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04/06/2012

Mille petites falaises

Mille petites falaises
Shaughnessy Bishop-Stall
Actes Sud (Actes noirs), 2012

Traduit de l'anglais par Pierre Girard, voici un roman canadien à suspense noir, très noir ! Les personnages en sont complètement  déjantés, alcooliques et drogués pour la plupart, à commencer par Mason, le anti-héros par excellence.

Ecrivain en panne d'inspiration, couvert de dettes de jeu, sans cesse remis en selle par son ami Chaz, il semble gâcher ses chances systématiquement malgré les meilleures intentions. Et pourtant, une certaine grâce l'habite : le don de s'intéresser aux autres, de vouloir les aider, voire d'aimer jusqu'aux plus abîmés d'entre eux.

On croise une psychologue, un psychopathe, des déprimés, toutes sortes de fracassés de la vie (sans parler de leurs fantômes) dans ce roman déroutant... et haletant !

Aline

28/05/2012

La dernière conquête du major

La dernière conquête du Major Pettigrew
Helen SIMONSON, éd. NiL, 2012

Le Major Pettigrew, parfait gentleman retiré dans son cottage familial de la campagne anglaise, perpétue les traditions de golf, chasse, etc. qui correspondent à son rang. Il coule des jours paisibles mais trop solitaires depuis la mort de sa chère épouse Nancy.
Très éprouvé au moment du décès de son frère Bertie, il est soutenu avec tact et gentillesse par madame Ali, l'épicière du village -d'origine pakistanaise- pour laquelle il ne tarde pas à éprouver de tendres sentiments. La communauté villageoise, comme la famille traditionaliste de madame Ali, réprouve leur relation naissante.
Et ce n'est pas Roger, fils unique du Major, ambitieux et avide, qui risque de lui venir en aide !
Ce roman très agréable à lire, quoique un peu long, est une leçon de tolérance dans un univers "so british" plein de charme. Les caractères sont plus nuancés qu'on ne l'imagine au premier abord.

Aline

les séparées

Les séparées
Kéthévane DAVRICHEWY, éd. S.Wespieser, 2012

Quand s'ouvre le roman, le 10 mai 1981, une partie de la France exulte, l'autre partie panique en voyant se dessiner le visage de François Mitterrand sur les écrans de télévision...
Cécile et Alice ont 16 ans, et proviennent de familles que tout oppose. Pourtant elles ont derrière elles des années d'une amitié fusionnelle, et autant à venir. Etudes, voyages, époux et enfants ne les sépareront pas ! Et pourtant, 30 ans plus tard, elles sont "séparées". Pourquoi ? Malentendus, secrets, jalousie ?...

Dans ce roman à deux voix, écrit avec finesse, les deux femmes sont plongées dans leurs réflexions et leurs souvenirs. L'une sous le choc de la séparation d'avec son mari, l'autre immobile et silencieuse sur son lit d'hôpital.
Aline

06/05/2012

Un homme meilleur

Un homme meilleur, d'Anita NAIR

Editions P.Picquier, 2003 (traduit de l'anglais, Inde)

Bhasi, peintre en bâtiment -surnommé Bhasi le timbré- est aussi guérisseur à ses heures. Passionné de plantes médicinales qu’il fait pousser dans son jardin ou va récolter dans la jungle, il a appris empiriquement à soigner les cas désespérés.

Pour autant, comme il n’est ni riche, ni né au village, son statut à Kaikurussi n’est pas  formidable. Il n’est pas non plus le héros du roman, mais celui qui, par ses soins et son amitié, va initier la transformation du personnage principal : Mukundan.

Mukundan, après une vie de fonctionnaire méticuleux et honnête à la ville, revient s’enterrer dans son village natal. Très marqué par l’ombre autoritaire et brutale de son père, Achutan Nair, il est resté célibataire et se retrouve très seul à la retraite. Littéralement hanté par le souvenir de sa mère martyrisée par son terrible époux, il se terre dans un coin de la grande maison familiale.

Récit de son évolution, influencée par Bhasi et par d’autres rencontres, le roman est aussi une chronique du bourg, une description des courants souterrains d’influence qui y circulent, et un portrait pittoresque de ses habitants : Kamban le postier, Krishnan le serviteur dévoué, Shankar le tenancier du débit de boissons, quelques fonctionnaires paresseux et véreux, Ramakrishnan de Fort Manoir le parvenu… et des femmes dont les choix semblent bien limités par le bon vouloir des hommes.

Au bout du compte, Mukundan parviendra-t-il à devenir « un homme meilleur » ?

Aline

16/04/2012

Les derniers flamants de Bombay

Les derniers flamants de Bombay
Siddarth Dhanvant SHANGHVI
Editions des 2 terres, 2010, 468 p.

