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25/10/2015

Profession du père

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Sorj CHALANDON

Grasset, août 2015, 320 p., 19€

Chaque roman de Sorj Chalandon m'a "rencontrée", et je n’ai jamais été déçue par cet auteur. Son dernier livre ne fait pas exception, même si le sujet en est plus personnel et  familial.

Pasteur Pentecôtiste, Judoka ceinture noire, parachutiste, footballeur, chanteur… ou agent secret ? Si le jeune Emile Choulans n’a jamais su quel métier noter dans les cases des formulaires à remplir en début d’année, c’est qu’il croyait aveuglément ce que son père lui racontait, accessoires à l’appui : kimono, robe de pasteur ou béret de para en évidence sur la plage arrière de la Simca Vedette paternelle…

L’auteur observe une famille dysfonctionnelle (proche de la sienne), à travers les yeux d’un collégien, éperdument admiratif et soumis à son père, dont le lecteur devine rapidement qu’il est mythomane et paranoïaque. Dans le microcosme familial, mère et fils sont maintenus en état de sujétion et d’alerte constante.

"Un soir de juin 1958 une amie de ma mère l’avait invitée à un récital des Compagnons de la Chanson, au théâtre romain. J’avais 9 ans. C’était la première fois qu’elle demandait à sortir seule le soir. Même avant ma naissance, mon père s’y était toujours opposé…" Le résultat ne s’était pas fait attendre "Tu vas dormir sur le paillasson, salope"… Elle a effectivement dormi derrière la porte, son fils ayant l’interdiction formelle de lui ouvrir sous peine de raclée. "C’était il y a trois ans. Depuis, Maman n’a plus jamais allumé la radio. Et plus jamais chanté."

Au moment où Charles de Gaulle "abandonne l’Algérie", André Choulans, le père, se sent trahi et décide de continuer la guerre sur le territoire français. Soit-disant officier de l’OAS, il transfère ses frustrations sur Emile et lui donne des missions : barbouiller les murs d’inscriptions OAS, poster des lettres de menace…  L’enfant est réveillé en pleine nuit pour se mettre au garde à vous, "torse nu et pieds glacés" et faire des séries de pompes en slip. A tout cela, la mère répond faiblement « Tu connais ton père ».

Emile a des crises d’asthme provoquées par l’angoisse, manque de sommeil,et ne parvient plus à se concentrer en classe... ce qui provoque de nouveaux drames. On éprouve de la pitié pour cet enfant maltraité et abusé psychologiquement. On ne comprend pas que son amour filial y résiste ! Vient même un temps où Emile utilise les méthodes de son père sur  un camarade, espérant que celui-ci saura l’arrêter… mais les méthodes fonctionnent trop bien !

Cette expérience extrême l'aura-t-elle aidé à s'affranchir de l'ascendant familial ? Reproduit-on les schémas parentaux ? Le lecteur retrouve brièvement Emile adulte dans sa relation à ses parents et à son enfant... mais beaucoup reste à imaginer.

Dans ce roman bouleversant, étouffant bien que parcouru d'intermèdes plus légers, j’ai lu la crédulité d’un enfant abusé psychologiquement par son père, mais aussi la complexité des relations familiales, tandis que Brigitte s’est attachée au contexte historique des "événements d’Algérie" du côté français.

Les entretiens avec l'auteur apportent un éclairage personnel. "Si le père n'avait pas été violent, je crois que l'enfance d'Emile (mon enfance) aurait été formidable !". Voir aussi les critiques de ses romans Retour à Killybegs et Le quatrième mur.

Aline

09/10/2015

Entre deux mers, voyage au bout de soi

entre deux mers.gifEntre deux mers, voyage au bout de soi

Axel Kahn

Stock, 2015, 250 p., 19€

 

Dans ce récit de voyage Axel Kahn nous entraîne avec lui dans la traversée de la France en diagonale de la pointe du Raz à Menton. Ce récit fait suite à un premièr parcours des Ardennes au Pays basque qu'il a narré dans Pensées en chemin paru en 2013.

 

Il a parcouru, souvent hors de tout chemin balisé, plus de 2000 km dans des conditions physiques très dures (genou douloureux, épaule déboitée) et il a cependant réussi à aller au bout de l'itinéraire qu'il s'était fixé.

 

J'ai bien aimé la façon dont Axel Kahn parle des régions qu'il traverse. Il trouve de la beauté partout où il passe et il nous fait partager son émerveillement. Il rappelle brièvement l'histoire qui éclaire le présent, la situation économique actuelle, l'attachement des habitants à leur terroir, leur désarroi parfois, et aussi leurs espoirs.

