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21/07/2011

non-sens

Pas Sidney Poitier

Percival Everett      Actes Sud 2011

 

L’absurde affirme ses droits dès le début du roman :

Fils d’une mère hystérique et excentrique, le narrateur est né après une grossesse de 24 mois, et a été affublé du prénom impossible de « Pas Sidney ». Tout au long de sa vie, il conserve ce prénom, qui lui vaut pourtant de nombreux ennuis.

 

Pas Sidney avance dans la vie sans but précis, tantôt victime de la couleur de sa peau et de sa naïveté, tantôt sauvé du désastre par l’incroyable fortune léguée par sa mère.

Il est également doté d’une capacité à "fesmeriser"  (hypnotiser) certains sujets, et d’un physique plutôt avantageux.

 

Les personnages qui l’entourent sont caricaturaux, depuis les bonnes sœurs illuminées jusqu’aux infâmes policiers blancs de Negroblanc County. Ses amis proches, Ted Turner (flanqué d’une Jane Fonda fondue d’aérobics) et son professeur d’université Percival Everett sont tous deux des adeptes du "non-sens" et lui donnent les conseils les plus absurdes…

 

Malgré une histoire un peu déroutante, j’ai aimé ce roman d’initiation, plein d’humour noir et décalé.

Aline

 

14/06/2011

Hommes et femmes...

Homo Erectus, Tonino Benacquista,   Gallimard, 2011

"Pour certains, il s'agissait d'un rendez-vous réservé aux hommes, où il était question de femmes. D'autres, en mal de solidarité, y voyaient le dernier refuge des grands blessés d'une guerre éternelle. Pour tous, d'où qu'ils viennent et quoi qu'ils aient vécu, c'était avant tout le lieu où raconter son histoire."

Ce cercle de parole, ouvert à tous les hommes, se réunit régulièrement. Chacun peut librement raconter son histoire, sans interruption. Chaque histoire est légitime, et écoutée sans commentaire.

Entre deux réunions du jeudi soir, deux esquisses de récits de vie, nous suivons les réflexions et l'évolution -amoureuse- de trois hommes : Denis, le garçon de brasserie, qui ne plaît plus aux femmes ; Philippe, le philosophe, jamais remis du départ de sa Juliette ; Yves, le poseur de fenêtres, dont le rêve familial a volé en éclats le jour où Pauline l'a trompé avec un gogo-danceur.

Tonino Benacquista nous entraîne une fois de plus sur un sujet surprenant, et son récit est agréable à lire, bien écrit, pas du tout graveleux malgré le sujet. Pour autant, je ne trouve pas qu'il ait exploité son idée de base avec l'originalité développée dans d'autres romans (Malavita, Quelqu'un d'autre, Saga...).

Aline

07/05/2011

adapté au cinéma

Les adolescents troglodytes, d'Emmanuelle PAGANO,   P.O.L. 2007

Sur les hauts plateaux d'Ardèche, Adèle est conductrice de navette scolaire pour les petits et les ados. L'hiver est long (et oui, ceux qui vivent "là-haut" le savent bien...) et les conditions météo difficiles.

Le récit d'Adèle, très visuel, alterne ses impressions sur la nature, son amitié pour les enfants et ses souvenirs de jeunesse dans ce même village : mère morte en couches, père déprimé et petit frère chéri qui n'a jamais admis sa transsexualité.

Une écriture surprenante, précise et sensible, qui alterne entre poésie et mots crus. A lire. Le roman est en cours d'adaptation au cinéma (adaptation par Géraldine Boudot, production par Koro films).

Aline

21/02/2011

Révolution intérieure

Les insurrections singulières,   Jeanne BENAMEUR     Actes Sud, 2011

Suite à sa rupture avec Karima, Antoine retourne vivre chez ses parents dans un pavillon de banlieue. Comme son père avant lui, il travaille à l'usine, mais les temps sont durs : les aciéries sont en cours de délocalisation au Brésil. Antoine se bat avec ses camarades pour éviter la fermeture...

Toujours en décalage, observateur silencieux, ils a depuis son enfance des angoisses et des envies de fuite. Il se sent comme un imposteur dans le rôle qu'il a endossé :

Je n'ai pas les mains qui vont avec les choses. J'ai eu beau toute ma vie essayer. Rien à faire. Il y a quelque chose qui "ne colle pas" entre moi et le monde, moi et ce que je vis. Et je ne sais pas ce que c'est. Je suis à côté. Toujours à côté. J'ai cherché à poser mes mains là où mon père avait posé les siennes, à l'usine. Parce que l'usine j'y avais droit. Pas de problème. C'était dans l'ordre des choses. Mais ça ne marche pas comme ça. Il n'y a pas écrit Père et Fils dans la paume de nos mains.

