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25/03/2015

Bouillon d'Anticipation

Lors de notre rencontre de février, nous n’avons fait qu’effleurer le vaste champ de la littérature dite « d’anticipation », qui comporte de nombreux genres et sous-genres.

La littérature adolescente regorge de très bons titres d’anticipation, souvent des dystopies : (contre-utopie : fiction dépeignant les conséquences néfastes d’une idéologie poussée à l’extrême). Outre qu’elles offrent d’excellents récits à suspense dans des mondes de fantaisie, leurs auteurs cherchent souvent à mettre en garde contre les dérives de nos propres sociétés. Nous en avons critiqué plusieurs sur le blog : Starters de Lissa Price / Les Fragmentés de Neil Shusterman / La Déclaration de Gemma Malley / Legend de Marie Lu / Divergent de Veronica Roth. Lire aussi Le Passeur de Lois Lowry / Uglies de Scott Westerfeld / Hunger games de Suzanne Collins.

Les premières dystopies sont sans doute les romans suivants, des "classiques" à relire absolument ! Le meilleur des mondes (Brave New World, 1932) d’Aldous Huxley / Ravage, de Barjavel (1943) / 1984 de George Orwell (1949) / Fahrenheit 451, de Ray Bradbury.

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Quelques titres de Fantasy Urbaine ont happé notre imagination : Lombres, par China Miéville / Neverwhere, de Neil Gaiman. La fantasy urbaine prend place dans une ville (ici Londres), à une époque industrielle (19e ou 20e siècle), où le surnaturel fait irruption. Les machines à vapeur entrent en contraste avec les créatures magiques, comme dans la saga des Wildenstern, d’Oisin McGann (sous-genre « Steampunk »).

Le récit de science-fiction organise un monde imaginaire à partir de connaissances qui ne relèvent ni du merveilleux ni du religieux, mais de théories scientifiques réelles ou supposées, souvent en lien avec d’autres planètes et situées dans le futur. L’écrivain Terry Pratchett déclare avec humour : "La science-fiction, c'est de la fantasy avec des boulons."

Les précurseurs de la science-fiction sont Cyrano de Bergerac, en 1657, dans L'Autre monde ou les États et Empires de la Lune et du Soleil, puis Jules Verne avec De la Terre à la Lune (1865), et H. G. Wells avec La Machine à explorer le temps (1895), ou La Guerre des mondes (1898). La science-fiction a connu un grand succès après la seconde guerre mondiale et jusque dans les années 1970, même si la qualité de ses auteurs n’était pas toujours reconnue. Citons quelques favoris:

La stratégie Ender, d’Orson Scott Card / Le monde du fleuve, de Philip José Farmer / Fondation, d’Asimov / Hyperion et Endymion, de Dan Simmons / les romans ou nouvelles du français Ayerdhal...et René Barjavel.

D’autres titres ou auteurs ont aussi été évoqués :

Jack Vance, auteur prolifique

Echange standard de Robert Sheckley, complètement farfelu, où le héros, américain, utilise le « psychochoc » pour échanger sa vie avec celle d’un martien.

Le grand livre, de Connie Willis, original et humoristique, autour du voyage dans le temps et des paradoxes induits si les observateurs modifient l’ordre des choses.

Pardon, vous n’avez pas vu ma planète ? de Bob Ottum. Où un émissaire extraterrestre vient prévenir d’une visite touristique sur la terre de ses congénères pacifistes.

Ayerdhal

roman d'anticipationDemain une oasis

AYERDHAL (alias Marc SOULIER)

Au diable Vauvert, 2006, 17.50 €

 

Il était moitié médecin, moitié technocrate à Genève. Il avait un nom. Il n’en a plus : on le lui a retiré un soir, avec le reste de son existence. Une limousine devant, une derrière, un coup de freins, des portières qui claquent, un pistolet mitrailleur, deux baffes bien assénées, une cagoule, des jours dans une cave sous perfusion et somnifère...

Normal pour un kidnapping! C’est au réveil que ça commence à clocher, quelque part dans un désert africain, à côté d’un vieillard gravement gangrené, quand un commando humanitaire lui confie la responsabilité médicale du village dans lequel il est abandonné…

 

L’Interne comme il est appelé est contraint d’aider à la survie de peuples africains, vivants en plein désert, nomades chassées de chez eux par la foi, la guerre, la misère. Il se prend au jeu du groupe qui vient changer le monde, avec des actions dures et violentes pour avoir des financements.