 

Entre deux mers est un récit de voyage riche de réflexions personnelles sur la vie et aussi de réflexions politiques sur la France réelle, celle des gens qu'il a rencontrés et avec lesquels il a débattu de sujets qui nous préoccupent tous.

Annie

07/10/2015

Soudain, seuls

Soudain, seuls.gifSoudain seuls

Isabelle AUTISSIER

Stock, 18,50 €

 

Un livre qu'on ouvre et qu'on ne lâche pas.

Ludovic travaille dans l'événementiel, il est fougueux, séducteur, insouciant et est doté d'une grande aptitude au bonheur. Louise travaille dans un centre d'impôts, elle est effacée, solitaire, prudente et a une seule passion, l'alpinisme. Ils se rencontrent, ils s'aiment, mais pour Ludovic, la vie est trop banale, trop monotone à Paris, il faut rompre les habitudes, vivre une aventure et il convainc Louise de faire le tour du monde en voilier.

Les premiers mois sont magnifiques mais le rêve va se fracasser lorsqu’ils décident de faire une petite halte sur une île déserte entre la Patagonie et le Cap Horn, réserve protégée uniquement autorisée aux scientifiques. L'escapade va vite tourner au cauchemar, leur voilier ayant disparu emporté par une tempête.

 

Comment survivre dans une nature hostile avec pour toute nourriture des manchots sur une île où aucun bateau ne vient accoster ? Comment un couple peut-il résister dans un face à face qui renvoie chacun à ses responsabilités et à ses faiblesses ? Jusqu’où l'être humain est-il capable d'aller pour survivre ?

 

Isabelle Autissier nous fait éprouver la peur, la froid, la faim, l'épuisement, la désespérance et aussi l'amour et la haine dans un huit clos terrible. Elle sait décrire la tension psychologique qui monte peu à peu et elle nous amène à réfléchir sur les réactions d'un être humain plongé dans une situation extrême.

Annie

30/09/2015

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir

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L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir

Rosa MONTERO

Métailié, 2015

 

Cédant à ce qui semble être une mode parmi les écrivains actuels, Rosa Montero prend comme point de départ la biographie de personnes célèbres – ici celle de Marie Curie, scientifique dont la vie aux côtés de son mari Pierre a fait l’objet de nombreux écrits et documentaires filmés .

Le tout est bien écrit, bien documenté, repose sur des faits avérés, des biographies attestées, des écrits de Marie Curie à partir desquels l’auteur  "brode".

Et c’est la broderie que je trouve gênante !!! Je trouve qu’elle donne un livre "fourre-tout" à la construction baroque (au sens artistique du terme !) avec des extraits intéressants de tranches de vie des deux scientifiques interrompus par des digressions en tous genres, notamment sur la difficulté d’être femme dans un univers machiste, sur la douleur ineffable liée à la perte de l’être aimé et sur le deuil (Pierre meurt avant Marie). L’auteur nous inflige des confidences intimes sur ses propres réactions  face à la mort de son compagnon à partir desquelles elle se livre à des généralisations sur la mort, nécessairement superficielles. On trouve aussi pêle-mêle des réflexions sur ce qu’est la normalité,  sur les coïncidences dans la vie, sur ce qu’aimer signifie pour un homme et pour une femme, sur la relation entre littérature et  Mal, littérature et beauté, fiction et réalité, liberté de l’écrivain, faiblesse des hommes, la mort de nos jours, etc. etc.  tous ces thèmes n’étant bien sûr qu’ effleurés. Enfin, l’emploi des #Hashtags, totalement artificiel, m’a exaspérée !

Il s’agit ici pour moi d’un livre exutoire  qui illustre un autre phénomène de mode à l’œuvre dans les publications récentes : l’acte d’écrire pour l’auteur qui ne se dissimule plus derrière un narrateur constitue une thérapie ; le lecteur assiste à un déballage de sentiments auquel il manque la distanciation d’une Delphine de Vigan lorsqu’elle s’interroge sur la relation entre réalité et fiction.  Sans toutes ses digressions, le livre m’aurait semblé beaucoup plus intéressant et même très recommandable !!!

