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07/11/2014

Giovanni le bienheureux

roman étranger,italieGiovanni le bienheureux

Giovanni ARPINO

Belfond, sept 2014, 273 p, 18 €

Traduit de l’italien Sei stato felice, Giovanni par Nathalie Bauer

Premier roman de l’auteur, pour la première fois édité en France, Giovanni le bienheureux évoque Gêne, ses ruelles et ses ciels, et ses classes populaires.  A 23 ans, Giovanni, surnommé « Beau Gosse », vit au jour le jour, désœuvré et insouciant. Son seul objectif est de « faire de la vie une fête » : un toit sur sa tête, quelques livres, des cigarettes, un repas et de l’alcool suffisent à son bonheur. Gai, paresseux et charmant, il ne fait aucun projet, mais trouve mille astuces pour se procurer du vin, avec ses amis de galère Mario le bourlingueur, et Mange-Trou l’avaleur de grenouilles et d’anneaux.

"J’aimais vivre ainsi, me lever après avoir dormi tout mon saoul, n’être attaché qu’au soleil ou au froid, aller au port, me promener. J’aimais m’assoir au soleil et au vent, dans les jardins du quartier avec les vieillards arthritiques, saluer les vendeuses de fèves de la piazza Vachero, m’étendre dans les collines et parler avec Mario de femmes, d’autrefois et d’après." (p. 26)

"Lorsqu’il pleuvait fort, tout le monde s’enfermait au café et bavardait encore et encore. Peu à peu tous les clients se mettaient à boire, l’heure du poisson arrivait, et Aldo distribuait des cornets faits d’un épais papier gris qui échouait par terre, sous les tables. Ceux qui avaient mangé du poisson étaient alors pris d’une soif infernale, à l’exception de Mario : lui, il avait toujours soif…. Mario aimait beaucoup la pluie : pendant la pluie, il le savait, les cafés se transforment en famille aux têtes nouvelles, têtes de parents venus de loin qui ont du mal à se reconnaître ; la méfiance s’évanouit et, à force de regarder la pluie tomber derrière les vitres, tout le monde finit par se reconnaître, voire par festoyer un peu. Les gens qui boivent pendant la pluie aiment tout le monde…" (p. 48)

Parfois un sursaut de lucidité ou la faim le poussent à chercher un petit boulot, à s’attacher à une fille, mais il redoute plus que tout la fin de cette vie de bohème.

"Voilà, il fallait que je travaille. Il fallait que je travaille et que je prenne le risque de perdre tout ce qui était encore intact et prêt en moi. J’ignorais ce qu’il y avait encore de prêt en moi, mais il y avait bien quelque chose, quelque chose de solide et de résistant. Voilà, je devais brandir ça et courir des risques. Je ne pouvais plus rester assis à un café en me croyant malin, ou du moins aussi malin que les autres. Il fallait que je m’extirpe des cafés, des lits, des copains, des femmes, des habitudes, du jardin public de la via Adua. 

M’en extirper et faire quelque chose, n’importe quoi, ce qui fait qu’un homme est un homme, pas seulement une main peignant des caisses ou clouant des caisses avec le sentiment qu’elle peut arrêter n’importe quand. Je n’avais jamais été un homme qui avance vraiment. J’avais vécu un tas de vies entamées et jetées l’une après l’autre comme de vieux mouchoirs par ennui, bêtise, irritation. Maintenant ces vies me serviraient. Ce n’avaient pas été des vies inutiles, je le savais, mais des sortes de fenêtres dans une maison, des fenêtres devant lesquelles on s’assoit pour admirer des paysages incluant des gens et des arbres. Or, une maison possède des murs, des portes, des escaliers, des toits et des endroits où l’on est protégé. Moi, je n’avais eu que des fenêtres, je n’avais pas été un bon maçon. A présent il fallait que je réagisse, que je construise les murs. Les fenêtres ne seraient pas oubliées. Au contraire. Elles étaient là pour m’aider, elles étaient les événements d’avant, et les événements ne s’effacent pas." (p. 84)

Giovanni Arpino (1927-1987) est un auteur majeur de la littérature italienne, également journaliste à la Stampa et scénariste. Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma : Parfum de femme, et Une âme perdue.  L’ombre des collines (1962, trad française 1998) a reçu le prix Strega (prix Goncourt italien). J’ai aimé son écriture, à la fois classique (imparfait et passé simple) et très évocatrice du quotidien.

