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09/10/2011

Scintillation

Scintillation
John Burnside, Métailié 2011
(traduit de "Glister" par Catherine Richard)

Sur une péninsule, empoisonnée par une ancienne usine chimique, continuent à vivre -et souvent à mourir de maladies inconnues- les familles des anciens ouvriers. Tous semblent atteints d'une certaine apathie, les parents sont démissionnaires, les jeunes traînent plus souvent du côté de l'usine qu'ils ne vont à l'école...

Depuis quelques années des garçons disparaissent bizarrement, et la version officielle est qu'ils ont fugué. Pourtant, le policier local sait bien qu'il n'en est rien, puisqu'il a lui-même découvert l'un des cadavres d'enfants et contribué à le dissimuler. Hélas, il n'est pas de taille à mener l'enquête, ni à se révolter contre la loi du silence.

Le seul personnage vivant et positif, dans cette ambiance délétère, est le narrateur principal, Léonard, passionné de livres, de vieux films, et depuis peu de sexe. Contrairement aux autres habitants de l'Intraville, il voit la beauté qui l'entoure, s'attache aux gens, est curieux et veut savoir ce qui est arrivé aux "enfants perdus". Sa lucidité ne l'empêche pas de se laisser entraîner par un groupe violent, puis par un étrange personnage qui le mène à l'ultime lumière.

Scintillation est un livre difficile à classer ou à résumer, à l'écriture dense et poétique, dont la fin pose plus de questions qu'elle n'en résout. Un récit fascinant, d'une "terrible beauté", qui ne laisse pas indifférent.
Aline

Prix du livre Lire / Virgin

01/08/2011

Anthropologie et humour noir

Le dernier voyage du révérend
Nigel Barley, Payot, 2001

Au coeur du XIXe siècle, un prêtre anglican débarque à Akwa, à l'embouchure du Niger, dans l'espoir d'évangéliser les foules.

L'esclavage a certes déjà été aboli, mais les colons et trafiquants sont toujours là pour réaliser un maximum de profit sur le dos des africains, tandis que ces derniers se maraboutent et s'entretuent à qui mieux mieux dans des luttes intestines de pouvoir.

Candide et plein d'amour pour son prochain, le pauvre révérend ne comprend pas la moitié de ce qui se trame autour de lui, et reste résolument optimiste. Il est entouré d'une galerie de personnages hauts en couleurs et attachants : sa femme, qui l'aime profondément mais déteste l'Afrique, son serviteur Ali dévoué et fine mouche, le "prince John Bull" qui à la fois l'exploite et le protège, le "Roi Jack" à moitié fou,...

Une chronique politiquement incorrecte, irrévérencieuse et burlesque.
Aline

Dignité

danbé, Aya Cissoko et Marie Desplechin
Calmann-Lévy, 2011

A mille lieues des titres racoleurs, ce livre discret trace l'itinéraire d'Aya Cissoko, la jeune championne du monde de boxe française (1999 et 2003) et boxe anglaise (2006).

Elle évoque avec simplicité son enfance parisienne pauvre mais heureuse jusqu'à l'incendie qui tue son père Sagui et sa soeur Massou. Puis les années de combat pour grandir, s'affirmer face à sa mère, dont elle reconnaît aujourd'hui le courage : malade et malheureuse, Massiré refuse l'autorité des "Pères" qui voudraient leur retour au Mali, mais élève Aya dans le respect de la tradition et du danbé, la dignité.

Dignité et résilience caractérisent Aya, dans ce récit tout en retenue.
Aline

Voir aussi cette très bonne critique.

21/07/2011

non-sens

Pas Sidney Poitier

Percival Everett      Actes Sud 2011

 

L’absurde affirme ses droits dès le début du roman :

Fils d’une mère hystérique et excentrique, le narrateur est né après une grossesse de 24 mois, et a été affublé du prénom impossible de « Pas Sidney ». Tout au long de sa vie, il conserve ce prénom, qui lui vaut pourtant de nombreux ennuis.

 

Pas Sidney avance dans la vie sans but précis, tantôt victime de la couleur de sa peau et de sa naïveté, tantôt sauvé du désastre par l’incroyable fortune léguée par sa mère.

Il est également doté d’une capacité à "fesmeriser"  (hypnotiser) certains sujets, et d’un physique plutôt avantageux.

