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14/11/2011

La fille du marais

La fille du marais
Franny Billingsley, Editions des Grandes Personnes, sept 2011, 441p., 19€
traduit de l'anglais (USA) "Chimes" par Nathalie Laverroux

Le récit est situé dans une zone reculée d'Angleterre, en bordure de marécage, à une époque non précisée, au moment de l'arrivée du chemin de fer.
Filles de pasteur, Briony Larkin et sa soeur Rose ont 17 ans. Briony la narratrice, est persuadée d'être responsable de la déficience mentale de sa jumelle et de diverses catastrophes qui se sont abattues sur leur famille. Elle se déteste avec application et s'impose de veiller à tout instant sur sa soeur. Douée de seconde vue, elle peut voir les "créatures anciennes", mais garde ce don secret, car les femmes dénoncées comme sorcières finissent pendues.
L'histoire débute à l'arrivée d'Eldric, fils de l'ingénieur Clayborne qui construit une usine pour assécher les marais. Comme les marais sont le refuge des créatures magiques, le Seigneur du marécage se venge en envoyant la fièvre des marais aux habitants du village. Briony, qui craint pour sa soeur si fragile, s'empêtre dans une négociation avec les créatures magiques.

Le récit présente beaucoup de détours et de retours en arrière, sur des moments heureux où Briony pouvait laisser libre cours à son imagination et à sa créativité, et sur des catastrophes qu'elle pense avoir provoquées à cause de ses liens avec les créatures magiques. Le récit, assez glauque, est éclairé par la relation que développe Briony avec Eldric, le fils de l'ingénieur.

Au total, un très bon roman original, un peu gothique à l'image de sa couverture, long et tarabiscoté.

Le dernier hiver

Le dernier hiver
Jean-Luc Marcastel, Hachette Jeunesse (Black Moon), octobre 2011, 448p., 16€

En 2035, Johan raconte comment la nuit et l'hiver éternel sont tombés sur la terre, et comment la Malesève, une maléfique forêt de pins dévoreuse, s'est étendue, repoussant les humains et détruisant peu à peu fin la civilisation.
Resté dans une partie enneigée d'Aurillac qui maintient encore un semblant de vie normale, Johan se désespère d'être séparé de sa merveilleuse Léa partie avec ses parents en exode vers le sud, et qu'il pense en danger à Bergerac. Il finit par partir en expédition en motoneige pour la rejoindre. Par amour pour Johan -et pour chasser leurs propres démons- son frère et 3 amis l'accompagnent dans sa quête désespérée et dangereuse.
Les pins vampires s'attaquent à eux, mais d'autres êtres vivants ont muté en créatures assoiffées de sang... et les plus dangereux de tous sont encore les humains, mutants ou non !

Ce roman d'aventure original, roman initiatique dans une ambiance glacée et glaçante, présente des personnages héroïques mais souffrant chacun d'une fêlure. L'apogée du suspense évoque Hunger games, et se passe (encore !) dans une arène.
Très agréable à lire, en un seul tome.

14/07/2011

Héroïc fantasy ou Science-fiction ?

Les yeux d'Opale
Bénédicte Taffin.- Gallimard jeunesse, sept. 2010.


L'auteur mêle avec habileté deux histoires, l'une de fantasy, l'autre de science-fiction, jusqu'à n'en faire plus qu'une, passionnante :

- Sur Opale, dans le royaume médiéval de Kindar, la princesse Héléa accède au trône après le décès tragique de son père et la disparition de son frère, le prince héritier Sylfin. Méprisée et menacée par les seigneurs du royaume à cause de son ascendance "chimar" (mutante), elle décide de leur livrer bataille.

- Sur Onyx, Angus, épris de liberté, prend part avec d'autres rebelles à l'organisation d'une expédition secrète visant à échapper à l'emprise des Intelligences Artificielles qui les contrôlent, et à s'établir sur une planète encore non terraformée.
Leur vaisseau effectue un atterrissage en catastrophe sur la planète Opale en plein coeur de la bataille médiévale !

Le lecteur découvre peu à peu les deux sociétés, avec leurs règles et leurs coutumes. Les personnages sont complexes et attachants, tous ont des rêves, des envies contradictoires. L'arrivée des Onyxiens, frustrés de se retrouver sur une planète habitée,  bouleverse l'ordre politique et social d'Opale. Les intrigues sont nombreuses, aussi bien à l'intérieur d'un peuple, comme le complot visant à éliminer Héléa, ou l'opposition entre plusieurs factions à l'intérieur du vaisseau spatial, mais aussi entre les différents peuples. Des alliances se créent, d'autres se défont. Les héros ne connaissent pas de répit, et le lecteur non plus...

