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24/08/2015

La variante chilienne

roman,rentrée littéraire

La variante chilienne

Pierre RAUFAST

Alma éditeur, 2015, 18€

Professeur de philosophie, Pascal a loué un gite dans la vallée  reculée de Chantebrie, où il se retire pour l’été avec Margaux, élève de terminale brillante mais mal dans sa peau, réfugiée dans la lecture. Nous apprendrons au cours du roman ce qui la mine, et pourquoi elle a suivi Pascal.

Tout commence par la rencontre entre deux fumeurs de pipe plutôt asociaux, qui se sentent vite des affinités : "Nous avions en commun l’amour du tabac, du vin et de la littérature. Certaines amitiés sont moins charnues."

Intrigué de voir Florin ramasser un caillou en souvenir de leur joyeuse soirée copieusement arrosée, Pascal visite sa collection de cailloux :

"Des dizaines de bocaux étaient alignés sur deux longues étagères. Dans chacun, des cailloux, beaucoup de cailloux.

-          - Voici toute ma vie.

-          -

-         - Chaque bocal contient les souvenirs d’une année. Ça commence en 1971, j’avais dix-huit ans. Tu as trente-neuf bocaux comme ça. J’ai eu cinquante-neuf ans en mai dernier….

J’étais stupéfait. Quatre mille souvenirs dormaient là, à l’extérieur de sa tête. Une vie. Une existence. Des femmes possédées, des amis retrouvés, des morts regrettés, des bouteilles homériques ; toutes ces choses auxquelles il tenait se trouvaient là, devant moi, bien rangées dans des bocaux.

-          - Je te montre…

Il ouvrit le pot 1998, plongea sa main à l’intérieur, fit rouler quelques cailloux, pour finalement en sortir un, l’air satisfait. Un bout de gravier. Un simple caillou blanc, insignifiant.

-          - Tu disais que tu voulais connaître l’histoire de la piscine-potager ?"

A partir de là, l’auteur égrène les cailloux-souvenirs, multipliant les récits hauts en couleurs : partie de cartes épique ("capateros" selon la variante chilienne, d’où le titre) de trois jours, histoire d’Etienne de Vignolles, dit La Hire, valet de cœur de Jeanne d’Arc, récolte de noix à l’hélicoptère, détrousseurs de pompes funèbres, village resté sous la pluie pendant si longtemps que ses habitants en avaient oublié l’existence du soleil, etc.

Cette imagination fertile est à la fois ce qui fait le charme du livre et sa faiblesse. Chaque anecdote, contée dans une langue imagée et percutante, emporte le lecteur. L’écriture est adroite, garnie d’humour et de références littéraires. Par contre, le récit central, fil conducteur, s’effiloche, manque de profondeur et perd de sa force. 

N’en reste pas moins un grand plaisir de lecture procuré par une langue inventive et un sens de la formule :

Pascal : "L’été, je mets ma peau en jachère, je la laisse se reposer. Au bout d’une semaine, ma barbe a poussé. Alors, je suis content. Au bout d’un mois, de grosses boucles blanches se forment. Là, je suis tout à fait heureux. Mes talents de philosophe décuplent. Je suis le Samson de la barbe blanche. A la rentrée des classes, je me rase. Je redeviens le professeur fatigué qui tourne la meule du savoir."

Devant la collection de deux-cent-soixante–dix-sept pipes : "Les efforts inouïs de l’homme pour son agrément compensent ceux qu’il fait pour se détruire".

Florin : "Désolé, ma cave est très modeste. Le vin, je le bois. C’est dans mes globules qu’il se conserve le mieux."

Et la scène d’anthologie où les deux hommes  font "Sus aux verts luisants !" (je ne vous dévoilerai ni pourquoi, ni comment…).

