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08/11/2009

L'aveuglement

L’aveuglement, de José SARAMAGO              Seuil, 1997

Il y a quelques semaines, Marie-Claire m’a recommandé la lecture de José Saramago. Mon premier contact, avec L’Aveuglement, a été rude.

En ville, arrêté à un feu rouge dans sa voiture, un homme devient soudain aveugle. Puis sa cécité se transmet rapidement à tous ceux qui l’approchent, et malgré la mise en quarantaine, l’épidémie se propage dans tout le pays.

L’auteur suit l’évolution des groupes mis en quarantaine dans un ancien asile de fous. Privés de repères, les aveugles tentent de s’organiser par dortoirs, mais certains en reviennent à un fonctionnement primitif et égoïste.

Seule une petite communauté semble sauvegarder des valeurs de solidarité et de moralité, mais serait-ce seulement parce qu’elle est guidée par la seule femme épargnée par l’épidémie ?

L’auteur dépeint une rapide et effrayante déshumanisation de la société. Un livre dérangeant, fort. (Je n’ai pas apprécié l’écriture, mais c’est sans doute tout à fait personnel.)

Aline

La sanction

La sanction, de TREVANIAN

Gallmeister 2007, première édition R. Laffon, 1975

Ancien alpiniste de renommée internationale, Jonathan Hemlock est professeur et expert en art, grâce à son " œil parfait ". Mais sa maison, une ancienne église rénovée, et sa collection particulière de toiles de maîtres lui coûtent cher.

Aussi s’est-il laissé recruter par la CIA – pardon, la CII – pour arrondir ses fins de mois. Il effectue des missions pour l’ agence gouvernementale, et très exactement des " sanctions " ou assassinats. Jusqu’au contrat de trop : manipulé par s’agence, il sera forcé d’effectuer une sanction sur les pentes de l’Eiger, l’une des montagnes les plus dangereuses des Alpes. De plus, il ignore lequel de ses trois compagnons de cordée est l’homme à abattre…

L’ascension de l’Eiger donne une " vraie " dimension à ce polar par ailleurs assez bien ficelé, à la James Bond, avec héros athlétique et surdoué, dénué de sentiments (ou presque) mais doté d’un sens de l’honneur exagéré.

Lire aussi L’Expert, dans la même veine.

Aline

27/10/2009

Les falsificateurs

Les falsificateurs, suivi de Les éclaireurs

Antoine Bello,     Gallimard (2007-2009)

 

Les falsificateurs

 

Sliv, jeune Islandais prometteur, est engagé par le CFR (Consortium de Falsification du Réel), vaste organisation internationale qui falsifie la réalité.

 

Le jeune homme, doué pour inventer des scenarii, progresse vite dans l’organisation. Il en apprend beaucoup sur les gigantesques moyens du CFR - parfois de façon douloureuse - mais bien peu sur les réelles motivations du Consortium…

 

Roman fascinant, vertigineux lorsqu’on aborde les questions de falsification de la réalité et de l’Histoire…

 

Les éclaireurs

 

Brillant agent des "opérations spéciales", Sliv est appelé à la rescousse pour les opérations délicates. Il gravit les échelons au sein du CFR, cherchant  toujours à comprendre l’idéal qui sous-tend le Consortium.

 

Il est ébranlé dans ses convictions lors des attentats du 11 septembre 2001 et s’inquiète d’une possible responsabilité du CFR dans la montée de l’intégrisme islamique et le durcissement américain qui mèneront à la guerre en Irak.

 

Plus qu’un roman de l’imaginaire, c’est aussi l’histoire d’une grande nation, les USA, qui trahit ses valeurs…

 

L’auteur parvient à intégrer dans la grande Histoire une imagination débordante qui reste toujours à la limite du plausible !

Du thriller politique… autrement !

Troublant et intéressant, même si le lecteur peut trouver quelques longueurs.

 

Aline

05/10/2009

L'odeur

L’odeur,   Radhika JHA     P. Picquier, 2002

Lîla, d’origine indienne, a toujours vécu choyée au Kenya. Quand son père est tué dans une émeute, la famille éclate, et Lîla est envoyée chez un oncle à Paris, tandis que sa mère et ses jeunes frères refont leur vie à Londres.

