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24/10/2016

Heaven

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Mieko KAWAKAMI

Actes Sud, 2016, 256 p., 21€

Traduit du japonais par Patrick Honnoré

 

Entre deux adolescents japonais, confrontés chacun de leur côté à de féroces brimades au collège, se développe une fragile amitié. Pendant un temps, Kojima, sale et négligée, dite « la poubelle » et le narrateur, affligé d’un fort strabisme, dit « Le bigleux » ou « Paris-Londres », semblent se comprendre. Leur échange discret de petits mots ou leurs rencontres discrètes sont autant de respirations.

Bien loin de nos références occidentales, l’auteur confronte plusieurs points de vue autour de ces exactions : celui d’un harceleur, et celui des deux victimes, qui vivent le harcèlement de façon entièrement différente. Tandis que Kojima intellectualise la souffrance et la revendique comme une marque de spécificité choisie, le narrateur souhaite juste qu’elle cesse.

Momose, persécuteur sans états d’âme, réfute la notion de bien ou de mal : « On ne le fait pas parce qu’on a le droit. On le fait parce qu’on a envie de le faire…. Ça pourrait être n’importe qui. Par hasard tu es là, par hasard tu te sens l’envie… »

Le harcèlement scolaire, sous un angle japonais terriblement noir. Les personnages offrent peu de prise à l’espoir. Heaven (ou paradis) est le titre d’un tableau évoqué par Kojima, que le narrateur tente vainement d’atteindre…

D'une belle qualité d'écriture, mais glaçant.

Aline

03/10/2016

Le tyran meurt au 4e coup

roman étranger, dictatureLe tyran  meurt au 4e coup

Jorge IBARGÜENGOITIA

Ed. du Tripode, 2016, 18€

Traduit de l'espagnol (Mexique) Maten al leon par François Minaudier, dessins de Samuel Pouvereau.

Sur Arepa, île imaginaire des Caraïbes, le Président Belunzaran, « Enfant Héros de la guerre d’indépendance », arrive à la fin de son 4e mandat, et n’a aucune intention d’abandonner le pouvoir.  Le candidat de l’opposition est fort opportunément poignardé, laissant les « modérés » désemparés. Comment s’opposer dès lors au tyran ? C’est un expatrié, extérieur aux querelles de clocher et sans « passif » politique, qui est invité à se présenter contre le tyran. Mais le plus sûr moyen d’empêcher Belunzaran de transformer son mandat en présidence à vie… c’est encore de l’assassiner. Les tentatives se succèdent, toutes plus maladroites les unes que les autres !

Dans cette farce politique, aucun personnage n’est vraiment pris au sérieux. L’auteur campe un monde politique grand-guignolesque, et des batailles entre puissants qui ne se préoccupent absolument pas du peuple.

Aline

26/09/2016

L'échange

Roman étranger, ArgentineL’échange

Eugenia ALMEIDA

Metailié (bibliothèque hispano-américaine), 2016, 248 p., 18€

Traduit de l’espagnol (Argentine) La tensión del umbral par  François Gaudry

 

A la sortie d’un café, une femme menace un homme d’un pistolet, puis retourne son arme contre elle et se tire une balle dans la poitrine ! Manifestement, un suicide, juste un dossier à classer pour la police, même si l’homme d’abord menacé a disparu avant l’arrivée des autorités.

Pourtant, Guyot, journaliste, ne peut pas lâcher l’affaire : la vision de cette jeune femme le hante, il lui faut comprendre ce qui l’a amenée à un geste aussi dramatique. Ami avec un policier, il commence par obtenir quelques informations, mais l’affaire est enterrée au plus vite, et les témoins ont la mémoire étrangement courte… En fait, tous ceux qui lui parlent ou pourraient lui transmettre des renseignements connaissent un sort fâcheux, et les documents – comme une rubrique nécrologique apparemment anodine- disparaissent.

Guyot s’entête, malgré tous les signaux de danger ; semblant totalement imperméable aux conseils et menaces,  il accumule obstinément les petits indices… tandis que la tension monte autour de lui.