Karan Seth, jeune photographe doué, se passionne pour Bombay, et en fait des clichés d'une réelle profondeur. Sa profession l'amène à rencontrer des personnes hors du commun : Zaïra, star de Bollywood, sensible, sensuelle et intelligente, qui aime  Samar, prodigieux pianiste et dandy homosexuel... qui est lui-même amoureux de Léo l'écrivain américain. Fascinée par le talent de Karan et sa foi en l'humanité et en son art, ainsi que par sa ressemblance avec son cher mari, Rhéa l'artiste potière entame une relation amoureuse avec lui.

La mort brutale de Zaïra, assassinée à bout portant dans un nightclub devant 200 témoins par un détraqué, mine complètement la vie de ceux qui l'aimaient. Le forcené, fils de ministre, est protégé par son père qui recourt à toutes les ficelles (pots-de-vin, menaces, meurtres...) pour faire bénéficier son fils d'un non-lieu. Karan et Samar en sont anéantis

Art, amour, amitié... et corruption à Bombay, avec, en toile de fond, les années sida, de 1990 à 2005. L'auteur s'inspire d'un fait divers réel (procès outrageusement corrompu) pour en faire le coeur d'un roman dont on comprend que la première partie n'était finalement qu'une manière d'introduction.. Ses personnages sont attachants, et le lecteur, bien que n'ayant pas grand'chose en commun avec la jeunesse dorée-pourrie de Bombay, se laisse prendre au récit !

Aline

Mother India

Mother India
Manil Suri, Albin Michel, 2009, 508 p.

Manil Suri, né et élevé en Inde, est professeur de mathématiques dans une université américaine.

1955, la jeune république indienne a 5 ans. Mira, 17 ans, attache peu d'importance aux projets de son père pour elle : profondément laïc et progressiste, il tient à ce que ses filles étudient et aient une profession. Roopa, la soeur aînée de Mira, la première et la favorite en tout, sort avec le charmant Dev, dont le rêve est de devenir chanteur à Bollywood. Mira manigance si bien pour le lui ravir qu'elle se retrouve contrainte de l'épouser. Son destin sera la conséquence de ce coup de tête.

Tiraillée entre un père dirigiste et sa belle famille aux idées politiques opposées, entre son désir d'enfant et l'injonction paternelle d'avorter pour donner la priorité à ses études, elle finit par céder, et passe une dizaine d'années à s'aigrir dans sa vie de couple. A la naissance de son fils Ashran, elle lui voue un amour exclusif et totalement démesuré.

L'intrigue, un peu longue, se développe sur fond de chocs culturels et religieux, d'intolérance (surtout chez les hommes), depuis l'Indépendance jusqu'à la modernisation de l'Inde contemporaine. L'auteur n'aborde pas le sujet des castes, par contre il évoque la partition de l'Inde, la cohabitation difficile de religions et de rites différents, le ressentiment entre hindous et musulmans, la dévotion des femmes envers leur mari,...

C'est Mira la narratrice -bien que l'auteur soit un homme- et je n'ai pas été persuadée par son évocation du monde féminin. Ou bien tout simplement ai-je été gênée parce que ce personnage central, n'est au fond pas très sympathique. Sa relation physique avec son fils, longuement évoquée, et sa jalousie maladive, sont troublantes. Néanmoins le roman se lit avec plaisir, et il est intéressant pour son ambiance générale et son message de tolérance.

Aline

15/04/2012

Un année chez les français

Une année chez les français
Fouad Laraoui, Julliard, 2010

Maroc, 1969. Le week-end de la rentrée des classes, le petit Mehdi est déposé avec sa petite valise (au trousseau incomplet) et deux paons à la conciergerie du lycée français de Casablanca. Son instituteur lui a obtenu une bourse au mérite, et un oncle-colporteur l'a déposé là, sans explication.

Très intelligent et féru de littérature française, il est en complet décalage avec ce qui l'entoure, et se laisse volontiers embarquer par son imagination. Auprès des marocains, il ne comprend rien aux dialectes, avec les français, il comprend bien les mots, mais pas toujours ce qu'ils recouvrent. Le vocabulaire fleuri des pions, leurs envolées lyriques ou ironiques lui sont complètement hermétiques ! Cette arrivée en pension, pour lui, c'est comme débarquer sur la lune... d'ailleurs, n'ayant pas la télé, en provenance directe de son bled de l'Atlas, il n'est même pas au courant que les hommes ont marché sur la lune il y a peu !

Le roman relate avec humour la première année d'internat du jeune boursier et son adaptation. J'ai apprécié ce décalage entre deux monde, évoqué avec légèreté. Par contre, le récit ne donne pas toujours de réponse aux questions qu'il soulève, et les relations familiales restent peu claires : le père est-il parti ?