 

Un peu dur à lire parfois, pour moi, à cause des termes de science-fiction par rapport à l’au-delà. Malgré cela, un bon style avec beaucoup de vocabulaire.

Annie

roman d'anticipation

La logique des essaims

AYERDHAL

Imaginaires sans frontières, 2001, 325 p., 15 €

 

Spécialiste de la science-fiction, Ayerdhal a surtout écrit des romans, voire des sagas. La logique des essaims est pourtant un recueil de nouvelles, regroupées à partir de textes courts parus au fil des années. Ayerdhal nous emmène dans les galaxies, à la rencontre d’autres formes de vie.

 

Dans Scintillements, le professeur Edgin est invité à visiter une cité construite par les Batik, les ennemis des humains dans l’espace. Après des siècles de guerre sur plusieurs planètes, et un ultimatum proposant aux extraterrestres de quitter cette planète-ci, tous les Batiks se sont suicidés. Pourquoi ce suicide collectif, qui ressemble à un message destiné aux humains ?

 

Comme de nombreux textes d'Ayerdhal, cette nouvelle traite du choc des civilisations. On peut souvent en tirer une réflexion sociale ou philosophique. C’est ce qui donne leur force à ses récits, pleins d’imagination, bien écrits, et souvent parsemés de touches d’humour.

Aline

18/03/2015

All you need is kill

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All you need is kill T1

                                  

Obata Takeshi

                     

Kazé, 209p., 6.99€

 

 

  

Vous connaissez Le jour le plus long? Ce film où Bill Murray recommence éternellement la même journée ? C’est ce que vit aussi notre héros dans ce manga. Inlassablement la même journée recommence. Nous sommes en temps de guerre, la guerre contre les Mimics, extraterrestres venus de contrées lointaines. Ils ont déjà envahi toute la Terre mais seul un pays résiste : le Japon.

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 Keiji notre héros est engagé dans l’armée japonaise. Demain c’est son premier combat contre les Mimics. Peu entraîné et plutôt peu musclé, il meurt dès les premières minutes au front mais se réveille aussitôt dans son lit pour recommencer à nouveau cette veille de combat.  

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Cela n’atteint pas les autres qui ne s’en rendent pas compte. Seul Keinji garde la mémoire des évènements passés. Son esprit mais aussi son corps se souviennent. Et si pour enfin passer au surlendemain Keiji devait défier la mort ?

 

L’idée originale ne perd pas son souffle du début à la fin. On est captivé par les efforts de Keiji pour réussir à ne pas mourir au combat. Lors des attaques contre les Mimics les dessins sont durs, gores et bien sanglants. L’histoire, les progrès du héros fascinent. Généralement pas une très grande fan des mangas celui-ci m’a envouté littéralement et à cela s’ajoute une chute à laquelle on ne s’attend pas.

 

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 Le tome 2 tient également ses promesses et nous surprend avec une chute inattendue.

Dyptique (fin au tome 2) disponible dans le rayon adulte BD.

 

Pour aller plus loin, adaptation au cinéma

Edge of tomorrow de Doug Liman

Avec Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton - sortie le 4 juin 2014

 

Céline

17/03/2015

L'enfant des marges

roman, BarceloneL’enfant des marges

Franck PAVLOFF

Albin Michel, août 2014, 18€

 

Ioan, septuagénaire, sort de sa retraite à la recherche de son petit-fils disparu à Barcelone.

Road-movie à Barcelone et retours sur le passé d’une histoire familiale douloureuse.

Le parcours est parfois difficile à suivre dans les quartiers underground de Barcelone, les squats, les drogués, mais nous sommes tenus en haleine par les jalons dévoilés par plusieurs femmes fascinantes qui guident Ioan à travers la ville, et notamment au sommet de la Sagrada Familia.

Marie-Claire

La couleur du lait

romanLa couleur du lait

Nell LEYSHON

Phébus , août 2014, 17€

traduit de l'anglais The Color of Milk (Royaume-Uni) par Karine Lalechère

 

De 1830 à 1831 dans le Dorset, Mary jeune fille de 15 ans fait le récit de sa vie de misère à la campagne : famille de 4 filles, père intraitable, mère passive. C’est une enfant sensible, aimant beaucoup son grand-père  invalide -donc bouche inutile !!