à lire avec le sourire :)

Aline

19/08/2015

Petits oiseaux

Petits oiseaux.gif

 

Petits oiseaux

Yôko OGAWA

Actes Sud (Textes japonais), 2014, 268 p, 15.99 €

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

 

Surnommé le "monsieur aux petits oiseaux" par les enfants, le narrateur a pris soin pendant 20 ans de la volière du jardin d’enfants voisin.  C’était son frère aîné qui lui avait fait découvrir cet endroit. Ce grand frère, plus lent que les autres enfants, était passionné par les oiseaux, et ne parlait que le pawpaw, un langage proche de celui des oiseaux, qu’il avait inventé "composé de mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains". Il passait des heures à observer les canaris citron, les bengalis ou les moineaux de Java, et pouvait imiter parfaitement le plus beau des chants, celui de l’oiseau à lunettes.

oiseau à lunettes, zopterix japonicus

Toute la vie du monsieur aux petits oiseaux a tourné autour de son frère, qu’il était le seul à comprendre et à admirer. Après sa mort, il a continué à entretenir avec rigueur, voire recueillement, la volière qui faisait la joie de celui-ci, tout en essayant d’éviter les élèves, car "les enfants, ce n’était pas son fort… Par quel miracle lui apparaissaient-ils comme des êtres plus fragiles encore que les oiseaux ?"

C’est le récit d’une vie calme et contemplative, toute de dévouement et de joies simples, avec plus de rapports aux oiseaux qu’aux humains, dans laquelle un épanouissement différent est possible. On retrouve la veine de douceur mélancolique qui imprégnait l’un des premiers romans de l’auteur La formule préférée du professeur (2005).

Aline

12/08/2015

L'été, c'est BD !

Ile aux femmes.gifL’île aux femmes

Zamzim

Glénat, 2015

Aviateur émérite et séducteur impénitent, Céleste Bompard est réquisitionné pendant la grande guerre comme courrier pour l’armée. Abattu en vol,  il se retrouve sur une île -qu’il croît déserte- avec pour tout viatique les lettres des poilus à leurs femmes. Elles se révèleront bien utiles lorsqu’il lui faudra, comme Shéérazade, négocier sa survie auprès d’une tribu d’amazones férocement hostiles aux hommes…

De l’humour, une histoire peu convenue, avec un rebondissement final. Le dessin est proche de la BD belge classique (ligne claire), mais les personnages un peu plus caricaturaux (le pif de Céleste !).

 

ce n'est pas toi que j'attendais.gifCe n’est pas toi que j’attendais

Fabien Toulmé

Delcourt, 2014

Emouvante histoire vraie de l’arrivée d’une petite fille trisomique, vécue par Fabien, le père. Du rejet absolu du handicap à une histoire d’amour.

Voici un roman graphique touchant par sa sincérité, au dessin clair et efficace (sans effet esthétique) en noir et blanc + 1 couleur variant selon les chapitres. Coup de coeur.

 

Chauve(s).gifChauve(s)

Benoît Desprez

Boîte à bulles (Contre-cœur), 2015

L’auteur évoque par petites touches sensibles –et humoristiques lorsqu’il le peut- le cancer de sa compagne, du verdict à la repousse des cheveux. Comme dans la bande dessinée ci-dessus, le dessin (noir et blanc) clair et efficace sert bien son propos. Très bien, quoique peut-être un peu court pour le sujet.

Grand méchant renard.gifLe grand méchant renard

Benjamin RENNER

Delcourt (Shampooing), 2015

Chargé par le loup de kidnapper les poussins de la ferme, puis de les engraisser afin qu’ils puissent se régaler, le renard froussard essaie de passer pour un grand méchant renard… sans succès.

Cette bande dessinée aux vignettes en couleur très expressives présente des gags à toutes les pages et des personnages désopilants. Gare aux cours d'auto-défense des poules activistes !

 

Amazigh.gifAmazigh, itinéraire d’hommes libres

Mohamed Arejdal et Cédric Liano

Steinkis, 2014

Ce roman graphique retrace les tribulations de Mohamed Arejdal, jeune Berbère qui tente avec ses amis Boufouss et Ali, d’émigrer clandestinement en Europe depuis le Maroc. La liberté dont rêve Mohamed, c’est celle de devenir artiste en Europe. Départ honteux, traversée du désert, de la Méditerranée sur un cercueil flottant, camp de détention en Espagne, brutalités policières suite à ses tentatives d’évasion, et retour à la case départ... ou pas !

La BD est émaillée de croquis qui n’ont rien à voir avec  le récit, mais plutôt avec une réalisation artistique de Mohamed, ce qui est un peu déroutant. Les illustrations en noir et blanc sont expressives, parfois un peu trop proches du croquis pour mon goût, mais très rythmées.