Il faut dire que nous sommes en Argentine. Plus de 30 ans après la dictature des  années 1980, ses remous se font encore sentir. Les liens entre police et journalistes sont étroits, et les anciens de la police secrète pas complètement retraités. Le culte du secret règne toujours, et les mécanismes de la violence se déclenchent encore pour protéger les anciens dirigeants occultes.

L’écriture de ce roman est très fluide, chapitres courts et dialogues s’enchaînent assez vite, et la tension est bien construite. Je l’ai lu d’une seule traite, assez captivée. Pour autant il ne m’a pas semblé  entièrement satisfaisant pour des lecteurs français : les liens entre passé et présent sont trop peu explicites pour qui connaît mal le contexte historique. Du coup, l’intrigue paraît un peu inachevée, voire pas entièrement plausible. Question de culture ?

Aline

25/09/2016

La fille au revolver

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Amy STEWART

Ed. 10/18 (Grands détectives), 480 p., 8.80€

Traduit de l’américain Girl waits with gun par Elisabeth Kern

 

Basé sur l’histoire vraie de Constance Kopp, l’une des premières femmes shérifs-adjoints d’Amérique, c’est le récit drôle et édifiant d’une jeune fille prête à tout pour protéger sa famille.

Dans le fin fond du New-Jersey, Constance et ses deux sœurs sont isolées du monde. Leur vie bascule lorsque le propriétaire d’une fabrique de soie renverse leur carriole au volant de son automobile. Ce qui n’aurait été qu’un banal litige devient une bataille rangée avec des voyous habitués au chantage et à l’intimidation. Elles pourront compter sur l’aide d’un shérif progressiste qui confiera à Constance un revolver et une étoile en ce début du XXe siècle, dans cette Amérique puritaine où les hôtels sont unisexe (pour les femmes seules) et où les patrons de l’industrie jouissent d’une impunité et d’un « droit de cuissage » sur leurs employées.

Portraits de femmes courageuses, déterminées à obtenir justice et à préserver un secret de famille.

Georgette

05/09/2016

La double vie de Jesùs

La double vie de Jesus.jpg

La double vie de Jesùs

Enrique SERNA

Métailié, 2016, 365 p., 21€

Traduit de l’Espagnol (Mexique)             La doble vida de Jesùs                    par François Gaudry

La ville de Cuernavaca, capitale du Morelos (à 80 km au sud de Mexico), est l’enjeu de batailles de pouvoirs entre narcotrafiquants, hommes politiques et fonctionnaires corrompus à tous les niveaux. Insécurité, menaces, enlèvements et exécutions sommaires semblent le lot quotidien des citadins, tandis que la police détourne le regard.

Le récit suit la vie, politique et personnelle, de Jesùs Pastrana, dit « le sacristain » pour sa rigueur morale et son intégrité. Commissaire aux comptes, il essaie d’imposer sa candidature aux élections municipales pour faire triompher ses idéaux de légalité, de justice et de sécurité.

« Son programme politique, modeste en apparence, était d’une ambition frisant la témérité : créer un véritable Etat de droit… Il s’agissait, tout simplement, d’appliquer la loi au pied de la lettre, la loi au-dessus de tout intérêt personnel ou partisan, même si cela devait lui valoir l’hostilité des grands bénéficiaires de la corruption… »

Son combat se révèle en effet téméraire, d’autant que sa vie personnelle est  bien tourmentée, elle aussi !

Le lecteur s’attache au destin du licenciado Pastrana, que de nombreux coups bas des caïds de la drogue ou des élites politiques menacent d’abattre, et souhaite la réussite de son mouvement citoyen, même si le personnage lui-même n’est pas entièrement sympathique. Le récit est plein de revirements : chaque fois qu’on croit Pastrana coulé, comme un bouchon, il refait surface. Mais malgré ses rebondissements, le récit est par moments un peu indigeste, trop ralenti par la place laissée aux discours et justifications des personnages.

Le tableau brossé de la société mexicaine est effrayant de noirceur, aucune issue ne semble possible à un tel niveau de corruption, de criminalité et d’impunité pour les coupables !