Aline

 

26/10/2014

Metin Arditi

Metin Arditi, né le 2 février 1945 à Ankara, est un écrivain suisse francophone d’origine turque. Il a quitté la Turquie à l’âge de sept ans, et passé onze ans dans un internat suisse à Lausanne. Diplômé de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, en physique et en génie atomique, il y a aussi enseigné. Il habite Genève, où il est très engagé dans la vie culturelle et artistique. De 2000 à 2013, il a été Président de l'Orchestre de la Suisse romande.

Nous avons tous aimé ses romans, dont se dégagent des thèmes récurrents : la musique, la peinture, la difficulté de la filiation, la solitude et l’exil. Nous avons d’abord essayé de les classer par sujets, mais ses romans reprennent tous plusieurs de ces thématiques qui s'entremêlent. Voici donc ceux que nous avons lus, par ordre de parution.

 

roman étranger,suisse,musique,peinture,filiationLa chambre de Vincent

Zoé, 2002

Ce récit autobiographique éclaire les thèmes développés dans l’œuvre de Metin Arditi : naissance dans une famille turque lettrée, exil dans une pension suisse pendant 10 ans, et rapport à l’art. En l’occurrence, l’émotion à la découverte d’un tableau de Van Gogh est le guide qui lui sert de retour vers ses souvenirs.

 

roman étranger,suisse,musique,peinture,filiationDernière lettre à Théo

Actes Sud, 2005

Metin Arditi s’est inspiré des nombreuses lettres de Vincent Van Goth à son frère Théo pour écrire une dernière lettre, dans un bel exercice où il respecte le style de Van Gogh. Il s’appuie sur la thèse que Vincent a mal vécu sa place « d’enfant de remplacement » d’un fils mort avant lui, et s’est suicidé après cette lettre imaginaire.

 

roman étranger,suisse,musique,peinture,filiationL’imprévisible

Actes Sud, 2006

Une bourgeoise genevoise fait appel à un professeur d’art à la retraite pour expertiser un tableau : de très belles mains. L’intrigue se déploie sur deux plans : les recherches sur le tableau et les peintres florentins, dont « le Bronzino »,  et la séduction de la propriétaire du tableau par le professeur qui n’accepte pas de voir décliner sa virilité.

 

roman étranger,suisse,musique,peinture,filiationLa pension Marguerite

Actes Sud, 2006

13 heures de la vie d’un musicien : Aldo, célèbre violoniste, partage la vie de Rose, luthière. Au matin d’un grand concert, on lui livre un manuscrit, écrit par sa de sa mère, Anna. En découvrant le récit de son enfance, puis de la vie qu'elle a menée, seule d'abord, puis sous la protection de Marguerite qui dirigeait la pension de famille du même nom, et où il a lui-même grandi, il réalise qu’il l’a mal connue… et mal aimée.

 

roman étranger,suisse,musique,peinture,filiationLa fille des Louganis

Actes Sud, 2007

1957, secrets de famille sur une île grecque : Pavlina, fille des Louganis, vit un amour passion pour son cousin Aris, fragile et tourmenté, qui se suicide en la laissant enceinte. L’enfant de la honte lui est retirée, elle passera sa vie à la rechercher… Une tragédie grecque, fataliste.

 

roman étranger,suisse,musique,peinture,filiationLoin des bras

Actes Sud, 2009

Loin des bras… de la mère ? Les élèves de l’Institut Alderson, issus de riches familles, sont privés de l'affection des parents qu'ils ne voient, pour certains, q’une fois par an. Nous sommes en 1959, et les traumatismes de la guerre ne sont pas bien loin. Le lecteur s’attache au petit monde du pensionnat  pendant les trois mois de crise où  l’école risque de licencier, voire de fermer.  Le cercle des professeurs vit des jours angoissés, et l’arrivée d’une nouvelle professeur d’italien  pousse chacun à révéler son intimité et ses failles.

