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19/02/2012

le héron de Guernica

Le héron de Guernica
Antoine Choplin, éd. La Brune, 2011

C'est au travers du regard de Basilio que l'auteur choisit d'aborder la tragédie de Guernica. Alors que les voisins s'occupent plutôt d'évacuation à Bilbao, Basilio exécute de petits travaux dans la ferme voisine, rend visite à son oncle à l'hospice, et rêve de danser avec Célestine au bal...

Jeune peintre passionné, il passe son temps dans les marais à observer et peindre les hérons cendrés. Son obsession ? Rendre sur la toile pas seulement la beauté, mais le frémissement de vie condensé dans l'immobilité de cet oiseau majestueux.
Son héron, il a prévu d'en faire cadeau à Célestina... mais l'arrivée des bombardiers allemands bouleverse tout !

Pourtant, ce n'est pas lui qui rendra compte de la tragédie de Guernica, mais un certain Picasso, qu'il tentera de rencontrer à l'exposition universelle de Paris.
Ce court roman à l'écriture ciselée rend compte de la vie quotidienne de la petite ville espagnole avant le drame, et nous interroge sur la nécessité de l'art.
Aline

Iran

Le mécanicien des roses
Hamid ZIARATI, traduit de l’italien par Marguerite POZZOLI
T. Magnier, 22€

L'auteur nous introduit dans  une famille traditionaliste iranienne, dont l'aîné, Aqbar, est travailleur et appliqué, mais capable de tout pour l'honneur de la famille... bien que lui-même non dénué de défauts ! A la génération suivante, nous suivons Reza et Khodadad, deux cousins, presque frères, qui s'enfuient du village pour échapper à l'emprise de la famille et découvrir la ville.

De son côté, Donya,  jeune fille vendue par ses parents qui ont perdu la fortune familiale, doit travailler durement comme servante. Après des années difficiles, elle est imposée comme femme à Reza, qui prend soin d'elle sans vraiment l'aimer. Car le véritable amour de Reza, c'est la belle Laleh, pauvre fille perdue par sa beauté et vendue comme prostituée.

Enfin, Mahtab, la fille adorée de Reza et Donya, leur « bouton de rose », fait des études de médecine et tombe amoureuse d'un étudiant en droit... mais l'époque des ayatollahs n'est guère favorable aux idylles !

Au fil des chapitres, le lecteur comprend que Reza est le lien entre ces différents personnages, victimes d'une société où les droits des hommes sont bafoués, et ceux des femmes tout simplement inexistants... le plus souvent sous prétexte de religion.

Ce roman, prenant et beau, est traversé par quelques moments de bonheur arrachés à l'adversité, mais globalement très sombre.  Ses personnages nous poursuivent, et en refermant ses pages, on se prend à se réjouir de vivre dans une société où les droits de l'homme et de la femme sont -relativement- respectés !

Lu et aimé par Chantal et Aline.

15/01/2012

une anglaise à bicyclette

Une anglaise à bicyclette
Didier Decoin, Stock, 2011

Tout commence par le massacre des Indiens à Wounded Knee. Jayson Flannery, photographe de guerre, se retrouve brutalement avec une petite fille sur les bras, une petite Lakota de trois ans dont la mère a été tuée.
Il recherche d'abord une solution d'accueil pour cette enfant, la ramène avec lui jusque dans l'est, et la confie à un pensionnat. Au dernier moment, il a des remords de l'abandonner, et quitte le bateau en partance pour l'Europe pour  retourner la chercher.
L'arrivée en Angleterre avec cette enfant sans papiers n'est pas simple. Il la fait passer pour une enfant irlandaise, adoptée, mais un "constable" soupçonneux leur tourne autour... jusqu'à ce qu'il trouve une solution pour décourager les fâcheux.