Aline

28/08/2016

La perte et le fracas

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Alistair MacLeod

L’Olivier, 2001

Traduit de No Great Mischief

 

Toronto à l’heure des manifestations,  Alexander retrouve son frère aîné Calum dans un meublé miteux,  et lui apporte à boire pour le soulager. Les souvenirs remontent...

Pour toujours  « Gille Beag ruadh » (le petit rouquin) pour la famille, Alexander a grandi chez des grands parents affectueux, tandis que les aînés étaient livrés à eux-mêmes dès l’adolescence dans une nature rude et des conditions de vie rudimentaires...

Mais il faut remonter aux origines pour bien comprendre le "Clan Calum Ruaidh" : depuis le départ de Calum le rouge d’Ecosse en 1779 et son installation avec ses douze enfants à l'île du Cap Breton,  « le pays des arbres » sur la côte est du Canada. Puis l’expansion du  clan en Nouvelle Ecosse et dans toute l'Amérique du Nord, avec des coups durs, mais une grande solidarité familiale.

C’est toute l’ambiance de la Nouvelle Ecosse des deux siècles derniers qui est rendue par l’auteur. De l’époque où l’on pouvait disparaître englouti par les glaces en rentrant chez soi après une bonne soirée en famille, de celle où l’antagonisme entre Québequois ou Francontariens et anglophones pouvait mener à des affrontements à la moindre étincelle… Mais aussi des soirées autour d’un violoneux, du travail à la ferme, en mer, ou dans les mines d’uranium du nord de l’Ontario,… Et toujours, en arrière-plan, la force d’un clan, l’importance des racines celtiques.

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J’ai seulement regretté une alternance trop systématique entre les différentes époques, et des effets de répétition. Certainement voulus par l’auteur, pour rendre la tradition orale du clan et les leitmotivs  familiaux, ils sont peu satisfaisants après traduction.

Aline

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Alistair MacLeod est un écrivain canadien de langue anglaise qui a eu une carrière de professeur à l'université de Windsor, Ontario. Né en 1936 au Saskatchewan et mort en 2014, il avait 10 ans quand sa famille, d’origine écossaise, s’est installée dans une ferme sur l’île du Cap Breton en Nouvelle Ecosse. Il a étudié à l’Université Saint François Xavier et au Nouveau Brunswick, tout en travaillant comme  bûcheron, mineur, pêcheur pendant les vacances pour payer ses études. Son œuvre, inspirée par les paysages et l'histoire de l'île du Cap-Breton sur la côte atlantique du Canada, se limite à deux recueils de nouvelles et un roman. Elle est cependant reconnue comme marquante dans la littérature canadienne contemporaine.

Une sélection de ses nouvelles a été publiée en français en 2006 sous le titre Chien d'hiver (éd. de l'Olivier).

24/08/2016

Hérétiques

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Leonardo Padura

Metailié (Bibliothèque Hispano-Américaine), 2014, 605 p., 23 €

 

Leonardo Padura, auteur cubain, nous fait voyager dans le temps et l'espace avec comme fil conducteur un tableau peint par Rembrandt. Le trait commun des personnages : l’attachement profond à la liberté individuelle face aux diktats imposés que ce soit par un gouvernement ou par une communauté.

En 1939 arrive à La Havane un paquebot en provenance de Hambourg, le St Louis. Il transporte de nombreux juifs qui fuient le régime nazi et pensent trouver refuge à Cuba. Parmi eux les parents et la sœur de Daniel Kaminski, jeune garçon parti de Cracovie quelques mois plus tôt et accueilli par son oncle Joseph. Cependant rien ne se passe comme prévu et malgré l'offre proposée par la famille de Daniel, un tableau peint par Rembrandt, ils ne peuvent quitter le bateau et repartent avec des centaines d'autres Juifs vers une mort certaine. Par contre le Rembrandt, ne repart pas et il réapparaît en 2007 lors d'une vente aux enchères à Londres.

C'est ainsi que Mario Condé, ex policier reconverti dans le commerce de livres anciens, est contacté par le fils de Daniel Kaminski, peintre américain à succès. Il veut comprendre comment et pourquoi ce fameux tableau, le sésame qui aurait dû sauver la vie de sa famille, se retrouve dans cette vente.