 

roman étranger,suisse,musique,peinture,filiationLe Turquetto

Actes Sud, 2011

A partir d'un tableau célèbre, dont la signature présente une anomalie chromatique, l'auteur lâche la bride à son imagination. Il pourrait s'agir de la seule oeuvre parvenue jusqu'à nous du Turquetto, remarquable peintre de la Renaissance Vénitienne (16e s). En quatre tableaux, Metin Arditi dépeint la vie d'un artiste extraordinaire, un homme aux multiples cultures et multiples identités…   Lire la suite

 

roman étranger,suisse,musique,peinture,filiationPrince d’orchestre

Actes Sud, 2012

Brillant et narcissique, le chef d’orchestre Alexis Kandilis est au sommet de sa gloire. Il possède une connaissance extraordinaire de la musique, et chaque concert est un triomphe. Néanmoins son arrogance le pousse à des goujateries qui finissent par liguer contre lui musiciens, journalistes et mécènes… C’est le roman d’une chute, et d’une autodestruction. A chaque étape, ce musicien hors pair a des possibilités de rebondir, entre l’amour de quelques proches et une approche différente de la musique. Cependant il les piétine, tandis que l’insidieux leitmotiv des Kindertotenlieder – Les chants des enfants morts – de Gustav Mahler l’envahit insidieusement.

 

roman étranger,suisse,musique,peinture,filiationLa confrérie des moines volants

Grasset, 2013

En 1937, le régime soviétique organise le saccage des églises orthodoxes, et massacre les prêtres. Quelques moines vagabonds, réfugiés dans les forêts, rejoignent Nikodime, ermite illuminé en quête de rédemption. Il crée la Confrérie des moines volants pour sauver les trésors de l'art sacré russe : les moines (peu reluisants : anciens acrobates, voire voleurs, paillards…), vont ainsi dérober des objets restés après le passage du NKVD, et Nikodime les met à l’abri. Avant de se livrer au NKVD, il confie à Irina, une jeune fille qui l’a séduit et qui connaît la cachette, un carnet où sont consignés les statuts de la confrérie et le plan de la cachette. Dans la deuxième partie du roman, c’est le fils d’Irina, photographe, qui partira à la recherche de ses origines en Russie et tentera de dénouer le fil de l’histoire.

19/09/2014

Prières pour celles qui furent volées

roman étranger, Mexique, drogue, enlèvementPrières pour celles qui furent volées Jennifer Clément Flammarion, août 2014, 269 p., 20 € Traduit de « Prayers for the Stolen » par Patricia Reznikov   « Viens, on va te faire laide ». Dès la première phrase, le lecteur est happé par le récit.  Au Mexique,  la terre montagneuse du Guerrero semble maudite. Tous les hommes sont partis. S’ils ne se sont pas enrôlés dans les trafics de drogue, ils ont tenté leur chance en traversant le Rio Bravo pour rejoindre les Etats-Unis. Ne restent que des femmes qui tentent de survivre dans les montagnes, et de protéger leurs filles en les enlaidissant afin qu’elles n’attirent pas l’œil des prédateurs des cartels de la drogue.  p. 139 « C’était devenu le but de tout le monde, de ne jamais revenir. Autrefois, il y avait eu une vraie communauté qui habitait dans ces montagnes, mais tout s’était terminé quand ils avaient construit l’autoroute du soleil qui reliait Mexico à Acapulco. »  Ladydi, la narratrice, est l’une de ces filles déguisées en garçons toute leur enfance, puis enlaidie à l’adolescence et cachée dans un trou à la moindre alerte : « Dans nos montagnes, il ne naissait que des garçons. Lorsque j’étais enfant, ma mère m’habillait en garçon et m’appelait Gamin… en tant que fille, j’aurais été volée. Si les trafiquants de drogue apprenaient qu’il y avait une jolie fille dans le coin, ils arrivaient sur nos terres dans leurs 4X4 noirs et emportaient la gamine. A la télévision, je regardais les filles se faire belles, mais ça n’arrivait jamais chez moi. En grandissant, j’ai pris l’habitude de frotter un feutre jaune ou noir sur l’émail blanc de mes dents pour qu’elles aient l’air pourri. » « C’est la mère de Paula qui avait eu l’idée de creuser des trous… Ma mère disait que l’état du Guerrero devenait une vraie garenne à lapins, avec des filles cachées dans tous les coins. Dès que quelqu’un entendait le bruit d’un 4X4 ou apercevait un point noir dans le lointain, toutes les filles se cachaient dans les trous. »  Nous nous attachons à la vie quotidienne de Ladydi et ses copines Paula, Maria et Estefani. Malgré la misère, les pères manquants, les mères aigries ou alcooliques, et toutes les tensions qui les entourent, elles sont réconfortées par leur amitié et de bons moments à l’école. Mais Paula est bien trop belle pour être cachée sous le boisseau…  Au-delà des filles volées, l’auteur évoque aussi les règlements de comptes, et la corruption ou l’incurie des personnes mêmes chargées de lutter contre le trafic de drogue. p. 53  « Nous connaissions toutes le bruit que font les hélicoptères de l’armée qui approchent. Nous connaissions aussi l’odeur du Paraquat*, mélangé au parfum des papayes et des pommes. Ma mère disait : ces escrocs sont payés par les trafiquants pour ne pas arroser les pavots avec leur fichu Paraquat, alors ils le balancent n’importe où sur la montagne et ça tombe sur nous ! »  Un récit brûlant et désespérant, éclairé néanmoins par la détermination de ces femmes, et leur solidarité entre elles. L’écriture est à la fois très abordable, avec ses phrases courtes et percutantes, et très évocatrice. Les paysages et les personnages restent longtemps en tête après la lecture. L’auteur vit actuellement à Mexico City. Aline  * herbicide très toxiquePrières pour celles qui furent volées