Elle est « vendue » au pasteur comme garde-malade de la femme de celui-ci (qui meurt peu après).

Mary a le grand bonheur d’apprendre à lire et écrire, ce qui permet le récit de sa courte vie.

"ceci est mon livre et je l’ai écrit de ma propre main.

chaque mot.

chaque lettre."

Le style est celui d’une écolière : haché, « maladroit », sans majuscules, mais le contenu est poignant, d’une grande sobriété, très émouvant, car le destin de Mary est une tragédie.

Marie-Claire

08:50 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

23/02/2015

Lovestar

Lovestar.gifLovestar

Andri Snaer Magnason

Zulma, 2015, 428 p., 21.50 €

 Inspiré par les modes de communication des animaux migrateurs et leur sens de l’orientation, le génial Lovestar a fondé le centre d’observation des oiseaux et papillons.

"En quelques années les découvertes du département d’étude des oiseaux transformèrent le monde. On peut affirmer que les ondes des oiseaux ont permis un grand pas dans l’évolution de l’humanité. Ce fut l’avènement de l’homme sans fils" (p. 25)

"Indriđi appartenait à la catégorie des hommes modernes et sans fil, lesquels étaient pour ainsi dire débarrassés des fils et des câbles, qu’on avait rebaptisés chaînes. Quant aux anciens appareils, on les appelait désormais poids ou fardeaux, ou encore bazar". (p. 33)

Indriđi file le parfait amour fusionnel avec Sigriđur. Malheureusement les avancées technologiques et leurs déviances les rattrapent. D’après le modèle Inlove (développé lui aussi par notre génie), l’âme sœur de  Sigriđur l’attend impatiemment ailleurs, dans la vallée idyllique du nord de l’Islande qui abrite les locaux de la gigantesque entreprise Lovestar...

L’auteur prend un malin plaisir à développer avec humour son univers… pas si lointain du nôtre, ainsi que les inventions de Lovestar, plus glaçantes les unes que les autres. Il s’attaque tout particulièrement aux ravages de la publicité intrusive : à partir d’un moteur de recherche, les profils des gens sont définis, et des "aboyeurs" (hommes ou femmes dont la zone langagière du cerveau est activé par les ondes) chargés de leur crier des messages ciblés. Lovemort permet aussi de gérer la question de l’euthanasie « dans la joie et la bonne humeur » : vieux et mourants sont largués dans l’espace pour redescendre dans l’atmosphère comme des étoiles filantes.

Ce roman m’a évoqué les récits de Barjavel, mais il manque de suspense et de rebondissements.  Le rythme est trop ralenti par l’application de l’auteur à détailler son univers futuriste et les idées de Lovestar. Un premier roman prometteur néanmoins !

Pour finir, une citation de Lovestar, dont la maxime est  "rien n’arrête une idée" (p. 125) :

"Quand on l’interrogeait sur ses idées, il s’en tirait par une pirouette, affirmant qu’il n’en était nullement responsable. Des idées, disait-il, il n’en avait pas, au contraire, c’étaient elles qui s’emparaient de lui. Elles prenaient possession de son corps qu’elles colonisaient comme celui d’un hébergeur afin de pouvoir se faire une place dans le monde réel, puis le laissaient épuisé, éreinté, vide (et surtout immensément riche et puissant, faisaient remarquer les moins compatissants). Il déclarait ne plus rien maîtriser à partir du moment où une idée s’installait dans sa tête."

