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14/11/2011

Room

Room
Emma Donoghue, Stock (La Cosmopolite), 2001

Jack s'apprête à fêter ses 5 ans avec sa maman. Tous deux vivent enfermés dans la Chambre avec Petit Dressing, Madame Lucarne, Monsieur Lit... Maman invente tout un monde, des activités et des rituels pour Jack, à qui elle a appris à lire.

Quand le Grand méchant Nick menace de cesser de leur apporter à manger, Maman force Jack à être très "peurageux" pour s'échapper et les sauver tous les deux. Mais la vie "Dehors" est difficile !

Un récit exaltant l'amour maternel, la résilience, la réadaptation... Bien qu'inspiré de faits divers horribles, le roman est rendu lumineux par la fraîcheur de Jack, le narrateur, et la détermination de sa Maman à le protéger et l'éduquer au mieux.

Présenté au Bouillon d'octobre 2011 par Jacqueline. Marie-Claire et Aline ont aussi aimé !

Turquetto

Le Turquetto
Metin Arditi, Actes Sud (Domaine Français), août 2011

A partir d'un tableau célèbre, dont la signature présente une anomalie chromatique, l'auteur lâche la bride à son imagination. Il pourrait s'agir de la seule oeuvre parvenue jusqu'à nous du Turquetto, remarquable peintre de la Renaissance Vénitienne.

En quatre tableaux, Metin Arditi dépeint la vie d'un artiste extraordinaire, et homme aux multiples cultures et multiples identités :
- d'abord Elie, enfant juif né à Constantinople dans un milieu pauvre, passionné de dessin bien que la représentation d'êtres vivants soit strictement interdite dans sa religion ;
- ensuite Ilyas, se faisant passer pour Chrétien en Italie, afin d'échapper au ghetto juif et de pouvoir accéder à un atelier et peindre ;
- puis maître renommé, qui finit par trahir ses origines à travers son oeuvre, ce qui lui vaut une condamnation à mort ;
- et enfin de retour à Constantinople, caché sous l'identité d'Ali dans le quartier musulman, afin d'échapper aux poursuites des Vénitiens...

D'assez nombreuses expressions hébraïques ou arabes en début de récit peuvent gêner un peu la lecture. Cependant le personnage et l'époque sont fascinants, en particulier pour les relations entre religions et peuples, ainsi que l'évocation des peintres, de leur oeuvre, et des liens entre l'art et la politique.

Aline

19/10/2011

Accabadora

Accabadora

Michela MURGIA, Seuil 2011

 

Quatrième enfant non désirée, Maria est cédée bien volontiers par sa mère à Tzia Bonaria, la couturière du village. Selon la tradition locale, elle devient donc  la "fille d’âme" de la vieille femme, qui l’élève avec plus de tendresse qu’elle n’en avait connu dans sa famille, et la pousse à étudier.

 

Très proche de sa mère adoptive, Maria est pourtant la seule à ignorer que celle-ci est aussi, par compassion, la "dernière mère"  des souffrants. Dans cette région reculée de Sardaigne, c’est elle qui est chargée d’aider les mourants à passer de l’autre côté. Mise brutalement au courant, Maria est révoltée par ces actes contraires à ses convictions…

 

Ce court roman est à la fois un hymne à la vie, à l’âpre beauté de la Sardaigne, de ses champs et de ses vignes, et une réflexion sur l’adoption et l’euthanasie.

Aline

 

09/10/2011

Scintillation

Scintillation
John Burnside, Métailié 2011
(traduit de "Glister" par Catherine Richard)

Sur une péninsule, empoisonnée par une ancienne usine chimique, continuent à vivre -et souvent à mourir de maladies inconnues- les familles des anciens ouvriers. Tous semblent atteints d'une certaine apathie, les parents sont démissionnaires, les jeunes traînent plus souvent du côté de l'usine qu'ils ne vont à l'école...

Depuis quelques années des garçons disparaissent bizarrement, et la version officielle est qu'ils ont fugué. Pourtant, le policier local sait bien qu'il n'en est rien, puisqu'il a lui-même découvert l'un des cadavres d'enfants et contribué à le dissimuler. Hélas, il n'est pas de taille à mener l'enquête, ni à se révolter contre la loi du silence.