Ginette

01/09/2015

La saison des mangues

Saison des mangues.gif

 

La saison des mangues

Cécile HUGUENIN

Ed. Eloïse d’Ormesson, 2015

 

Mira, partie en Afrique pour une mission humanitaire, a disparu. Lorsqu’il faut admettre sa mort, Anita, sa maman, qui a toujours vécu pour sa fille et pour son mari François, désormais interné en hôpital psychiatrique, doit s'inventer une nouvelle vie. Et pour cela se découvrir elle-même. Qui est-elle vraiment, cette femme qui tricote des bonnets personnalisés pour les personnes en chimiothérapie, et qui déteste le blanc au point de couvrir ses œufs au plat de curcuma ?

Elle trouve des forces auprès de son amie Fatou, plein de vitalité, mais aussi beaucoup dans ses souvenirs et ses origines.Sa propre mère, Radhika, était une déracinée, "vendue" à un major anglais qui exhibait sa beauté en trophée, mais s’en était vite lassé. Elle-même, élevée partiellement en Angleterre, partiellement en Inde, avait fini par épouser un Français et appris à aimer "le gris parisien". A son tour, Mira était partie à la découverte d'un autre continent, l'Afrique, où elle se croyait intégrée...

Avec des allers-retours narratifs, l’auteur tisse une légende familiale multiraciale et ouverte, sur trois générations et trois continents, avec des personnages -féminins surtout- qui passent d'une culture à une autre. Dans cette histoire de femmes, Laurent de Laurentis s’est laissé consciemment entraîner. C’est lui qui révèle le destin de Mira, qu’il admirait immensément, et en qui il s’était trouvé une sœur…

Très beau roman facile à lire, plein d'images en couleurs, d'odeurs et de sensations. Les allers-retours narratifs ne nuisent pas à la compréhension et au plaisir de lecture. En effet, comme l'exprime  l'auteur (psychologue) dans cet entretien, "émotions et sentiments se jouent de la chronologie".

Aline

24/08/2015

La variante chilienne

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La variante chilienne

Pierre RAUFAST

Alma éditeur, 2015, 18€

Professeur de philosophie, Pascal a loué un gite dans la vallée  reculée de Chantebrie, où il se retire pour l’été avec Margaux, élève de terminale brillante mais mal dans sa peau, réfugiée dans la lecture. Nous apprendrons au cours du roman ce qui la mine, et pourquoi elle a suivi Pascal.

Tout commence par la rencontre entre deux fumeurs de pipe plutôt asociaux, qui se sentent vite des affinités : "Nous avions en commun l’amour du tabac, du vin et de la littérature. Certaines amitiés sont moins charnues."

Intrigué de voir Florin ramasser un caillou en souvenir de leur joyeuse soirée copieusement arrosée, Pascal visite sa collection de cailloux :

"Des dizaines de bocaux étaient alignés sur deux longues étagères. Dans chacun, des cailloux, beaucoup de cailloux.

-          - Voici toute ma vie.

-          -

-         - Chaque bocal contient les souvenirs d’une année. Ça commence en 1971, j’avais dix-huit ans. Tu as trente-neuf bocaux comme ça. J’ai eu cinquante-neuf ans en mai dernier….

J’étais stupéfait. Quatre mille souvenirs dormaient là, à l’extérieur de sa tête. Une vie. Une existence. Des femmes possédées, des amis retrouvés, des morts regrettés, des bouteilles homériques ; toutes ces choses auxquelles il tenait se trouvaient là, devant moi, bien rangées dans des bocaux.

-          - Je te montre…

Il ouvrit le pot 1998, plongea sa main à l’intérieur, fit rouler quelques cailloux, pour finalement en sortir un, l’air satisfait. Un bout de gravier. Un simple caillou blanc, insignifiant.

-          - Tu disais que tu voulais connaître l’histoire de la piscine-potager ?"

A partir de là, l’auteur égrène les cailloux-souvenirs, multipliant les récits hauts en couleurs : partie de cartes épique ("capateros" selon la variante chilienne, d’où le titre) de trois jours, histoire d’Etienne de Vignolles, dit La Hire, valet de cœur de Jeanne d’Arc, récolte de noix à l’hélicoptère, détrousseurs de pompes funèbres, village resté sous la pluie pendant si longtemps que ses habitants en avaient oublié l’existence du soleil, etc.

Cette imagination fertile est à la fois ce qui fait le charme du livre et sa faiblesse. Chaque anecdote, contée dans une langue imagée et percutante, emporte le lecteur. L’écriture est adroite, garnie d’humour et de références littéraires. Par contre, le récit central, fil conducteur, s’effiloche, manque de profondeur et perd de sa force. 