Le récit est romanesque et bien écrit. J'ai beaucoup aimé le début et l'enfance de la fillette. La suite est un peu décevante, notamment parce que le roman fait de longues ellipses entre les différentes étapes de la vie d'Ehawee-Emilie. Le titre fait référence aux longues randonnées à bicyclette auxquelles elle s'adonne.
Michèle

09/01/2012

Marthe et Mathilde

Marthe et Mathilde : 1902-2001
Pascale Hugues
Ed. Les Arènes, 2009

L'auteur, journaliste du journal Libération, puis du Point, vit à Berlin.
Elle retrace la vie de ses deux grands-mères qui vivaient en Alsace, l'une d'origine française et l'autre allemande, toutes deux nées en 1902 et mortes en 2001. Elles étaient amies depuis l'âge de 5 ans, et ont vécu deux guerres qui auraient pu les diviser, mais leur amitié a survécu à tout.

Ce roman retrace un pan de l'histoire de l'Alsace et l'évolution de la condition féminine pendant le 20ème siècle. On suit aussi la vie à Berlin, via la sœur de Mathilde, institutrice engagée dans cette ville. C'est enfin l'histoire d'une belle amitié... franco-allemande !

Roman présenté au Bouillon de Lecture par Marie-Claire

19/12/2011

Le pari des guetteurs de plumes africaines

Le pari des guetteurs de plumes africaines
Nicholas DRAYSON
Editions des 2 terres, mars 2011

Nairobi, Kenya.
Le très honnête monsieur Malik -petit, rond et dégarni- suit avec assiduité les promenades ornithologiques du mardi organisées par Rose Mbikwa, non seulement parce qu'il est passionné par les oiseaux, mais aussi parce qu'il est secrètement amoureux de Rose. Au moment où il trouve enfin le courage de lui écrire afin de lui demander de l'accompagner au bal annuel du Hunt Club, un sérieux concurrent envisage de se mettre lui aussi sur les rangs : le charmeur parvenu Harry Khan.

Pour éviter d'embarrasser la dame, ils décident d'un pari : celui qui verra le plus de variétés différentes d'oiseaux kenyans en une semaine aura le privilège de l'inviter le premier. L'affaire est sérieuse, et tout leur club se passionne pour le décompte !

Ils passent donc sept jours à sillonner le Kenya, chacun dans son style : en grand pour Harry Khan, plus modestement pour monsieur Malik. Cette histoire loufoque de pari est prétexte pour l'auteur à croquer quelques personnages hauts en couleurs, mais aussi à présenter le pays avec humour, et à en dénoncer les dangers et la corruption endémique.

Lu et apprécié par Aline et Annie.

14/11/2011

Room

Room
Emma Donoghue, Stock (La Cosmopolite), 2001

Jack s'apprête à fêter ses 5 ans avec sa maman. Tous deux vivent enfermés dans la Chambre avec Petit Dressing, Madame Lucarne, Monsieur Lit... Maman invente tout un monde, des activités et des rituels pour Jack, à qui elle a appris à lire.

Quand le Grand méchant Nick menace de cesser de leur apporter à manger, Maman force Jack à être très "peurageux" pour s'échapper et les sauver tous les deux. Mais la vie "Dehors" est difficile !

Un récit exaltant l'amour maternel, la résilience, la réadaptation... Bien qu'inspiré de faits divers horribles, le roman est rendu lumineux par la fraîcheur de Jack, le narrateur, et la détermination de sa Maman à le protéger et l'éduquer au mieux.

Présenté au Bouillon d'octobre 2011 par Jacqueline. Marie-Claire et Aline ont aussi aimé !

Turquetto

Le Turquetto
Metin Arditi, Actes Sud (Domaine Français), août 2011

A partir d'un tableau célèbre, dont la signature présente une anomalie chromatique, l'auteur lâche la bride à son imagination. Il pourrait s'agir de la seule oeuvre parvenue jusqu'à nous du Turquetto, remarquable peintre de la Renaissance Vénitienne.

En quatre tableaux, Metin Arditi dépeint la vie d'un artiste extraordinaire, et homme aux multiples cultures et multiples identités :
- d'abord Elie, enfant juif né à Constantinople dans un milieu pauvre, passionné de dessin bien que la représentation d'êtres vivants soit strictement interdite dans sa religion ;
- ensuite Ilyas, se faisant passer pour Chrétien en Italie, afin d'échapper au ghetto juif et de pouvoir accéder à un atelier et peindre ;
- puis maître renommé, qui finit par trahir ses origines à travers son oeuvre, ce qui lui vaut une condamnation à mort ;
- et enfin de retour à Constantinople, caché sous l'identité d'Ali dans le quartier musulman, afin d'échapper aux poursuites des Vénitiens...