"L’idée monopolise l’ensemble de l’activité cérébrale, elle met à l’écart les sentiments et les souvenirs, vous conduit à négliger votre famille et vos amis en vous poussant vers un but unique : sa mise en œuvre. Elle vous prive d’appétit, diminue vos besoins en sommeil, déclenche dans le cerveau la fabrication d’une hormone plus puissante que les amphétamines et peut vous maintenir en éveil des mois durant. Lorsqu’une idée voit le jour, l’homme dont elle s’empare se vide de sa substance… Lorsqu’une idée lui ordonne : Suis-moi ! Il va jusqu’au bout. Aucun argument ni aucune réserve n’est apte à faire reculer l’idée en question et l’homme n’est pas responsable car cette idée n’est pas la sienne. Elle existait avant lui. La bombe atomique existait avant même d’être conçue et fabriquée. Elle était dans l’air du temps et attendait son heure. Et quelqu’un devait bien la faire exploser. Même si les hommes avaient calculé qu’il y avait 20 % de risques qu’elle déclenche une réaction en chaîne détruisant l’ensemble de l’oxygène présent sur la planète, ils ont quand même essayé. Les calculs prévisionnels ne leur suffisaient pas. Il fallait emmener cette bombe dans le désert et, quand ils ont constaté sa puissance, un désir irrépressible de la voir exploser au-dessus d’une ville s’est emparé d’eux. Il suffisait de le faire une fois ou deux. Celui qui est la proie d’une idée est au-delà des notions de bien et de mal. Sa pensée se situe sur un autre plan. Une idée est telle une faim incontrôlable ou un désir charnel trop longtemps réprimé. Ceux qui en sont la proie sont les gens les plus dangereux du monde parce qu’ils sont prêts à prendre tous les risques. Ils veulent simplement voir ce que ça donnera, leur pensée ne va pas plus loin que ça."

Humour noir, vous dis-je.

Aline

08/02/2015

Amours

roman,condition féminineAmours

Léonor de Récondo

S. Wespieser, 2015, 276 p., 21 €

1908, dans une petite ville du Cher, le quotidien lisse et respectable du notaire Anselme de Boisvaillant et de sa femme Victoire est un peu assombri par l’absence de descendance. Victoire ressasse son ennui, Anselme s'inquiète d'un possible secret de famille. Pour autant, dans leur maison bourgeoise, "Chacun restait à sa place, jouant son rôle à la perfection… Anselme à son étude, Victoire à ses pensées, les domestiques à leurs obligations."

Désirs et amours se croisent, pas toujours au bon endroit ou là où on les attend : amour charnel ou amour forcé, acceptation ou rejet de son corps, amour maternel… ou pas ! Jusqu’à la naissance « du mauvais côté du lit » du petit Adrien, qui vient remuer les espoirs et les sentiments.  

Léonor de Récondo évoque, d’un point de vue féminin, la condition féminine et la place infime laissée aux domestiques, à qui on ne demande pas leur avis même pour les décisions qui les concernent au plus près.

"Si [Céleste] avait eu le choix –mais ce mot n’existe ni dans sa condition, ni dans son vocabulaire- elle aurait dit : Non ! Elle l’aurait même hurlé". Au lieu de quoi, elle suit bravement le conseil d’Huguette "Garde la tête haute, c’est tout ce que nous pouvons faire, nous autres ! Garder la tête haute pour faire croire qu’on n’a pas honte."

Un instant, les barrières sociales et les convenances semblent sur le point d’être bousculées, mais elles ont la vie dure !

La trame du récit réserve quelques surprises originales, le sujet en est émouvant -voire mélodramatique-,  mais je les ai trouvés mal accordés à une langue lisse et poétique, qui tient la réalité à distance. Ce pourrait être du roman réaliste, c’est de la broderie à petits points… Je l'aurais voulu âpre, il est mélancolique.

Aline

07/02/2015

Debout-Payé

 

Debout-Payé                                      

Gauz

Nouvel Attila, 192 p./ janvier 2015

Debout-payé c’est le nom qu’Ossiri, étudiant ivoirien, donne à ce métier où l’on est payé pour rester debout : vigile. Ossiri est un "debout-payé". Arrivé en France dans les années 90, il devient vigile tour à tour au Camaieu Bastille et au Séphora des Champs-Elysées. C’est le regard drôle, touchant et dur aussi que porte cet émigré. Sont évoquées les difficultés de logement et de travail que subit cette population. C’est aussi un regard porté sur les relations France-Afrique sur trois périodes clés : 1960 (l’âge de bronze), 1990 (l’âge d’or) et les années après les attentats du 11 septembre 2001 (l’âge de plomb).

Les chapitres alternent entre description de la vie d’immigré et vie de vigile. La vie d’immigré est raconté de façon juste et pertinente mais non sans une pointe d’ironie : "Bannir un homme, l'éloigner de force de l'endroit où il vit et travaille, juste parce qu'un préfet ne lui a pas signé un banal papier, était une idée effrayante. Pourtant, Ossiri aimait l'expression administrative correspondante : " Reconduite à la frontière." Cela lui inspirait un voyage bucolique à travers prés et champs, accompagné par une cour joyeuse et bruyante, jusqu'à une frontière imaginaire pleine de mystères enchanteurs. Là-bas, tous les accompagnateurs chanteraient en chœur et en canon " ce n'est qu'un au revoir". L'accompagné - plutôt le "reconduit"- continuerait seul son chemin en écrasant une larme d'émotion."