 

Fugazi.gifFugazi Music Club

Marcin PODOLEC

Gallimard, 2015

Récit. Au lendemain de la chute du mur, Waldek et ses amis se battent pour faire vivre une salle de concerts rock et déjantés. Super engagés, ils profitent de nombreuses bonnes volontés et parviennent à mettre sur pied des soirées mémorables. Mais entre corruption, manque de moyens, casseurs, lutte contre la drogue et la mafia, la partie est perdue d’avance…

J’ai bien aimé le sujet, mais le récit ressemble un peu trop à une énumération, et il est dommage que la fin soit annoncée d'avance. Le dessin en noir et bleu est irrégulier, souvent à la limite du croquis, parfois très travaillé, ce qui rend la lecture un peu laborieuse. Pour fans de rock alternatif ?

 

Carnets de thèse.gifCarnets de thèse

Tiphaine Rivière

Seuil, 2015

Roman graphique. Jeanne, prof de collège en ZEP, n’en peut plus de ses classes indisciplinées, et décide de faire une thèse en littérature. Chronique de ses années de galère avec l’administration, son maître de thèse et les autres thésards, ainsi que de l’incompréhension familiale… autodérision et humour noir assez réussis. Les illustrations en couleurs ne présentent pas d'intérêt particulier, mais servent le texte.

 

Reste du monde.gifLe reste du monde

Jean-Christophe Chauzy

Casterman, 2015

Fin de vacances dans les Pyrénées pour Marie. Demain, elle repart pour Paris avec ses deux fils, mais pas pour retrouver son mari, qui vient de la plaquer pour une jeunette. Annoncé par la soudaine panique des animaux, un cataclysme isole le village et le plateau du reste du monde. Affrontant les difficultés au fur et à mesure qu’elles se présentent, Marie et ses fils tentent de s’en sortir dans la nature en crise, alors que les instincts sauvages refont surface.

Le récit est enrichi par des illustrations soignées en couleurs, particulièrement de la nature, dont certaines en double page. Présentée comme un one shot, cette BD est en fait un début de série, qui nous laisse face à nos questions : comment se fait-il que « le reste du monde » ne vienne pas à leur aide ? L'auteur prévoit-il seulement un 2e tome ? d’anticipation ?

(à suivre...)

10/08/2015

Le ver à soie

Ver à soie.gif

 

Le ver à soie

Robert GALBRAITH

Traduit de The Silkworm par Florianne Vidal

Détective privé, Cormoran Strike jouit d’une certaine réputation depuis qu’il a résolu une affaire sur laquelle la police piétinait. Il  s’est juré de ne plus accepter  que des affaires rentables, mais –lassé des filatures d’adultères- il se laisse attendrir par l’aspect vulnérable d’une petite dame sans le sou, qui lui demande de retrouver son mari écrivain disparu depuis dix jours. Owen Quine aurait, semble-t-il, écrit un exécrable nouveau roman pour régler ses comptes avec ses collègues et sa maison d’édition. Beaucoup de personnalités auraient eu avantage à le faire taire !

Sous le pseudo de Robert Galbraith, J.K. Rowling nous offre un polar de bonne facture, dans un style plutôt classique anglais, avec des personnages d’enquêteurs sympathiques. Cormoran Strike, héros  -et éclopé- de la guerre d’Afghanistan, fils d’un célébrissime chanteur de rock qui ne l’a jamais reconnu,  suscite fascination chez ses interlocuteurs… et rejet de la part des flics. Sa jolie collaboratrice, Robin, considérée comme une secrétaire efficace, est passionnée par le métier et voudrait être prise au sérieux et progresser.

Dans la série des Cormoran Strike, commencer chronologiquement par L’Appel du coucou. La parution du 3ème tome est prévue en octobre sous le titre Career of Evil… (traduction française planifiée seulement pour 2016).

