena).

29/09/2017

Les fils conducteurs

roman, Ghana, environnement, travail des enfantsLes fils conducteurs

Guillaume POIX

Verticales, 2017, 224 p., 18 €

 

Agbogbloshie, immense décharge électronique, située dans la banlieue pauvre d’Accra, grande ville portuaire et capitale du Ghana. "Nécropole de notre monde", inépuisable gisement constitué de monceaux d’appareils inertes : «congélateurs et réfrigérateurs, tous les degrés de la chaîne du froid, du chaud aussi : déblai de gazinières, fers à repasser, machines à café, mais surtout amas d’ordinateurs, écrans, modems et télévisions, agrégat de tablettes, téléphones, claviers et smartphones, entassement de moniteurs, imprimantes, processeurs, souris, périphériques, disques durs, … coulisses d’une nouveau monde pas tout à fait recyclé. » C’est aussi un cauchemar environnemental, boue noire et corrosive qui brûle la peau, fumées toxiques, arrêtes tranchantes,… Ironiquement, l’entrée en est marquée par un panneau « Golden Gate ».

roman, Ghana, environnement, travail des enfants

C’est là qu’échoue Jacob, 11 ans, orphelin de père, qui voit dans « la fouille du merdier » un moyen de subsistance, voire un possible eldorado. Il apprend auprès de deux autres jeunes, Isaac et Moïse, comment s’y orienter,  « pucher sur la bosse », « chiper » et trier les métaux, et repérer dans le ventre des appareils ce qui peut se revendre pour une poignée de cédis.

Parallèlement,  l’auteur pose un regard peu complaisant sur Thomas, photographe occidental  en route pour photographier la décharge, peu baroudeur de nature, anxieux de tomber malade, méconnaissant totalement le pays où il se rend. Il juxtapose le quotidien de Thomas, qui s’inquiète de détails -trousse à pharmacie, rougeurs et piqures d’insectes- à celui du jeune « bosseur » survivant dans des conditions totalement insalubres.

Pour autant, tous deux vivent –à des âges différents-  un moment charnière, celui où un fils échappe à sa mère, s’éloigne et prend ses décisions. Thomas quitte sa mère Anne pour entreprendre un reportage photographique, Jabob les bras d’Ama pour gagner quelques cédis.

Guillaume Poix n’a pas assez de mots pour décrire l’Agbogbloshie monstrueux et toxique,  et ses profiteurs, qui pullulent sur la misère.  Le langage est, de fait, ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de ce roman. Il donne une grande puissance aux dialogues colorés et vivants des biffeurs, avec leur argot imagé et mâtiné de multiples langues. En revanche ses descriptions m'ont paru bavardes et abondantes, au risque d'éloigner du récit.

Un premier roman fort et nécessaire. Une chose est certaine : après sa lecture, vous ne jetterez (et donc n’achèterez) plus aucun appareil électronique à la légère ! Sur ce sujet, voir ici reportage du Fil Rouge

Aline