La vie de vigile est une succession de définitions, des moments légers où l’on rit de bon cœur, des clichés, des « à priori » que les vigiles peuvent avoir sur les choses et les gens :

"TATOUAGES. Sur le cou, son tatouage aux traits fins et précis représente un lotus qui a le même graphisme que "Lotus", la marque de papier hygiénique. Avec sa peau très pâle, c'est un peu comme si elle avait un rouleau de PQ coincé entre la tête et les épaules."

DÉFINITIONS. 98% Coton + 2% Élasthanne = Jean Slim

95% Coton + 5% Élasthanne = Fuseau

Pour être cool ou ringard, cela se joue à 3% d'Élasthanne."

Debout-payé, témoignage inédit d’un vigile.

Céline

 

27/01/2015

Les voleurs de Carthage

Voleurs de Carthage (Les)Voleurs de Carthage (Les) 

Les voleurs de Carthage, tomes 1 et 2

Appollo et Tanquerelle

Dargaud, octobre 2014, 13.99 €

Un Gaulois et un Numide quel drôle de tandem ! C’est pourtant celui qui va rythmer cette série burlesque composée de deux tomes. Nous sommes plongés, ici, au cœur de la grande ville de Carthage au bord du gouffre (les Romains sont prêts à lancer l’assaut).

Dans le premier tome, Horodamus et Berkan sortent des griffes des Romains une jeune fille, Tara, issue d’une grande famille de voleurs d’Utique. Maintenant seule (le reste de la troupe s’étant fait décimer), elle s’associe à nos deux idiots pour leur proposer l’affaire du siècle : voler l’or et piller le temple de Carthage. Mais inclure ces deux énergumènes dans cette aventure ne semble pas être forcément une bonne idée.

Dans le deuxième tome l’histoire se précise et les rouages pour le pillage sont mis en place. L’équipe s’est maintenant agrandie de deux autres personnages tout aussi hauts en couleurs : un prêtre et un soldat. Entre l’avancée des Romains dans Carthage et le peu de professionnalisme de l’équipe, le casse semble commencer avec beaucoup de difficultés. C’est ce qui fera l’humour de ce deuxième et dernier tome.

Appollo et Tanquerelle nous offrent ici un péplum tout en humour et en situations burlesques toutefois avec un fond sérieux (la guerre et la destruction de Carthage). Les illustrations naïves et enfantines renforcent le côté comique. On s’attache aux personnages : à ce Gaulois complètement rustre qui ne pense qu’à embrasser et abuser de la belle Tara et à ce Numide qui se croit supérieur intellectuellement à son ami. Le fond historique de cette bande dessinée reste sérieux et véridique. Un intérêt supplémentaire à ce diptyque.

Riche en aventures et en rebondissements cette histoire nous offre un très bon moment de détente à savourer en ce moment au chaud sous sa couette. 

Voir ici le commentaire d'Ismène

Céline 

27/12/2014

Le ravissement des innocents

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Taiye SELASI

Gallimard (Du monde entier), juin 2014, 365 p, 21.90€

Traduit de l’anglais Ghana must go par Sylvie Schneiter

"Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de la chambre". Ancien chirurgien chevronné, il se perd dans la contemplation de son jardin et dans ses souvenirs au lieu d’aller chercher ses médicaments lorsque vient  l’infarctus… Kweku et Fola, autrefois couple magique, amoureux, symbole de la réussite d’immigrés africains brillants aux Etats-Unis. Ensemble, ils ont eu quatre enfants, chéris et pleins de qualités. Et pourtant, la famille est éparpillée depuis des années...

Dans une construction habile, l’auteur remonte le cours du temps par petites touches, s’attardant sur quelques moments déterminants pour chaque membre de la famille. Fola, femme forte et intelligente, Olu, le fils parfait, chirurgien à son tour ; les jumeaux, la belle Taiwo et son frère  Kehinde, autrefois si proches qu’ils s’entendaient penser ; et Sadie, la petite dernière, la jalouse. Tous se rendent au Ghana pour les funérailles. Ce voyage, à la fois retrouvailles et  retour aux racines familiales, est révélateur pour chacun.