Aline

23/07/2015

Broadway Limited : T1 Un dîner avec Cary Grant

Broadway-Limited-tome-1-Un-dîner-avec-Cary-Grant-de-Malika-Ferdjoukh-chez-LEcole-des-loisirs.jpg Brodway Limited T1 :

un dîner avec Cary Grant

 

Malika FERDJOUKH

L'école des loisirs, 582 p, 2015, 19.50 €

Elles s’appellent Manhattan, Hadley, Ursula, Chic, Etchika, Page. Toutes âgées d’une vingtaine d’années, elles vivent dans une pension pour filles : Giboulée. Nous sommes en 1948 dans un New York en pleine expansion culturelle. Le jazz, le cinéma (Cary Grant), la danse (Fred Astaire) sont à leur apogée. Toutes cherchent à réussir dans un métier artistique : la danse pour Page, le chant pour Ursula …. Ce petit monde vit en harmonie dans cette maison tenue par la vieille et dure Artemisia. Leur équilibre est un jour interrompu par l’arrivée d’un nouveau pensionnaire : Jo. Malheureusement pour Atemisia, Jo ne s’avère pas être une jeune fille mais un jeune homme : Jocelyn Brouillard (prononcé Jocelyne aux USA) arrivé tout droit de Paris ("Paree" avec l'accent s'il vous plait!) pour faire ses études. Malgré tout il s’installe à Giboulée et découvre la vie New Yorkaise et le monde du music-hall.

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 L’auteur nous offre ici des histoires de vie New Yorkaise d’après-guerre de ces filles en quête de gloire. On passe de l’une à l’autre sans cesse et sans parfois vraiment de lien. On les suit dans leur vie, leurs tourments et surtout leurs difficultés à percer dans leur métier. A travers ces personnages hauts en couleurs (chaque fille a son propre trait de caractère) on découvre le New York du côté de la nuit, des bars, du music-hall, des spectacles et du théâtre. Les filles enchaînent castings, répétitions et petits jobs. La grande histoire est saupoudrée de petites histoires qui permettent de tisser des liens parfois insoupçonnés entre les personnages. On y croise aussi une Grace Kelly en devenir et un Woody Allen encore boutonneux et peu sûr de lui. Tout cela sur fond de jazz américain.

Le chemin de ces filles jusqu’aux étoiles se révèle semé d’embûches et Jocelyn dans tout cela s’émerveille de cette grosse ville. Il les accompagne, les soutient et découvre pour la première fois les sentiments amoureux.

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L’écriture est saturée de références (difficiles certainement pour le public adolescent). L’écriture de Malika Ferdjoukh est fluide et linéaire. Elle nous plonge entièrement dans l’atmosphère du show business, dans la culture et mode de la fin des années 40 (on imagine tout de suite les filles au look de Katharine Hepburn). On s’approprie, s’identifie à ces personnages que l’on retrouve avec grand plaisir à chaque lecture. En posant le livre on a l’impression d’abandonner la pension et ses pensionnaires mais quel plaisir de les retrouver à chaque nouveau moment de lecture ! Intrigue parfaitement orchestrée, Malika évite toutes les facilités de littérature de jeunesse. Elle propose aussi ici un gros coup de projecteur sur les évènements marquants de cette période de l’histoire. Le personnage de Jocelyn nous permet ainsi de voir les décalages de niveau de vie et culturel d’une France en reconstruction après une guerre dévastatrice et d’une Amérique qui , elle, ne l’a pas connue.

Livre à l'origine à destination du public adolescent, il plaira et parlera certainement plus au public adulte.

Au fait le Broadway Limited est le train qui reliait Chicago et New York dans les années 40, un train où l’on croisait de nombreux passagers, de nombreux personnages ....

Céline

13/07/2015

La grande embrouille

roman policier, EspagneLa grande embrouille

Eduardo MENDOZA

Seuil, 2013, 21 €

Traduit de l’espagnol El enredo de la bolsa y a vida par François Maspero

 

Le narrateur, détective anonyme sans le sou, reconverti en coiffeur pour dames sans clientes, reprend du service : son ancien codétenu du centre pénitentiaire pour délinquants souffrant de troubles mentaux, le beau Romulo, file un mauvais coton. Romulo, qui préparait un dernier « coup juteux »  avant de prendre sa retraite au Brésil, a disparu. Or tous ses « coups » ont toujours foiré dans les grandes largeurs pour des « détails mineurs » assez comiques !

Notre détective enquête à la demande de Marie-Gladys, alias « Bout-de-Fromage », mobilisant toute une équipe de bras-cassés, laissés pour compte de Barcelone : l’aristo, statue vivante de la reine Eleonor du Portugal dans les Ramblas, une joueuse d’accordéon, un livreur de pizzas… et le vieux chinois du bazar oriental « la Bamba »…

L’enquête n’est pas haletante, mais tout le plaisir réside dans l’écriture dynamique,  les personnages déjantés réunis dans un bel élan de solidarité, et la présentation pleine de dérision de l’Espagne en crise. A la fois lucide sur ceux qui l’entourent et idéaliste, notre détective est très attachant.