Le seul personnage vivant et positif, dans cette ambiance délétère, est le narrateur principal, Léonard, passionné de livres, de vieux films, et depuis peu de sexe. Contrairement aux autres habitants de l'Intraville, il voit la beauté qui l'entoure, s'attache aux gens, est curieux et veut savoir ce qui est arrivé aux "enfants perdus". Sa lucidité ne l'empêche pas de se laisser entraîner par un groupe violent, puis par un étrange personnage qui le mène à l'ultime lumière.

Scintillation est un livre difficile à classer ou à résumer, à l'écriture dense et poétique, dont la fin pose plus de questions qu'elle n'en résout. Un récit fascinant, d'une "terrible beauté", qui ne laisse pas indifférent.
Aline

Prix du livre Lire / Virgin

01/08/2011

Anthropologie et humour noir

Le dernier voyage du révérend
Nigel Barley, Payot, 2001

Au coeur du XIXe siècle, un prêtre anglican débarque à Akwa, à l'embouchure du Niger, dans l'espoir d'évangéliser les foules.

L'esclavage a certes déjà été aboli, mais les colons et trafiquants sont toujours là pour réaliser un maximum de profit sur le dos des africains, tandis que ces derniers se maraboutent et s'entretuent à qui mieux mieux dans des luttes intestines de pouvoir.

Candide et plein d'amour pour son prochain, le pauvre révérend ne comprend pas la moitié de ce qui se trame autour de lui, et reste résolument optimiste. Il est entouré d'une galerie de personnages hauts en couleurs et attachants : sa femme, qui l'aime profondément mais déteste l'Afrique, son serviteur Ali dévoué et fine mouche, le "prince John Bull" qui à la fois l'exploite et le protège, le "Roi Jack" à moitié fou,...

Une chronique politiquement incorrecte, irrévérencieuse et burlesque.
Aline

Dignité

danbé, Aya Cissoko et Marie Desplechin
Calmann-Lévy, 2011

A mille lieues des titres racoleurs, ce livre discret trace l'itinéraire d'Aya Cissoko, la jeune championne du monde de boxe française (1999 et 2003) et boxe anglaise (2006).

Elle évoque avec simplicité son enfance parisienne pauvre mais heureuse jusqu'à l'incendie qui tue son père Sagui et sa soeur Massou. Puis les années de combat pour grandir, s'affirmer face à sa mère, dont elle reconnaît aujourd'hui le courage : malade et malheureuse, Massiré refuse l'autorité des "Pères" qui voudraient leur retour au Mali, mais élève Aya dans le respect de la tradition et du danbé, la dignité.

Dignité et résilience caractérisent Aya, dans ce récit tout en retenue.
Aline

Voir aussi cette très bonne critique.

21/07/2011

non-sens

Pas Sidney Poitier

Percival Everett      Actes Sud 2011

 

L’absurde affirme ses droits dès le début du roman :

Fils d’une mère hystérique et excentrique, le narrateur est né après une grossesse de 24 mois, et a été affublé du prénom impossible de « Pas Sidney ». Tout au long de sa vie, il conserve ce prénom, qui lui vaut pourtant de nombreux ennuis.

 

Pas Sidney avance dans la vie sans but précis, tantôt victime de la couleur de sa peau et de sa naïveté, tantôt sauvé du désastre par l’incroyable fortune léguée par sa mère.

Il est également doté d’une capacité à "fesmeriser"  (hypnotiser) certains sujets, et d’un physique plutôt avantageux.

 

Les personnages qui l’entourent sont caricaturaux, depuis les bonnes sœurs illuminées jusqu’aux infâmes policiers blancs de Negroblanc County. Ses amis proches, Ted Turner (flanqué d’une Jane Fonda fondue d’aérobics) et son professeur d’université Percival Everett sont tous deux des adeptes du "non-sens" et lui donnent les conseils les plus absurdes…

 

Malgré une histoire un peu déroutante, j’ai aimé ce roman d’initiation, plein d’humour noir et décalé.