Jennifer Clément

Flammarion, août 2014, 269 p., 20 €

Traduit de "Prayers for the Stolen" par Patricia Reznikov

 

"Viens, on va te faire laide".

Dès la première phrase, le lecteur est happé par le récit.

Au Mexique,  la terre montagneuse du Guerrero semble maudite. Tous les hommes sont partis. S’ils ne se sont pas enrôlés dans les trafics de drogue, ils ont tenté leur chance en traversant le Rio Bravo pour rejoindre les Etats-Unis. Ne restent que des femmes qui tentent de survivre dans les montagnes, et de protéger leurs filles en les enlaidissant afin qu’elles n’attirent pas l’œil des prédateurs des cartels de la drogue.

p. 139 "C’était devenu le but de tout le monde, de ne jamais revenir. Autrefois, il y avait eu une vraie communauté qui habitait dans ces montagnes, mais tout s’était terminé quand ils avaient construit l’autoroute du soleil qui reliait Mexico à Acapulco."

Ladydi, la narratrice, est l’une de ces filles déguisées en garçons toute leur enfance, puis enlaidie à l’adolescence et cachée dans un trou à la moindre alerte :

"Dans nos montagnes, il ne naissait que des garçons. Lorsque j’étais enfant, ma mère m’habillait en garçon et m’appelait Gamin… en tant que fille, j’aurais été volée. Si les trafiquants de drogue apprenaient qu’il y avait une jolie fille dans le coin, ils arrivaient sur nos terres dans leurs 4X4 noirs et emportaient la gamine. A la télévision, je regardais les filles se faire belles, mais ça n’arrivait jamais chez moi. En grandissant, j’ai pris l’habitude de frotter un feutre jaune ou noir sur l’émail blanc de mes dents pour qu’elles aient l’air pourri."

"C’est la mère de Paula qui avait eu l’idée de creuser des trous… Ma mère disait que l’état du Guerrero devenait une vraie garenne à lapins, avec des filles cachées dans tous les coins. Dès que quelqu’un entendait le bruit d’un 4X4 ou apercevait un point noir dans le lointain, toutes les filles se cachaient dans les trous."

Nous nous attachons à la vie quotidienne de Ladydi et ses copines Paula, Maria et Estefani. Malgré la misère, les pères manquants, les mères aigries ou alcooliques, et toutes les tensions qui les entourent, elles sont réconfortées par leur amitié et de bons moments à l’école. Mais Paula est bien trop belle pour être cachée sous le boisseau…

Au-delà des filles volées, l’auteur évoque aussi les règlements de comptes, et la corruption ou l’incurie des personnes mêmes chargées de lutter contre le trafic de drogue.

p. 53  "Nous connaissions toutes le bruit que font les hélicoptères de l’armée qui approchent. Nous connaissions aussi l’odeur du Paraquat*, mélangé au parfum des papayes et des pommes. Ma mère disait : ces escrocs sont payés par les trafiquants pour ne pas arroser les pavots avec leur fichu Paraquat, alors ils le balancent n’importe où sur la montagne et ça tombe sur nous !"

Un récit brûlant et désespérant, éclairé néanmoins par la détermination de ces femmes, et leur solidarité entre elles. L’écriture est à la fois très abordable, avec ses phrases courtes et percutantes, et très évocatrice. Les paysages et les personnages restent longtemps en tête après la lecture. L’auteur vit actuellement à Mexico City.