Une citation du vieux chinois, qui fait rire jaune :

"L’Europe a voulu cesser d’être un tas de provinces en guerre et se transformer en grand empire. Elle a changé monnaie nationale contre euro, et ça a été début décadence et ruine. Occidentaux sont mauvais mathématiciens. Bons juristes, bons philosophes, mentalité logique. Mais chiffres ne sont pas logiques. Logique est soumise à critères moraux : bien, mal. En revanche chiffres sont seulement chiffres. Aujourd’hui Européens ne savent pas combien ils ont en banque, ni combien valent les choses. Ils dépensent à tort et à travers, ils se mettent dans pétrin et demandent crédit à Caixa. Notre philosophie et nos lois n’ont ni queue ni tête. Seuls mandarins comprenaient lois et il ne reste plus de mandarins. Mais chiffres sont notre spécialité, peut-être parc e-que nous sommes nombreux."

01/07/2015

Méto et Les Autodafeurs

Coup de projecteur sur deux coups de coeurs  : Méto et Les Autodafeurs. Même si leurs points communs sont nombreux : trilogies pour les adolescents écrits par des auteurs français, ils sont, néanmoins, très différents par leur genre.

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Méto

La maison, L'île, Le monde

Yves GREVET

Soixante-quatre jeunes garçons sont enfermés dans une maison surveillée par des Césars. Regroupés selon leur tranche d’âge par couleur, ils ne savent pas d’où ils viennent, qui ils sont, mais ce qu’ils savent c’est que devenus trop grands (quand leurs lits « craquent ») ils disparaissent de la maison. Les lois de vie sont dures, tout est chronométré, minuté : attention aux nombre de secondes que vous mettez pour chaque bouchée au moment du repas ! Les Césars sont intransigeants. A la moindre incartade, on est enfermé dans le « frigo » (on imagine aisément le genre de sanction). Pour défouler les garçons et les rendre hargneux, ils les font jouer à un jeu extrêmement violent l' « Inche » où le but est de mettre des points en se déplaçant à quatre pattes tout en tenant la balle dans la bouche. Méto, le plus révolté des adolescents, prend les choses en main. Il en a assez de vivre cette vie de reclus et surtout pressent que bientôt son lit va « craquer ».

Trilogie très prenante. Yves Grevet joue sur le suspense et l’incompréhension du héros qui est aussi la nôtre (on découvre tout en même temps que lui). Les romans vont crescendo tant dans la découverte par Méto des secrets de cette maison et de leur existence que sur les péripéties et l’action qui monte au fur et à mesure des livres. D’une égale qualité, ces trois tomes se lisent sans pouvoir s’en détacher et le suspense dure jusqu’au bout : un tour de force !

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Les Autodafeurs

Mon frère est un gardien, Ma sœur est une artiste de guerre, Nous sommes tous des propagateurs

Marine CARTERON

Le jour où son père meurt dans un "accident" de voiture, Auguste prend une décision (qu’il va au début amèrement regretter) : il propose à sa mère et sa sœur (Césarine autiste mais dans sa famille on dit "artiste") d’aller vivre chez leurs grands-parents à la Commanderie (du côté du père). En effet voyant sa petite sœur et sa mère déprimer, il pense qu’habiter à la campagne leur fera le plus grand bien. C’était sans compter qu’il fallait quitter l’appartement à Paris et le collège branché où il avait la cote. Pour Auguste c’est un choc lorsqu’il reprend sa scolarité dans son nouveau collège de campagne ringard. Il y retrouve son ami de vacances mais rencontre aussi des personnes qui vont changer sa vie : son prof de littérature (motard beau gosse à cheveux longs) et Néné (personnage haut en couleur). Surprenant une conversation entre sa mère et son professeur, Auguste se pose des questions quant à la mort de son père. Son grand-père lui apprend alors qu’il a été tué par une société secrète, les Autodafeurs, qui essaient d’avoir la mainmise et le contrôle du savoir en volant et détruisant les manuscrits et les œuvres les plus anciennes et d’une grande valeur. La famille d’Auguste fait partie de la Confrérie qui a pour but de protéger ces anciens écrits.

