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03/06/2020

Les livres aussi se déconfinent

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Profitez du service de prêts à emporter pour emprunter une "nouveauté" fraîchement arrivée en rayon. Petit aperçu des derniers romans mis à disposition.

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roman,roman étranger,nouveautésPensez à prendre rendez-vous et réserver vos livres ! Sur le site du réseau des bibliothèques, on vous explique comment faire, mais vous pouvez aussi nous appeler le matin au 04 72 31 67 66.

28/05/2020

Le "nature writing" avec les éditions Gallmeister

Le Nature Writing, "écrits sur la nature" est un genre littéraire né aux États-Unis, qui remonte à Henry D. Thoreau. Les éditions Gallmeister sont spécialisées dans ce genre, qui mêle récit et observation de la nature. Les auteurs américains décrivent et interrogent les beautés et les contradictions de leur immense territoire et de ses habitants. Détectives privés de la côte Ouest ou guides de pêches de la côte Est, traders new-yorkais ou cow-boys mélancoliques sont autant de représentations d’une Amérique plurielle. Voici une sélection de titres que nous avons apprécié ces dernières années. Vous pouvez les emprunter à la bibliothèque de Soucieu. (Ou pour certains les télécharger sur le site de la Médiathèque du Rhône)

 

amérique,roman étranger,natureVis-à-vis

Peter SWANSON

Gallmeister (Americana), 2020, 392 p., 23.80€

Illustratrice de talent bipolaire, Hen emménage avec son mari Lloyd dans une petite ville proche de Boston. A l'occasion d'un dîner chez les nouveaux voisins, Hen remarque dans le bureau de Matthew un objet lié à un meurtre non résolu qui l'avait obsédée dans sa jeunesse. Persuadée que Matthew est le coupable, elle cherche à trouver des preuves, mais comprend très vite que le tueur sait qu'elle sait... À moins que tout cela ne soit le symptôme d'un nouvel épisode psychotique... ou une trouble coïncidence ? Ce thriller psychologique dévoile peu à peu  manipulations, obsessions, et relations dérangeantes entre les personnages.

 

amérique, roman étranger, natureLa vie en chantier

Pete FROMM

Gallmeister (Americana), 2019, 380 p., 23.60€

Marnie et Taz sont jeunes, joyeux et vibrants d'un amour passionné et fusionnel. Lorsque Marnie apprend qu’elle est enceinte, ils commencent à retaper avec ardeur leur petite maison de Missoula, dans le Montana. Hélas, Marnie meurt à la naissance du bébé, laissant Taz seul face à un deuil insupportable, avec sa fille sur les bras. Il plonge alors tête la première dans le monde de la paternité, un monde de responsabilités et d’insomnies, de doutes et de joies inattendues. Un roman touchant rempli d’espoir et de tendresse !

 

amérique, roman étranger, natureMy absolute Darling

Gabriel TALLENT

Gallmeister (Americana), 2018, 464 p., 24.40€

À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

Livre phénomène de l’année 2017 aux États-Unis, ce roman inoubliable sur le combat d’une jeune fille pour son salut marque la naissance d’un nouvel auteur au talent prodigieux.

 

amérique, roman étranger, natureDans la forêt

Jean HEGLAND

Gallmeister (Nature writing), 2017, 304 p., 23.50€

Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans un certain isolement, leur maison familiale étant nichée à l’écart des villes, au cœur de la forêt. Quand le monde moderne s’effondre, que leurs parents disparaissent, que ni les véhicules ni les informations ne circulent plus, elles demeurent vraiment seules. Il leur reste leur passion pour la danse et la lecture, mais il va leur falloir apprendre à devenir autonomes, à survivre, et à faire confiance à la forêt qui les entoure.

Roman sensuel et puissant, où les deux jeunes femmes entraînent avec elles le lecteur vers une vie nouvelle. Lire également la très belle adaptation en bande dessinée par Lomig, chez Sarbacane.