N’en reste pas moins un grand plaisir de lecture procuré par une langue inventive et un sens de la formule :

Pascal : "L’été, je mets ma peau en jachère, je la laisse se reposer. Au bout d’une semaine, ma barbe a poussé. Alors, je suis content. Au bout d’un mois, de grosses boucles blanches se forment. Là, je suis tout à fait heureux. Mes talents de philosophe décuplent. Je suis le Samson de la barbe blanche. A la rentrée des classes, je me rase. Je redeviens le professeur fatigué qui tourne la meule du savoir."

Devant la collection de deux-cent-soixante–dix-sept pipes : "Les efforts inouïs de l’homme pour son agrément compensent ceux qu’il fait pour se détruire".

Florin : "Désolé, ma cave est très modeste. Le vin, je le bois. C’est dans mes globules qu’il se conserve le mieux."

Et la scène d’anthologie où les deux hommes  font "Sus aux verts luisants !" (je ne vous dévoilerai ni pourquoi, ni comment…).

à lire avec le sourire :)

Aline

19/08/2015

Petits oiseaux

Petits oiseaux.gif

 

Petits oiseaux

Yôko OGAWA

Actes Sud (Textes japonais), 2014, 268 p, 15.99 €

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

 

Surnommé le "monsieur aux petits oiseaux" par les enfants, le narrateur a pris soin pendant 20 ans de la volière du jardin d’enfants voisin.  C’était son frère aîné qui lui avait fait découvrir cet endroit. Ce grand frère, plus lent que les autres enfants, était passionné par les oiseaux, et ne parlait que le pawpaw, un langage proche de celui des oiseaux, qu’il avait inventé "composé de mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains". Il passait des heures à observer les canaris citron, les bengalis ou les moineaux de Java, et pouvait imiter parfaitement le plus beau des chants, celui de l’oiseau à lunettes.

oiseau à lunettes, zopterix japonicus

Toute la vie du monsieur aux petits oiseaux a tourné autour de son frère, qu’il était le seul à comprendre et à admirer. Après sa mort, il a continué à entretenir avec rigueur, voire recueillement, la volière qui faisait la joie de celui-ci, tout en essayant d’éviter les élèves, car "les enfants, ce n’était pas son fort… Par quel miracle lui apparaissaient-ils comme des êtres plus fragiles encore que les oiseaux ?"

C’est le récit d’une vie calme et contemplative, toute de dévouement et de joies simples, avec plus de rapports aux oiseaux qu’aux humains, dans laquelle un épanouissement différent est possible. On retrouve la veine de douceur mélancolique qui imprégnait l’un des premiers romans de l’auteur La formule préférée du professeur (2005).

Aline

12/08/2015

L'été, c'est BD !

Ile aux femmes.gifL’île aux femmes

Zamzim

Glénat, 2015

Aviateur émérite et séducteur impénitent, Céleste Bompard est réquisitionné pendant la grande guerre comme courrier pour l’armée. Abattu en vol,  il se retrouve sur une île -qu’il croît déserte- avec pour tout viatique les lettres des poilus à leurs femmes. Elles se révèleront bien utiles lorsqu’il lui faudra, comme Shéérazade, négocier sa survie auprès d’une tribu d’amazones férocement hostiles aux hommes…

De l’humour, une histoire peu convenue, avec un rebondissement final. Le dessin est proche de la BD belge classique (ligne claire), mais les personnages un peu plus caricaturaux (le pif de Céleste !).

 

ce n'est pas toi que j'attendais.gifCe n’est pas toi que j’attendais

Fabien Toulmé

Delcourt, 2014

Emouvante histoire vraie de l’arrivée d’une petite fille trisomique, vécue par Fabien, le père. Du rejet absolu du handicap à une histoire d’amour.

Voici un roman graphique touchant par sa sincérité, au dessin clair et efficace (sans effet esthétique) en noir et blanc + 1 couleur variant selon les chapitres. Coup de coeur.

 

Chauve(s).gifChauve(s)

Benoît Desprez

Boîte à bulles (Contre-cœur), 2015

L’auteur évoque par petites touches sensibles –et humoristiques lorsqu’il le peut- le cancer de sa compagne, du verdict à la repousse des cheveux. Comme dans la bande dessinée ci-dessus, le dessin (noir et blanc) clair et efficace sert bien son propos. Très bien, quoique peut-être un peu court pour le sujet.