Quand le lecteur atteint cette révélation (moitié du premier tome), la machine se met en route. S’enchaîne action, enlèvement, course poursuite, meurtres …… Mise en place lente et agréable (semée de petites pointes d’humour et de sarcasme) et deuxième moitié complètement dans le suspense et les rebondissements. Le roman alterne le récit d’Auguste et le journal de sa petite sœur. C’est la touche « légère » et perchée de l’histoire. Malgré son handicap, Césarine sera un personnage important et une aide précieuse pour Auguste. Au-delà de l’autisme on découvre une enfant intelligente, rusée et possédant un don de déduction implacable. Coup de cœur pour ce personnage original. Niveau originalité on pensera aussi à Néné, élève sérieux mais pas modèle, le plus ringard du collège qui sera un équipier de choc pour Auguste. A lire sans modération !

 Céline

15/06/2015

Plus haut que la mer

italie, prison

 

Plus haut que la mer

Francesca MELANDRI

Gallimard (Du monde entier), 2015, 208p, 17.90 €

 

"Si on veut garder quelqu’un vraiment à l’écart du reste du monde, il n’y a pas de mur plus haut que la mer" (p. 33). Cette île-ci n’est pas nommée. Entourée de courants dangereux, elle est aménagée en prison de haute sécurité pour les membres des brigades rouges ou les criminels dangereux.

Après un long voyage en train et bateau, les visiteurs arrivent par la navette.  Bien qu’il ne comprenne ni n’admette ses agissements, Paolo continue venir voir à son fils,  révolutionnaire fanatique impliqué dans des assassinats politiques. Rongé par la culpabilité, il porte sur lui la photo de la fille d’une victime de son fils.  Luisa, femme d’un homme violent qui a tué plusieurs fois sous l’emprise de la colère, voit la mer pour la première fois. Travailleuse et femme de devoir, elle pense qu’elle « a de la chance » parce qu’elle a cinq beaux enfants et que ses séances au parloir ne se passent pas trop mal.  

Bloqués sur l’île par une tempête, ils sont surveillés par Nitti Perfrancesco, un agent carcéral que ses années de service ont peu à peu déshumanisé.  Le temps d’une nuit et d’un repas partagé, des liens se tissent entre ces trois personnages, qui les aideront à évoluer.

Dès le commencement du roman, le lecteur perçoit un grand décalage entre la nature de l’île et son affectation :

"L’air épicé, ça non, ils ne s’y attendaient pas.  On distribua des numéros, des uniformes, des cellules. La vie quotidienne commença dans la nouvelle prison à régime spécial. Bref tout se passa plus ou moins comme ils s’y attendaient. Mais l’air parfumé, non. Même le plus clairvoyant des chefs de commando, le plus expert des condamnés à perpétuité ne l’avaient pas prévu. Tandis qu’ils débarquaient du chinook au milieu des hurlements et des coups de pieds, l’île les saisit de plein fouet par son arôme… Elle sentait le sel de mer, le figuier, l’hélicryse." (p. 17)

Il pourrait s’agir de l’île d’Asinara, au large de la Sardaigne, qui a effectivement servi de lieu de rétention pour des criminels et à des mafieux dangereux, "terroristes rouges et noirs".

Peu d’action, finalement, dans ce roman, qui s’attache avec sobriété à l’île et aux  relations entre ses différentes catégories de résidents, permanents ou de passage, et au regard des gardiens sur les différentes catégories de population carcérale.

Aline

20/04/2015

Miniaturiste

Miniaturiste.gifMiniaturiste

Jessie BURTON

Gallimard (Du monde entier), mars 2015, 504 p., 22.90€

Traduit de l'anglais The Miniaturist par Dominique Letellier.

1686, Amsterdam, capitale du négoce. Nella Oortman se présente dans sa future maison. Un mois plus tôt, elle s’est mariée dans sa ville natale d’Assendelft avec Johannes Brandt, riche marchand, qu’elle vient rejoindre, impatiente de commencer leur vie commune. Mais rien ne se passe comme espéré : elle est délaissée par son époux, accaparé par ses affaires, et reçue froidement par Marin, l’ascétique sœur de celui-ci, habituée à régenter la maisonnée.