 

amérique,roman étranger,natureUne affaire d’hommes

Todd ROBINSON

Gallmeister (Néo noir), 2017, 368 p., 22 €

Bon polar à l’américaine, avec un détective privé qui boit, cogne et reçoit des beignes, un gros dur un peu sentimental, avec son code de l’honneur et ses vulnérabilités. Une fois passées les premières pages, qui désarçonnent par leur rapide entrée en matière dans le monde de la nuit, on apprécie l’ambiance de ce polar où les apparences sont parfois bien trompeuses…

 

amérique,roman étranger,natureAquarium

David VANN

Gallmeister (Nature writing), 2016, 270 p., 23€

Caitlin, douze ans, vit seule avec sa mère, trimardeuse sur le port de Seattle. La vie n’a pas été facile pour cette femme désabusée. Elles n’ont aucune famille, et sont tout l’une pour l’autre, même si un sympathique Steve commence à faire son apparition de temps en temps. Le soir après l’école, en attendant que sa mère rentre, Caitlin court à l’aquarium et se plonge dans la contemplation des animaux marins. Régulièrement, elle rencontre un vieil homme qui semble comprendre et partager sa passion pour les poissons. Elle se réjouit de ce début d’amitié, jusqu’à ce qu’elle en parle à sa mère, déclenchant une violence proportionnelle à la colère jusqu’ici contenue par sa mère.

La prose cristalline de David Vann nous apprend comment le désir d’amour et l’audace de la jeunesse peuvent guérir les blessures du passé. Aquarium est un pur moment de grâce offert par l’un des plus grands écrivains américains actuels.

 

amérique,roman étranger,natureRetour à Oakpine

Ron CARLSON

Gallmeister (Nature Writing), 2016, 23.10 €, 281 p.

Amis au lycée, à l’époque rapprochés par leur groupe de musique « Life on Earth », ils se sont peu vus pendant leur vie d’adultes. Certains ont passé toute leur vie à Oakpine, d’autres y reviennent, ramenés à la petite ville par les circonstances. Les souvenirs marquants renaissent, frais comme si la dernière année de lycée datait d’hier. C’est un temps de bilan pour les cinquantenaires mesurant le chemin parcouru ou le temps gâché. C’est aussi l’heure des derniers tournants, le moment de se sentir pleinement vivants, tandis que la génération suivante –la jeunesse dorée- est à son tour confrontée à ses premiers choix d’adultes.

L’auteur du Signal nous offre ici un roman empreint de tendresse et de nostalgie, que le lecteur aimerait faire durer pour profiter un peu plus longtemps de ces hommes forts au cœur tendre, de leur amitié, du bonheur du travail bien fait, des repas partagés, de l’ivresse de la course à pied, et du pouvoir de l’écriture.

 

amérique,roman étranger,natureLes arpenteurs

Kim ZUPAN

Gallmeister (Nature Writing), 2015, 271 p., 23.50€

Ce roman est avant tout le récit d’une relation complexe entre deux hommes aux antipodes l’un de l’autre, un assassin et son geôlier : John Gload, vieux criminel récidiviste, s’est enfin fait pincer et attend son procès dans la prison du Montana.
De l’autre côté des barreaux, un jeune adjoint au shérif est astreint à passer des nuits de surveillance dans la prison. Contrairement à certains collègues, Millimaki essaie d’exercer son métier avec humanité, mais il souffre de sentir sa vie et son mariage, lui échapper.  

D’une beauté puissante, les Arpenteurs explore la frontière floue entre le bien et le mal. Pour l'auteur, qui oppose le huis-clos de la prison aux immenses espaces nord-américains, le Montana sauvage est une présence constante dans le récit, émaillé de descriptions de la nature.

 

amérique,roman étranger,natureDes hommes en devenir

Bruce MACHART

Gallmeister (Nature Writing), 2014, 193 p., 22 €

Recueil de nouvelles, assez noires au premier abord. Chacune de ces histoires, nous fait partager les fêlures d'hommes ordinaires dans des paysages typiquement américains, le plus souvent texans. Des histoires de chiens écrasés, d’accidents, d’enfants morts ou de parents disparus, ou tout simplement de garçons ou d’hommes ordinaires faisant de leur mieux dans des circonstances difficiles. Une écriture très maîtrisée.

