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01/06/2010

Infrarouge

Infrarouge, Nancy HUSTON      Actes Sud, 2010

Certaine de tenir un nouveau coup de coeur, j'ai sauté sur le dernier livre de Nancy Huston... pour finir un peu déçue. Pour moi, ce n'est pas le plus indispensable de ses romans...

Le titre, Infrarouge, fait référence au métier de la narratrice, Rena Greenblatt, artiste et reporter photographe jouissant déjà d'une certaine renommée après plusieurs expositions photos. Passionnée de photographie, d'hommes et de sexe, elle délaisse pourtant son métier et son "mari" Aziz pour passer des vacances en Italie avec son père Simon et sa belle-mère Ingrid.

Ce séjour, qu'elle espérait vouer à la découverte en famille des grandes oeuvres de la Renaissance, tourne court. Les parents traînent la patte, semblant émerger seulement pour les pauses-repas : Simon, vieillissant, est bien loin de l'intellectuel qu'il a été, et le manque total de culture d'Ingrid est agaçant. Comme se le répète Rena "Hors de chez eux, les touristes sont bêtes !".

"Leurs pensées s'égaillent. Chacun mélange le contenu du musée avec sa propre tête : faits glanés au hasard de leurs parcours, souvenirs, associations, états d'âmes..."

Présent et passé se mélangent. Déçue par ces instants ratés, Rena plonge tantôt dans ses souvenirs douloureux d'enfance et d'adolescence, images refoulées de ses relations difficiles avec son frère et de la mort de sa mère, tantôt dans les détails de sa vie sexuelle et amoureuse d'adulte.

Le récit, à plusieur niveaux, manque de... je ne sais quoi. Rena est déçue, ce séjour italien s'étire en longueur et le lecteur s'ennuie avec elle. Et le récit de ses amours croustillantes n'y change rien. D'autre part je n'ai ni été contaminée par sa passion pour la photographie, ni vu l'intérêt d'exprimer ses pensées à travers un dialogue avec Subra, son double (qui ne semble pas aller au-delà du simple procédé narratif).

D'où ma question : suis-je passée à côté du livre ?

Aline

Chroniqueur sans coeur

Le chroniqueur sans coeur,   Francesco ABATE             (traduit de l'italien par Marc PORCU),   La Fosse aux ours, 2009

Rudy Saporito est journaliste à la rubrique des faits divers de Cagliari, en Sardaigne. Contrairement aux "vrais" hommes de sa famille, il ne gagne pas pouvoir et argent en tant qu'avocat. Pour autant, il est tout aussi calculateur et froid lorsqu'il s'agit de dégoter un scoop, et sciemment charmeur pour faire parler les témoins.

Portrait d'un type doué dans sa partie, quoi. Un type pas très reluisant, qui vit beaucoup la nuit : alcool, drogues, boîtes de nuit et sexe.. Un type lucide, et loyal aussi à sa façon...

Ce roman a reçu en 2010 le Prix littéraire des Jeunes Européens. Note : le  Prix Littéraire des Jeunes Européens , une initiative des étudiants ECE Lyon, récompense chaque année des livres de littérature européenne traduit en français. Le choix de livres semble s'adresser plutôt à de grands étudiants ou à des adultes.

Pas mal. Aline

21/04/2010

Autobiographie d'un grignoteur de livres

Firmin, autobiographie d’un grignoteur de livres

Sam Savage, Actes Sud 2009

 

Premier roman d’un auteur américain, acclamé à sa sortie (en anglais) dans le Courrier International, ce "grignoteur" me faisait de l’œil depuis son étagère depuis longtemps déjà…

 

Plus un livre s’est fait désirer, plus la déception est facile… et j’ai d’abord été un peu déçue par le récit, bourré de références littéraires, et qui met longtemps à trouver son rythme. Mais j’ai fini par trouver beaucoup de charme à la vie et aux réflexions du narrateur.

 

Firmin, rat malingre et érudit, a vu le jour dans la cave d’une librairie de Scollay Square, quartier condamné du Boston des années 1960. Observateur attentif de la librairie, il commence par grignoter les livres avant d’établir des corrélations entre leur goût et leur qualité littéraire…

 

Se sentant plus homme que rat, passionné de livres et de « mignonnes », il apprend pourtant à se méfier des humains  après une tentative d’assassinat ! Il est exclu de toute société jusqu’à sa rencontre avec Jerry Magoon, romancier marginal et original qui l’adopte… sans jamais comprendre quelles profondeurs recèlent ses couinements…

 

Bel hommage à la littérature et à la différence.

