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06/10/2013

Le bruit de tes pas

roman étranger, Italie, amitié, amour, drogue"La Forteresse" est  une banlieue italienne sordide, toute d'immeubles et de béton, peuplée majoritairement de famille pauvres, de squatteurs, de chômeurs, de dealers,... Fils d'une brute alcoolique, Alfredo se réfugie dans l'appartement du dessous chaque fois que son père le bat, et grandit quasiment dans la famille de Béatrice. Tous deux sont inséparables, au point qu'on les a surnommés  les Jumeaux.

 

Leur relation, maladroite et sauvage dans l'enfance, devient exclusive et agressive à l'adolescence, lorsque leurs aspirations commencent à diverger. C'est dramatique de les voir se déchirer, malgré leur attachement, alors que le milieu dans lequel ils vivent se charge déjà de les détruire :

 

"Quand on avait entre seize et trente ans et qu'on vivait à la Forteresse, les probabilités d'être tué étaient plus élevées que la moyenne nationale. On le savait tous : on courait un risque pour le simple fait d'être nés au mauvais endroit.

Mais Alfredo et moi pensions que rien ne nous arriverait. A l'âge de dix-huit ans, nous imaginions que nous allions vivre éternellement.

Puis la Forteresse qui s'était d'abord montrée clémente décida qu'il y aurait pour nous aussi un prix à payer."

 

Un récit âpre et touchant, où l'amitié et l'amour ne suffisent pas toujours à la rédemption. L'histoire n'est pas particulièrement originale, mais les personnages lui donnent une grande force.

 

Le bruit de tes pas

Valentina D'Urbano

Editions P. Rey, sept. 3013, 237 p., 19€

Premier roman, traduit de l'italien "Il rumore dei tuoi passi" par Nathalie Bauer

 

19/09/2013

Le rêve du village des Ding

roman étranger, Chine, SidaInterdit en Chine, ce livre est inspiré d'une réalité plus terrible encore. Les habitants du village de Ding ont vendu leur sang. C'est le père de l'auteur, Ding Hui, qui en a pris l'initiative, comme cela se faisait dans d'autres villages. Il s'est enrichi tandis que le sida (mesures d'hygiène inconnues) entraînait la souffrance et la mort des habitants. Tandis que le grand-père de l'auteur, professeur cultivé, essayait d'aider les malades en les hébergeant dans l'école qui ne fonctionnait plus, Ding Hui continuait éhontément à s'enrichir en organisant la vente de cercueils (en détruisant la forêt) et des "mariages dans l'au-delà" pour unir ceux que la mort avait séparés.

Un livre bouleversant !

 

Yan Lianke est né en 1958 dans la province du Hénan, au centre-est de la Chine. Il a publié plusieurs romans et nouvelles remarquables par leur sujet. Il écrit : "colère et passion sont l'âme de mon travail".

 

Le rêve du village des Ding

YAN Lianke

Ed. P.Picquier, 2007, 332 p., 20 €

Traduit du Chinois par Claude Payen

Ginette

03/09/2013

Reflets d'argent

"Il y avait un homme dans l’eau. Ou du bois flotté ? Des algues ? Non, c’était un homme, à n’en pas douter. Qui dérivait, ballotté par les vagues. Il avait les cheveux noirs, la barbe, la peau très pâle. Les yeux ronds comme ceux d'un phoque… Il semblait sourire, en flottant. Puis il leva les bras -les leva au-dessus de lui, joignit les paumes comme pour faire une prière- et jeta en avant ces bras qui fendirent l’eau du bout des doigts, suivis par sa tête et son corps qui formèrent un arc. Il plongea dans la mer et disparut.

L’espace d’un instant il n’y eut plus rien.

Puis, dans son sillage, il y eut une queue – une immense queue aux reflets d’argent… Et à cet instant, à cet instant précis, alors que la mer s’écrasait sur les galets de Sye, et qu’une mouette se posait sur les rochers tout proches, il entendit très clairement une voix. Ce n’était pas comme s’il y avait quelqu’un à côté de lui ; c’était une voix profonde et douce qui semblait l’environner au point que le fermier se tourna et se retourna.

Elle soufflait autour de lui : Espère.

La voix venait des falaises. Elle montait des galets. Il regarda mais il n’y avait que l’écume, moussante, et la blanche dentelle des eaux fendues, là où la queue avait surgi….