Solitaire, brimée, elle rejette le carcan familial écrasant, et doit apprendre à se débrouiller seule dans la capitale, avec pour seuls atouts sa beauté exotique et ses talents culinaires. Faute d’amour et de visa, elle va d’amants en infortunes, et son parcours professionnel est chaotique.

Sans doute excessif dans sa critique des parisiens, ce roman décrit avec des accents de conte le parcours d’une immigrée dépendante des hommes pour son visa. Son odorat surdéveloppé, qui fait merveille dans l’art culinaire, est aussi sa malédiction.

De belles pages sur la cuisine (indienne) et la perception des arômes. Pourtant, pour ce qui est du rapport au monde par les odeurs, j'avais préféré le Parfum, de SUSKIND.

Aline

Laisse les hommes pleurer

Laisse les hommes pleurer, Eugène DURIF     Actes Sud, 2008

Gardien de prison en Bretagne, Léonard a été exclu pour s’être opposé à une injustice envers un prisonnier. Soigné pour dépression, il décide de se replonger dans son passé, qu’il avait longtemps réussi à mettre de côté, mais qui le hante désormais.

Il part à la recherche de Sammy, son ami d’enfance, jeune Réunionnais placé comme lui par l’Assistance dans une ferme de la Creuse. Habité par ses souvenirs, il revit leurs dures années d’exploitation à la ferme, égayées par les journées d’école et l’amitié de Célimène.

Un chemin vers la reconstruction ?

Un livre qui donne envie d’en apprendre plus sur le déplacement forcé d’enfants de la Réunion, pas toujours orphelins,… Encore un chapitre méconnu de l’histoire de France ?

Aline

Eleanor Rigby

Eleanor Rigby, Douglas COUPLAND,   Au Diable Vauvert, 2007

Sur recommandation, j’ai passé outre la couverture bariolée, et ne l’ai pas regretté. Avec beaucoup d’humour introduit par le cynisme et l’autodérision de la narratrice, c’est un beau roman sur la vie (aux US), la solitude…et l’amour.

Liz Dunn est grosse et pas bien belle, elle a un travail sans intérêt, et vit seule dans un appartement sans caractère. Lucide, l’esprit acéré, elle n’attend rien de la vie, surtout pas l’amour.

Sa vie est bouleversée lorsqu’on l’appelle de l’hôpital où vient d’être admis un jeune inconnu : Jérémy, hospitalisé après une overdose, porte un bracelet médical avec la mention " en cas d’urgence, contacter Liz Dunn ".

L’auteur alterne des chapîtres au passé, remontant à la jeunesse de Liz pour comprendre comment la situation a pu se produire, et des chapîtres au présent sur la relation entre Liz et Jérémy. En prime, quelques moments abracadabrants, comme cette évacuation d’un aéroport international… provoquée bien involontairement par Liz !

Très bien !

Aline

23/09/2009

La grand-mère de Jade

La grand-mère de Jade, Frédérique DEGHELT

Actes Sud, 2009

  

Jade va chercher sa grand-mère de 80 ans en Savoie (menacée de la maison de retraite) et la ramène à Paris.

Il naît une grande complicité entre les deux, elles partagent l'amour de la lecture et de la littérature.

 

Deux personnages complètent ce charmant tableau : un jeune Indien « craquant », un éditeur « idéal ».

La fin est inattendue et « rassurante ».

 

Livre bien écrit, agréable à lire, c'est un joli conte moderne auquel on se laisse prendre.

 

Au comité de lecture d’octobre 2009

  

Marie-Claire

25/08/2009

Le lieu perdu

Le lieu perdu,   Norma HUIDOBRO

L. Levi, 2008

 

Un tortionnaire, Ferroni, expert en interrogatoires au service de la dictature argentine dans les années 1970, se voit confier, contre son gré, une mission : obtenir des renseignements auprès d'une jeune femme Marita, amie de Mathilde partie travailler à Buenos Aires et qui s'est enfuie avec un « subversif » activement recherché par la police.

 

Marita, blessée dans son enfance, s'enferme dans son mutisme. Elle possède des lettres échangées avec son amie de toujours, Mathilde, et exigées par Ferroni qui reçoit l'aide de la grand-mère Maria dénuée de tendresse. Le soutien de Marita, c'est la vieille et sage Dona Nativita en attente, elle aussi, des lettres de son fils.