Mais la rencontre des deux mondes n'est peut-être pas un pur hasard...

J'attends le second tome avec impatience ! Aline

06/06/2011

Promise

Promise (1/3), par Ally Condie
traduit de l'anglais (américain) "Matched" par Vanessa Rubio-Barreau
Gallimard jeunesse, mars 2011, 423 p., 18 €

Résumé :

La Société est organisée dans ses moindres détails pour garantir à ses citoyens une bonne santé, une bonne nutrition, une bonne durée de vie, etc.
L'histoire débute au moment de la "cérémonie de couplage" des jeunes gens de l'âge de Cassia, la narratrice. Chacun se voit remettre la micro-carte présentant l'époux qui lui conviendra le mieux, sélectionné parmi tous les jeunes de leur âge. Fait inhabituel, Cassia est "couplée" avec quelqu'un qu'elle connaît : son meilleur ami Xander. Encore plus étonnant, sa micro-carte lui montre un 2ème visage, celui d'un autre ami, Ky, ce qui est normalement impossible puisqu'il est classé "Aberration" en raison des agissements de son père.
Cassia commence à s'intéresser de trop près à Ky, qui provient de la zone frontière et a connu une vie moins "normalisée" que la sienne. Peu à peu, elle remet en cause cette société si "parfaite" qu'aucune liberté n'est autorisée, aucun choix n'est possible.

Critique :

Une chose est certaine, ce roman a du succès. Sa couverture est romantique à souhait, et le contenu est à l'avenant. Ma fille adolescente l'a d'ailleurs classé "coup de coeur".

OK, c'est une dystopie bien ficelée. La tension monte graduellement par rapport à cette société tellement policée que les "officiels" ont décidé de faire le tri dans les oeuvres d'art, ne conservant que 100 chansons, 100 tableaux, 100 poèmes... et éradicant tout le reste (inutile et encombrant). Pourtant, dans le genre "société surorganisée liberticide", j'ai préféré Uglies ou Hunger games. Quand au côté sentimental, un peu trop étalé dans ce roman, dans le genre "entre les deux mon coeur balance", j'ai préféré Fascination, Hésitation...

Pour moi, c'est donc juste une lecture agréable. Je réviserai peut-être mon jugement  avec les tomes suivants...

Aline

08/05/2011

Steampunk

La saga des Wildenstern, tome 1 "Voraces"
Oisín McGann, traduit de l'anglais (Irlande) "Ancient Appetites" par Patrick Imbert
Mango, (Mondes imaginaires), août 2010, 18 €, 375 p

Saga familiale située à l'époque victorienne, avec meurtres, complots, trahison...
Basée en Irlande où elle opprime le pauvre peuple, la famille Wildenstern a bâti un gigantesque empire financier mondial. Il faut dire que cette famille a un fonctionnement bien particulier, basé sur l'ambition et l'agressivité, conforté par les particularités physiques de ses membres : les Wildenstern jouissent d'une longévité et de capacités de guérison exceptionnelles ! Le patriarche de la famille est tout simplement le plus impitoyable, et le code de succession est très particulier : l'assassinat pour monter dans la hiérarchie du pouvoir est même encouragé !

Nathanaël, 3ème fils du patriarche tyrannique, rentre de quelques années aventureuses en Afrique pour se mesurer à la Bête de Glenmalure. Il espère impressionner son père en domptant ce terrible mécanimal. Son triomphe est de courte durée, puisqu'il apprend le décès de son frère aîné, et que des soupçons d'assassinat pèsent sur lui. Charmant, mais désinvolte et égoïste, il doit revoir sa position dans la famille et dans la vie. La situation se complique encore lorsque des ancêtres momifiés sont ramenés à la vie par Gérald, le fou de science, et qu'ils revendiquent leur place dans la famille !
Et pendant ce temps, le peuple essaye de survivre, se rebelle parfois, ou vit de rapines.

Je n'ai évoqué que le héros principal, mais l'auteur s'attache à de nombreux personnages, originaux et surprenants. Le côté "steampunk" est surtout développé dans les surprenants "mécanimaux", mi automates, mi animaux. Leur lien particulier avec les Wildenstern s'expliquerait peut-être par mathaumaturgie, science qui consiste à expliquer la magie par les maths...
Le lecteur en apprendra sans doute plus dans le tome 2, "Féroces", paru le 8 avril.
Au total, un livre intelligent, à l'intrigue bien menée, dans un monde original. Pour bons lecteurs.
A dévorer ! 