Grand méchant renard.gifLe grand méchant renard

Benjamin RENNER

Delcourt (Shampooing), 2015

Chargé par le loup de kidnapper les poussins de la ferme, puis de les engraisser afin qu’ils puissent se régaler, le renard froussard essaie de passer pour un grand méchant renard… sans succès.

Cette bande dessinée aux vignettes en couleur très expressives présente des gags à toutes les pages et des personnages désopilants. Gare aux cours d'auto-défense des poules activistes !

 

Amazigh.gifAmazigh, itinéraire d’hommes libres

Mohamed Arejdal et Cédric Liano

Steinkis, 2014

Ce roman graphique retrace les tribulations de Mohamed Arejdal, jeune Berbère qui tente avec ses amis Boufouss et Ali, d’émigrer clandestinement en Europe depuis le Maroc. La liberté dont rêve Mohamed, c’est celle de devenir artiste en Europe. Départ honteux, traversée du désert, de la Méditerranée sur un cercueil flottant, camp de détention en Espagne, brutalités policières suite à ses tentatives d’évasion, et retour à la case départ... ou pas !

La BD est émaillée de croquis qui n’ont rien à voir avec  le récit, mais plutôt avec une réalisation artistique de Mohamed, ce qui est un peu déroutant. Les illustrations en noir et blanc sont expressives, parfois un peu trop proches du croquis pour mon goût, mais très rythmées.

 

Fugazi.gifFugazi Music Club

Marcin PODOLEC

Gallimard, 2015

Récit. Au lendemain de la chute du mur, Waldek et ses amis se battent pour faire vivre une salle de concerts rock et déjantés. Super engagés, ils profitent de nombreuses bonnes volontés et parviennent à mettre sur pied des soirées mémorables. Mais entre corruption, manque de moyens, casseurs, lutte contre la drogue et la mafia, la partie est perdue d’avance…

J’ai bien aimé le sujet, mais le récit ressemble un peu trop à une énumération, et il est dommage que la fin soit annoncée d'avance. Le dessin en noir et bleu est irrégulier, souvent à la limite du croquis, parfois très travaillé, ce qui rend la lecture un peu laborieuse. Pour fans de rock alternatif ?

 

Carnets de thèse.gifCarnets de thèse

Tiphaine Rivière

Seuil, 2015

Roman graphique. Jeanne, prof de collège en ZEP, n’en peut plus de ses classes indisciplinées, et décide de faire une thèse en littérature. Chronique de ses années de galère avec l’administration, son maître de thèse et les autres thésards, ainsi que de l’incompréhension familiale… autodérision et humour noir assez réussis. Les illustrations en couleurs ne présentent pas d'intérêt particulier, mais servent le texte.

 

Reste du monde.gifLe reste du monde

Jean-Christophe Chauzy

Casterman, 2015

Fin de vacances dans les Pyrénées pour Marie. Demain, elle repart pour Paris avec ses deux fils, mais pas pour retrouver son mari, qui vient de la plaquer pour une jeunette. Annoncé par la soudaine panique des animaux, un cataclysme isole le village et le plateau du reste du monde. Affrontant les difficultés au fur et à mesure qu’elles se présentent, Marie et ses fils tentent de s’en sortir dans la nature en crise, alors que les instincts sauvages refont surface.

Le récit est enrichi par des illustrations soignées en couleurs, particulièrement de la nature, dont certaines en double page. Présentée comme un one shot, cette BD est en fait un début de série, qui nous laisse face à nos questions : comment se fait-il que « le reste du monde » ne vienne pas à leur aide ? L'auteur prévoit-il seulement un 2e tome ? d’anticipation ?

(à suivre...)

10/08/2015

Le ver à soie

Ver à soie.gif

 

Le ver à soie

Robert GALBRAITH

Traduit de The Silkworm par Florianne Vidal

Détective privé, Cormoran Strike jouit d’une certaine réputation depuis qu’il a résolu une affaire sur laquelle la police piétinait. Il  s’est juré de ne plus accepter  que des affaires rentables, mais –lassé des filatures d’adultères- il se laisse attendrir par l’aspect vulnérable d’une petite dame sans le sou, qui lui demande de retrouver son mari écrivain disparu depuis dix jours. Owen Quine aurait, semble-t-il, écrit un exécrable nouveau roman pour régler ses comptes avec ses collègues et sa maison d’édition. Beaucoup de personnalités auraient eu avantage à le faire taire !