 

Ferroni sous ce soleil incandescent retrouve des blessures enfouies qu'il veut oublier, déterminé à venir à bout de la résistance de Marita.

 

Ce qui saisit d'abord dans ce roman c'est la torpeur, la chaleur qui accablent le village où vit Marita. Le soleil écrase le lieu et les hommes ; le silence règne. Parfois des bribes d'images, des souvenirs émergent et laissent deviner des secrets.

 

Ce roman raconte, dans une atmosphère suffocante, une histoire d'amitié, de solitude, de souffrances, où chacun a sa part d'ombre et de mystère dans un pays soumis à une dictature implacable.

 

Annie

Qui a tué Glenn ?

Qui a tué Glenn ?    Léonie Swann

NIL, 2006

 

En lisant le résumé, j'ai été perplexe. Des moutons qui mènent l'enquête sur le meurtre présumé de leur berger... Bizarre et plutôt cocasse !

 

Bien sûr ce ne sont pas n'importe quels moutons ; ils sont tous de race ancienne, rare, à ne pas confondre avec des moutons pour boucherie. Chacun a son caractère, ses défauts, ses qualités, comme les humains.

 

Dirigés par Miss Maple, la brebis la plus intelligente du monde, ils vont, certes difficilement mais obstinément, se détourner (par moments) de leur principale plaisir, brouter l'herbe tendre de la verte Irlande, pour mettre tout leur savoir ovin à découvrir l'assassin.

 

Qui oserait songer que les moutons pensent et se parlent tandis qu'ils broutent, impassibles, leur herbe préférée ?

 

Ce roman, best seller en Allemagne et en Italie, est loufoque, drôle, divertissant.
Si vous voulez passer un bon moment, n'hésitez pas à l'emprunter et bon amusement.

 

Annie

07/07/2009

La reine des lectrices

La Reine des lectrices,   

Alan BENNETT     Denoël, 2009

(& d’Ailleurs)

 

Par hasard, par politesse pourrait-on dire, la Reine d’Angleterre découvre la lecture, grâce à un bibliobus garé dans les communs de Buckingham Palace. Peu à peu, elle délaisse les devoirs liés à sa charge, ou les accomplit sans y croire, entre deux livres.

 

« Cet attrait pour la lecture, songeait-elle, tenait au caractère altier et presque indifférent de la littérature. Les livres ne se souciaient pas de leurs lecteurs, ni même de savoir s’ils étaient lus. Tout le monde était égal devant eux, y compris elle.

La littérature est une communauté, les lettres sont une république. Elle avait déjà entendu cette formule, lors de remises de médailles et de cérémonies diverses, sans savoir au juste ce qu’elle signifiait. A cette époque, elle considérait que la moindre allusion à quelque république que ce soit avait en sa présence quelque chose de déplacé et de vaguement insultant, pour ne pas dire plus. Aujourd’hui seulement elle en comprenait le sens. Les livres ne varient pas. Tous les lecteurs sont égaux…. »

p. 47

Tout le comique réside dans les réactions de l'entourage de la Reine. Ainsi, le roman alterne entre la farce, bousculant le monde empesé de Buckingham Palace, et la réflexion plus avancée sur le pouvoir de la lecture, qui modifie la perception du monde de la Reine.

C’est une lecture plaisante, amusante, légère –dans tous les sens du terme : 173 pages seulement- à laquelle il manque juste un peu de rythme.

 

Un dernier extrait, pour le plaisir :

 

« Au début, il est vrai, elle lisait avec émotion mais non sans un certain malaise. La perspective infinie des livres la déconcertait et elle ne savait pas comment la surmonter. Il n’y avait aucun système dans sa manière de lire, un ouvrage en amenait un autre et elle en lisait souvent deux ou trois en même temps. Elle avait franchi l’étape suivante en se mettant à prendre des notes… pour recopier certains passages qui l’avaient particulièrement frappée. Ce fut seulement au bout d’un an de cette pratique qu’elle se risqua, non sans hésitation, à noter de temps à autre une réflexion de son cru. "Je perçois la littérature comme une immense contrée, inscrivit-elle un jour : je me suis mise en route vers ses confins les plus extrêmes, en sachant que je ne les atteindrai jamais" …»

p. 70-71

Aline