Aline

09/04/2011

Bonnie, Sean and Bud

La ballade de Sean Hopper, de Martine Pouchain
Sarbacane (eXprim'), octobre 2010, 233 p., 15.50 €

Le petit Bud (8 ou 9 ans), conteur de cette histoire, vit avec sa grand-mère et son hérisson apprivoisé, qui ne suffisent pas à occuper toute sa curiosité et son besoin d'affection. Lorsque Sean Hopper, embauché comme tueur de vaches à l'abattoir,  s'installe dans la maison voisine, il l'observe attentivement... mais de loin, "rapport à son allergie aux mômes"

Sean Hopper était un homme qui se cachait derrière beaucoup de méchanceté.... il ne disait jamais bonjour, et il faisait tout le temps la gueule comme s'il n'y avait plus de sourire en magasin quand sa mère l'avait fabriqué. Ca aurait pu suffire à lui mettre tout le voisinage sur le dos, mais en plus, il buvait comme rarement j'ai vu boire quelqu'un, sauf mon père et sauf que c'était du whisky.

En plus, Sean est affigé d'un vieux père gâteux qui vit dans la cabane au fond du jardin et vole des tablettes de chocolat. Dans l'ombre de Bud, le lecteur suit  la vie quotidienne assez navrante de Sean Hopper, et se désole avec lui lorsque Bonnie, sa gentille compagne, se fait jeter dehors. Suite à un accident, provoqué par sa conduite en état d'ivresse, Sean se met à avoir des visions et des prémonitions qui lui gâchent l'existence et l'obligent à réfléchir et à changer de vie.

En filigrane, le petit Bud se dévoile peu à peu, terriblement attachant dans son besoin éperdu d'affection, et son attitude résolument optimiste, encouragée par l'éducation reçue de sa grand-mère.

Grand'Ma m'a dit que les aigles et les arbres et les nuages sont mes frères et que la terre est ma soeur. Ca fait une sacré différence avec ce qu'on apprend à l'école et c'est un truc qui vous remet d'aplomb en moins de quatre quand le besoin se fait sentir, alors il n'y a pas de raison de s'en priver.

Une très chouette histoire, si on se laisse embarquer par le style choisi par Martine Pouchain pour cette ballade. J'ai beaucoup aimé, mais certains pourraient être agacés par les nombreuses expressions imagées légèrement détournées ou décalées.

    La violence, c'est l'amour qui ne trouve pas sa cible, me disait Grand'Ma.

Coup de coeur d'Aline.

Parmi les nombreux romans jeunesse de cet auteur, lire aussi "Chevalier B."

Baroque Zafón

Marina, Carlos Ruiz Zafón
Pocket Jeunesse, janvier 2011, 333 p., 19 €
Traduit de l'espagnol par François Maspero

Roman "passerelle" paru en édition adulte et ado.

Oscar Drai, adolescent solitaire et rêveur, s'échappe souvent de son internat pour se promener dans les rues de Barcelone. Entraîné par un chat, puis captivé par un merveilleux air d'opéra, il pénètre un jour dans une ancienne maison bourgeoise, et rencontre Marina, dont la beauté et l'étrangeté le fascinent immédiatement.
Ensemble, ils tentent de percer le mystère de la dame en noir, habituée du cimetière, et sont entraînés dans une morbide histoire d'amour et de morts-vivants.

Agréable roman d'aventure fantastique, de romance et de suspense, bien écrit. La ville est merveilleusement bien décrite par Zafón, les personnages captivants  (à part le narrateur qui manque de substance et semble bien naïf). Le lecteur se laisse embarquer avec plaisir et surprendre par les rebondissements... même si le nom de la fille du bon docteur, "María Shelley", donne quelques indices...

Dans un style tout aussi gothique que l'ombre du vent ou le jeu de l'ange, ce roman est  beaucoup plus accessible.

Aline

23/08/2010

L'histoire d'Anna

L'histoire d'Anna : la déclaration,   Gemma MALLEY   Naïve (Naïveland), 2007

Angleterre, 2040. Le programme de longévité permet aux adultes de prolonger leur vie quasi éternellement... la corollaire étant l'interdiction d'avoir des enfants. Les contrevenants, taxés d'égoïsme criminel, sont poursuivis.

Anna est une "enfant surplus",  donc arrachée à ses parents et placée dans un pensionnat, sorte de centre de rééducation, où les enfants illégaux, comme elle, subissent une pression constante et un formatage basés sur la honte et l'humilité. Anna s'est adaptée, elle est même une pensionnaire exemplaire, bien qu'un peu plus sensible que d'autres.