Aline

* herbicide très toxique

14/09/2014

L'invité du soir

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Fiona McFarlane

Ed. de l’Olivier, 2014, 22,50 €

Traduit de l’australien The Night Guest par Carine Chichereau

Ruth, 75 ans, vit seule avec ses chats dans une maison isolée sur la côte australienne. Son mari Harry est mort depuis quelques années, ses deux fils vivent au loin. Elle profite de son indépendance, de sa maison agréable, de la vue sur l’océan et les baleines, tout en se restreignant peu à peu à cause de son dos douloureux. Ses souvenirs de jeunesse, dans les îles Fidji, fille de médecin missionnaire, lui reviennent avec de plus en plus de force.

L’irruption dans sa vie de Frida, aide-ménagère, est à la fois bienvenue et –dès le départ- source de malaise. Frida devient peu à peu indispensable à Ruth, malgré ses humeurs changeantes, qui mènent parfois à des affrontements. Mais protège-t-elle Frida, ou tente-t-elle au contraire de l’isoler ? Quelles sont les motivations de Frida, et pourquoi refuse-t-elle obstinément d’admettre ses origines mélanésiennes ? La romancière donne seulement le point de vue de Ruth, dont le lecteur perçoit bien qu’il n’est pas très fiable. Elle brouille à dessein les repères, faisant peu à peu monter le malaise…en même temps que s'accroît la vulnérabilité de la vielle femme.

Et que vient faire ce tigre, invité du soir, qui apparaît de temps en temps dans la maison dans une odeur de jungle tropicale ? J’avoue  n’avoir pas bien compris la signification de sa présence, ni le sens de l’affrontement final avec le tigre. Pour autant, les pages qui l’évoquent sont intenses et évocatrices.

Aline

07/09/2014

Opération Sweet Tooth

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Ian McEwan

Gallimard (roman), 2013, 22.50 €

Traduit de l’anglais Sweet Tooth par France Camus-Pichon

Grande Bretagne, début des années 1970. La belle Serena Frome, lectrice compulsive, suit des études de mathématiques peu brillantes, sans conviction. Lorsqu’elle sort de Cambridge, elle a peu d’ambition, et se laisse porter par les évènements et les hommes dont elle s’éprend. Son amant Tony la pousse à s’enrôler au MI5, dans les services de renseignements anglais, en pleine période de guerre froide. A cette époque, les femmes n’y sont que des bureaucrates de bas étage, compulsent d’innombrables rapports dans une ambiance lugubre et soupçonneuse. Serena finit par être enrôlée dans l’opération Sweet Tooth, censée assurer le rayonnement de la culture britannique, en finançant l’écriture d’écrivains choisis pour leur idéologie. Chargée de l’évaluation de l’écrivain Tom Haley, elle s’éprend de ses nouvelles, puis de l’écrivain lui-même…

J’avoue avoir été agacée par ce personnage féminin, très passif et malléable, qui reste néanmoins crédible resitué dans le contexte des années 1970. Finalement, sa seule originalité consiste pour moi  dans son regard sur la littérature : Serena lit pour le plaisir de l’histoire, pour se retrouver dans un récit,  et évalue la qualité d’un roman au plaisir de lecture, mettant sur un pied d’égalité Jane Austen et des romans de gare. Son récit est entrecoupé de ses résumés et évaluations des œuvres de Tom Haley, ce qui peut gêner un peu la lecture.

Le regard de l’auteur sur les services d’espionnage est sévère : tous ces hommes qui se prennent au sérieux et n’accomplissent pas grand-chose… Au final, Ian McEwan écrit plus une histoire d’amour qu’un roman d’espionnage !

Aline

31/08/2014

Les Suprêmes

Suprêmes.gifLes suprêmes

Edward Kelsey Moore

Actes Sud, 2014, 22.80 €

Traduit de l'américain "The Supremes at Earl's All-You-Can-Eat" par Cloé Tralci.

Odette, Clarice et Barbara Jean,  trois femmes noires d’âge mûr, ont fait du restaurant "Earl's All-you-can-eat",  leur lieu de rendez-vous immuable du dimanche après le service religieux. Depuis leur jeunesse, elles se retrouvent à la table près de la fenêtre pour bavarder, échanger confidences et commérages, et manger à volonté de bons plats caloriques, avec leurs maris, sous l’œil bienveillant de Big Earl.