 

C’est étrange, comme tous les mythes. C’est une histoire familière aussi, car beaucoup de parents ont chuchoté le conte de l’Homme-poisson à leurs enfants… Il n’a pas d’âge, dit-on, et ne peut mourir. Il vit comme les poissons, dans le calme des profondeurs d’un vert dense, mais fait parfois surface pour jeter un coup d’œil vers la terre. Même de nos jours, il y a un habitant de l’île qui affirme avoir vu l’Homme-poisson -son sourire plein d’amour, ses écailles qui accrochent la lumière quand il plonge. D’autres disent, aussi, que si jamais on se sent réconforté, ou si jamais on entend Espère – ou bien encore Aie confiance, ou Tu n’es pas seul- en marchant au bord de la mer, en posant le pied dans un bateau, en observant la bâche secouée par le vent au-dessus du bûcher, en allant tirer les rideaux le soir et en s’arrêtant parce que les dernières lueurs sur l’eau sont superbes, comme de l’or, ou en contemplant les reflets de nos bottes dans le sable mouillé et ferme à marée basse, c’est que l’Homme-poisson passe. Il est près de la côte, regarde l’île. Il connaît notre peine –et souhaite qu’elle cesse.

 

C’était difficile à croire. Quand j’ai entendu Espère sur le rivage, c’était en moi que les paroles résonnaient et de moi qu’elles émanaient –avec moi seule pour réconfort, m’efforçant de me maintenir à flot. Mais quel mal y a-t-il à croire à de tels contes ? Le plus souvent, je me dis que c’est le mieux à faire."

 

Sur l’île de Parla, les légendes de la mer sont parfois préférées à la dure réalité. Parmi toutes celles que l’on raconte, la plus belle, ou la plus réconfortante, est celle de l’Homme-poisson. Aussi, lorsqu’un homme inconnu à la barbe noire est  retrouvé – amnésique et quasi nu- dans la crique de Sye, les insulaires ont-ils envie de croire qu’il est l’Homme-poisson, venu pour apporter un changement bénéfique sur l’île.

 

Car depuis 4 ans, où la mer a pris Tom, le plus grand, le plus jeune et le plus joyeux des frères Bundy, l’île est comme figée dans ses habitudes et dans sa tristesse. Marins et éleveurs de moutons triment en solitaires, les femmes se referment sur leur colère ou leur désolation, et on ne parle pas de peur de réveiller la douleur ou la culpabilité.

 

Susan Fletcher tisse un récit à la fois ancré dans la réalité et inspiré de légende. Elle écrit par vagues qui se recouvrent, entremêlant le quotidien des insulaires, leur fascination pour les contes, l’absence et le deuil. Son style est un peu particulier, et le lecteur « nage » un peu au début, le temps de situer les lieux et les personnages. Il peine à situer la narratrice, glaneuse des marées basses et pêcheuse de homards. Puis, peu à peu se dessine un paysage côtier et une histoire de plus en plus envoûtante.

 

île,mer,deuil,légendeLes reflets d’argent

Susan Fletcher

Plon (Feux croisés), 2013, 461 p., 22 €

Traduit de l’anglais par Stéphane Roques

 

Du même auteur, les lecteurs ont beaucoup aimé Le bûcher sous la neige

05/08/2013

Un verger au Pakistan

roman étranger,pakistan,prisonUn homme, jeune encore, mais malade et usé comme un vieillard, parcourt tous les matins des kilomètres en montagne pour assister au lever du soleil dans le verger de son enfance, lieu du souvenir et de l'innocence.

 

"Les oiseaux sont réveillés et, dans le verger, quelques hirondelles tracent des chemins sinueux entre les arbres, sous lesquels une mince couche de brume s'accroche encore au sol. Les grenadiers sont une espère robuste, ils n'ont subi presque aucun dégât après les gelées de l'hiver, bien qu'ils poussent à l'état sauvage et n'aient pas été élagués depuis un moment, ou alors par une main maladroite… Si j'avais les outils nécessaires, je serais tenté de m'en occuper, mais ce ne sont plus mes arbres, et ce n'est pas à moi de le faire…"

 

Recueilli par Abbas, un homme qui pratique encore la "melmastia", l'hospitalité traditionnelle, il se  rétablit peu à peu, réapprend à écrire pour se raconter à Saba, son amour de jeunesse... cause de son malheur et lumière de sa vie. 

 

L'écriture de Peter Hobbs parvient à une grande poésie dans la sobriété. Les pages sur sa jeunesse et sur la nature, contemplatives, célèbrent la vie, le parfum des roses, la beauté des grenades… tandis que celles sur ses années de prison laissent un goût amer de cruauté injustifiée.

 

"La colère s'est éteinte. Je n'ai aucun désir de vengeance. Je ne pense pas y être pour grand-chose. Je pense simplement que j'ai la chance de ne pas être submergé par la rage… A l'heure où je t'écris ces lignes, mes derniers ressentiments sont apaisés. Je ne cherche que la paix. Je cherche à devenir une meilleure personne que celle que je suis."