 

amérique,roman étranger,natureLes douze tribus d’Hattie

Ayana MATHIS

Gallmeister (Americane), 2013, 313 p., 23.40€

Philadelphie, 1923. Hattie arrive de Géorgie pour fuir le Sud rural et la ségrégation. Aspirant à une vie nouvelle, forte de l'énergie de ses seize ans, elle épouse August. Au fil des années, cinq fils, six filles et une petite-fille naîtront de ce mariage. Douze enfants qui égrèneront, au fil de l'histoire américaine du XXe siècle, leur parcours marqué par le fort tempérament de leur mère, sa combativité et ses failles secrètes. Telles les pièces d'un puzzle, les douze tribus d'Hattie dessinent en creux le portrait d'une mère insaisissable et la condition noire aux Etats-Unis.

 

amérique,roman étranger,natureDésolations

David VANN

Gallmeister (Nature writing), 2011, 296 p., 23.40€

Les enfants ont grandi, le couple bat de l'aile, le mari décide de s'installer sur une île isolée avec sa femme, pas très enthousiaste. Plus la cabane se construit, plus la tension monte... Réflexion sur le couple et le temps qui passe, ce livre enchante aussi par de très belles pages sur l'Alaska. Il est tout aussi fort que Sukkwan Island, même si l'on ne retrouve pas l'aspect de huis-clos morbide du magistral premier roman de David Vann.

 

amérique,roman étranger,natureLittle Bird

Craig JOHNSON

Gallmeister (Noire), 2009, 408 p., 24.30€

Walt Longmire, shérif dans le Wyoming, gère la police du comté avec un mélange d'efficacité et de bonhommie. En fin de carrière, légèrement dépressif depuis la mort de sa femme, il doit enquêter sur le meurtre de Cody Pritchard, un jeune Blanc condamné à une peine légère deux ans auparavant pour le viol collectif d'une jeune Indienne. La clémence du verdict avait attisé les tensions entre les communautés. Inévitablement, les soupçons de Walt Longmire se tournent vers la communauté indienne, et en particulier son meilleur ami, Henry Standing Bear, l'oncle de la victime. Un très bon polar sur fond de tradition indienne et de nature vertigineuse. Walt, tolérant et compréhensif, trait d'union entre les communautés, est un personnage attachant, que l’on retrouve avec plaisir dans d’autres tomes.

 

25/05/2020

Tout bouge autour de moi

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Tout bouge autour de moi

Dany LAFERRIERE

Grasset, 2011, 208 p., 15.30€

 

Récit. Le 12 janvier 2010, Dany Laferrière se trouve à Haïti pour le festival « Etonnants voyageurs », au moment du  tremblement de terre. Au contraire de tant d'autres, il réchappe à la catastrophe.

« Tout cela a duré moins d'une minute. On a eu huit à dix secondes pour prendre une décision. Quitter l'endroit ou rester. Très rares sont ceux qui ont fait un bon départ […] On s'est retrouvés à plat ventre, au centre de la cour. Sous les arbres. La terre s'est mise à onduler comme une feuille de papier que le vent emporte. Bruits sourds des immeubles en train de s'agenouiller. Ils n'explosent pas. Ils implosent, emprisonnant les gens dans leur ventre. Soudain, on voit s'élever dans le ciel d'après-midi un nuage de poussière. Comme si un dynamiteur professionnel avait reçu la commande expresse de détruire une ville entière sans encombrer les rues afin que les grues puissent circuler. »

Un an après, il reprend ses notes, témoigne sobrement de ce qu’il a vu et livre ses pensées au moment du séisme et dans les mois qui ont suivi. Les nuits dans les parcs et jardins, telle grand-mère qui tente d’épargner son petit-fils en substituant aux images horribles des chansons et des mythologies qu’elle tire de sa mémoire vacillante, l’errance pour passer prendre des nouvelles de sa famille et de ses amis artistes, la maison de Lyonel Trouillot, d’où semble  s’organiser la solidarité de quartier, les fausses rumeurs…

Avec ses lecteurs, l'auteur partage ni plus, ni moins que des instants, pas de pathos, peu d'approfondissement.