L’auteur présente des individus  hauts en couleurs, et des couples improbables, mais les personnages semblent  être passés à côté de leurs vie et nourrir regrets et douleurs : Clarice a sacrifié une belle carrière de pianiste pour rester avec l’homme de sa vie, Richmond, qui passe son temps à courir après les filles. Barbara Jean a eu une jeunesse difficile, et ne s’est jamais remise de la mort de son fils. Finalement, Odette est la seule à être heureuse en ménage, avec 3 enfants adultes épanouis. "Née dans un sycomore" elle affronte la vie à bras le corps, comme un taureau, toujours prête à foncer tête baissée pour défendre ses amies.

Néanmoins, l’auteur sait amener les récits, même tragiques, avec humour et un certain décalage. Ce qui se dégage du roman est surtout une impression d’humanité. La force d’une amitié qui sait rire, encourager, parfois fermer les yeux ou secouer, mais toujours soutenir.

"Clarisse ne ferait jamais la moindre réflexion à Barbara Jean sur ses habitudes vestimentaires, et nous le savions toutes deux. De la même manière, Clarice et Barbara Jean ne me diraient jamais en face que j’étais grosse, et nous ne rappellerions jamais à Clarice que son mari se tapait tout ce qui bougeait. Entre Suprêmes, nous nous traitions avec beaucoup de délicatesse. Nous fermions les yeux sur les défauts des autres…"

Avec le temps qui passe, le lecteur voit évoluer la petite ville d’Indiana, et la ségrégation se dissoudre peu à peu. Les interventions des fantômes qui rendent régulièrement visite à Odette, sont particulièrement  réjouissantes, et font avancer le récit.

Un roman distrayant et bien écrit, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir.

Aline

24/08/2014

Une vie entre deux océans

roman étranger,amour maternel,australieune vie entre deux océans m. l. stedman stock,2013,traduit de l’australien « the light between oceans » par anne wi,les combattants australiens rentrent au pays,où manquent désormais les hommes valides et en bonne santé. tom,hanté par ses années au combat,ne demande désormais qu’une vie calme et ordonnée,et entretient avec rigueur et minutie le phare qui lui est confi,situé entre pacifique et atlantique,à l’extrême pointe de l’australie.  contre toute attente,isabella tombe amoureuse de lui,l’épouse et le rejoint sur l’île au phare,caillou battu par les vents et les vagues,ravitaillé deux fois l’an par un chalutier. leur amour très fort,un homme mort,un châle de femme et un nourrisson…   des choix de tom et d’isab,très émouvante,qui interroge sur la force des sentiments et sur l’amour materne,et pourtant,il n’y a pas de solution miracle : ce qui semble juste pour l’unUne vie entre deux océans

M. L. Stedman

Stock, 2013, 21.50 €

Traduit de l’australien "The light between oceans" par Anne Wicke

Après la guerre de 14-18, les combattants australiens rentrent au pays, où manquent désormais les hommes valides et en bonne santé. Tom, hanté par ses années au combat, ne souhaite qu’une vie calme et ordonnée, et entretient avec rigueur et minutie le phare qui lui est confié, situé entre Pacifique et Atlantique, à l’extrême pointe de l’Australie.

Contre toute attente, Isabella tombe amoureuse de lui, l’épouse et le rejoint sur l’île au phare, caillou battu par les vents et les vagues, ravitaillé deux fois l’an par un chalutier. Leur amour très fort n’empêche pas Isabella de souffrir cruellement de plusieurs fausses couches qui l’éprouvent psychologiquement. C’est alors qu’un canot s’échoue sur l’île : à son bord, un homme mort, un châle de femme et un nourrisson…

Des choix de Tom et d’Isabella découle toute l’histoire, très émouvante, qui interroge sur la force des sentiments et sur l’amour maternel. Chacun des personnages cherche à faire au mieux, et pourtant, il n’y a pas de solution miracle : ce qui semble juste pour l’un est une perte tragique pour l’autre.

Aline

22/07/2014

En cas de forte chaleur

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Maggie O’Farrell

Belfond, 2014, 360 p.