D'assez nombreuses expressions hébraïques ou arabes en début de récit peuvent gêner un peu la lecture. Cependant le personnage et l'époque sont fascinants, en particulier pour les relations entre religions et peuples, ainsi que l'évocation des peintres, de leur oeuvre, et des liens entre l'art et la politique.

Aline

19/10/2011

Accabadora

Accabadora

Michela MURGIA, Seuil 2011

 

Quatrième enfant non désirée, Maria est cédée bien volontiers par sa mère à Tzia Bonaria, la couturière du village. Selon la tradition locale, elle devient donc  la "fille d’âme" de la vieille femme, qui l’élève avec plus de tendresse qu’elle n’en avait connu dans sa famille, et la pousse à étudier.

 

Très proche de sa mère adoptive, Maria est pourtant la seule à ignorer que celle-ci est aussi, par compassion, la "dernière mère"  des souffrants. Dans cette région reculée de Sardaigne, c’est elle qui est chargée d’aider les mourants à passer de l’autre côté. Mise brutalement au courant, Maria est révoltée par ces actes contraires à ses convictions…

 

Ce court roman est à la fois un hymne à la vie, à l’âpre beauté de la Sardaigne, de ses champs et de ses vignes, et une réflexion sur l’adoption et l’euthanasie.

Aline

 

09/10/2011

Scintillation

Scintillation
John Burnside, Métailié 2011
(traduit de "Glister" par Catherine Richard)

Sur une péninsule, empoisonnée par une ancienne usine chimique, continuent à vivre -et souvent à mourir de maladies inconnues- les familles des anciens ouvriers. Tous semblent atteints d'une certaine apathie, les parents sont démissionnaires, les jeunes traînent plus souvent du côté de l'usine qu'ils ne vont à l'école...

Depuis quelques années des garçons disparaissent bizarrement, et la version officielle est qu'ils ont fugué. Pourtant, le policier local sait bien qu'il n'en est rien, puisqu'il a lui-même découvert l'un des cadavres d'enfants et contribué à le dissimuler. Hélas, il n'est pas de taille à mener l'enquête, ni à se révolter contre la loi du silence.

Le seul personnage vivant et positif, dans cette ambiance délétère, est le narrateur principal, Léonard, passionné de livres, de vieux films, et depuis peu de sexe. Contrairement aux autres habitants de l'Intraville, il voit la beauté qui l'entoure, s'attache aux gens, est curieux et veut savoir ce qui est arrivé aux "enfants perdus". Sa lucidité ne l'empêche pas de se laisser entraîner par un groupe violent, puis par un étrange personnage qui le mène à l'ultime lumière.

Scintillation est un livre difficile à classer ou à résumer, à l'écriture dense et poétique, dont la fin pose plus de questions qu'elle n'en résout. Un récit fascinant, d'une "terrible beauté", qui ne laisse pas indifférent.
Aline

Prix du livre Lire / Virgin

01/08/2011

Anthropologie et humour noir

Le dernier voyage du révérend
Nigel Barley, Payot, 2001

Au coeur du XIXe siècle, un prêtre anglican débarque à Akwa, à l'embouchure du Niger, dans l'espoir d'évangéliser les foules.

L'esclavage a certes déjà été aboli, mais les colons et trafiquants sont toujours là pour réaliser un maximum de profit sur le dos des africains, tandis que ces derniers se maraboutent et s'entretuent à qui mieux mieux dans des luttes intestines de pouvoir.

Candide et plein d'amour pour son prochain, le pauvre révérend ne comprend pas la moitié de ce qui se trame autour de lui, et reste résolument optimiste. Il est entouré d'une galerie de personnages hauts en couleurs et attachants : sa femme, qui l'aime profondément mais déteste l'Afrique, son serviteur Ali dévoué et fine mouche, le "prince John Bull" qui à la fois l'exploite et le protège, le "Roi Jack" à moitié fou,...

Une chronique politiquement incorrecte, irrévérencieuse et burlesque.
Aline