Mais l'arrivée d'un garçon qui prétend connaître ses parents et refuse de s'intégrer la pousse à remettre en question ce système inhumain...

Un bon roman d'anticipation, qui n'est pas sans rappeler l'excellente trilogie Méto, d'Yves GREVET...

Aline

29/06/2010

Le chant des orques

Le chant des orques, Antje Babendererde

Traduit de l'allemand "Der Gesang der Orcas" par Marie-José Lamorlette. Bayard, Millezime, mars 2010, 11.90 €, 389 p.

Portrait d’une jeune fille allemande, en pleine reconstruction après le décès de sa mère, qui doit apprendre à composer avec son père, et vit son premier amour avec un beau jeune Indien.

Sofie, 15 ans, a perdu sa mère d'un cancer il y a 6 mois. Son père, grand reporter photographe, profite d’un contrat pour l’emmener au nord de Seattle. L'idée est de ne pas la laisser seule, mais aussi de se rapprocher de sa fille qu’il ne connaît finalement pas si bien que ça. Ils partent à la découverte d’une contrée où vivent des indiens descendants des tribus Makah, qui préparent une grande fête traditionnelle annuelle.

Dans le motel où ils s’installent, Sofie rencontre Javid, un jeune indien qui a perdu son père deux ans plus tôt et qui poursuit la construction du canoë commencé par son père, chasseur de baleines. C’est le coup de foudre. Outre une perte douloureuse, ils ont en commun la passion des orques. Javid aide la jeune fille à passer par dessus son chagrin, l'emmène voir les orques, lui raconte des légendes indiennes,... Sofie apprend aussi à s'affirmer par rapport à son père, à lui imposer son autonomie et ses choix.

Une histoire d'amour touchante, avec un aspect documentaire sur les tribus indiennes de la côte Pacifique. Le coup de foudre est un peu facile, mais bon, on ne va pas bouder son plaisir...

Du même auteur, lire aussi Lune Indienne, beau roman d'initiation, tout aussi intéressant sur la vie actuelle des indiens. Les ingrédients de ce roman sont proches, mais le narrateur est un garçon, qui doit suivre sa mère qui vient s'installer dans une  tribu Lakota.

Aline

Idhun

Idhun, tome 1 : la résistance, de Laura Gallego Garcia

Traduit de l'espagnol "Memorias de Idhun" par Marie-José Lamorlette. Bayard Jeunesse, avril 2010, 19.90 €

Idhun est un monde parallèle au nôtre, régi par la magie, autrefois heureux et peuplé d'humains et de créatures fabuleuses comme les licornes, les dragons et les fées. Hélas ce monde a été dévasté par l'invasion d'Ashran -le puissant nécromancien- et de ses alliés les Sheks, féroces serpents ailés. Ashran a envoyé sur terre son redoutable guerrier, Kirtash, exterminer toutes les créatures magiques qui auraient pu s'échapper d'Idhun.

Le livre débute sur terre, on voit Jack, garçon de 13 ans qui vit au Danemark, rentrer de l'école à vélo... pour se retrouver face à ses parents assassinés et à leurs meurtriers. Ceux-ci s'apprêtent à le tuer lui aussi, mais deux inconnus sauvent Jack et le cachent dans un endroit protégé : Limbhad, un refuge situé entre la Terre et... Idhún !

Les deux protecteurs de Jack sont un magicien, Shail, et un prince guerrier, Alsan. Avec la jeune Victoria, et maintenant Jack, ils forment une poche de Résistance et essaient d'empêcher les meurtres du guerrier Kirtash. Mais celui-ci possède un pouvoir hypnotique immense, et sa mission est maintenant de tuer Jack et Victoria.

Alsan et Shail essaient également de retrouver la dernière licorne et le dernier dragon, cachés sur la terre, et qui selon la prophétie sont les seuls à pouvoir sauver Idhun.

Ce roman de fantasy, annoncé comme le 1er d'une trilogie, comporte 515 pages. C'est un bel objet, soigné, qui devrait séduire les amateurs du genre. Le récit est bien mené et palpitant, entre aventure et parcours initiatique de Jack et Victoria. Bon, il y a quelques longueurs, notamment dans les atermoiements sentimentaux de Victoria, et j'avais deviné le ressort du récit 200 pages avant les héros. Mais s'il ne révolutionne pas le genre, ça n'en demeure pas moins un très bon récit de fantasy, pour les 13-16 ans.

Du même auteur, j'ai préféré "L'impératrice des Ethérés", plus court et plus original.