21/05/2020

Tous les vivants

roman étranger, amérique, musique, ferme

 

Tous les vivants

C. E. MORGAN

Gallimard (Du monde entier), 2020, 240 p., 19€

Traduit de l’américain All the Living par Mathilde Bach

 

Orren a invité Aloma à venir vivre avec lui sur sa ferme, au cœur des montagnes du Kentucky. Lorsqu’elle arrive avec son camion et ses maigres possessions, quelques vêtements et deux caisses de partitions, Aloma déchante. Dans son éducation d’orpheline, en pensionnat religieux où elle a développé son talent pour le piano,  rien ne l’a préparée à s’installer sur une ferme ou à tenir une maison. De son côté, Orren est tendu vers un seul but : faire tourner la ferme, lourde responsabilité qui pèse sur ses épaules depuis la mort récente de sa mère et son frère aîné.  Chacun d’entre eux est le dernier, tout ce qui reste d’une famille, désarmé devant l’ampleur de sa tâche. Alors que la sécheresse décime ses plants de tabac, Orren devient de plus en plus taciturne, tandis qu’Aloma manque de musique et cherche un sens à sa présence. Entre ces deux êtres à fleur de peau, les mots et la tendresse ne viennent plus.

Roman d’apprentissage, où l’importance de la transmission est gravée en creux, et portrait de femme qui cherche à s’adapter sans abandonner ce qui compte pour elle.

Aline

18/05/2020

Jean Giono

auteurCela fera 50 ans cette année que Jean Giono est mort. En hommage à l’écrivain et à son œuvre, France Culture a adapté son roman Un roi sans divertissement en feuilleton radiophonique sur 10 épisodes (cliquer sur l'image).

auteur

Par ailleurs, la "nuit Jean Giono" a été l'occasion de (re)diffuser plusieurs lectures de ses textes, dont "Une histoire d'amour", lue par Michel Galabru, et Prélude de Pan.

auteurauteur

 

"Une heure, deux heures, trois heures, la neige continue à tomber. Quatre heures, la nuit, on allume les âtres, il neige. Cinq heures. Six, sept ; on allume..."

Cliquer ici pour retrouver toutes les émissions de France Culture sur Jean Giono.

 

Jean Giono est né en 1895 à Manosque d’un père cordonnier et d’une mère repasseuse. Obligé de travailler pour les besoins de la famille, il quitte l’école en classe de seconde pour devenir employé de banque. Il ne cesse pourtant de se cultiver et de lire passionnément. Dès 1911, il commence à écrire. 

Mobilisé durant la Première Guerre mondiale, il en sort traumatisé et viscéralement pacifiste. Son premier livre La Colline paraît en 1929 et connaît un relatif succès qui lui permet de quitter son emploi à la banque pour se consacrer entièrement à l’écriture. À la fin de la seconde Guerre mondiale, il est mis à l’écart par le milieu littéraire qui lui reproche d’avoir fait paraître des textes dans des revues pro-allemandes et il passe cinq mois en détention. Il faudra attendre 1951 et la parution du Hussard sur le toit, pour que Jean Giono redevienne un auteur à succès. On lui doit également à la même époque, Les Âmes fortes (1950). En 1954, il rentre à l’Académie Goncourt. Intéressé par le cinéma, Jean Giono participe aux scénarios de films à partir des années 1950 et s’essaye à la réalisation. Il meurt à Manosque le 9 octobre 1970.

25/04/2020

Pour trois couronnes

roman, filiation,

Pour trois couronnes

François GARDE

Gallimard, 2013, 20€ (Folio 8€)

 

Philippe Zafar, jeune Libanais parti de Californie pour échapper à son destin dans l’entreprise familiale de vente de meubles, s’est inventé un métier de "curateur aux documents privés". Il assiste les familles après un deuil, en se chargeant du tri et du rangement des papiers du défunt. C’est généralement l’affaire d’une semaine ou deux de paperasse.