Sous le pseudo de Robert Galbraith, J.K. Rowling nous offre un polar de bonne facture, dans un style plutôt classique anglais, avec des personnages d’enquêteurs sympathiques. Cormoran Strike, héros  -et éclopé- de la guerre d’Afghanistan, fils d’un célébrissime chanteur de rock qui ne l’a jamais reconnu,  suscite fascination chez ses interlocuteurs… et rejet de la part des flics. Sa jolie collaboratrice, Robin, considérée comme une secrétaire efficace, est passionnée par le métier et voudrait être prise au sérieux et progresser.

Dans la série des Cormoran Strike, commencer chronologiquement par L’Appel du coucou. La parution du 3ème tome est prévue en octobre sous le titre Career of Evil… (traduction française planifiée seulement pour 2016).

Aline

23/07/2015

Broadway Limited : T1 Un dîner avec Cary Grant

Broadway-Limited-tome-1-Un-dîner-avec-Cary-Grant-de-Malika-Ferdjoukh-chez-LEcole-des-loisirs.jpg Brodway Limited T1 :

un dîner avec Cary Grant

 

Malika FERDJOUKH

L'école des loisirs, 582 p, 2015, 19.50 €

Elles s’appellent Manhattan, Hadley, Ursula, Chic, Etchika, Page. Toutes âgées d’une vingtaine d’années, elles vivent dans une pension pour filles : Giboulée. Nous sommes en 1948 dans un New York en pleine expansion culturelle. Le jazz, le cinéma (Cary Grant), la danse (Fred Astaire) sont à leur apogée. Toutes cherchent à réussir dans un métier artistique : la danse pour Page, le chant pour Ursula …. Ce petit monde vit en harmonie dans cette maison tenue par la vieille et dure Artemisia. Leur équilibre est un jour interrompu par l’arrivée d’un nouveau pensionnaire : Jo. Malheureusement pour Atemisia, Jo ne s’avère pas être une jeune fille mais un jeune homme : Jocelyn Brouillard (prononcé Jocelyne aux USA) arrivé tout droit de Paris ("Paree" avec l'accent s'il vous plait!) pour faire ses études. Malgré tout il s’installe à Giboulée et découvre la vie New Yorkaise et le monde du music-hall.

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 L’auteur nous offre ici des histoires de vie New Yorkaise d’après-guerre de ces filles en quête de gloire. On passe de l’une à l’autre sans cesse et sans parfois vraiment de lien. On les suit dans leur vie, leurs tourments et surtout leurs difficultés à percer dans leur métier. A travers ces personnages hauts en couleurs (chaque fille a son propre trait de caractère) on découvre le New York du côté de la nuit, des bars, du music-hall, des spectacles et du théâtre. Les filles enchaînent castings, répétitions et petits jobs. La grande histoire est saupoudrée de petites histoires qui permettent de tisser des liens parfois insoupçonnés entre les personnages. On y croise aussi une Grace Kelly en devenir et un Woody Allen encore boutonneux et peu sûr de lui. Tout cela sur fond de jazz américain.

Le chemin de ces filles jusqu’aux étoiles se révèle semé d’embûches et Jocelyn dans tout cela s’émerveille de cette grosse ville. Il les accompagne, les soutient et découvre pour la première fois les sentiments amoureux.

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L’écriture est saturée de références (difficiles certainement pour le public adolescent). L’écriture de Malika Ferdjoukh est fluide et linéaire. Elle nous plonge entièrement dans l’atmosphère du show business, dans la culture et mode de la fin des années 40 (on imagine tout de suite les filles au look de Katharine Hepburn). On s’approprie, s’identifie à ces personnages que l’on retrouve avec grand plaisir à chaque lecture. En posant le livre on a l’impression d’abandonner la pension et ses pensionnaires mais quel plaisir de les retrouver à chaque nouveau moment de lecture ! Intrigue parfaitement orchestrée, Malika évite toutes les facilités de littérature de jeunesse. Elle propose aussi ici un gros coup de projecteur sur les évènements marquants de cette période de l’histoire. Le personnage de Jocelyn nous permet ainsi de voir les décalages de niveau de vie et culturel d’une France en reconstruction après une guerre dévastatrice et d’une Amérique qui , elle, ne l’a pas connue.

Livre à l'origine à destination du public adolescent, il plaira et parlera certainement plus au public adulte.

Au fait le Broadway Limited est le train qui reliait Chicago et New York dans les années 40, un train où l’on croisait de nombreux passagers, de nombreux personnages ....

Céline