Aline

05/04/2012

Une simple affaire de famille

Une simple affaire de famille
Rohinton Mistry
Albin Michel (les grandes traductions), 2004

Portrait pittoresque et doux amer d'une famille parsie de Bombay, dans sa lutte pour la survie quotidienne.
Atteint de la maladie de Parkinson, Naruman devient un poids pour ses enfants. Il vit avec Jal et Coomy, ses beaux-enfants célibataires, dans le grand appartement qu'il a fait mettre à leur nom. L'animosité de Coomy envers ce beau-père, qui a épousé sa mère par obligation et ne l'a jamais rendue heureuse, se réveille lorsque la condition de Naruman se détériore. Elle manœuvre pour s'en débarrasser en le confiant à Roxana la plus jeune sœur.

Naruman se retrouve donc à l'étroit dans le petit appartement de Roxana et Yezad. Leur famille est joyeuse et affectueuse, Roxana soigne son père avec dévouement et les jeunes garçons, sensibles, font tout pour aider leurs parents. Tout irait bien sans le manque de place et d'argent, que Yezad ne supporte pas. Hélas, lorsque ces difficultés matérielles sont enfin résolues, Yezad s'est aigri et, de joyeux athée, s'est peu à peu transformé en bigot traditionaliste parsi.

Les personnages, un peu naïfs et injustement malmenés par la vie, sont traités avec tendresse par l'auteur, et les thèmes développés sont multiples : relations entre les générations, entraide ou repli sur soi-même, vieillesse et décrépitude, religion et fanatisme, Bombay la surpeuplée...
Aline

01/03/2012

La vie la vraie

La vie commence à 20h10 : un rêve vaut bien quelques mensongesThomas Raphaël, Flammarion 2011


Lorsqu'elle aura terminé sa thèse sur "les objets du quotidien dans le roman français", Sophie espère obtenir un poste à l'université de Bordeaux, où travaillent déjà son ambitieuse mère et Marc son brillant conjoint.
Pour pouvoir faire publier son premier roman, elle passe un marché avec Joyce Verneuil, la terrible et efficace productrice du feuilleton télévisé "La vie la vraie". Marc la croit penchée sur sa thèse à la Bibliothèque Nationale de France, et accepte qu'elle passe la semaine à Paris. En fait, elle est collaboratrice à plein temps pour la série, travail dont elle n'ose même pas lui parler puisqu'il réprouve la télévision en général, et méprise ce feuilleton en particulier !

Avec humour et légèreté, l'auteur présente les dessous de la production de séries télévisées, un monde sans pitié dont il est issu, et où seul compte l'audimat. De missions impossibles en rebondissements, le récit ne manque pas de piquant, et les relations de Sophie avec le neveu homosexuel et la jeune nièce surdouée de Marc rajoutent une touche de fraîcheur.
Quoique un peu long, ce roman est un vrai "page-turner".


Josette et Aline l'ont lu avec plaisir.

19/02/2012

La Mecque-Phuket

La Mecque-Phuket
Saphia Azzedine, éditions L. Scheer, sept 2010

Jeune maghrébine travailleuse et sérieuse, Fairouz aime ses parents "en vrac" et économise sou par sou pour réaliser leur rêve : leur offrir un voyage à La Mecque, afin qu'ils soient enfin Hadj, et mieux considérés dans leur quartier. Elle et sa soeur aînée cumulent les petits jobs pour déposer régulièrement un peu d'argent dans la boîte verte de l'agence de voyage du coin, spécialisée dans les pèlerinages. Non sans lorgner sur l'agence d'en face, qui propose des vacances à Phuket !

Dans une langue énergique et proche de l'oralité, Fairouz/Saphia exprime sa révolte face à une société normative et avilissante : société de consommation qui asservit les gens ; docilité des musulmans face aux diktats de la religion, et de ses parents en particulier face aux exigences des commères du quartier.
Elle s'en veut à elle-même de ne pas savoir s'affranchir de ses obligations de "bonne fille". En même temps, elle refuse les chemins tout tracés, se bat pour ses choix et bouscule son frère pour le sortir de ses petites combines minables. Elle croit aux valeurs de l'éducation et du travail pour lui comme pour sa petite soeur (qui rêve de devenir une star !).

Critique par rapport aux maghrébins, en particulier ceux qui baissent les bras et passent leur temps à cancaner au lieu d'éduquer leurs fils ... elle admire cependant leur capacité à prendre en charge et entourer leurs anciens.

Beaucoup d'humour et de légèreté dans ce roman, au fond pourtant sérieux.
Aline et Françoise ont aimé.