Mais voilà qu’en triant les dossiers de feu Thomas Colbert, un Français installé aux Etats-Unis depuis des décennies, à la tête d’un empire maritime, il fait une découverte intrigante : parmi les factures, lettres, cartes de visite et autres documents, se trouve le récit étonnant d’un matelot en escale dans un port tropical, en janvier 1949. Rédigé de la main de Thomas Colbert, est-ce un aveu déguisé de sa part ? Un exercice littéraire sans conséquence ? La riche veuve le charge d'enquêter.

Le manuscrit cache autant qu’il révèle, et notre Zafar, entre intuition et recherche systématique, suit la trace du matelot Colbert jusqu’à Bourg-Tapage. Dans ce port imaginaire de Micronésie, les combats des insulaires pour plus d’égalité et les "Troubles" de la décolonisation sont encore tout récents, et affleurent dans chaque conversation de Zafar avec les anciens. « Dans cette ville, chacun était un survivant des Troubles et en portait le poids » (p. 156)

François Garde imagine toute une ancienne colonie et ses témoins hauts en caractère, totalement crédibles et passionnants. Parmi les insulaires, beaucoup de femmes fortes, comme Lucienne Elisabeth,  syndicaliste militante devenue déléguée à l’Assemblée. L’adage ne dit-il pas  « nos femmes sont notre trésor » ? Au reste, il faut être né d’une femme insulaire pour pouvoir prétendre être soi-même insulaire.

Très dépaysant, le roman mêle adroitement  une enquête généalogique à rebondissements, et l’histoire mystérieuse des pièces d’or évoquées dans le titre, trois couronnes d’Alexandre-Auguste disparues et réapparues à plusieurs reprises, qui ont un rôle symbolique important de "fortune" dans tous les sens du terme. Les motivations des protagonistes ne sont jamais tout à fait claires, entre quête de la vérité, volonté de bien faire et intérêts personnels. L’histoire est révisée en fonction des points de vue, et de l’avancée de l’enquête. Au reste, dès son arrivée au port, Zafar reçoit une mise en garde du vieux professeur et historien local : « Toujours se méfier des contrats conclus à Bourg-Tapage ! ».

Un autre aspect intéressant du récit est la mise en abîme entre l’enquête en paternité et l’histoire personnelle de Zafar, son rapport à son père décédé lorsqu’il était adolescent, et au Liban, son pays d’origine.

François Garde, ancien haut fonctionnaire en Nouvelle Calédonie et dans les Terres Australes et Antarctiques, a reçu de nombreux prix pour son premier roman Ce qu’il advint du sauvage blanc, chroniqué ici. Il est également l’auteur du splendide Marcher à Kerguelen.

Aline

21/04/2020

Le développement personnel par les livres ?

développement personnel, émotions, religion

 

Emotions : enquête et mode d’emploi

Art-mella

Pourpenser éditions, 2019, 15.90€

 

Bande dessinée documentaire, simple et sans prétention, pour mieux se comprendre et vivre en harmonie avec ses émotions.

L’auteur et dessinatrice, Art-mella, est allée à la rencontre de spécialistes des émotions, s’est documentée, a lu, et participé à de nombreux stages. Cette BD est un condensé de ses observations. Elle propose plusieurs outils et techniques pour mieux vivre ses émotions, les canaliser, ou les évacuer. Ses explications, claires et succinctes,  permettent une première approche  de plusieurs méthodes.

Ses références sont nombreuses : Michel Odoul, Luc Geiger et la technique NERTI (Nettoyage Emotionnel Rapide des Traumatismes Inconscients), les méthodes PNL (Programmation Neuro Linguistique) et TIPI (Technique d'Identification des Peurs Inconscientes),  Julia Cameron (Libérez votre créativité), Adrien Piret, Mikel Defrays, Byron Kathie et son approche des paradigmes quantiques, Nassim Haramein et sa théorie de l’univers connecté, ainsi que des exercices inspirés du yoga et du gi gong,

L’ensemble de cette bande dessinée est très accessible et donne envie d’approfondir les différentes méthodes et lire les auteurs cités.