Jusqu'au jour où le vieux Marcel lui fait "rencontrer" un livre : la vie de Jean de Monlevade, noble du centre de la France, un jeune polytechnicien qui part créer le premier des hauts-fourneaux au Brésil en plein XIXème siècle...

Marcel l'encourage à partir, lui aussi, à oser ! C'est au Brésil qu'il accomplira sa révolution intérieure et se sentira enfin en accord avec le monde, avec la fraternité des humain. C'est là aussi qu'il finira par trouver le chemin des mots et de l'amour.

Aline

26/01/2011

un roman américain...français

Le retour de Jim Lamar,   Lionel Salaün             Liana Levi, août 2010

Dès la première page, le décor est posé : Stanford, au fin fond de l'Amérique rurale.

 "Un coin "où on n'aimait pas bien les étrangers... et encore, par étrangers, j'entends des types de l'autre rive du Mississippi, sans même aller jusqu'à l'Iowa ou l'Illinois, des gars d'un autre comté, des gens pas comme nous, des gens d'ailleurs, des étrangers, quoi !"

Jim Lamar, parti en 1968 quelque part au nord de Saïgon, a trop tardé à revenir après sa démobilisation : ses parents sont morts, sa ferme a été pillée par "de bonnes âmes charitables venues arracher à leur sort tragique" tous les habitants de la basse-cour, puis récupérer tout ce qui pouvait l'être...

Autant dire que lorsqu'il réapparaît, en 1981, les paysans du coin ne sont pas ravis de son retour ! Seul Billy, garçon de 13 ans pas très à l'aise dans son personnage, s'intéresse à lui. Peut-être parce que tous deux partagent le même amour pour le fleuve. Une amitié se tisse entre eux.

Billy ose enfin la question que tous se posent : "Dites, pourquoi vous avez mis si longtemps à revenir ?"  et nous découvrons avec lui des pans de la vie de Jimmy : la relation au père, la guerre du Vietnam, mais surtout les souvenirs des compagnons perdus, auxquels Jim a tellement de mal à survivre.

Le récit est sinueux, interrompu par les aller-retours que fait le garçon entre ses occupations quotidiennes et ses escapades auprès de son ami, et par les caprices de la mémoire de Jim :

"Embarqué une fois encore dans les méandres de sa mémoire, je me laissais porter au gré de son courant aussi tortueux que celui du Mississippi. Un instant, je crus que nous étions engagés dans un bras mort au fond duquel, pris dans la vase, nous allions devoir patienter jusqu'aux prochaines grandes eaux pour faire marche arrière et reprendre le fil du fleuve. Mais c'était compter sans le talent de pilote de Jimmy ; ce que j'avais pris pour un échouage n'était qu'une habile manoeuvre destinée à contourner un   redoutable écueil."

J'ai beaucoup aimé certains passages, Lionel Salaün a une écriture très évocatrice. J'ai du mal à définir ce qui m'a manqué pour un véritable coup de coeur... (Le personnage de Billy sert surtout de faire-valoir, de révélateur pour les fêlures de Jim Lamar. Il aurait pu être doté d'un peu plus d'épaisseur pour que l'ensemble soit crédible ?)

En tout cas, c'est un premier roman très prometteur ! 

Aline

16/11/2010

Très sombre, mais comment l'ignorer ?

Purge,  de Sofi OKSANEN         Stock, 2010

Voici un roman instructif, sur fond  d’histoire contemporaine à l’Est.  A travers un  drame intime et familial, l’auteur dénonce le sort de l’Estonie, subissant successivement le joug de l’Allemagne Nazie puis du communisme  soviétique .

 

Peut-on évacuer son passé d’autant plus qu’il est inscrit dans la mémoire de trois générations de femmes tour à tour avilies par la tyrannie politique et mafieuse ? Quand  la peur et la dénonciation érigées en système confisquent jusqu’aux sentiments familiaux...

Ni mère, ni sœur, ni amante…  la vieille dame aux confitures est–elle indigne pour autant?

 

On notera des portraits masculins peu glorieux, sachant que l’auteur excelle dans des descriptions minutieuses d’une réalité … physique, matérielle  interdisant l’échappée romantique…

 

Et pourtant ce récit nous capte dès les premières pages, on en sort  bouleversé et certainement… moins ignorant ou (e).

Sylvie.