Traduit de l’irlandais par Michel Valencia

 1976. Chaleur, sécheresse, pénurie d’eau, c’est la canicule en Angleterre et Robert a disparu, un matin, comme ça. Il est parti acheter son journal et n’est jamais revenu. Bouleversement dans cette petite famille d’origine irlandaise qui cache bien des secrets. Tous les enfants sont alors rapatriés dans la maison familiale à la recherche de ce père disparu : Michael Francis, l’ainé, marié et deux enfants, Monica compagne d’un homme divorcé et Aoife, la benjamine, partie vivre aux Etats-Unis.

Sous la trame principale se cachent des histoires sous-jacentes : des problèmes familiaux passés et présents, des secrets gardés depuis longtemps, des rancœurs et des jalousies. Le roman n’est pas écrit de façon linéaire : on glisse tout au long du roman du présent au passé. Passé parfois joyeux, tourmenté, dur dont les évènements, comme des pièces de puzzle, permettent de comprendre les relations conflictuelles et distendues entre les trois enfants.

Histoire de famille simple et profonde. Une certaine chaleur humaine sort de ce roman. Les personnages sont décrits de façon si réaliste que le lecteur à l’impression de faire partie de cette famille irlandaise immigrée à Londres.  Fresque familiale dépeinte avec grand réalisme. Et si tout simplement l’équilibre de cette famille n’existait qu’une fois tous les enfants réunis ?

Céline

20/07/2014

Le legs d'Adam

 

 

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Astrid Rosenfeld

Gallimard (du monde entier), 2014

Traduit de l’allemand “Adams Erbe” par Bernard Lortholary

Edward Cohen grandit dans l’appartement familial de Berlin, où le grenier, qui a toujours été le repaire d’un aïeul, abrite  son grand-père. Moses, vieillissant, est de plus en plus troublé par la ressemblance d’Edward avec son frère Adam, disparu pendant la deuxième guerre mondiale en emportant les économies familiales rassemblées pour que la famille puisse émigrer à l’abri de la folie nazie.

Tiraillé entre les adultes, très différents, qui l’ont vu grandir, Edward ne sait comment orienter sa vie, jusqu’à ce que le journal de son grand-oncle Adam parvienne entre ses mains, lui révélant la vie et les choix de cet homme -qui lui ressemblait peut-être aussi par son caractère.  Adam était un rêveur, élevé par son excentrique grand-mère Edda Klingmann, qui lui avait appris à n’avoir peur de rien, pas même des allemands nazis. Une seule rencontre avait changé  le cours de son existence et donné un sens à sa vie.

Ce roman évoque les heures sombres du nazisme, et quelques actes anonymes et humbles de résistance, mais avant tout la puissance de l’amour et des rêves.

Aline

19/07/2014

La vie rêvée des plantes

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Seeung-U Lee, Zulma, 2006

Traduit du Coréen par Mikyung Choi  et  Jean-Noël Juttet

Détective privé, le narrateur, Kihyon, s’est éloigné de sa famille trop terne et renfermée. Pourtant lorsque son grand frère "exemplaire" perd ses deux jambes après avoir sauté sur une mine à l’armée, il rentre aider à s’occuper de ce frère aîné à la fois admiré et tellement jalousé. C’est à ce moment qu’un client anonyme lui commande d’espionner sa mère…

Le lecteur suit Kihyon, le narrateur, dans son introspection pleine de culpabilité, sa découverte de secrets de familles et sa perception affinée de ceux qui l’entourent. Les rapports entre les membres de la famille sont redessinés, sous un nouvel éclairage qui lui permet de déceler des sentiments profonds sous un quotidien apparemment terne.

L’auteur se réfère beaucoup à la mythologie gréco-romaine,  récits d’amours contrariés et de métamorphoses. La forêt et les arbres sont chargés d’une symbolique forte, depuis les arbres enlacés du parc jusqu’au palmier de Namchon. Les rêves du narrateur  tiennent une place importante, entre rêves prémonitoires et révélateurs de son inconscient. Ces deux éléments, parfois entremêlés, sont sans doute à l’origine du titre.

Le contexte coréen reste discrètement en filigrane, et n’affleure  que lorsqu’il est question des contestations sociales (qui ont coûté son enrôlement forcé à Ukyon) et des conflits de pouvoir. L’auteur s’interroge aussi sur le rôle de l’artiste, témoin et militant, ou révélateur de beauté. Malgré tout cela, la vie rêvée des plantes est avant tout un roman d’amour.

Aline

Lire l’interview du 17 septembre 2012, réalisée par Isabelle Roche pour lelittéraire.com