 

Les personnages qui l’entourent sont caricaturaux, depuis les bonnes sœurs illuminées jusqu’aux infâmes policiers blancs de Negroblanc County. Ses amis proches, Ted Turner (flanqué d’une Jane Fonda fondue d’aérobics) et son professeur d’université Percival Everett sont tous deux des adeptes du "non-sens" et lui donnent les conseils les plus absurdes…

 

Malgré une histoire un peu déroutante, j’ai aimé ce roman d’initiation, plein d’humour noir et décalé.

Aline

 

14/06/2011

Hommes et femmes...

Homo Erectus, Tonino Benacquista,   Gallimard, 2011

"Pour certains, il s'agissait d'un rendez-vous réservé aux hommes, où il était question de femmes. D'autres, en mal de solidarité, y voyaient le dernier refuge des grands blessés d'une guerre éternelle. Pour tous, d'où qu'ils viennent et quoi qu'ils aient vécu, c'était avant tout le lieu où raconter son histoire."

Ce cercle de parole, ouvert à tous les hommes, se réunit régulièrement. Chacun peut librement raconter son histoire, sans interruption. Chaque histoire est légitime, et écoutée sans commentaire.

Entre deux réunions du jeudi soir, deux esquisses de récits de vie, nous suivons les réflexions et l'évolution -amoureuse- de trois hommes : Denis, le garçon de brasserie, qui ne plaît plus aux femmes ; Philippe, le philosophe, jamais remis du départ de sa Juliette ; Yves, le poseur de fenêtres, dont le rêve familial a volé en éclats le jour où Pauline l'a trompé avec un gogo-danceur.

Tonino Benacquista nous entraîne une fois de plus sur un sujet surprenant, et son récit est agréable à lire, bien écrit, pas du tout graveleux malgré le sujet. Pour autant, je ne trouve pas qu'il ait exploité son idée de base avec l'originalité développée dans d'autres romans (Malavita, Quelqu'un d'autre, Saga...).

Aline

07/05/2011

adapté au cinéma

Les adolescents troglodytes, d'Emmanuelle PAGANO,   P.O.L. 2007

Sur les hauts plateaux d'Ardèche, Adèle est conductrice de navette scolaire pour les petits et les ados. L'hiver est long (et oui, ceux qui vivent "là-haut" le savent bien...) et les conditions météo difficiles.

Le récit d'Adèle, très visuel, alterne ses impressions sur la nature, son amitié pour les enfants et ses souvenirs de jeunesse dans ce même village : mère morte en couches, père déprimé et petit frère chéri qui n'a jamais admis sa transsexualité.

Une écriture surprenante, précise et sensible, qui alterne entre poésie et mots crus. A lire. Le roman est en cours d'adaptation au cinéma (adaptation par Géraldine Boudot, production par Koro films).

Aline

21/02/2011

Révolution intérieure

Les insurrections singulières,   Jeanne BENAMEUR     Actes Sud, 2011

Suite à sa rupture avec Karima, Antoine retourne vivre chez ses parents dans un pavillon de banlieue. Comme son père avant lui, il travaille à l'usine, mais les temps sont durs : les aciéries sont en cours de délocalisation au Brésil. Antoine se bat avec ses camarades pour éviter la fermeture...

Toujours en décalage, observateur silencieux, ils a depuis son enfance des angoisses et des envies de fuite. Il se sent comme un imposteur dans le rôle qu'il a endossé :

Je n'ai pas les mains qui vont avec les choses. J'ai eu beau toute ma vie essayer. Rien à faire. Il y a quelque chose qui "ne colle pas" entre moi et le monde, moi et ce que je vis. Et je ne sais pas ce que c'est. Je suis à côté. Toujours à côté. J'ai cherché à poser mes mains là où mon père avait posé les siennes, à l'usine. Parce que l'usine j'y avais droit. Pas de problème. C'était dans l'ordre des choses. Mais ça ne marche pas comme ça. Il n'y a pas écrit Père et Fils dans la paume de nos mains.

Jusqu'au jour où le vieux Marcel lui fait "rencontrer" un livre : la vie de Jean de Monlevade, noble du centre de la France, un jeune polytechnicien qui part créer le premier des hauts-fourneaux au Brésil en plein XIXème siècle...

Marcel l'encourage à partir, lui aussi, à oser ! C'est au Brésil qu'il accomplira sa révolution intérieure et se sentira enfin en accord avec le monde, avec la fraternité des humain. C'est là aussi qu'il finira par trouver le chemin des mots et de l'amour.

Aline

26/01/2011

un roman américain...français

Le retour de Jim Lamar,   Lionel Salaün             Liana Levi, août 2010

Dès la première page, le décor est posé : Stanford, au fin fond de l'Amérique rurale.