Aline

20/04/2010

Dans la cathédrale

Dans la cathédrale,   Christian OSTER

Editions de Minuit, 2010

 

Chroniqueur pour la Tribune du Centre,  le narrateur se trouve dans une période de transition au niveau personnel et professionnel : le présent ne le satisfait pas, mais il semble manquer de ressort pour prendre des décisions ou faire des projets.

 

"Je travaille moins bien l’après-midi, surtout quand je n’ai rien fait le matin"

 

Entre Paris et la Beauce, il erre dans un état de flottement, au gré de ses relations avec une série de personnages qui entrent et sortent de sa vie : Elisabeth, qu’il semble avoir bien connue 20 ans plus tôt mais dont il ne lui reste aucun souvenir ; Paul, qui habite chez lui avant de disparaître lors d’un enterrement ;  Marianne, qu'il n’a plus envie de voir ; et enfin Anne, qu'il n'a pas encore rencontrée mais qu'il décide de placer au centre de sa vie.

 

Le lecteur trouvera peu d’action dans les 141 pages de ce roman, c’est l’écriture soignée et sobre de Christian Oster qui en constitue le principal attrait.

Aline

19/04/2010

Lézard lubrique

Le lézard lubrique de Melancholy Cove      Christopher MOORE   Gallimard, Série Noire, 2003

C’est la fin de l’été à Melancholy Cove, bourgade de Californie qui retrouve d'ordinaire le calme lorsque les touristes sont partis. Cette année, rien n’est simple, les incidents s’enchaînent pour bouleverser la ville.

C’est d’abord le suicide d’une mère de famille obsédée de propreté qui pousse la psy locale à abandonner les traitements par antidépresseurs. Puis Catfish le bluesman est engagé pour relancer l’activité du bar. Enfin, un monstre préhistorique  -qui déteste le blues depuis que son bébé a été tué par Catfish-  sort des abîmes sous-marins à la poursuite du musicien.

La ville est mise sans dessus dessous par ses capacités physiques, mentales et sexuelles hors du commun et l’unique policier municipal, Théophile Crowe, va devoir délaisser ses plans de marijuana et s’appuyer sur tous ses amis pour sauver ses concitoyens… et sa peau !

Polar américain distrayant et bien délirant, à la hauteur de son titre.

Aline

15/03/2010

Ecole des saveurs

L’école des saveurs, Erica BAUERMEISTER                         Presses de la Cité, 2009

Laissez-vous tenter par ce roman facile à déguster, bien dans la thématique actuelle de la bibliothèque…

Lillian tient un restaurant gastonomique, et propose chaque année une session de cours de cuisine, de l’automne au printemps.

Sa passion pour la cuisine est née lorsqu’encore enfant elle essayait d’intéresser sa mère dépressive à la vie concrète, et de la réveiller par ses essais culinaires. La cuisine a pour elle une dimension philosophique et thérapeutique.

Cette année, l’école des saveurs réunit des élèves de tous horizons, qui partagent tentatives culinaires, blessures de la vie et aspirations, sous la houlette bienveillante de Lillian.

Aline

04/01/2010

Banal oubli

Banal oubli (nuit muette sur la croix de l’arc-en-ciel)      Gary VICTOR, Vents d’ailleurs, 2008

Dépaysement garanti, avec un auteur haïtien décoiffant.

Pierre Jean, écrivain Haïtien " espoir pour le prix Nobel ", s’oublie une nuit au bar " chez James ". Une part de lui – son subconscient ? - prend son indépendance et entame une vengeance pour tous les outrages qu’il a subis lorsqu’il était enfant.

Pour couronner le tout, le personnage principal du roman -qu’il écrit pour raconter cette expérience- se retourne aussi contre lui et conteste la dictature des créateurs sur leurs personnages. Il revendique la devise transmise par le père de l’écrivain : " Vainqueur ou vaincu, surtout vaincu, ne laisse à quiconque, pas même à Dieu, le soin d’écrire ton histoire ".