 

Un verger au Pakistan

Peter Hobbs

C. Bourgeois éd., 2013, 137 p., 14€

Traduit de l'anglais In the Orchard, the Swallows par Julie Sibony

29/07/2013

Avant toi

roman étranger,handicap,euthanasieSuite à un accident, Will est tétraplégique. Les moyens de sa famille lui permettent de recevoir les meilleurs soins, de vivre dans un cadre agréable et d'être accompagné en permanence par des auxiliaires de vie. Néanmoins, il refuse de vivre dans ces conditions tellement éloignées de sa vie d'avant où il multipliait les voyages et les aventures.

Depuis que son père a perdu son travail à la menuiserie, Lou a plus que jamais besoin de rapporter un salaire à la maison. Elle accepte donc un CDD de six mois pour s'occuper de Will pendant la journée, malgré l'accueil glacial et le cynisme de celui-ci, qui rendent son travail accablant. Peu à peu, des liens se créent entre la jeune fille pauvre, originale et peu sûre d'elle et le jeune homme riche et cultivé mais désespéré.

 

L'intrigue rappelle le film Intouchable, et pourrait verser dans le mélo facile, avec -en prime- une histoire d'amour. Cependant l'ensemble n'est pas simpliste, le regard sur le handicap fait réfléchir. Le lecteur s'attache aux personnages, qui ont tous des positions différentes par rapport à l'euthanasie, et se battent pour les faire respecter.  L'issue, émouvante, est loin d'être évidente si bien que l'attention est soutenue jusqu'au bout. Penser à se munir d'un mouchoir !

 

Avant toi

Jojo Moyes

Milady (Grande Romance)

Traduit de l'anglais Me before you par Frédéric Le Berre

24/07/2013

Cher Gabriel

roman étranger,autismeEntre roman et témoignage, rédigé sous forme de lettres d’un père à son fils, Cher Gabriel est un récit de ce que vit un père au jour le jour auprès de son fils autiste.

Les réflexions philosophiques, l’amour de sa côte norvégienne sauvage, alternent avec le récit des « problèmes » de Gabriel.

Les rituels et les petites victoires aident à vivre. Les bons moments, tels que le pique-nique et chasse au trésor sur une île, alternent avec les « pas très bonnes journées », comme les appellent avec diplomatie les enseignants de Gabriel, et les moments de lassitude des parents.

 

L’amour inconditionnel de l’auteur pour son fils est admirable, et je pensais être emportée dans le récit, ce qui n’a pas été le cas. Peut-être en raison d’une façon d’écrire relativement intellectuelle, qui met à distance des évènements évoqués… ? ou bien du choix artificiel de parler à son fils alors que l’auteur s’adresse à nous, lecteurs ?

 

Cher Gabriel

Halfdan W. Freihow

Gaïa, 2012, 165 p., 16 €

17/07/2013

Les choses comme je les vois

roman étranger,autismeTrois narrateurs prennent tour à tour la parole pour exprimer « les choses comme ils les voient » : leurs ressentiments, leur frustration, leur mal-être, leur inadaptation. Asif Murphy et ses deux sœurs Yasmine et Lila semblent  tous trois engloutis par leur histoire familiale et la différence de Yasmine, autiste.

 

Depuis la naissance de cette petite sœur difficile, suivie de près par le départ du père, toute la famille a tourné autour de Yasmine, de ses « implosions » et de ses rituels. Avec son syndrome d’Asperger, elle a pris toute la place auprès de sa mère, et les aînés ont occupé tant bien que mal l’espace qu’on leur laissait : le rôle de gentil grand frère transparent pour Asif, et celui de souillon, rebelle méchante, pour Lila.

 

Le récit plonge dans leurs relations mortifères, les responsabilités qu’ils s’imposent ou refusent. Adultes maintenant, et privés de leur mère, tous trois peinent à vivre et à trouver leur place dans la société. Et pourtant, leurs qualités cachées peuvent émerger à l’occasion de nouvelles rencontres, et leur donner une seconde chance…

 

La citation récurrente de Larkin "They fuck you up, your Mum and Dad. They don't mean to, but they do" (Ils te fichent en l'air, ton père et ta mère. Ils ne le font pas exprès, mais n'empêche qu'ils le font) est longuement explorée. Mais finalement, vient un moment ou chacun doit choisir de vivre... ou pas.

 

Les choses comme je les vois

Roopa Farooki

Gaïa editions, 2013, 312 p., 22 €

Traduit de l’anglais The way things look to me par Jérémy Oriol

14/07/2013

La boutique de la seconde chance

roman étranger,brocante,amour,deuilRichard, ou Chiffo (-nnier), est brocanteur, et chine avec ardeur, tant pour approvisionner son magasin, situé dans une banlieue pourrie de Detroit, que pour son plaisir. Il est tellement accro qu'il s'échappe même de la réception d'enterrement de sa propre mère pour filer à une vente.