Aline

 

14/06/2011

Hommes et femmes...

Homo Erectus, Tonino Benacquista,   Gallimard, 2011

"Pour certains, il s'agissait d'un rendez-vous réservé aux hommes, où il était question de femmes. D'autres, en mal de solidarité, y voyaient le dernier refuge des grands blessés d'une guerre éternelle. Pour tous, d'où qu'ils viennent et quoi qu'ils aient vécu, c'était avant tout le lieu où raconter son histoire."

Ce cercle de parole, ouvert à tous les hommes, se réunit régulièrement. Chacun peut librement raconter son histoire, sans interruption. Chaque histoire est légitime, et écoutée sans commentaire.

Entre deux réunions du jeudi soir, deux esquisses de récits de vie, nous suivons les réflexions et l'évolution -amoureuse- de trois hommes : Denis, le garçon de brasserie, qui ne plaît plus aux femmes ; Philippe, le philosophe, jamais remis du départ de sa Juliette ; Yves, le poseur de fenêtres, dont le rêve familial a volé en éclats le jour où Pauline l'a trompé avec un gogo-danceur.

Tonino Benacquista nous entraîne une fois de plus sur un sujet surprenant, et son récit est agréable à lire, bien écrit, pas du tout graveleux malgré le sujet. Pour autant, je ne trouve pas qu'il ait exploité son idée de base avec l'originalité développée dans d'autres romans (Malavita, Quelqu'un d'autre, Saga...).

Aline

07/05/2011

adapté au cinéma

Les adolescents troglodytes, d'Emmanuelle PAGANO,   P.O.L. 2007

Sur les hauts plateaux d'Ardèche, Adèle est conductrice de navette scolaire pour les petits et les ados. L'hiver est long (et oui, ceux qui vivent "là-haut" le savent bien...) et les conditions météo difficiles.

Le récit d'Adèle, très visuel, alterne ses impressions sur la nature, son amitié pour les enfants et ses souvenirs de jeunesse dans ce même village : mère morte en couches, père déprimé et petit frère chéri qui n'a jamais admis sa transsexualité.

Une écriture surprenante, précise et sensible, qui alterne entre poésie et mots crus. A lire. Le roman est en cours d'adaptation au cinéma (adaptation par Géraldine Boudot, production par Koro films).

Aline

21/02/2011

Révolution intérieure

Les insurrections singulières,   Jeanne BENAMEUR     Actes Sud, 2011

Suite à sa rupture avec Karima, Antoine retourne vivre chez ses parents dans un pavillon de banlieue. Comme son père avant lui, il travaille à l'usine, mais les temps sont durs : les aciéries sont en cours de délocalisation au Brésil. Antoine se bat avec ses camarades pour éviter la fermeture...

Toujours en décalage, observateur silencieux, ils a depuis son enfance des angoisses et des envies de fuite. Il se sent comme un imposteur dans le rôle qu'il a endossé :

Je n'ai pas les mains qui vont avec les choses. J'ai eu beau toute ma vie essayer. Rien à faire. Il y a quelque chose qui "ne colle pas" entre moi et le monde, moi et ce que je vis. Et je ne sais pas ce que c'est. Je suis à côté. Toujours à côté. J'ai cherché à poser mes mains là où mon père avait posé les siennes, à l'usine. Parce que l'usine j'y avais droit. Pas de problème. C'était dans l'ordre des choses. Mais ça ne marche pas comme ça. Il n'y a pas écrit Père et Fils dans la paume de nos mains.

Jusqu'au jour où le vieux Marcel lui fait "rencontrer" un livre : la vie de Jean de Monlevade, noble du centre de la France, un jeune polytechnicien qui part créer le premier des hauts-fourneaux au Brésil en plein XIXème siècle...

Marcel l'encourage à partir, lui aussi, à oser ! C'est au Brésil qu'il accomplira sa révolution intérieure et se sentira enfin en accord avec le monde, avec la fraternité des humain. C'est là aussi qu'il finira par trouver le chemin des mots et de l'amour.

Aline