 "Un coin "où on n'aimait pas bien les étrangers... et encore, par étrangers, j'entends des types de l'autre rive du Mississippi, sans même aller jusqu'à l'Iowa ou l'Illinois, des gars d'un autre comté, des gens pas comme nous, des gens d'ailleurs, des étrangers, quoi !"

Jim Lamar, parti en 1968 quelque part au nord de Saïgon, a trop tardé à revenir après sa démobilisation : ses parents sont morts, sa ferme a été pillée par "de bonnes âmes charitables venues arracher à leur sort tragique" tous les habitants de la basse-cour, puis récupérer tout ce qui pouvait l'être...

Autant dire que lorsqu'il réapparaît, en 1981, les paysans du coin ne sont pas ravis de son retour ! Seul Billy, garçon de 13 ans pas très à l'aise dans son personnage, s'intéresse à lui. Peut-être parce que tous deux partagent le même amour pour le fleuve. Une amitié se tisse entre eux.

Billy ose enfin la question que tous se posent : "Dites, pourquoi vous avez mis si longtemps à revenir ?"  et nous découvrons avec lui des pans de la vie de Jimmy : la relation au père, la guerre du Vietnam, mais surtout les souvenirs des compagnons perdus, auxquels Jim a tellement de mal à survivre.

Le récit est sinueux, interrompu par les aller-retours que fait le garçon entre ses occupations quotidiennes et ses escapades auprès de son ami, et par les caprices de la mémoire de Jim :

"Embarqué une fois encore dans les méandres de sa mémoire, je me laissais porter au gré de son courant aussi tortueux que celui du Mississippi. Un instant, je crus que nous étions engagés dans un bras mort au fond duquel, pris dans la vase, nous allions devoir patienter jusqu'aux prochaines grandes eaux pour faire marche arrière et reprendre le fil du fleuve. Mais c'était compter sans le talent de pilote de Jimmy ; ce que j'avais pris pour un échouage n'était qu'une habile manoeuvre destinée à contourner un   redoutable écueil."

J'ai beaucoup aimé certains passages, Lionel Salaün a une écriture très évocatrice. J'ai du mal à définir ce qui m'a manqué pour un véritable coup de coeur... (Le personnage de Billy sert surtout de faire-valoir, de révélateur pour les fêlures de Jim Lamar. Il aurait pu être doté d'un peu plus d'épaisseur pour que l'ensemble soit crédible ?)

En tout cas, c'est un premier roman très prometteur ! 

Aline

16/11/2010

Très sombre, mais comment l'ignorer ?

Purge,  de Sofi OKSANEN         Stock, 2010

Voici un roman instructif, sur fond  d’histoire contemporaine à l’Est.  A travers un  drame intime et familial, l’auteur dénonce le sort de l’Estonie, subissant successivement le joug de l’Allemagne Nazie puis du communisme  soviétique .

 

Peut-on évacuer son passé d’autant plus qu’il est inscrit dans la mémoire de trois générations de femmes tour à tour avilies par la tyrannie politique et mafieuse ? Quand  la peur et la dénonciation érigées en système confisquent jusqu’aux sentiments familiaux...

Ni mère, ni sœur, ni amante…  la vieille dame aux confitures est–elle indigne pour autant?

 

On notera des portraits masculins peu glorieux, sachant que l’auteur excelle dans des descriptions minutieuses d’une réalité … physique, matérielle  interdisant l’échappée romantique…

 

Et pourtant ce récit nous capte dès les premières pages, on en sort  bouleversé et certainement… moins ignorant ou (e).

Sylvie.

 

13/10/2010

Un bûcher sous la neige

Un bûcher sous la neige,   Susan FLETCHER                      Plon (Feux croisés), 2010

Dépaysant, historique ... et  romantique

Si vous cherchez une histoire vraiment romantique qui vous transporte dans les forêts d’Ecosse au Moyen Age, loin dans le temps et proche de la vie des plantes, immergé dans une nature poétique, n'hésitez pas.

 

Quoique très romancé, le contexte historique sert aussi une cause méconnue, celle des quelques cent mille « sorcières » qui comme l’héroïne furent condamnées à être brûlées vives en place publique. Un rien suffisait: une épidémie chez les voisins, un soupirant éconduit, un orage trop violent ou un peu trop d’indépendance, les femmes modernes que nous sommes reviennent… de loin!

 

Si le contexte peut apparaître sombre, l’humanité des personnages domine, avec une histoire d’amour et un récit simple mais lumineux, qui  vous emporte vraiment au fil des 400 pages.

Sylvie