 

13/10/2010

Un bûcher sous la neige

Un bûcher sous la neige,   Susan FLETCHER                      Plon (Feux croisés), 2010

Dépaysant, historique ... et  romantique

Si vous cherchez une histoire vraiment romantique qui vous transporte dans les forêts d’Ecosse au Moyen Age, loin dans le temps et proche de la vie des plantes, immergé dans une nature poétique, n'hésitez pas.

 

Quoique très romancé, le contexte historique sert aussi une cause méconnue, celle des quelques cent mille « sorcières » qui comme l’héroïne furent condamnées à être brûlées vives en place publique. Un rien suffisait: une épidémie chez les voisins, un soupirant éconduit, un orage trop violent ou un peu trop d’indépendance, les femmes modernes que nous sommes reviennent… de loin!

 

Si le contexte peut apparaître sombre, l’humanité des personnages domine, avec une histoire d’amour et un récit simple mais lumineux, qui  vous emporte vraiment au fil des 400 pages.

Sylvie

01/09/2010

Encore l'Islande...

Retour à Reykjavik,  Kristof MAGNUSSON     Gaïa, 2008

Larus est Islandais, mais vit en Allemagne depuis longtemps. Il rentre à Reykjavik pour passer Noël avec son amie d'enfance, Matilda, et leurs amours respectifs.  Mais rien ne se passe comme prévu, puisque les deux couples éclatent avant les vacances, et que les deux amis ne parviennent plus à communiquer.

L'auteur nous promène dans tout le Reykjavik "branché" d'aujourd'hui, mêlé de références à la construction de l'identité nationale, et en particulier à la saga fondatrice d'Egill Skallagrimsson.

Quête du passé et quête de l'oubli s'entrecroisent. Larus ne comprend pas ce qui lui tombe dessus, mais il fonce tête baissée dans une ville sans pitié, entraînant des dommages collatéraux.

Roman intéressant, mais à réserver aux amateurs d'Islande, car le lecteur, lui non plus, ne comprend pas tout ! Aline

Charlie n'est pas rentrée

Charlie n'est pas rentrée,   NICCI FRENCH     A Vue d'Oeil, 2009

Combat d'une femme pour retrouver sa fille, disparue depuis le matin, en dépit des policiers qui pensent à une fugue et commencent leurs investigations sans conviction.

Plusieurs lecteurs m'ayant fait des commentaires élogieux sur NICCI FRENCH, couple d'auteurs de thrillers, j'ai profité des vacances pour me lancer avec ce titre-ci. Résultat ? Pas mal, sans plus. L'intrigue est bien agencée, avec de l'action et du suspense. Mais pour moi, les personnages sont trop peu développés. Plutôt agréable à lire, ce livre ne me laissera pas grand souvenir, finalement.

Pour ceux qui préfèrent un style de thriller dépouillé de descriptions et d'analyses.

Aline

27/08/2010

Zulma

L'écharde,   Paul WENZ     Zulma, 2010

"La journée avait été rude pour John Iredale et pour son manager ; ils avaient fait passer trois mille brebis dans les yards. La poussière poivrée leur avait brûlé les yeux, leurs mains étaient égratignées par les graterons, et le maniement des bêtes récalcitrantes leur avait donné une onglée qui durait encore."

En plein bush australien, John Iredale, jeune boss de la "station" de Tilfara, fait consciencieusement  tourner son ranch, l'un des plus beaux de la région, secondé par des hommes capables et efficaces.

Les choses se compliquent avec l'arrivée d'une jolie gouvernante, qui n'admet pas qu'Iredale se fiance ailleurs, et passe sa vie à essayer de lui mettre des bâtons dans les roues. John, qui manipule à longueur de journée des barrières en bois mal dégrossi, sait de quoi il parle lorsqu'il compare Sarah à une écharde dans sa vie : "...cette petite douleur lancinante, sourde, énervante..."

Qui voudrait se plonger dans une saga sentimentale -que le lecteur serait en droit d'attendre, avec un sujet pareil- sera certainement déçu. L'intrigue progresse trop vite pour celà, et la vie des personnages se déroule sans fioriture.

L'intérêt du roman réside plutôt dans le regard de l'auteur sur la vie dans les stations australiennes, une ambiance un peu nostalgique de bon vieux western australien, et les frictions constantes entre les deux personnages principaux. Ce livre, écrit en 1931 par un contemporain de Jack London installé en Australie, n'a pas pris une ride.

Une bonne occasion de découvrir les éditions Zulma, pour le lecteur qui n'aurait pas encore été attiré par ses couvertures à motifs psychédéliques...

Aline