L'enquête palpitante menée par Condé met en avant 3 personnages, Daniel, Elias et Judith et 3 époques.

Cuba dans les années 1940 et 1950, et le parcours de Daniel Kaminsky, ballotté entre la fidélité à la tradition religieuse et l’assimilation à la société cubaine, jusqu’à son exil à Miami.

Amsterdam et le parcours d’Elias, un jeune Juif passionné par la peinture que Rembrandt accepte parmi ses assistants, et qui brave l’interdit qui pèse sur la figuration dans sa religion. Leonardo Padura évoque une partie de la vie de Rembrandt, sa conception de la peinture, ses difficultés financières et aussi la tolérance pratiquée à cette époque dans cette ville à l'inverse des pays voisins où la communauté juive est persécutée.

Cuba, au début du XXIe siècle et le parcours de Judith ; nous découvrons une jeunesse cubaine en plein désarroi qui rejette la société, se marginalise et est prête à se détruire au nom du non conformisme et de la liberté.

Condé est un personnage attachant qui se débat avec les difficultés de la vie quotidiennes, critique fortement le régime cubain (l'avenir radieux promis n'arrive jamais), a un regard désabusé sur la société, se pose des questions sur le sens de la vie. Heureusement il y a La Havane misérable, bruyante mais joyeuse, et ses copains chaleureux et bienveillants, toujours prêts à trinquer à la moindre occasion avec une bouteille de rhum (très mauvais), sans oublier sa compagne Tamara.

J'ai beaucoup aimé ce roman riche, complexe, passionnant qui est un un plaidoyer pour le libre arbitre et la liberté de pensée, quel que soit le prix à payer.

Annie

17/08/2016

Les pêcheurs

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Chigozie Obioma

L’Olivier, 2016, 297 p., 21.50€

Traduit de l’anglais The Fishermen par Serge Chauvin.

"Moi, Benjamin, j’étais une phalène : cette fragile créature ailée qui se prélasse dans la lumière, mais ne tarde pas à perdre ses ailes et à tomber au sol. Je n’avais jamais vécu sans mes frères. J’avais grandi en les observant, et je me contentais de suivre leurs traces… aucune idée concrète ne prenait forme dans mon esprit sans avoir d’abord flotté dans leur tête."

1996 à 2003, au Nigéria, dans une ambiance où coexistent modernité et croyances, Ben raconte la vie de la famille Agwe au travers du manque. Dans sa famille de 6 enfants, mais surtout dernier d’une série de 4 garçons très proches, il ne réalise la beauté de leur unité que lorsqu’elle vole en éclats. L'autorité parentale semblait bien établie et le monde était en ordre jusqu'au moment où le père, sévère et exigeant pour ses enfants promis à des études supérieures, a été muté dans une ville éloignée. Le jour où -suite à une petite désobéissance qui aurait dû demeurer sans conséquence- une malédiction vient empoisonner leur esprit et semer la zizanie entre les frères...

Si le récit rappelle une tragédie par son évolution inéluctable, l'auteur utilise plutôt un mode de narration africain. Chaque court chapitre est introduit par une phrase imagée représentant les personnages :

"Ikenna était un python : un serpent sauvage devenu monstrueux prédateur. Il subissait une métamorphose…

Notre mère était une fauconnière : celle qui veillait, postée sur les collines, pour repousser tous les maux qui semblaient menacer ses enfants. Elle possédait un double de nos âmes dans les poches de la sienne…

Obembe était un limier : le chien qui exhumait les choses, les examinait, les identifiait. Il mûrissait perpétuellement de nouvelles idées, qui, en temps voulu, finissaient par éclore, pourvues d’ailes et prêtes à l’envol…

La haine est une sangsue : cette créature qui vous colle à la peau, se nourrit de vous et vide votre esprit de sa sève. Elle vous transforme, et ne vous laisse pas avant d’avoir aspiré votre dernière goutte de paix…

L’espoir était un têtard : cette créature qu’on capturait et qu’on rapportait dans une boîte de conserve, mais qui, même dans l’eau appropriée, ne tardait pas à mourir...