 

développement personnel, émotions, religion

 

Et tu trouveras le trésor qui dort en toi

Laurent GOUNELLE

Editions Kero, 2016

 

Roman : Alice, professionnelle efficace du marketing -et même du green-washing- fait un « travail sur elle-même ». Elle suit des séminaires de développement personnel, et ses essais pratiques pour travailler sur son ego sont très caricaturaux.

Elle décide de venir en aide à son ami d’enfance, Jérémie, prêtre découragé par la faible fréquentation de ses paroissiens à la messe, et le convainc d’appliquer des techniques de marketing pour attirer les fidèles à l’église. Dans cette optique, elle entreprend la lecture de la bible. D’abord très sceptique, elle trouve un sens aux messages des évangiles en les confrontant aux préceptes du taoïsme, de l’hindouisme et du bouddhisme.  

En tant que roman, le récit est absolument cousu de fil blanc, les personnages sont superficiels, la vision du catholicisme extrêmement rétrograde.  Le récit, sans intérêt, n’est qu’un simple prétexte à dérouler une pseudo pédagogie des religions, syncrétisme de christianisme et taoïsme principalement, assaisonnés de techniques de développement personnel. Je me suis forcée à lire jusqu’au bout, pour quelques pages intéressantes, mais je n’y ai pas cru une seconde.

Aline

19/04/2020

Âme brisée

roman, Japon, musique, mémoire

 

Âme brisée

Akira MIZUBAYASHI

Gallimard, 2019, 237 p., 19€

 

Âme : petite pièce de bois interposée, dans le corps de l’instrument à cordes, entre la table et le fond, les maintenant à bonne distance et assurant la qualité, la propagation comme l’uniformité des vibrations.

La scène fondatrice du roman se passe à Tokyo, en 1938, dans le contexte historique de la guerre de 15 ans au Japon, barbarie militaire qui a engendré plus de 20 millions de morts dans cette région du monde. Rei, garçon de 11 ans, lit tranquillement les exploits de son héros Coper, pendant que son père Yu Mizuzawa, 1er violoniste, répète un quatuor à cordes de Schubert avec des amis Chinois - en idéaliste qu'il est, imperméable à l’étroite vision nationaliste opposant le Japon à la Chine depuis 1931.

"Je crois que ça a du sens… qu’aujourd’hui, en 1938, dans un coin de Tokyo, un quatuor sino-japonais joue Rosamunde de Schubert…, alors que le pays entier tombé dans ses obsessions bellicistes semble être dévoré par le cancer nationaliste divisant les individus entre un nous et un eux…"

Un caporal zélé soupçonnant une réunion clandestine réduit en miettes l’instrument  de Yu de ses lourdes bottes, et emmène le musicien au QG sous l’accusation d’être un « hikokumin » ou mauvais sujet japonais. Arrivé trop tard, le lieutenant Kurokami, mélomane éclairé, échoue à protéger Yu, mais cache la présence du fils effrayé et lui rend le violon brisé. De Tokyo à Mirecourt, dans les Vosges, le roman suit le destin de cet enfant, le processus par lequel il devient un luthier de grand renom, ainsi que le destin du violon détruit par le militaire.

La musique est partout présente dans le roman, et l’amour de la musique classique transparait dans tout le récit, mais elle n’en est pas le sujet à proprement parler. C'est plutôt un roman sur l’amour, qui lie l’enfant à son père par-delà la mort, et sur la mémoire, qui a figé le destin des personnages. Le romancier, dans une interview, souligne la dédicace de son livre à "tous les fantômes du monde". Dans ce roman, le père est le fantôme précis, mais l’auteur considère toutes les victimes d’Hiroshima, celles du bombardement massif de Tokyo le 10 mars 1945, et plus largement toutes les victimes du monde n’ayant pas pu aller au bout de leur mort.