Pourtant, pour lui faire plaisir, Johannes offre à Nella un splendide cadeau de mariage, une reproduction miniature, fabriquée à l’identique de leur maison. Et des billets à ordre de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, pour meubler ce cabinet à son idée. Or dès la première livraison du miniaturiste à Nella, les méticuleuses réalisations semblent impliquer que l’artisan connaît –plus que Nella- la vie et les secrets de la famille Brandt.

L’auteur dresse avant tout le portrait d’une ville marchande hostile, où tout acte est jugé par les pairs, en l’occurrence de riches marchands hypocrites, qui professent l’austérité protestante et se damneraient pour quelques florins. Comme l’exprime la pragmatique servante Cornélia "Il arrive que les florins soient plus efficaces que les prières". Les guildes semblent partager un pouvoir abusif, aux lois rigoureuses, avec une religion protestante intransigeante.  En raison peut-être de la situation toujours précaire des Hollandais, dont l’opulence est toujours menacée par la mer, qui peut tout reprendre…

Dans cet environnement, il est difficile –en particulier aux femmes- de se réaliser, et la quête de la liberté peut coûter cher. Et pourtant, la leçon mûrie par Nella est que "toute femme est l’architecte de son propre destin".

Attirée par la belle jaquette de couverture, j'attendais avec délices de me plonger dans ce roman, vanté comme un nouveau "Jeune fille à la perle" (Tracy Chevalier). Certes, il se lit avec grand plaisir. Le décor du roman est tissé avec habileté, et le récit bien mené. Le lecteur, en suspens, est avide de connaître les secrets de la famille Brandt, et en découvre jusqu’à l’extrême fin du livre. Et je ne peux que souscrire à la conclusion du livre. Cependant je ferais le reproche que l’évolution des personnages principaux, peu nuancée, manque un peu de vraisemblance. Le passage de l'indifférence à l'amour et au respect, ou de l'amour à la trahison, est un peu rapide. Qu'en dites-vous ?

Aline

01/04/2015

Reset

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 Reset

 Tetsuya Tsutsui

 Ki-Oon, 2006, 239 p., 7.65€

 

"Votre vie est un échec, appuyez sur Reset"

voilà ce que voient tour à tour les habitant d’un même immeuble. A chaque fois cela aboutit à un suicide (ou tentative). Qu’est-ce qui pousse ainsi les habitants à se tuer ? Quel est ce message qui s’affiche devant leurs yeux ? D’où vient-il ?

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C’est ce que découvre Nakajima, une jeune femme au foyer mariée à un homme qu’elle n’aime pas, quand il se jette par la fenêtre et meurt écrasé en bas de l’immeuble. Elle se connecte alors à l’ordinateur de son mari et découvre qu’il s’est inscrit à un jeu en ligne plus vrai que nature : Dystopia. C’est un jeu LAN c’est-à-dire disponible seulement pour les joueurs de l’immeuble. Tout y est reproduit à l’identique : le quartier, les habitants, les sensations, les émotions. On s’y croirait vraiment … et si c’était une piste pour comprendre ce qui se passe ? Accompagnée d’un pro de l’informatique purgeant une peine de travaux d’intérêt général, elle va élucider ces meurtres dus au plus grand sérial killer cybernétique.

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Manga « one shot » annoncé comme un « Seinen » (manga pour jeune homme), il conviendra parfaitement aussi aux adultes … et aux femmes. Le cyberespace, la cyberéalité est un thème récurrent chez Tesuya Tsutsui (voir Prophecy). Sans être fan d’informatique et de jeux en réseau on se laisse ici complètement embarquer dans l’univers de Tesuya. Tour à tour dans et à l’extérieur du jeu, le lecteur ne sais plus non plus où parfois il en est, ni où se trouve la réalité. Première lecture de ma part dans le monde du cyberespace. Expérience réussie et  à renouveler.

Emportée par l’histoire et l’intrigue, mon regret sera le manque de profondeur des personnages, des histoires restées un peu en suspens (on aimerait une histoire d’amour entre le professeur et son ancienne camarade de classe) et la fin se termine très rapidement (attention parfois le défaut des one shot). Mis à part ça la lecture de ce manga est une lecture très agréable soutenue par une intrigue simple mais efficace. 

Céline

11:33 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : manga