Un premier roman, exigeant et d'une grande puissance, autour d'une famille cosmopolite, qui a vécu beaucoup de migrations, comme Fola partie du Nigeria après l’assassinat de son père. A propos de l’anonymat conféré à son père par la mort, de l’indifférence qui la transforme d’une fille en deuil  en un élément de l’histoire :

"Oui, cela se tenait, le début de la guerre au Nigeria, bien sûr.  Sans tenir compte que les Haoussas ciblaient les Ibos, ni que son père était un Yoruba, sa grand-mère une blanche, les domestiques des Fulanis. Dix morts, un seul Ibo, des détails mineurs auxquels personne n’attachait d’importance. Elle le sentit en Amérique, à son arrivée en Pennsylvanie : ses camarades de classe et ses professeurs considéraient que l’événement, pour tragique qu’il fût, était normal en quelque sorte. Elle avait cessé d’être Folasadé Somayina Savage pour devenir la représentante d’une nation générique ravagée par la guerre. Sans attributs. Ni odeur de rhum. Ni posters des Beatles. Ni couverture en tissu kente jetée sur un grand lit. Ni portraits. Rien qu’une nation ravagée par la guerre, désespérante, inhumaine, aussi humide et chaude que n’importe quelle autre nation ravagée par la guerre du monde… Après tout, on n’arrêtait pas de trucider les pères aux larges épaules et aux cheveux de laine d’enfants originaires de pays chauds ravagés par la guerre, n’est-ce pas ?...

Elle ne regrettait pas Lagos, la splendeur, la vie formidable, l’impression de richesse – mais son identité livrée à l’absurdité de l’histoire, l’étroitesse et la naïveté de son ancienne individualité. Puis elle cesserait de s’intéresser aux détails, à l’idée que les attributs conféraient une forme à l’existence. Une maison ou une autre, un passeport ou un autre, Baltimore, Boston, Lagos ou Accra, vêtements élégants ou de seconde main, fleuriste ou avocate, la mort ou la vie – en fin de compte, rien n’avait beaucoup d’importance. S’il était possible de mourir sans identité, dissocié du moindre contexte, on pouvait vivre de cette façon."

La première partie du roman pose les personnages, elle est donc un peu plus difficile d'accès, le temps de s'y retrouver dans l'arbre généalogique (fourni p. 13) et les différents noms. Ensuite, le lecteur essaie de comprendre comment la famille a pu éclater aussi complètement, et ce que peuvent guérir les retrouvailles. Un livre à lire et à relire, pour les pensées que prête l'auteur à ses personnages sur la vie, la famille,...

"Avec Ama, [Kweku] est tendre… Il veut qu’elle soit satisfaite. Il le veut parce qu’elle peut l’être. C’est une femme qui peut être satisfaite. Elle ne ressemble à aucune femme qu’il a connue. Ou à aucune femme qu’il a aimée. Il n’est pas certain de les avoir connues, d’y être parvenu, ou qu’un homme soit capable de connaître une femme. Ainsi celles qu’il avait connues ignoraient la satisfaction… Non par cupidité. Jamais. Il n’aurait jamais qualifié sa mère de cupide, ni Fola, ni ses filles. Des femmes d’action qui réfléchissaient, des amantes toujours en quête, toujours prêtes à donner mais, surtout, des rêveuses, ce qui était bien plus dangereux.

Des rêveuses. Des femmes très dangereuses. Qui regardaient le monde par leurs grands yeux rêveurs et qui, au lieu de le voir tel qu’il était, « brutal, absurde », etc., songeaient à ce qu’il pourrait être ou devenir. Des femmes insatiables. Jamais comblées. Qui voulaient avant tout l’impossible… Et le pire : qui le regardaient et voyaient ce qu’il était susceptible de devenir, plus magnifique que ce qu’il se croyait en mesure d’être.

Ama n’a pas ce problème. Du moins n’a-t-il pas ce problème avec Ama… Les pensées d’Ama ne sont pas des substances dangereuses. Son état naturel est le contentement. Une révélation. Partager la vie d’une femme heureuse en permanence, au repos – heureuse ? Et avec lui. Voici pourquoi (croit-il) Kweku aime Ama"

Aline