 

Mal adapté à la société de consommation américaine, fâché avec les adeptes du neuf, les canapés écossais et le bon goût,  il développe ce qu'il appelle des "théories foireuses" autour de son métier et du rapport aux objets, comme "gouttes d'éternité" :

 

"Pour ma part, je trouve les objets neufs insipides. Ils n'ont pas d'histoire, pas de résonnance. Je me sens à l'aise au milieu de l'antiquaille. La deuxième main. L'expression parle d'elle-même : d'autres mains ont manipulé l'objet. Que l'on songe à tout ce que nous touchons tous les jours, aux millions de minuscules rivets qui soudent l'existence : les tasses à café, les réveils, les lunettes de soleil, les porte-clés, les cendriers… Et si chacun d'eux avait absorbé une bribe de nous-mêmes, et si la marque de nos doigts transmettait une parcelle de notre âme ?..."

 

"Plus on prend de l'âge, plus on possède d'objets. Pourquoi ça ? Parce que les objets ont un pouvoir de protection. Ils agissent comme un lest… Que l'on songe à ce que l'on ressent lorsque l'on achète quelque chose : ce petit flash, comme un éclair d'éternité…  J'ai remarqué que c'est vers la trentaine que les gens commencent à acquérir des choses. Une fois en possession du principal –maisons, voitures, conjoints, enfants- ils persistent : achat, achat, achat. Ils ont envie d'une deuxième bagnole, d'un billard, d'un bateau, d'un camping-car –vraiment du sérieux. Mails ils n'enrichissent pas leur vie pour autant, ils l'alourdissent. Car ils ne savent pas qu'ils tentent de se protéger. Trente ans, c'est l'âge auquel on cesse de se croire immortel."

 

Chiffo met de la distance entre lui et les objets de la succession de ses parents en les traitant comme un brocanteur, et non comme des objets personnels, mais le passé le rattrape au détour d'une recette maternelle, ou des vestiges de la passion de son père pour la photographie.

 

Au même moment, il rencontre Théresa, qui travaille dans un refuge pour animaux, et semble aussi névrosée que lui.  Les migraines émotionnelles se multiplient !

 

Brocante, deuil et amour sont les trois ingrédients principaux de ce roman, plutôt humoristique mais non dépourvu de profondeur. Tout n'est pas bon, mais je me suis régalée des réflexions de ce personnage décalé.

 

La boutique de la seconde chance

Michael Zadoorian

Fleuve Noir, sept 2012, 302 p., 19.50 €

Traduit de l'américain Second hand par Jean-François Merle

13/07/2013

Après le feu, un murmure doux et léger

australie,guerre du vietnamSuite à une relation houleuse avec une femme aimée, Frank se retire dans une cabane rudimentaire, sur la côte est, sauvage, de l'Australie. Entouré par une nature hostile, il tente plus ou moins de cultiver la terre et de s'intégrer à la communauté locale, entre deux accès de boisson.

 

Cette cabane avait également servi de refuge à son grand-père, revenu mutique et traumatisé de la guerre de Corée, puis à son père, Léon, après le Vietnam. A sa façon, Frank vit aussi dans son enfer personnel, incapable de surmonter ses accès de violence.

 

Sculptés dans le sucre, les figurines de gâteaux de mariage de ses ancêtres, conservées sous globe sur une étagère, rappellent le métier dans lequel excellaient les hommes de la famille, boulangers et artistes pâtissiers… avant de se retrouver dans des guerres auxquelles ils ne comprenaient rien, qui ont miné leur vie celle de leur famille.

 

Bien que le roman soit écrit par une jeune femme, les personnages féminins sont assez effacés, devant ces hommes rustres et écrasants, gros buveurs d'alcool. A part la petite Sal, enfant précoce atypique, fascinée par la survie, et qui apprivoise peu à peu son fruste voisin.

 

La côte est de l'Australie est omniprésente, tantôt source d'émerveillement et de liberté, tantôt oppressante et dangereuse. (Le paysage et l'ambiance sont mal rendus par la couverture de la traduction française du roman.)

 

Le titre m'a interpelée : après le feu (de la guerre), le murmure léger (de la douleur silencieuse) ?

Il s'agit d'une référence biblique à Elie réfugié dans le désert après avoir passé par le fil de l'épée les faux prophètes, et qui recherche Dieu : "après le tremblement de terre, un feu : l'Eternel n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger…"  (1 Rois 19 : 12).

 

australie,guerre du vietnamAprès le feu, un murmure doux et léger

Evie Wyld

Traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol

Actes Sud, 2012, 324 p., 23 €

 

Pour en savoir plus, lire la critique de Marie Hirigoyen, de la Librairie Le Jardin des lettres à Craponne, ou consulter l'interview de de l'auteur.