Les cadavres pleuvent, les fantômes et personnages vaudou se démènent dans ce roman déroutant, échevelé et sombre. On n’est pas certain d’avoir tout compris à la fin du récit, on ne sait plus bien qui est qui, mais on s’est laissé surprendre et embarquer dans une ambiance haïtienne moite et hallucinée.

Aline

22/12/2009

La vie d'une autre

La vie d’une autre             Frédérique DEGHELT      Actes Sud, 2007

Marie a 25 ans. Un soir de fête, elle a craqué pour le charmant Pablo. Elle se réveille le lendemain…. 12 ans plus tard, mariée, avec 3 enfants, sans aucun souvenir des années écoulées !

Elle choisit de ne pas avouer son amnésie, et d’improviser son rôle en attendant de retrouver la mémoire ou de comprendre ce qui s’est passé.

Du coup, ses rêves et sa légèreté de jeune femme se retrouvent confrontés brutalement à une vie familiale plutôt réussie, certes, mais difficile à assumer quand on ne se rappelle en rien comment on en est arrivé là !

Et si tout va si bien dans sa vie, que Pablo et elle sont toujours amoureux, que leur famille idéale fait même des envieux, pourquoi son cerveau a-t-il soudain choisi l’amnésie ?… retrouver ses souvenirs est-il vraiment souhaitable ?

Aline

23/11/2009

Corps et âme

Corps et âme                Frank CONROY Gallimard, 1996

Un plaisir de lecture de 500 pages, merci à la lectrice qui me l’avait recommandé !

New York dans les années 40 et suivantes, une ville en pleine évolution, plutôt pittoresque, où l’on vit par quartier, par milieu social.

Enfant, Claude Rawlings est totalement livré à lui même. Sa mère, excentrique et sans doute dépressive, fait le taxi toute la journée et le laisse dans leur " basement flat " où règne le plus grand désordre (déjà que ces appartements quasiment en sous-sol ne sont souvent pas bien joyeux !).

Claude trompe l’ennui en regardant par le soupirail passer les pieds des gens. Son seul passe-temps est le piano de boîte de nuit blanc entreposé dans la chambre du fond. Ce piano et la découverte de la musique vont transcender sa vie. Avec les encouragements du vieux pianiste Weisfeld, puis de tous les professeurs que celui lui trouvera, Claude va développer son don pour la musique et devenir professionnel.

Une histoire de vie, mais surtout une formidable description de la façon dont on peut s’approprier la musique, progresser encore et encore dans sa sensibilité et son apprentissage… Un seul bémol : l’apparente facilité avec laquelle toutes les difficultés semblent s’aplanir d’elles-mêmes devant le talent de Claude rend le récit un peu moins crédible.

Mais dans l’ensemble, un grand livre ! Moi qui ne suis pourtant pas pianiste, j’ai été fascinée !

Aline

11/11/2009

Une trop bruyante solitude

Une trop bruyante solitude,

Bohumil HRABAL           R. Laffont, 1983

Voilà 35 ans que Hanta "travaille dans le vieux papier" à Prague, et qu'il boit de la bière pour tenir le coup. Sous une vieille presse hydraulique - bouton vert - bouton rouge - il compresse jour après jour des tonnes de papiers et de livres.

Le lecteur ne peut rester indifférent devant ce portrait d'une noirceur kafkaïenne. Hanta vit dans un appartement tapissé du sol au plafond de livres récupérés, met de côté quelques livres rares pour de pittoresques collectionneurs, et s'est donné pour mission - à défaut de pouvoir sauver tous les livres - de les enterrer dignement : au coeur de chaque ballot de vieux papiers, confectionné avec amour, il dépose un livre précieux à ses yeux, ouvert à une page significative : Goethe, Schiller, Hegel, Nietsche ou Hölderlin...

Totalement immergé dans la lecture et dans son travail, il ne semble pas avoir de vie propre, si ce n'est pendant un temps une étreinte réconfortante avec une tzigane, dont il ne connaîtra jamais le nom. Sa seule ambition, contrariée par l'arrivée de brigades de jeunes ouvriers modèles, est de racheter le pilon à sa retraite, pour confectionner des balles de papier à la mesure de son art.

Paradoxe entre cet homme fruste et crasseux, outil de destruction des livres, et sa passion presque mystique pour leur contenu. Contraste  aussi entre une lecture un peu ennuyeuse (et oui, je l'avoue, j'ai lu ce livre à la fois fascinée et ennuyée) et un contenu extrêmement fort !

Aline