Akira Mizubayashi est un écrivain japonais d'expression japonaise et française. Né en 1951 à Sakata. Il commence ses études à l’université nationale des langues et civilisations étrangères de Tokyo, puis étudie à Montpellier, et à l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Il enseigne le français à l'université de Tokyo. Depuis 2011, il a choisi d’écrire directement en français (Cf. Une langue venue d’ailleurs, sur son rapport à la langue française) – entre autres dérangé par la façon dont la société japonaise hiérarchisée est inscrite dans la langue. Cela lui donne un style légèrement distancié.

Aline

Ce roman est disponible à la bibliothèque, de même que les CD de sa bande sonore :

13e quatuor en la mineur, opus 29, de Schubert, dit "Rosamunde" ; Partita n°3 en mi majeur de Bach, dite "Gavotte en rondeau" ; Quatuor à cordes en ré majeur, opus 18-3 de Beethoven, interprété par le quatuor Alban Berg ; Sonates et partitas pour violon seul, de Bach ; Concerto pour violon de Berg "à la mémoire d’un ange".

 

L'avis de Vivement Dimanche : "Pénétrer dans l'atelier du luthier Jacques/Rei, c'est entrer dans un univers feutré fait de musique, de gestes précis et d'humilité. Voici un très beau roman à l'âme japonaise qui nous parle d'un enfant et d'un violon qui le guidera toute sa vie."

17/04/2020

Ma fille, mon enfant

bande dessinée, racisme, mère

 

Ma fille, mon enfant

David RATTE

Bamboo édition (Grand Angle), 2020, 96 p., 18.90€

 

Le jour où Chloé annonce à sa mère que son petit ami est arabe et s’appelle Abdelaziz, elle réagit violemment et s’oppose à leur histoire d’amour : "comme si y avait pas assez de Français disponibles !". Bien que son mari Michel connaisse le garçon et le trouve travailleur et sympathique,  Catherine refuse aveuglément cette relation. Elle harcèle sa fille et se montre désagréable avec tous. Jusqu’au soir de la Saint Valentin, où tout bascule. Là, Chloé aurait besoin du  soutien de sa mère, mais le lien est rompu entre elles...

Chronique familiale du racisme ordinaire… Le plaidoyer antiraciste est un peu simpliste, mais ce n’est pas la seule thématique de cette bande dessinée. Après les relations pères/fils, dans Le voyage des Pères,  David Ratte change d’époque et offre une histoire contemporaine autour des relations mère/fille. C’est dans le contexte post attentats de Charlie Hebdo  que Catherine et Chloé s’affrontent.

Le dessin à la ligne claire est réaliste, très réussi sur les paysages, mais un rien naïf ou caricatural sur les personnages. Au total un one shot assez réussi… qui m’a donné envie de relire ses séries Le voyage des Pères et Mamada.

bande dessinée, racisme, mère  bande dessinée, racisme, mère

Aline

15/04/2020

Pain et confinement

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La petite boulangerie du bout du monde

Jenny COLGAN

Pocket, 2016, 495 p., 8.20€

 

Quoi de plus indiqué comme lecture, en ces temps où nous sommes nombreux à faire des essais de boulangerie et à préparer notre pain à la maison ?

Quand son couple et son entreprise de graphisme coulent, Polly quitte son appartement ultra branché de Plymouth et recherche une location bon marché, le temps de retrouver du travail. C’est dans un petit port des Cornouailles qu’elle trouve un logement adapté à sa bourse plate : une maison battue aux quatre vents, dans un état lamentable, louée à contrecœur par la revêche boulangère du village. Isolée, déprimée, avec pour seule compagnie un petit macareux moine blessé, elle consacre son temps à son plaisir favori : préparer du pain. Et peu à peu, les bonnes odeurs de cuisson attirent les gourmands, marins-pêcheurs et apiculteur, qui deviendront autant d’amis… ou plus si affinités.

Ce roman léger, plein de gourmandise, de bons sentiments et de romance, se déguste avec plaisir. (Je n'en attendais pas grand chose, et j'ai été agréablement surprise). Après avoir salivé devant toutes les descriptions de pains de Polly, on peut passer à l’action avec les quelques recettes données en fin d’ouvrage : pain blanc vite fait, pain à la cannelle, focaccia, bagels, shortbread... hummm !

Aline