David et Nkem étaient des aigrettes."

 

Chigozie Obioma, d’ethnie Igbo,  est né au Nigéria en 1986. Il a fait ses études supérieures à Chypre, et réside aujourd'hui aux Etats-Unis, où il enseigne la littérature. Les Pêcheurs, son premier roman,  a connu un immense succès mondial. Il qualifie lui-même son roman de tragédie igbo et de roman d'apprentissage, centré sur le sentiment de fraternité. On peut aussi faire une lecture à double niveau et interpréter ce texte comme une parabole des méfaits de la colonisation.

Aline

31/07/2016

Les étoiles s'éteignent à l'aube

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Richard WAGAMESE

Editions  Zoé (Ecrits d’ailleurs), 2016, 284 p., 20 €

Traduit de l’anglais Medicine Walk par Christine Raguet

Richard Wagamese, né en 1955, appartient à la nation amérindienne Ojibwé, originaire du nord-ouest de l’Ontario, et vit à Kamloops, en Colombie Britannique. Il a exercé comme journaliste et producteur pour la radio et la télévision, et est l’auteur de 13 livres publiés en anglais au Canada. Depuis 1991, il est régulièrement récompensé pour ses travaux journalistiques et littéraires. Les Etoiles s'éteignent à l'aube  est son premier roman traduit en français.

"Si tu apprends à devenir un homme bon, tu seras aussi un bon injun".

Elevé dans une ferme isolée par « le vieil homme », Franklin Starlight est un garçon calme et solitaire, appréciant le travail bien fait et la rigueur du mot juste. Rien de superflu chez ce jeune homme en accord avec  la nature sauvage qui l’environne, capable de chasser l’orignal ou de garder son calme face à un grizzly.

Réclamé par son père biologique, Eldon, il l’accompagne pour un dernier voyage dans l'arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique. En quête d’une forme de relation père/fils, Eldon tente d'expliquer sa vie, celle d’un métis indien sans racines,  et de faire comprendre à son fils pourquoi il n’a pas réussi à être un « vrai » père pour lui. Pendant ce temps, c’est le fils qui endosse le rôle du protecteur et de l’initiateur.

Dans ce roman court, à l’écriture forte et précise, l’auteur explore la relation père/fils, mais aussi la transmission (ou non) d’une culture indienne et d’un rapport privilégié à la nature.

Aline

29/06/2016

Le convoi de l'eau

Japon, roman étrangerLe convoi de l’eau

Akira Yoshimura

Actes Sud (lettres japonaises), 2009, 173p, 16,30 €

Traduit du japonais Mitzu no soretsu (1967) par Yutaka Makino

Un convoi d’ouvriers s’enfonce à pied dans la forêt, pour parvenir au cœur des montagnes, dans une vallée reculée où est prévue la construction d’un barrage hydroélectrique. Les ouvriers et leurs contremaitres campent aux abords d’un hameau ancestral  qui sera nécessairement englouti lors de la construction. Pour la plupart aveugles à la splendeur de la nature qui les entoure et hermétiques aux préoccupations des villageois, ils ne comprennent pas le monde qu’ils sont en train de détruire.

Le narrateur, un homme étrange, a signé ce dur contrat non pas pour le salaire alléchant, mais à la recherche d’une certaine sérénité,  poursuivi qu’il est par ses souvenirs de violence. Il semble le seul à s’émerveiller de la nature qui les  entoure, et à observer la vie patiente et obstinée de la communauté vouée à l’exil. La scène où les villageois réinstallent patiemment la couverture végétale sur leurs toitures après chaque ébranlement de dynamite est particulièrement marquante.

Ce court roman, étrange et envoûtant, exalte la nature encore sauvage, forêts, montagnes, sources d’eau chaude… et la résilience des paysans vivant en symbiose avec elle… (par opposition à la brutalité des citadins et profiteurs de tous poils, même si ce n’est pas nécessairement le propos de l’auteur.)

Aline